Nez en poire et cœur en sursis,
Pilier de bar au Sans-Souci,
Impie aux délectables relents
De ces crus aux prix insolents,
Je me contente du jus de treille
Que peut m'offrir mon peu d'oseille.

Je m'abreuve d'horribles piquettes ;
Dans mon village, je suis poivrot,
Mon lieu d'attache est le bistrot :
Tant pis si la cirrhose me guette.

Nez en poire et cœur en sursis,
Pilier de bar au Sans-Souci,
Ô jamais, je vous le confesse,
Je ne boirai du vin de messe
Et boire de l'eau, fût-elle bénite,
Serait un écart de conduite.

Peu soucieux de typographie,
Je n'ai jamais ouvert un livre.
La seule science dont je suis ivre
Est bien celle de soûlographie.

Nez en poire et cœur en sursis,
Pilier de bar au Sans-Souci,
Jeté après un dernier verre,
Accroché à un réverbère,
Je reçois sous forme de pluie
La plus terrible hypocrisie.

« Boit-sans-soif à l'ébriété
Parfaitement bien respectée ! »
Ou « Toujours en panne de carafe. »  :
Telle pourrait être mon épitaphe.