Le journal télévisé

La présentatrice vedette du Journal de 20 heures s'apprête à lancer la dernière partie de son édition. Assise bien droite face à la caméra qui la cadre en plan serré, la jolie blonde offre à ses millions de téléspectateurs un sourire éclatant. Décontractée et dynamique, elle conserve toutefois une réserve et un sérieux de circonstance. Le col de son chemisier blanc s'ouvre sur ses épaules, et les boutons défaits jusqu'au milieu de sa poitrine laissent entrevoir, entre les pans de la veste ouverte de son très classique tailleur gris, un décolleté discret mais profond.

— Avant de refermer ce journal, j'ai le plaisir d'accueillir ce soir Lambdales, dont le recueil Instantanés sort demain en librairie. Bonsoir à vous, merci d'être avec nous sur ce plateau.

Elle présente le livre à la caméra. La couverture est sobre, rappelant celle des ouvrages des grandes collections littéraires. De couleur crème, elle mentionne simplement en caractères rouge foncé le titre et le nom de son auteur. Ce dernier, un homme entre deux âges aux tempes grisonnantes, est vêtu d'une chemise bleu ciel, d'un pantalon de toile beige, et porte de petites lunettes rondes à fine monture de métal qui lui donnent un air docte. Il hoche la tête et répond en souriant, légèrement intimidé de se retrouver sous les projecteurs :

— Bonsoir. Merci de me recevoir. Tout le plaisir est pour moi.
— Alors cet ouvrage se compose de nouvelles relativement courtes, indépendantes les unes des autres ; comment définiriez-vous ces « instantanés » ?
— Eh bien, je dirais – comme le titre le suggère – qu'il s'agit d'images, de photographies, ou de scènes si vous préférez, dans lesquelles je m'amuse à partir de situations de la vie courante que je détourne.
— Vous prenez à l'évidence un malin plaisir à jouer avec les tabous, à malmener les codes moraux. Vous amenez vos personnages a priori ordinaires à bafouer les usages de façon extrêmement choquante.
— Tout à fait. Il y a quelque chose de jubilatoire dans cet exercice très transgressif. J'apporte notamment un soin tout particulier à la tenue des protagonistes et au caractère conventionnel du contexte dans lequel ils évoluent, ce qui m'aide à accentuer le contraste avec les actes de débauche auxquels ils se livrent.
— Je note en effet votre penchant pour les femmes « bon chic, bon genre », comme on dit, dont vous aimez faire ressortir les instincts pervers. N'est-ce pas un peu dégradant ?
— Si, bien sûr. Cela fait partie du jeu. Tenez, prenons votre exemple, si vous le permettez. Vous auriez pu boutonner votre chemisier un petit peu plus haut sans paraître moins élégante. Le déboutonner plus bas pourrait vous faire franchir les limites de la bienséance, avec honte et scandale à la clef, mais qui sait avec quel plaisir ?

La journaliste rougit légèrement sous les yeux de l'auteur amusé. Elle tente de reprendre le contrôle de l'interview sur un ton plus espiègle, acceptant de fait la joute que lui propose son interlocuteur. Joignant le geste à la parole, elle défait prestement deux boutons supplémentaires et écarte les bras en riant, les mains ouvertes, pour montrer à la France entière qu'elle ne se défile pas. Le chemisier bâille dans le mouvement, laissant entrevoir un bref instant la naissance de ses seins et le petit nœud qui orne son soutien-gorge blanc.

L'écrivain rit à son tour.

— Je pense qu'une partie de votre audience masculine apprécie le geste… Plus sérieusement, que vous le vouliez ou non, vous êtes une icône du petit écran et vous véhiculez à ce titre un certain nombre de fantasmes. Peut-être en jouez-vous un peu aussi. Pour ma part, c'est ce décalage que je cherche à mettre en valeur.

L'image revient sur la présentatrice. Son chemisier s'étire maintenant de part et d'autre de ses bonnets de dentelle bien remplis. À la fois émoustillée et aiguillonnée par l'impact médiatique que pourrait avoir cette interview, elle poursuit en essayant de rester aussi naturelle que possible :

— Vos personnages concrétisent donc les fantasmes de vos lecteurs, qui les vivent, en quelque sorte, par procuration.
— C'est tout à fait ça. Si vous voulez bien me prêter votre concours, je vous propose une petite expérience toute simple qui illustrera parfaitement ma démarche. Est-ce que deux messieurs de votre équipe peuvent venir nous rejoindre ?

Il se tourne avec un regard interrogateur vers la pénombre qui règne derrière les caméras. Pressant son doigt contre son oreillette la jeune femme attend une réponse du réalisateur. Le timing ne sera certainement pas respecté, mais la régie estime que l'on peut déborder et donne son feu vert. La présentatrice acquiesce d'un signe de tête, et un léger brouhaha laisse entendre que les personnes demandées s'apprêtent à entrer sur le plateau.

— Voilà. Merci, Messieurs. Je vais vous demander de vous placer de part et d'autre de Madame. Ne soyez pas timides ; vos visages sont hors du cadre, personne ne peut vous reconnaître ! Bien. J'aimerais maintenant que vous sortiez vos sexes et que vous commenciez à vous masturber.

Les surprenantes et laconiques instructions ont jeté un froid autour de la table monumentale. Les deux hommes ayant reçu l'aval du réalisateur s'exécutent, goguenards, sans se poser plus de questions que des gamins préparant une mauvaise blague. La présentatrice, les yeux écarquillés, laisse échapper un petit cri de surprise. Puis, se ressaisissant, la poitrine gonflée et les mains posées à plat sur le bureau, elle prend la pose avec un sourire inquiet. À ses côtés, sur les bords de l'écran, les deux pénis se raidissent et se dressent petit à petit.

— Je crois que ces messieurs sont prêts. Pourriez-vous s'il vous plaît prendre l'un d'eux en bouche ?

L'écrivain s'exprime calmement, avec un ton de professeur bienveillant. La jeune femme regarde alternativement les deux membres tendus vers elle, comme si elle ne pouvait choisir, comme si elle devait gagner du temps. L'oreillette qui d'habitude la guide dans les moments de doute reste muette. Alors, se jetant à l'eau, elle tourne la tête sur sa droite, l'incline, et gratifie le premier gland de deux petits coups de langue.

— Imaginez tous ceux – et ils sont nombreux, j'en suis sûr – qui ont un jour rêvé d'être à la place de ces messieurs. Imaginez leur réaction en cet instant…

Répondant à ces encouragements, elle décolle sa main droite de la table pour se saisir du manche qu'elle engouffre entre ses lèvres. Les formes généreuses de sa poitrine se mettent en mouvement au rythme de la fellation qui débute.

— Imaginez leur main, accompagnant la vôtre, aller et venir sur leur propre pénis. Imaginez tous ceux et celles – très nombreux également – qui sont en train de se rincer l'œil, les couples que vous inspirez et dont la libido se réveille…

Laissant échapper un petit gémissement d'approbation, la présentatrice suce et branle de plus belle, passant sa coquette main libre dans ses cheveux pour s'assurer que sa coiffure reste en place.

— Imaginez aussi tous les gens outrés, peut-être plus nombreux encore, qui hurlent au scandale et vous traitent de tous les noms.

Accompagnant un nouveau gémissement, les doigts impeccablement manucurés tirent sans ménagement sur le bonnet dont se libère le sein gauche. Narguant les pisse-froid et saluant ses admirateurs, son téton durci pointe vers la caméra.
Secouée mais fière de son petit exploit, la journaliste se met en devoir de poursuivre l'entretien, reprenant une posture adaptée et faisant mine d'ignorer les deux triques au garde-à-vous. Elle décide de provoquer une nouvelle fois l'écrivain :

— Vos lecteurs, selon vous, veulent finalement « du cul, des nichons et des suceuses de bites », pour parler vulgairement… Et c'est tout simplement ce que vos nouvelles pornographiques leur donnent, non ?
— Je revendique entièrement le caractère pornographique. Ce qui rend – pour reprendre vos termes choisis – votre superbe « nichon » ou vos qualités de « suceuse de bites » particulièrement excitants, c'est votre statut social, cet ensemble de convenances qui nous en interdisent l'accès. Ce sont les pulsions que vous cachez sous vos allures de femme du monde qui m'intéressent. Vous n'avez pas résisté à les libérer pour nous ce soir… Vous ne nierez pas prendre un certain plaisir dans cette expérience ?

Profitant du court instant que lui laisse la réponse de son invité, la coquine satisfait goulûment le second gland délaissé tout en dégageant son sein droit de sa prison de dentelle blanche. Se redressant sur son siège, elle enchaîne, exposant à la caméra sa poitrine nue légèrement rehaussée par les bonnets retroussés.

— Vous vous intéressez donc à ce que les femmes cachent, et qu'elles oseraient à peine dévoiler ? Pensez-vous vraiment que la gent féminine porte enfoui en elle un tel fond de perversion ?

L'auteur éclate de rire.

— Non. Non, non… Pas forcément… Mais cela peut s'avérer un puissant moteur du fantasme. Tenez, par exemple, que se passe-t-il sous cette table ? On ne voit jamais à l'image que la partie supérieure de votre charmante personne ; qui sait ce que vous dissimulez en dessous ? Probablement rien de particulier, mais l'excitation naît de tout ce qu'une imagination sans limites peut créer.
— C'est effectivement une source de plaisanteries parfois grivoises dans notre métier, je vous l'accorde. Et puisque vous abordez ce sujet…

La jeune femme se lève et se retourne, cédant à l'écran la place à son postérieur, moulé sans surprise dans la jupe grise de son élégant tailleur. Faisant glisser ses mains sur ses cuisses, elle remonte cette dernière lentement tout en ondulant des hanches d'une manière particulièrement suggestive. La bande sombre qui marque le haut de ses bas couleur chair apparaît, puis ses jarretelles blanches, et ce sont enfin ses fesses nues qui se découvrent. Ses jambes légèrement écartées laissent entrevoir son petit abricot, lui aussi à l'air libre. Deux mains se plaquent sur son derrière qu'elle continue à faire danser. Les techniciens dont elle a commencé à s'occuper quelques instants plus tôt se sont mis en devoir de la pétrir en direct et en gros plan. Elle se retourne à nouveau, les mains sur la taille où sa jupe est troussée, offrant aux téléspectateurs une vue unique sur sa chatte parfaitement épilée. Le caméraman dézoome légèrement de manière à avoir à l'image les jolis seins que les doigts baladeurs ont également pris en charge.

— Je vois que vous célébrez la journée du porte-jarretelles, qui – peut-être le savez-vous ? – a été mise au goût du jour par l'un de mes collègues écrivains. Je pense qu'il appréciera cette attention.

Penchée en avant, appuyée sur ses coudes, la présentatrice sans culotte rebondit sur la remarque de son invité pour délivrer l'information qu'elle vient d'introduire avec brio. Au-dessus de sa tête, on distingue à l'arrière-plan le sommet de son superbe postérieur qui se dandine.

— Vous avez raison : c'est aujourd'hui le « Porte-Jarretelles Day », comme on l'appelle communément. Cette tradition a de plus en plus de succès dans les entreprises françaises où l'on met à l'honneur élégance et coquetterie. Les femmes peuvent, le temps d'une journée de travail…

Le premier technicien s'est placé derrière elle, s'est saisi de ses hanches et vient d'interrompre d'un coup de reins la lecture du prompteur. La jeune femme ferme les yeux, baisse un instant la tête, se mord les lèvres, puis se redresse en essayant de reprendre son texte.

— Les femmes peuvent… le temps de… d'une…

Son corps commence à s'agiter d'avant en arrière. Le col de son chemisier saute sur ses épaules, les pans de sa veste s'agitent, ses seins se balancent entre ses bras crispés… Elle tente de maintenir son visage immobile et impassible, se concentrant sur les lignes qui défilent.

— D'une journée de… mmmmm… de travaaaaail…

L'une des deux caméras qui lui font face se déplace de manière à se positionner sur son profil gauche. Malgré le trouble qui l'envahit, poussée instinctivement par son sens de l'image, elle lève la jambe pour appuyer son escarpin noir sur son siège, dégageant ainsi la vue sur l'énorme sexe qui investit son vagin sans ménagement. À l'arrière-plan, l'invité observe avec intérêt l'expérience qui dégénère au-delà de ses espérances. Sa victime secoue la tête, râle, puis cesse de résister, s'abandonnant à la vague de plaisir qui la submerge.

— Le temps d'une journée de travail… Écarter leurs cuisses de saintes-nitouches habillées de soie… Exhiber leurs jarretelles et leurs chattes trempées… Se faire lécher leur mouille… Se faire défoncer… Oh ouiiii, défonce-moi !

Le marteau-pilon qui la comble répond volontiers à ses injonctions et accélère la cadence, toujours plus percutant, toujours plus profond. Secouée comme un prunier, elle s'accroche à la table en serrant les dents. Sa poitrine bat frénétiquement la mesure entre les vêtements débraillés de grands couturiers qui ne les envisageaient pas portés ainsi. Ses gémissements se transforment en grondements, les mots sortent de sa bouche en cris rauques et essoufflés.

— Tombez vos jupes, Mesdames, qu'on voie bien votre cul et vos bas sous la veste… Sortez vos nichons de vos tailleurs, que ces messieurs en costard-cravate jutent bien dessus… Et gardez vos lunettes pour sucer, ils adorent ça !

La furie crache son texte obscène, désormais improvisé, violent exutoire de sa rage de jouir. Derrière elle, le second technicien se prépare à prendre le relais, lui laissant un court instant de répit. Les mains viriles glissent sous la jupe relevée, partant à la découverte de l'excitant porte-jarretelles, puis reviennent écarter fermement les fesses entre lesquelles le pénis impatient cherche son chemin.

— Oh oui ! Dans mon petit trou ! Aaaah ! Regardez : il explose mon cul, ce petit salaud !

Réagissant à ces derniers mots, la réalisation repasse sur la caméra de côté pour saisir en gros plan la pénétration anale. Les doigts de la journaliste, glissés entre ses jambes, s'activent alternativement sur son clitoris et dans son vagin dégoulinant. Elle interpelle sèchement celui qui l'embroche avec précaution, lui signifiant qu'elle n'est pas fragile et qu'elle a déjà été enculée par de bien plus gros diamètres. S'adressant à ses spectateurs, elle reprend sa diatribe dégradante :

— Alors comme ça, on imagine des choses sous la table ? Que je me fais brouter, peut-être ? Que je me fourre d'énormes godes dans la moule ? Alors comme ça, on fantasme sur les femmes inaccessibles ? On rêve de me prendre par tous les trous et de faire gicler sa bite sur mon chemisier ? Je vous choque ? Oh oui, mes cochons, mes cochonnes, je vous choque… Et que cache-t-elle, votre bien-pensance pudibonde ? Ooooh, ça me fait jouir comme une chienne en chaleur !

Haletante, étourdie, elle s'avachit sous la puissance de l'orgasme. Le sodomite, lui aussi au bord de l'explosion, se retire et l'aide, d'une main ferme appuyée sur son épaule, à se rasseoir sur son siège. La jolie blonde échevelée se saisit des deux pénis afin d'en tirer au plus vite le bouquet final. Ses seins vibrent et tressautent au rythme nerveux de ses poignets branleurs.

Le premier gland ne met pas longtemps à expulser d'épais jets de sperme qu'elle recueille dans sa bouche grande ouverte. Elle le laisse ensuite finir de goutter sur sa poitrine pour recevoir la livraison du second. Sirotant l'abondante semence dont elle laisse s'échapper une partie entre ses lèvres, elle relâche les deux sexes épuisés et déjà ramollissants. Son invité, auquel elle ne pense plus en cet instant, reste silencieux et attentif. Il sourit toutefois en se disant devant cette magnifique perte de contrôle et cet élan de vulgarité que sa démonstration est une réussite.

La séquence qui résume en images et en une minute les principaux titres du journal est lancée. Lorsqu'elle se termine, la présentatrice réapparaît à l'écran. Les assistantes du plateau l'ont aidée à se rhabiller et à se recoiffer en un temps record ; un verre d'eau et l'agitation effrénée qui a suivi ses ébats vociférants ont quelque peu éclairci son esprit.

— Voilà, ce journal se termine avec un peu de retard que vous nous pardonnerez, j'espère. Dans un instant : la météo, suivie de votre film. Vos prochains rendez-vous avec l'information : demain dès 7 h 30 et à 13 heures ; je vous retrouve pour ma part à 20 heures.

Présentant à nouveau son livre à la caméra, elle se tourne vers l'auteur.

— Lambdales, merci d'avoir accepté notre invitation. Je rappelle le titre de votre ouvrage : Instantanés.
— Merci à vous ; merci surtout pour ce magnifique « instantané » que vous nous avez offert…

Rougissant une dernière fois, c'est sur ce clin d'œil qu'elle prend congé de ses millions de téléspectateurs. L'écrivain ne peut détacher son regard du téton effronté de son sein gauche, resté en pleine lumière, sur lequel le décolleté du chemisier blanc est resté accroché.

— J'espère que vous avez apprécié autant que moi cet entretien exceptionnel. Bonsoir à tous, passez une excellente soirée sur notre chaîne.