Prodrome

Le soir même, face au grand miroir de ma psyché, j'admirais le reflet de ma nudité avec une attention toute narcissique. Ma tignasse couleur ficelle et mes déplaisantes éphélides s'étaient transformées en avantages qui accentuaient mon apparence juvénile. Incapable de retrouver l'apaisement après les étreintes partagées avec Philippe, la fille jusque-là dédaigneuse de son apparence s'extasiait devant sa poitrine aux formes encore indécises, du petit trait vertical qui partageait en deux le pubescent renflement fuyant entre ses jambes.

Avant cette expérience, il m'arrivait de me caresser, isolée dans la salle de bain ou au moment du coucher. Mais il ne s'agissait encore que de petits jeux innocents d'une âme pubère, d'insignifiants relâchements face à ces nouvelles perceptions que m'avait fait découvrir Philippe.

Philippe ! À la simple évocation de son prénom, je me retrouvais submergée de souvenirs inavouables. Nous nous étions longuement enlacés avant de nous quitter avec le sentiment coupable de nous être livrés à des débordements répréhensibles. À présent, allongée sur mon lit, la sensation toujours présente de ses attouchements éloignait sans cesse mon assoupissement. Mais quelle image allait-il garder de moi ? Oserai-je encore me présenter à lui ?


Le lendemain, j'émergeai – bien plus tard que d'habitude – d'un sommeil troublé par des réflexions contraires. Une douche bienfaisante me permit de récupérer quelques facultés de jugement. Une évidence s'imposait : je n'aspirais qu'à retrouver Philippe ; sa compagnie m'était devenue vitale, et il me fallait m'organiser pour le revoir ce jour même. Toute autre éventualité m'était insupportable.

L'esprit accaparé par cet obsédant désir, je déjeunai plus par réflexe que par réel appétit sous le regard anxieux de ma mère qui me pensa « mal en point ». Je ne m'aperçus même pas de la présence de Granite qui attendait avec impatience les marques d'affection que je ne manquais jamais de lui donner au lever. Il parvint à attirer mon attention en gémissant à mes pieds ; je dus le prendre sur mes genoux pour le cajoler et me faire pardonner cet inhabituel manque de considération.

Une météo resplendissante était l'alibi parfait pour reprendre la direction du domicile de Philippe ; c'est donc en compagnie de mon chaperon canin que je me retrouvai devant la subreptice entrée en tout début d'après-midi. Seules deux femmes âgées bavardaient, assises sur un rocher à l'écart du rivage ; elles ne s'aperçurent aucunement de ma présence.

Mon rythme cardiaque s'était accéléré : je n'avais aucun prétexte avouable pour justifier mon arrivée précoce. Granite, une fois le labyrinthe végétal franchi, se mit à tirer sur sa laisse de façon excessive ; je le détachai et le laissai me devancer sur l'allée gravillonnée.

À l'angle de la demeure, je me retrouvai face à Philippe venu à ma rencontre, mon chien se trémoussant d'aise dans ses bras. Tout sourire, habillé d'un seul slip de bain, il se posta devant moi sans le moindre embarras pour me déclarer :

— Bienvenue, Justine ! Ton petit éclaireur m'a agréablement annoncé ta visite. Je n'espérais pas te voir de si bonne heure.

La seconde partie de sa phrase sonnait étrangement faux, mais elle eut le mérite de me détendre… bien que de le voir si peu vêtu me laissa figée sur place, parcourue d'incontrôlables picotements.

— Ne sois pas timide ! Regarde ton chien : lui au moins connaît le chemin, plaisanta-t-il en reposant Granite à terre et l'observant trouver refuge sur l'un des fauteuils sous l'abri de la terrasse.

Incapable d'articuler le moindre mot, je me sentais excessivement sotte. Il me tendit une main pour m'amener devant sa demeure rendue éblouissante par un soleil à son apogée. Là, il m'enserra dans ses bras. Les fourmillements se firent plus intenses au contact d'une molle excroissance qui s'écrasait contre ma hanche. Avait-il deviné ma gêne ? Il relâcha vite son étreinte et prit mon visage dans ses mains pour m'obliger à le regarder droit dans les yeux. Son air était soucieux. Il semblait avoir quelques difficultés à trouver ses mots :

— Justine… je suis désolé… mais je me dois de te confesser une seconde confidence…

Je me sentis devenir livide, persuadée qu'il allait me révéler que notre relation était allée bien au-delà de la bienséance et qu'il préférait y mettre un terme.

Il parvint à poursuivre :

— Vois-tu, tu es loin de me laisser indifférent, et… je ne voudrais surtout pas te scandaliser, mais… je te désire fortement.

Il me fallut quelques secondes pour comprendre sa phrase, tant elle était éloignée de ce que je m'apprêtais à écouter. Je n'étais d'ailleurs pas sûre d'avoir entendu les bons mots, ni d'en saisir le véritable sens. Un afflux de sang me monta à la tête ; j'étais incapable de reprendre mes esprits. Dérouté par mon manque de réaction, il me demanda :

— Je t'ai heurtée ? Tu m'en veux pour hier ?

Je ne devais surtout pas lui rejouer la scène de l'effarouchée. Forte de mes dernières résolutions, dans des termes bien maladroits je parvins à lui confier que je ne ressentais ni regret, ni raison de ne plus partager une certaine intimité.

Visiblement heureux de ma réaction, je vis ses traits se détendre. Il constata avec amusement que mon chien s'était endormi et me proposa de rentrer pour m'installer sur le canapé du salon pendant qu'il préparerait notre indispensable rafraîchissement. En me retrouvant seule, j'eus une perception très différente de ma situation : je me livrais à des principes bien éloignés de ceux qui m'avaient été inculqués. Que diraient mes parents, et surtout ma mère si elle apprenait que mes escapades en bord de mer étaient en réalité une liaison qu'elle aurait jugée scandaleuse ?

Philippe prêta attention à la mine défaite que je devais afficher à son retour, son regard interrogateur était suffisamment éloquent. Après avoir déposé le plateau de boissons sur la table basse, il s'assit à mon côté sans échanger le moindre mot. À ce moment précis, comme pour nous sauver d'une situation embarrassante, Granite fit son entrée dans la pièce, bâillant et s'étirant de tout son long pour sortir de sa courte somnolence. Il vint vers moi, me gratta doucement le mollet de sa patte pour me signifier son envie de venir sur mes genoux. Je tapotai ma cuisse d'une main – geste qu'il interprète comme un accord – et d'un court élan il bondit sur l'emplacement convoité.

Philippe caressa mon animal avec douceur, visiblement ému de notre tendre complicité. Je le devinais soucieux et j'étais également indisposée par notre inhabituel mutisme.

Il fut le premier à rompre le silence :

— À propos de ce qui s'est passé hier, si je t'ai offensée (il soupira), dis-le-moi franchement. J'y ai pensé toute la nuit, et… je sais que ce n'est pas correct de ma part.

Nous ne parvenions, ni l'un ni l'autre, à exprimer ce conflit intérieur qui formait une barrière dans l'échange de nos sentiments, mais nos corps parlaient pour nous en manifestant de singulières contorsions.

Je cherchai à le rassurer :

— Ce n'est pas de ta faute, et tu ne m'as pas forcée à… à rester avec toi.

— Je sais, mais je suis un adulte, un vieil homme même… tu n'es encore qu'une enfant et…

— Je suis majeure !

— Excuse-moi, mais avec ta petite frimousse, le doute pourrait être permis.

— Je t'assure, je suis majeure. Je t'apporterai la preuve si tu veux.

Nos regards embués se croisèrent et, comme si tout embarras s'était soudain dissipé, il s'inclina pour me déposer un chaste baiser sur le front. Je ne pus éviter de plonger mon regard sur le saisissant relief de son boxer. Il ne fut pas dupe de mon agitation lorsque je relevai la tête et nous ne pûmes réfréner un échange de sourires sans équivoque. La glace était rompue, nous avions retrouvé cette étrange complicité qui nous avait déjà rapprochés.

Il me fit remarquer que mon chien haletait et se dirigea prestement vers la cuisine d'où il revint avec une écuelle remplie d'eau. Sans la moindre injonction, Granite comprit qu'elle lui était destinée ; il sauta de mes genoux pour aller se désaltérer. Philippe s'agenouilla pour déposer sa gamelle et resta un moment à le contempler laper, me délivrant malgré lui un suggestif modelé de la partie cachée de son anatomie révélée par les reflets du tissu soyeux.

— Il avait très soif ! Et si on buvait nous aussi ?

Avec mon approbation, il alla refermer la porte pour éviter que mon chien n'échappe une nouvelle fois à notre surveillance, puis revint s'asseoir à mon côté. Après avoir chacun siroté une bonne gorgée, nous nous installâmes plus commodément sur le canapé pour nous retrouver dans nos tendres effusions. L'esprit libéré de nos tourments, nous nous embrassâmes longuement. Il commença à me taquiner sous l'œil indifférent de Granite qui s'était déjà allongé sur l'un des fauteuils.

Notre position s'avéra bien vite trop inconfortable pour poursuivre nos épanchements. Philippe se releva et me susurra :

— Viens, on sera plus à l'aise.

Il me prit la main et je le laissai me conduire au travers d'un couloir pour me retrouver au seuil de ce qui s'avéra être une chambre. De dimension modeste, elle contrastait avec l'immense séjour ; un lit en occupait pratiquement tout l'espace.

Philippe alla tirer les épais rideaux, plongeant la pièce dans une pénombre étouffante. J'eus le temps de détailler le sobre décor. La tête du lit s'encastrait en alcôve dans un ensemble d'étagères et de portes finement juxtaposées qui recouvraient tout un pan de mur. Des tablettes en saillie étaient symétriquement disposées de chaque côté de la zone de repos, faisant office de chevets. L'ensemble dégageait une atmosphère de sérénité en totale opposition avec la nervosité qui me gagnait.

Je n'avais pas osé franchir le pas de la porte. Il me fit avancer dans la pièce et m'invita à m'asseoir sur le bord du lit où nous reprîmes brièvement nos voluptueuses embrassades avant qu'il me pose une question brûlante :

— On crève de chaleur ; serais-tu choquée si… je me mettais nu ?

Une vague d'ondoiements me traversa de la tête aux pieds. Il me revint en mémoire qu'il m'avait confié aimer être nu chez lui, à l'abri des regards. Cette révélation m'avait heurtée sur le moment, mais à cet instant je me sentais prête à partager cette manière de vivre avec lui. Sans oser le regarder, la gorge nouée, j'avalai difficilement ma salive avant de pouvoir bredouiller par la négative.

Il se défit prestement de son seul vêtement et j'eus quelques peines à réaliser qu'il était là, devant moi, une main posée sur son bas-ventre en guise de cache-sexe. Avec lenteur, il me révéla la tangible preuve de sa différence. Interdite, bouche bée, je détaillai ce qui – bien qu'étant éloigné du « zizi » des petits garçons qu'il m'était arrivé de voir – n'avait pas cette ampleur que je m'étais plue à imaginer. À ma grande surprise, je ne ressentis aucune incommodité à le contempler, subjuguée par ces poches jumelles étonnamment brunes qui en complétaient l'appareillage.

Il se jeta sur le lit et m'incita à m'allonger à son côté. J'avais perdu tout repère, toute contenance ; incapable de résister, je le laissai m'enlacer. Ses baisers avaient pris une saveur particulière, mais je m'y abandonnais avec une ferveur croissante. Sa nudité… le lit… il me semblait vivre l'un de mes songes nocturnes, et je n'en ressentais pas plus d'inquiétude.

Un rêve très réaliste car, blottie contre lui, je perçus très vite la manifestation d'une flagrante stimulation venir peser sur ma cuisse lorsqu'il releva ma robe pour me cajoler le ventre. De son côté, il lui était impossible de masquer son excitation. Nos lèvres toujours soudées, il effleura avec une délicatesse insoupçonnée ma peau mise à nu et glissa une main sous mon bustier pour tenter d'en libérer ma poitrine.

— Laisse-moi encore te caresser… me supplia-t-il sans vraiment se désunir de ma bouche.

Gagnée par une sorte d'engourdissement, je restais impassible, mais pas insensible à la main qui se mit à m'explorer le ventre avec plus de fermeté, comme pour examiner la consistance de ma chair.

Il se redressa sur un coude. Dans la lumière atténuée, je retrouvais un brin d'appréhension. J'eus quelque peine à déglutir l'abondante salive qui envahit ma bouche lorsqu'il chercha à faire glisser ma culotte sur mes hanches. Redevenue anxieuse, je ne pus dissimuler ma crispation. Aussitôt sa main se reporta avec plus de douceur sur mon ventre et taquina mon nombril du bout de son index.

Sa voix résonna comme une supplique :

— Tu ne veux toujours pas me laisser te connaître plus… Je te fais peur ?

Incapable de répondre, je me pelotonnai contre lui en position fœtale. Céder à son souhait était attirant, mais je ne pouvais me départir de ma retenue. Dans ma posture, mon regard se porta naturellement vers le centre de son anatomie qu'il ne cherchait nullement à dissimuler. Le clair-obscur me laissa deviner un organe dont l'état flaccide atténua mon anxiété.

Résolue à ne plus contrarier notre relation, je l'enlaçai, blottissant mon visage contre sa poitrine velue. Il me caressa les cheveux avec tendresse, ce que je considérai comme un geste de bienveillance. Mon corps se détendit naturellement et je le laissai me défaire de ma robe ; ma brassière suivit tout aussi naturellement. Ses doigts glissèrent sur ma peau pour contourner la rondeur d'un sein, en taquiner la pointe, puis s'échappèrent vers le nombril avant de se glisser plus bas… Je ne pus réprimer une bruyante inspiration lorsque sa main se plaqua en conque sur ma motte.

Consciente qu'il serait fâcheux de me refuser à nouveau, je le laissai me caresser au travers de mon mince vêtement. Ses doigts s'attardèrent sur le passage qui forme sillon à la jointure de mes jambes. Cette fois, je ne lui opposai aucune résistance lorsqu'il voulut me débarrasser de ma culotte ; je l'aidai à m'en délivrer par quelques ondulations du bassin. Cuisses serrées, uniquement parée de mon flavescent duvet, je lui apportais la vision de ma féminité pleinement dévoilée qu'il contemplait avec ravissement.

Sa bouche me déposa une série de baisers, du ventre au pubis. Désireuse de fuir son regard, je fermai les yeux et le laissai agir. Son visage se retrouva entre mes cuisses qui s'ouvrirent d'une simple pression de ses mains. Ses doigts séparèrent délicatement les lobes de ma virginale corolle trempée de désir ; la chaleur de son souffle sur mes pétales déployés attisa le feu de mon bas-ventre. Sa langue se mit à explorer l'intérieur de mes replis charnus, en fouilla l'évasure. Même dans mes plus frénétiques stimulations nocturnes, je n'avais jamais ressenti une telle agitation au cœur de ma vertu : l'organe de la parole disposait d'une forme d'expression qui pouvait se manifester autrement que par des mots.

Je me délectais de sa privauté et le laissai se repaître de sa polissonnerie. La fulgurance d'une onde de volupté me fit lâcher un profond soupir de ravissement. Dans un geste réflexe, je refermai mes jambes, faisant prisonnière sur les ourlets de ma fleur épanouie la tête de mon divin bourreau.

— Viens par là, ma douce ; j'ai encore envie de le déguster, ton petit chaton ! Positionne-toi à genoux, me dit-il d'une voix étouffée.

À genoux ? J'obéis mollement, sans chercher à en saisir le sens. Il se positionna tête-bêche sur mon dos, me tenant prisonnière entre ses cuisses musclées. J'eus la sensation confuse d'un glissement humide entre mes épaules.

Ses mains palpèrent mon postérieur puis s'appliquèrent à ouvrir le sillon niché au plus secret de mon anatomie. Le souffle de sa respiration sur mes fesses était déjà un ravissement ; il acheva de m'enflammer en dardant la pointe de sa langue à l'entrée de mon intimité. Je hoquetais sous ses habiles lèchements, me cambrais pour être fouillée plus intérieurement et connus rapidement les spasmes de la jouissance, le corps traversé de tremblements incontrôlables.

Philippe me libéra de l'étau de ses cuisses et je retombai, privée de force, sur le lit. Il s'allongea près de moi et, me désignant la colonne fièrement exhibée au bas de son abdomen, me supplia :

— Viens sur moi…

Je ne comprenais pas ce qu'il attendait de moi. Comme je tardais à réagir, il passa un bras sous mon cou et m'attira sur lui. Je ne pus que le chevaucher, tout en évitant le contact de cette tige dressée qui avait pris un aspect préoccupant.

À peine étais-je à califourchon sur son ventre qu'il m'implora pour la seconde fois :

— Viens vraiment sur moi ; n'aie pas peur, je ne te ferai aucun mal.

— Je n'ai pas peur, bredouillai-je d'un ton peu convaincant.

— Tu me sembles un peu tendue. Tu n'aimes pas ce que je te fais ?

— Si, mais…

— Mais ?

— Je… je ne voulais pas…

— Tu n'oses pas me toucher ? C'est bien de ça qu'il s'agit ?

Je ne voulais pas l'admettre, mais l'apparition de cette extrémité rouge sur son sexe – métamorphose qui me laissait perplexe – venait de faire ressurgir une certaine défiance.

— Viens sur moi, insista-t-il. N'aie aucune crainte, je ne vais pas te pénétrer.

L'idée étant exprimée, j'étais moins anxieuse à l'idée de subir le contact de sa virilité. Sans m'attarder sur le sens de sa dernière phrase, je le laissai me positionner à sa guise. Il me fit reculer sur lui de façon à ce que ma vulve vienne se poser sur son pénis plaqué sur son ventre. Une nouvelle sensation me gagna lorsque je sentis la forme de sa verge dans le repli humide de mes grandes lèvres.

Instinctivement, je compris que je devais effectuer quelques mouvements du bassin, ce qui lui redonna aussitôt un accès de vigueur. Mon rythme s'accéléra ; le frottement répétitif de mon clitoris sur la peau chaude et douce de son pénis gonflé m'amena au point d'être rapidement tétanisée par un nouvel orgasme.

Philippe me laissa glisser à son côté. Mon attention se polarisa sur ses parties génitales d'où suintait une petite larme. Seule une ultime réticence m'empêcha d'y tendre la main. Le contact de son sexe redevenu flasque contre ma cuisse me procura une quiétude encore inconnue. Deux corps tendrement enlacés s'assoupirent.

Je n'osais lui révéler que j'étais encore désireuse de ses lutineries ; il me prouva vite qu'il m'était inutile d'en exprimer le souhait…