Tu m’avais vu entrer, un soir d’été,
Telle une pauvre épave, le visage fermé.
C’était une nuit où le temps est à l’orage,
Et tu voulais savoir pourquoi j’étais en rage.

J’avais fini par te parler de mes tempêtes,
De ces images qui m’embrumaient la tête.
Peu à peu tu réussissais à m’apprivoiser,
Et lentement je parvenais à me confier.

Avions-nous vécu des épreuves identiques,
Ou te trouvais-je plutôt sympathique
Pour exprimer un réel besoin de tendresse
Et me laisser aller à de douces caresses,
Oubliant toute prudence, toute méfiance,
Sombrant peu à peu dans l’insouciance ?

Serais-tu comme la mer où l’on trace son sillage
Qui, dans la houle de l’oubli, loin des rivages,
Engloutit les épaves dans ses abysses
Et ensuite redevient lentement toute lisse ?

Serais-tu comme le vent qui hurle sur les plages
En projetant les embruns sur les visages
Avant d’apporter un peu de douceur
Telle une légère brise de chaleur ?

Je voudrais que tu gardes une autre image
De ces quelques éphémères passages ;
Mais toi, quel souvenir tu garderas
De mon triste désarroi, belle Isa ?