Cette histoire remonte à des années, plus de quarante ans. Mes jeunes années.
J’étais à l’âge où je venais de découvrir la branlette et où les femmes commençaient à m’obséder.

Naturellement j’étais encore puceau. Je devais me contenter pour me soulager des rares magazines Lui et Playboy planqués par mon père à la maison (pas assez bien dissimulés pour un fouineur comme moi), et surtout quelques magazines Union dont les récits, histoires et prétendues confessions de lecteurs étaient un monde merveilleux de fantasmes. Je matais aussi beaucoup les magazines de mode, les catalogues de VPC (vente par correspondance) où les femmes n’étaient pas dénudées, mais qui suffisaient amplement à mon imagination, faute de mieux.

À l’époque je n’étais pas émoustillé par les filles de mon âge mais par les femmes « mûres » (des femmes de vingt à vingt-cinq ans de plus que moi). J’avais l’impression à l’époque que les filles des magazines de mode étaient des femmes « mûres » alors que – j’en suis sûr à présent – elles ne devaient pas avoir trente ans. Mais qu’importe. Il est vrai que, très maquillées, elles faisaient toutes bien plus que leur âge, ce qui leur donnait ce côté très « femme ».

Ma mère avait des copines de son âge, voire plutôt un peu plus vieilles, et il faut bien avouer que les quadragénaires étaient mon fantasme, THE fantasme. Bon, je sais que je ne devais pas être le seul, ne serait-ce qu’au vu des histoires que je lisais déjà à l’époque.

Ma mère avait une amie (enfin, une vague connaissance, mais qui passait de temps en temps à la maison), une bonne quarantaine, un peu ronde, dotée de très gros nichons. Le summum !
La voir durant quelques minutes suffisait à me mettre dans tous mes états.

Et je n’étais pas encore allé voir des films de Fellini. Ça ne fut que quelques années plus tard, emmené par mon frère qui allait les voir pour « l’art », en vrai cinéphile ! Même si lui, un peu plus âgé que moi, n’était pas attiré par les femmes rondes ; quoique… Avec le recul, même s’il n’en disait rien, cet archétype féminin ne devait pas le laisser totalement indifférent.

Nous habitions en cette fin des années 70 ce qui n’était encore qu’un village, en grande banlieue. Dans le contexte, à cette époque dite des « trente glorieuses », de l’ascension sociale de toute une catégorie de population, l’idéal pour mes parents – comme pour beaucoup d’autres personnes – était la maison individuelle, au calme, avec un jardin. Un rêve qu’ils avaient concrétisé en s’endettant pour acheter une maison du début du siècle (je ne dirais pas une vieille maison : elle n’avait qu’une soixantaine d’années à cette époque.) Une belle maison, plutôt spacieuse par rapport aux maisons neuves qui se construisent de nos jours. Plutôt au-dessus de leurs moyens, mais qu’ils avaient obtenue en négociant habilement. Ce qui n’empêchait pas ma mère d’admirer sans envie de plus belles demeures qu’elle savait qu’ils ne pourraient jamais s’offrir. Mes parents savaient se contenter de ce qu’ils avaient, et qui n’était déjà pas mal.

C’était l’époque où certains sports comme le tennis se démocratisaient un peu, mais c’était encore un sport un peu snob, dans le jus de ses codes nés dans les îles britanniques. Les cours et l’inscription dans un club n’étaient pas encore à la portée de toutes les bourses, mais mon père, cadre moyen, pouvait se le permettre. Et nous voilà tous inscrits au club en pleine expansion de la petite ville voisine.

C’était quand même spécial, ces règles venues tout droit d’un monde aristocratique qui n’était pas le nôtre. La tenue blanche intégrale était exigée (polo, short – jupette pour les filles – chaussettes, et tennis évidemment, blanches uniquement) ; le règlement disait bien qu’en cas d’écart le contrevenant pouvait être expulsé du club (du moins des terrains). Je ne sais pas si ça s’était déjà produit et s’ils en seraient arrivés là : de toute façon, personne n’y dérogeait. À l’époque on respectait les règles, mais ça faisait vraiment uniforme comme dans les pensionnats (un monde que je n’avais heureusement pas connu). Ça faisait vraiment caste ou « esprit de classe » ; détestable, de toute façon.

Ma mère était habitée de sentiments ambivalents vis à vis de ça : d’un côté elle était fière de son ascension sociale, d’un autre elle revendiquait ses origines modestes (ses grands-parents, parvenus, avaient déshérité sa mère), et ce type de règles la heurtaient un peu.

Nous fréquentâmes ce club durant quelques années. Mais rapidement mes parents lorgnèrent sur des courts de tennis privés qu’on apercevait çà et là sur notre commune. Certains semblaient presque à l’abandon, ou du moins rarement utilisés. Ne manquant pas de toupet, ma mère chercha à savoir à qui ils appartenaient. Elle arrivait toujours à le savoir, et elle allait carrément voir les propriétaires pour leur demander s’il était possible d’y jouer, moyennant finances ; certains étaient sympas et acceptaient, ne faisaient même pas payer : ça devait leur faire plaisir qu’ils soient utilisés.

C’est ainsi que ma mère avait remarqué une superbe et grande propriété non loin de chez nous, dans un quartier tranquille. La maison était souvent fermée. Il faut dire qu’avant de devenir une toute petite ville de grande banlieue, notre village situé à cinquante kilomètres de Paris avait été pendant des décennies un lieu de villégiature pour les Parisiens ; il y avait encore de grandes propriétés appartenant à des gens aisés, qui s’animaient seulement certains week-ends.

Cette grande maison sans étage, un peu dans le style basque, était dotée d’un assez grand jardin et d’un court de tennis en quick, mais aussi d’une piscine ; et les propriétaires n’y venaient que très rarement. Il n’empêche que ma mère, ayant de la suite dans les idées, faisait souvent un petit écart en allant faire ses menues courses chez les commerçants du village pour aller reluquer cette propriété. Et bien entendu, un jour, elle vit qu’il y avait du monde. Elle sonna et exposa le motif de sa visite.

Elle tomba sur des gens charmants, qui avaient quelques années de plus que mes parents. Il s’avéra que le propriétaire, William, était un homme d’affaires qui faisait du négoce avec le Proche-Orient et les États-Unis ; sa femme, Joëlle, ne travaillait pas.

Nous fûmes autorisés à venir jouer au tennis, même quand ils n’étaient pas là (et aussi quand ils étaient là : ils étaient vraiment cools), et rapidement à utiliser leur piscine en leur présence (je découvris combien l’entretien d’une piscine – et d’une maison de campagne – était fastidieux). William, le proprio, comme tous les heureux détenteurs d’une maison de campagne, passait beaucoup de temps quand il y venait à nettoyer la piscine (entourée de grands pins qui perdaient immanquablement leurs aiguilles), balayer le court, tondre les pelouses, tailler les haies et les arbres. Un rêve qui avait des contreparties.

Ils habitaient dans la proche banlieue ouest de Paris, une banlieue très chic, et très rapidement mes parents et eux devinrent amis.

C’étaient des gens qui avaient peu d’amis, finalement. Lui passait son temps à voyager, tout le temps en déplacement ; elle, s’ennuyait un peu. Ils avaient donc dû être ravis d’avoir des fréquentations qui leur étaient pour ainsi dire tombées du ciel.

Ils étaient sympathiques. Mes parents les invitaient de temps en temps ; eux nous invitaient également, et il nous arriva de dîner joyeusement à côté de la piscine avec mon frère aîné qui faisait ses études en province, moi qui, à dix-huit ans, finissais le lycée, les deux couples, et parfois la fille unique de ces amis, qui était plus âgée que mon frère.
Bien qu’ayant qu’un certain train de vie ils étaient simples, pas snobs pour un sou.

Joëlle ne travaillait pas, et ses journées – qu’elle les passât dans cette grande maison au jardin arboré ou dans sa maison classe des Hauts-de-Seine – devaient lui sembler un peu longues quand j’y pense maintenant. Elle ne semblait pas triste pour autant. Elle devait avoir quelques rares relations, quelques fréquentations. Ils nous avaient raconté qu’ils avaient vécu quelques années aux États-Unis, mais comme elle ne parlait pas un mot d’anglais, elle n’avait eu aucune vie sociale, ce qui avait dû être bien pire pour elle.

Le mari, William B., était un type sympa, un peu réservé, très digne (il avait certainement eu une éducation exigeante, et dont la valeur travail devait être très importante) et, vu de l’extérieur, il semblait former avec sa femme un couple plutôt harmonieux. Ils ne montraient pas – en tout cas en public – des signes de tendresse l’un envers l’autre, mais il est vrai qu’à cette époque il était habituel d’être discret dans ce domaine-là.
Il était peu souvent chez lui (toujours en transit d’un pays à l’autre pour son business), et mes parents disaient qu’il avait peut-être des maîtresses, une double vie ; c’était possible, mais il n’en laissait rien paraître.

Même en leur absence nous avions pour nous le tennis à discrétion (ils avaient donné à mes parents les clés du jardin), et nous ne nous privions pas de venir jouer quand nous voulions, parfois en famille.

Ma mère venait jouer avec ses copines. Il lui était arrivé également de prendre ses neveux en vacances (mes trois cousins et cousines qui étaient petits) et les avaient amenés à la piscine.
Pendant les vacances scolaires, il m’arrivait de venir faire un tennis avec un copain. Il est possible que ça rassurait nos amis que nous y passions souvent : ainsi, la maison était un peu surveillée, et nous aurions pu les prévenir en cas de cambriolage.

À l’époque où se passe ce qui va suivre, nous étions amis avec les B. depuis deux ou trois ans. Je venais d’avoir mon bac. Je n’avais aucune expérience avec les femmes mais ma tête était pleine de fantasmes. L’été (le soleil, la chaleur ?) les augmentait encore plus.

Je ne fantasmais pas sur Joëlle, bien qu’elle eût la quarantaine. Son physique était plutôt quelconque : un visage sans aucune grâce, un corps plutôt grand et épais, bien charpenté, bien en chair, mais rien qui ne m’attirât particulièrement chez elle. Sa fille, Bérengère – qui devait approcher les vingt-huit ou trente ans – lui ressemblait beaucoup : une silhouette lourde, un peu massive, assez molle, un visage plutôt disgracieux, mais en tout cas très gentille. Je l’aimais bien ; elle était comme une grande sœur, et j’aimais bien ses parents, comme s’ils avaient été de notre famille.

Un jour que je venais jouer avec un de mes potes pendant les vacances d’été, je tombai sur Joëlle qui était là, sur la terrasse située juste à côté de la piscine, allongée sur une chaise longue, en maillot de bain deux pièces à essayer de bronzer. Moi, j’étais un peu gêné car c’était la première fois que je la voyais en maillot, et bien qu’elle fût seule, j’avais l’impression de troubler son intimité. Et il est vrai que nous ne prévenions pas quand nous venions. J’avais l’impression d’être sans-gêne ; mais bon, nous avions leur autorisation et quartier libre.
Elle, ne sembla pas troublée le moins du monde ; toujours sympathique, souriante, elle nous souhaita bon jeu.

Avec mon copain nous jouâmes plusieurs parties à deux ; cela dura un peu plus d’une heure. J’étais un joueur plus que médiocre, et lui à peine meilleur, mais nous nous amusions bien. Nous imitions les joueurs pro, rigolions beaucoup.

Il partit assez vite car il avait un rencard. Je pris mon temps, remballai mes affaires puis, à la fin, me sentant un peu redevable, je demandai à Joëlle où se trouvait le balai. C’est vrai, le quick était jonché de feuilles et d’aiguilles de pin, et la plupart du temps nous venions juste pour jouer et n’entretenions pas le terrain. Elle me sourit et me remercia, se disant probablement que je montrais une certaine reconnaissance pour ce qu’ils nous offraient.

Quand j’eus fini de balayer tout le court (ce qui me prit quand même une bonne demi-heure) elle était toujours allongée en maillot sur son transat avec son livre. Charmante, elle me demanda si j’avais soif. Gêné par tant de gentillesse, j’acceptai toutefois ce geste d’hospitalité et d’amitié.

Elle m’invita à m’asseoir sur un fauteuil de jardin et alla nous chercher de la citronnade ; c’est vrai qu’il faisait assez chaud, le soleil était un peu voilé. Quand elle revint, elle était restée en maillot. J’avais pensé qu’elle aurait mis un châle léger sur ses épaules ou un paréo, mais manifestement elle n’était pas si pudique.

Tous deux avec notre verre, assis presque face à face, nous commençâmes à discuter.
Je commençais à regarder son corps : elle avait un ventre souple, un peu dodu, et des cuisses larges légèrement replètes, mais l’ensemble de son corps était harmonieux. Il faut dire qu’elle était aussi grande que moi (voire un peu plus) et qu’à cette époque, pour une femme de sa génération, 1m75 c’était plutôt grand. Sa poitrine était bien pleine et ses seins devaient être lourds. Pour moi, c’était une belle femme.

J’essayais de ne pas trop mater son corps, mais quand on est un mec, même si on se croit malin et discret, on ne se rend pas compte qu’aux femmes n’échappe aucun petit mouvement du regard qui tombe furtivement et remonte aussi vite : c’est comme si elles avaient un radar. On se croit plus habile, on affiche un œil qui se veut indifférent, mais elles savent bien, quand elles ont intercepté un seul de ces coups d’œil, qu’on mate, et qu’un dixième de seconde nous a suffi pour voir ce qu’on voulait voir.

Moi, dans la force et la verdeur de mon âge, j’étais assis là avec mon short de tennis, blanc immaculé (j’avais acheté ces tenues pour le club, du coup je les mettais) et à cette époque je n’avais pas conscience que les femmes matent elles aussi, surtout nos culs (je traînais ce short depuis facilement trois ans et il me moulait particulièrement à ce moment-là). J’étais jeune, et ne connaissant rien aux femmes, je ne savais pas qu’elles s’intéressent aux culs des hommes.

J’avais déjà croisé dans ma vie débutante d’adulte des femmes de trente-quarante ans qui m’avaient fait dire par autrui (mes parents, des amis) que j’étais « bien bâti ». Évidemment, ça m’avait fait plaisir de prendre conscience que je pouvais plaire à des filles, et surtout à des femmes plus âgées que moi.

Toujours est-il que Joëlle, nonchalamment alanguie dans son transat, me faisait la conversation, et je commençais à la trouver très féminine, gracieuse, avec un vrai corps de femme mûre. Sa peau hâlée, presque luisante, et sa chair pleine allumaient mon œil, et j’avais du mal à masquer mon trouble et mon envie. J’étais en train de revoir mon jugement sur son physique, et tout en lui parlant mon esprit rêvassait, se demandant si quelque chose était possible. Bien entendu, avec ma relative timidité (relative car sélective : j’étais capable de faire le clown en société et de faire rire l’assemblée, mais seul face à une femme, c’était une tout autre histoire) et mon inexpérience totale, jamais je n’aurais osé tenter quoi que ce fût, ni même lui faire un compliment, pas même évoquer de très loin son physique, son corps de femme.

Elle voyait bien mon regard, et consciente qu’elle était une femme mûre au corps lourd et objectivement quelconque, elle comprenait bien que ma libido débordante était due à mon jeune âge et aux hormones qui vont avec. Le sourire qu’elle affichait en me parlant en disait long sur sa conscience de mon état… Elle ne pouvait rien voir (j’avais une légère érection naissante mais j’arrivais à la dissimuler sans mal), et j’essayais, en garçon bien poli, de dissimuler mon trouble.

Je ne prenais pas mal son sourire (c’était une femme douce, sans un gramme de méchanceté) mais je commençais à la soupçonner de se complaire dans cette situation où je n’étais pas très à l’aise mais où, elle – peut-être depuis un moment – se rendait compte qu’elle inspirait du désir à un homme (même si c’était un jeune homme), aussi le faisait-elle durer le plus longtemps possible.

Étant donné qu’il ne se passait rien (ce n’est pas moi qui allais oser prendre la moindre initiative), pour mettre fin à mon trouble je lui dis finalement que j’allais rentrer chez moi, m’apprêtant à me lever.
Je n’attendais pas qu’elle me retienne, mais alors elle me dit :

— Tu ne veux pas prendre une douche ?

C’est vrai qu’il faisait chaud, que j’avais transpiré en jouant, mais je n’avais pas de change. Cependant je sentis qu’il ne fallait pas avancer ce genre d’arguments : d’abord c’était peu glamour, deuxièmement je sentis que c’était une raison imparable qu’elle n’allait pas tenter de contrer. Balbutiant, hésitant, réellement gêné, je lui répondis que je ne voulais pas la déranger, ne pas abuser de sa gentillesse alors que nous avions déjà accès libre au court ainsi qu’à la piscine. Avec un délicieux sourire elle me dit que ça ne la dérangeait absolument pas, qu’il ne fallait pas se gêner.

— Bon, d’accord, concédai-je

Elle me fit entrer dans la maison (c’était la première fois et je découvrais l’endroit : de grandes pièces carrelées de couleur marbre), me conduisit dans la salle de bain qui avait une apparence assez luxueuse elle aussi, et me donna une grande serviette.

Ça me faisait drôle d’être seul avec elle dans cette pièce plus que réduite. Elle se mouvait toujours en maillot de bain, gracieuse et féline, et sa peau brillait à mes yeux d’un éclat éblouissant. Souriant toujours, elle me regarda puis me laissa. Je me dis que j’allais prendre ma douche et que lorsque je sortirais elle serait à nouveau allongée dehors sur la chaise longue ; je la remercierais et partirais. Fin de l’histoire.

J’étais tellement troublé qu’en sortant de la douche je ne trouvai pas mes vêtements. Je crus les avoir laissés dans la salle ; je ceignis donc ma taille avec le grand drap de bain et sortis de la pièce d’eau à la recherche de mes effets.

Là, à ma grande surprise, je tombai sur Joëlle : debout, elle me faisait face avec son maillot deux pièces, son verre à la main, et me souriait. Elle lâcha :

— Dis donc, tu drôlement bien bâti ! (ça devait être le terme en vogue à l’époque).

Je me sentis rougir. Impressionné, je bafouillai plus que prononçai :

— Euh… tu trouves ?
— Bah oui : si je le dis, c’est la vérité. Tu as une petite copine ?

J’étais sidéré par son assurance. Ben non, je n’en avais pas, et elle devait s’en douter. Comme je venais jouer au tennis chez elle avec un copain pendant les vacances, elle devait bien deviner que si j’en avais eu une j’aurais eu mieux à faire que donner rendez-vous à des potes pour jouer au tennis ; je serais plutôt sorti avec elle.

— C’est dommage, dit-elle, c’est du gâchis.
— Ben tu sais, dis-je un peu honteux en baissant la tête, c’est pas très facile avec les filles à mon âge. Et puis ici… c’est un village ; c’est les vacances scolaires, je ne vois pas grand-monde. Et puis même si j’avais une occasion… je vis chez mes parents et je me vois mal leur raconter que j’ai un rencard, ou alors leur mentir.
— Si tu avais une petite copine tu pourrais toujours venir ici. Je t’y autorise.
— Ah… c’est gentil, Joëlle.
— Évidemment, quand je ne suis pas là. Je pourrais être jalouse… ajouta-t-elle en souriant d’un air entendu.
— Oh… Enfin, la question ne se pose pas : je n’en ai pas.
— Et tu en as déjà eu une ?

Elle me cernait bien, sachant que j’étais un garçon timide vivant sous la coupe d’une mère qui voulait tout savoir. Et qui, tant qu’il n’avait pas pris son envol – je devais quitter le nid à la rentrée pour commencer mes études – n’oserait rien).

— Non, avouai-je en rougissant.

Je ne rougissais pourtant pas facilement, mais avec elle devant moi, resplendissante en maillot dans la plénitude de sa maturité épanouie, ça faisait deux fois coup sur coup que ça m’arrivait. Je me sentais con. Et en même temps, la conversation prenant une tournure plutôt orientée – même si à ce stade je n’espérais rien de la suite – je me mis à bander.

— Mon pauvre… un aussi bon garçon ! Elles sont pas sympas, les filles de ton âge. Et franchement, elles ne savent pas ce qu’elles perdent. Tu n’es pas malheureux au moins ?
— Non, quand même pas. Je suis peut-être trop exigeant. Je suis assez romantique, en fait. Mais c’est plus l’époque…
— C’est toujours l’époque ! Les grands sentiments, tu sais, ça arrive et ça se partage quand ça arrive. Mais en attendant… tu n’es pas frustré ?
— Ben…
— Bah oui : quand on est jeune comme toi, dans la force de l’âge, on a des envies, non ?
— Oui, bien sûr.

Là je me dis qu’elle insistait franchement ; du coup, ma libido montait. Une occasion allait-elle se présenter ? Il valait mieux jouer finement.

— Ah, mon pauvre garçon…

Elle ne bougeait toujours pas. Nous étions face à face, à la même place. Elle n’osait pas faire le premier pas, même si j’étais désormais majeur et qu’elle le savait. Alors, comme pour répondre à ses paroles d’empathie, je fis un pas vers elle et la pris dans mes bras, me lovant tout contre elle, posant ma tête dans son cou, comme pour me faire consoler par une maman.
Elle répondit à ma douce étreinte et m’enlaça en retour.

Je sentis à ce moment-là glisser ma serviette que je n’avais pas dû serrer assez sur ma taille, et elle tomba à mes pieds. Je me retrouvai nu tout contre elle, ma queue raide sur son ventre nu. Le contact de sa peau me tétanisa. Je n’osais plus bouger. Je sentis ses grandes mains caresser doucement mon dos, mais tout de suite après l’une d’elles saisit délicatement mon membre viril. Sa paume était douce et chaude.

— Eh bien, murmura-t-elle, on dirait que je te fais de l’effet…
— Oui, lui confirmai-je dans un soupir.

Et ma tête glissa sur le haut de sa poitrine. J’appréciais le contact moelleux de sa chair.
Mes mains glissèrent dans son dos jusqu’à sa chute de reins. Sa taille était large, massive, comme celle d’une copine de lycée que j’avais draguée pendant un slow lors d’une soirée en terminale (mais avec qui je m’étais pris un râteau) et sur qui j’avais énormément fantasmé à l’époque, rêvant de la voir empalée sur moi en Andromaque dans mon lit. Toutes ces images, ces sensations fortes me revenaient comme un ballon du fond de la piscine, faisant gonfler mon désir. J’enserrai sa taille davantage, me serrant langoureusement contre elle tandis que sa main droite glissait doucement en de lents mouvements de va-et-vient sur ma queue raide.

Enhardi, je me mis en tête de défaire les agrafes du haut de son maillot, ce que je réussis au bout d’une dizaine de secondes car c’était une grande première pour moi. Elle souriait, attendrie de ma maladresse.
Je fis glisser les bretelles de son soutien-gorge et dévoilai pour la première fois une paire de seins… en vrai. Ils étaient lourds, imposants, un peu tombants… mais tellement beaux ! Je les regardai, ébahi comme si je venais de découvrir un trésor.

Elle sourit encore plus en découvrant mon regard. Je pris dans mes mains, maladroitement mais avec délicatesse, ces beaux fruits qui s’offraient à moi, les palpant, les soupesant, les caressant, passant la pulpe de mes doigts sur les aréoles qui s’érigèrent immédiatement, m’émerveillant encore plus de cette réaction. « Eh oui, c’est toi qui leur fais cet effet. » devait-elle avoir envie de dire. Mais elle me regardait avec tendresse, silencieusement.

Alors je happai et pris en bouche l’un des larges mamelons bruns que je sentis durcir encore plus sous ma langue tandis que mes mains sans gêne s’aventuraient sous son slip pour apprécier le moelleux de ses larges fesses. Elle soupira.

— Viens, me dit-elle doucement.

Et toujours en me tenant par mon membre dressé, elle m’amena jusqu’au canapé.

Avant même de s’y asseoir, elle fit glisser sa culotte au bas de ses larges cuisses et de ses jambes luisantes pour s’en débarrasser. Entrouvrant la fourche de ses cuisses, elle me dévoila l‘origine du monde. Il faisait assez sombre dans ce séjour, mais la vision de cette jolie fente brillante sous le triangle de la toison me fit une forte impression.

Me prenant doucement par les bras, elle m’attira à elle tout en basculant en arrière. Je me retrouvai allongé sur elle. Elle m’enlaça et – bon dieu – que j’aimai cette étreinte ! J’avais beau être un jeune blanc-bec qui vient de découvrir l’Amérique (le moment de le dire puisqu’elle avait vécu en Nouvelle-Angleterre), je n’étais pas pressé d’atteindre mon but. Elle m’offrait pour la première fois l’occasion de faire l’amour, aussi je n’avais pas envie de gaspiller ce moment magique. Je frottai doucement ma queue raide contre le satin de sa vulve entrouverte. Bien entendu, j’avais l’anxiété des puceaux : mon membre finirait-il par trouver l’entrée de sa chatte ?

Elle m’offrit sa bouche en attendant ; elle non plus ne semblait pas pressée, et cela me rassura. Nos langues jouèrent ensemble, je goûtais ses lèvres et elle faisait de même, alternant les rôles : ces jeux-là aussi étaient une nouveauté pour moi, et j’y pris un plaisir incommensurable. Finalement, et sans le vouloir, mon gland s’était glissé dans l’orée de sa chatte : c’était doux, chaud, si agréable… Je cessai de bouger et mes yeux se fixèrent sur les siens, attendant une approbation. Elle me sourit :

— Viens en moi. Je te veux, murmura-t-elle d’une voix douce mais troublée.

Tout doucement donc je glissai en elle. La sensation était indicible, le plaisir inégalé ! Je me mis à effectuer de lents mouvements de reptation. « Je vais et je viens entre tes reins… » : la chanson s’invitait dans mes oreilles. Mais le plaisir était trop intense ; je sentis que ça allait venir trop vite. Je savais que j’étais jeune, et que la première fois les jeunes mâles ne sont pas très performants question durée, et que je risquais fort de ne pas faire exception.
Je cessai mes mouvements de piston et lui susurrai :

— Attends, s’il te plaît.

Je me retirai ; elle n’essaya pas de me retenir, l’air un peu surpris quand même. Je tombai à genoux au pied du canapé, saisis ses fesses, tirai son bassin au bord de l’assise, et je lui écartai les cuisses pour fondre sur sa vulve. C’était une vraie envie pour moi : goûter à son coquillage et lui donner du plaisir. La toute première fois pour moi. Elle ne protesta pas, acceptant mon initiative. Je pris la direction des opérations. Réprimant sa timidité et sa peur de mal faire, le jeune mâle se réveillait, tout à sa mission virile.

Elle s’abandonna à mes caresses buccales, ronronnant d’abord de plaisir, puis soupirant, puis gémissant de plus en plus fort, se mettant à haleter, soulevant sa poitrine de plus en plus amplement. Mes mains malaxaient ses fesses pleines et moelleuses, pétrissant sa chair, passant à ses seins avec un toucher plus délicat, les faisant rouler, caressant les mamelons gonflés, les aréoles toutes grenues tandis que ma bouche butinait tout son saoul, mon nez et ma langue perdus dans les replis de sa fleur, inondés de sa sève abondante. Je léchais, suçais, pinçotais entre mes lèvres ses fins pétales de soie, son bourgeon durci par le désir. Ma langue jouait une sarabande maladroite, désordonnée, mais convaincu que mon manque d’expérience n’était pas un poids, je me sentais encouragé par ses longs gémissements aigus entrecoupés de petits cris de plaisir. Je donnais libre cours à mon inspiration car j’étais certain qu’elle était bonne, ayant l’impression d’avoir fait des cunnis toute ma vie, d’avoir un talent caché, un sixième sens car je me laissais guider par ses réactions, ma bouche agissant au feeling avec un art inné et ancestral hérité je ne sais où ni de quand.

Ce furent de longues plaintes montant comme la marée, d’intensité croissante, pour se fondre dans un long cri d’agonie qui me fit comprendre l’évidence : ma belle et mûre amie prenait son fade, un orgasme puissant et incoercible, comme le flot qui emporte tout sur son passage, le barrage qui cède. J’étais à la fois fier, et tellement impressionné : c’était la première fois que je voyais une femme jouir et perdre le contrôle.

Je la léchai tout doucement, tendrement, à petits coups tandis qu’elle me caressait la tête. Puis, répondant à l’appel de ses bras qui m’attirèrent à elle, je remontai vers son corps. Ses bras se refermèrent sur moi ; je glissai en elle et ses cuisses m’entourèrent, me verrouillant, m’enlaçant au plus près de son corps.

Alors je me mis à bouger, lentement, d’avant en arrière, mon désir un peu calmé par rapport au début de notre étreinte. Son antre était trempé, et le contact de son corps doux, chaud et moelleux me faisait plus d’effet encore que celui de sa chatte accueillant mon membre, comme son baiser langoureux quand nos bouches se fondirent de nouveau l’une à l’autre.
J’étais littéralement enveloppé de douceur, de chaleur, et son odeur de femme qui sentait l’amour m’impressionnait tout autant.

Le plaisir était lent, suave, semblant pouvoir durer une éternité, mais elle se mit à faire bouger son bassin avec un art séculaire, de lents mouvements de reptation, féline et reptile tout à la fois. Le basculement de son bassin m’enserrait à chaque aller et pressait la partie sensible de mon membre viril. Alors sans s’annoncer, surprenant le jeune mâle qui n’avait encore jamais expérimenté ces sensations intimes, le plaisir monta soudainement en moi, incontrôlable, irrépressible et, sa langue dans ma bouche, je me mis à gémir longuement. Elle lâcha ma bouche et je me mis à pousser des cris rauques de désespéré en sentant mon foutre partir en jets violents pour l’inonder, l’ensemencer. Elle accueillit ces manifestations spontanées et non retenues avec un sourire satisfait. Je laissai alors reposer ma tête au creux de son cou et mis un long moment à reprendre ma respiration. Nous restâmes ainsi soudés de longues minutes en silence, nos mains nous caressant doucement.

Je pris conscience que mon corps pesait désormais une tonne et que je l’écrasais sans doute un peu, même si elle semblait bien et ne disait rien. Je finis donc par sortir d’elle – à regret – me levai du canapé, un peu gauche, embarrassé, même si je ne regrettais nullement ce moment d’égarement, d’autant que dans ma tête une petite voix murmurait « Tu n’es plus puceau. Elle t’a dépucelé. », et j’étais heureux que ce fût aussi bon, aussi bien.

Elle ne bougeait pas, restant affalée dans la même position dans son canapé, en me regardant avec un léger sourire – satisfait ? Attendri, à coup sûr. Ma fierté de jeune mâle en prenait un léger coup, mais j’éprouvais de la tendresse et de la gratitude envers elle, car même sans être un prix de Diane, elle m’avait permis de faire l’amour à une femme pour la première fois et m’avait fait bénéficier de son expérience de femme mûre. Ce n’était pas une péripatéticienne, sans doute pas une libertine ; peut-être avait-elle eu quelques amants, mais j’étais convaincu que cette première fois avec elle était si bonne… Sans doute aurait-ce été franchement pas terrible avec une fille de mon âge, pressée, exigeante et peu expérimentée. Pour tout ça, pour la douceur, la tendresse avec lesquelles cette première fois s’était passée, j’éprouvai de la reconnaissance pour elle, et j’allais l’éprouver des années durant.

Malheureusement, j’étais trop ému, encore trop troublé pour avoir les mots justes ; j’eus peur qu’elle pense que j’avais honte de l’avoir fait avec elle. Alors c’est sans rien dire que je m’éclipsai dans la salle de bain où je repris une petite douche à la sauvette. Quand j’en ressortis, je la trouvai assise sur le canapé, silencieuse. Elle avait passé une robe d’hôtesse et m’attendait.

Je ramassai mes affaires, un peu confus, et lui dis :

— Je vais y aller…
— Oui…

J’hésitais, ne sachant trop comment me comporter. Peur d’être un goujat, peur d’avoir abusé de la situation (avec les années j’ai compris qu’elle y avait largement trouvé son compte… d’autant que pour un puceau, je n’avais pas été aussi mauvais), peur de donner l’impression que je fuyais, que je partais comme un voleur. Alors, restant une à deux secondes debout devant elle à hésiter, je finis par me pencher, l’embrassai doucement sur les lèvres et lui murmurai :

— Merci.
— À toi aussi…

Et je sortis.

L’avenir me donna raison sur un point : je n’eus plus jamais l’occasion de me retrouver à nouveau seul avec elle. Chaque fois que je revins par la suite faire un tennis dans sa propriété, soit elle était absente (elle n’y venait que rarement), soit j’étais accompagné de mes parents.

À la rentrée suivante je commençai mes études. Je partais toute la semaine dans une ville universitaire à cent kilomètres de mon village pour ne rentrer que le week-end chez mes parents (et peu à peu, d’ailleurs, plus tous les week-ends). J’ai laissé tomber le tennis.

De temps en temps, c’est par mes parents que j’avais des nouvelles de ce couple d’amis. Les affaires de William périclitèrent et, d’après ce que nous en sûmes, il eut de petits problèmes avec la justice, son business ne semblant pas avoir été toujours très clair.

Le couple finit par divorcer. J’eus un peu de peine pour Joëlle bien qu’elle put rester vivre dans leur bel appartement de la banlieue chic. Leur maison de campagne sous les pins avec sa piscine et son tennis fut probablement vendue à cette époque. Je dus l’appendre à un moment ou à un autre, mais mon esprit ne voulut pas le retenir.

Mes parents restèrent amis avec Joëlle durant quelques années puis ils se perdirent de vue.
Moi, je terminai mes études, me mariai, eus des enfants, et divorçai quinze ans plus tard. La vie tournait.

On n’oublie jamais sa première fois, même si l’on mûrit ; l’âge nous rattrape avec ses soucis : le stress de l’avenir, du boulot, et les déboires sentimentaux. On garde l’impression que sa jeunesse c’était hier, mais on s’aperçoit, quand y repense, que même si on en oublie des détails, des évènements tels que celui-ci restent imprimés en nous, émotionnellement.


Récemment, alors que je farfouillais sur Google Maps et Google Street View, je me retrouvai je ne sais comment sur le plan du village de mon enfance. Naturellement, ces souvenirs que j’avais un peu laissés de côté dans ma mémoire me remontèrent. Je cherchai donc la maison sur le plan. Je mis un bon bout de temps avant de retrouver sur la carte cette foutue rue en impasse où je n’avais pas mis les pieds depuis tant d’années, mais je finis par y parvenir.

C’est là qu’on se rend compte combien quarante ans érodent le monde des humains, car je compris pourquoi je ne reconnaissais pas les photos : à la place de cette grande propriété sous les pins, désormais un petit bâtiment récent de deux étages, apparemment communal, occupait l’espace : la maison avait été rasée ! J’eus un pincement au cœur.

Plus on avance dans l’âge, plus le monde dans lequel on a vécu se dissout, jusqu’à ce qu’on disparaisse avec lui.


Ne laisse pas la peur entrouvrir le passage
Obscur et vénéneux dans l’argent de tes yeux
Mais donne à la lumière tes pensées les plus sages
Pour un instant de calme, de plaisir délicieux

Annabel Lee
Pas un seul cheveu blanc
N’a poussé sur mes rêves
Annabel Lee
Au roman des amants
Je feuillette tes lèvres

H.F. Thiéfaine