Début : Le forcat en cavale

Maudit filou et malandrin
Vivant de rapines et larcins,
Fils de rien, je traîne ma misère
Fatalité pour adversaire.

Chemin guidé au son des cloches,
Usant bon nombre de galoches,
Mon éternel vagabondage
Jamais ne contourne un village.

Et si bien plus d'un homme de loi
Veut me voir pendu haut et court,
Qu'il me cherche à l'abri des bois
Avant de faire battre tambour.

Bourgeois, si tu croises mon chemin
Tu pourras faire la mouche du coche ;
Je saurai seul te faire les poches
Et enrichir mon maigre butin.

J'entends au loin les aboiements
De la meute mise à mes trousses ;
Je saurai me montrer vaillant :
Jamais je n'ai craint la rousse.

Et pourtant, un jour, moins veinard,
À la sortie d'un vieux faubourg
Me voilà fait comme un renard
Logé au fond d'une arrière-cour.

Sur le chemin les gens exultent ;
Je reçois crachats et insultes ;
Un juge expédie la sentence
Qui me condamne à la potence.

Au matin, au fond de ma geôle,
Je m'égosille au vitriol ;
À midi, sous les quolibets,
Je me balance sous le gibet.