Une bien curieuse demande !

La tondeuse s'est tue. Le ciel est d'un bleu sans nuages, seulement zébré par les deux rails blanchâtres laissés par un avion si haut qu'on le devine à peine. Les verts des feuillus contrastent avec ceux plus sombres des sapins. Tout autour d'eux ce ne sont que gazouillis d'oiseaux, crissement d'ailes de grillons qui signalent leur présence. Le lac est comme une grande nappe tout aussi bleue que l'azur qui s'y reflète. De temps à autre, un cri d'enfant qui joue, au camping en face, leur rappelle cependant qu'ils ne sont pas seuls au monde.

Sur le parapluie de fils, Claude a mis la lessive à sécher. Ceci aussi fait partie des joies de la vie à la campagne. Pour Michel, tondre ou jardiner ; pour elle, tenir la maison en ordre sont aussi des activités de tous les couples. Il est là, dans l'encadrement de la porte-fenêtre, son tee-shirt mouillé de sueur. Depuis combien de temps la regarde-t-il ? La brune n'en a pas la moindre idée. Elle lève la tête, croise son regard, et il lui sourit.

— Tu es belle, ma Claude…
— Tu parles ! Regarde comment je suis attifée.

Pour ce ménage printanier, c'est vrai qu'elle ne s'est guère embarrassée de vêtements sympas. Sous sa nuisette courte, rien d'autre qu'une culotte ; son cul à peine voilé est à la merci des yeux rieurs de son mâle. Oh, elle ne fait rien pour aguicher l'homme avec qui elle partage cette vie depuis… bien des années. Il suit les courbes de son corps. Pourtant, la femme les trouve de moins en moins attirantes même s'il s'ingénie à lui dire le contraire.

Les seins un peu moins fermes, les fesses sans doute aussi plus rebondies : les petits plats savent se cacher sous cette peau de quarante ans. Bien entendu qu'elle continue à prendre soin de son corps, qu'elle fait un peu de sport, qu'elle reste attentive à la plus petite ride, mais l'âge est là tout de même.

— Tu es tout trempé, Michel. Tu veux prendre une douche et te changer ?
— Tout à l'heure ; il me reste encore le bateau à sortir. Un dernier effort et il sera prêt pour l'ouverture du brochet : vivement samedi !

C'est son plaisir, la pêche sur le lac. Mais elle est ponctuée par des dates bien spécifiques pour l'ouverture de la truite en mars, puis celle plus attendue du carnassier, le premier mai chez eux. Il reste donc encore à patienter huit jours à Michel pour enfin assouvir sa passion. Il ne ramène pratiquement jamais de poisson, sauf si celui-ci est trop abîmé pour être rendu à l'onde. Mais son appareil photo regorge de ses prises relâchées, dans ce qu'il appelle la pêche « no kill ».

— Tu as besoin d'un coup de main pour mettre à l'eau ton engin ?
— Je verrai. Je t'appellerai si c'est nécessaire.
— Bien, je reste par là. Crie fort si tu veux de l'aide.
— Oui ma belle.

Le son de sa voix est joyeux, il respire le bonheur. L'ouverture, c'est son petit contentement à lui, et elle n'intervient jamais dans ces préparatifs qui vont durer encore une semaine entière. À chacun ses plaisirs, et ceux-là sont bien innocents. Maintenant c'est Claude qui suit des yeux les épaules larges, le short bleu dans lequel naviguent deux fesses connues. Il va au garage et elle voit passer le précieux fardeau sur sa remorque. La tache mouillée sur son vêtement lui descend maintenant jusqu'au nombril : il fait très chaud pour une fin avril.

Michel n'a pas appelé, et il remonte du ponton vers la maison.

— Ça y est, la barcasse est prête ! On va faire un tour sur le lac si tu veux, pour essayer le moteur.
— J'irais bien ; ce n'est pas l'envie qui m'en manque, mais je dois surveiller notre repas. Vas-y, toi, je vois bien que tu en rêves…
— Ce ne sera pas long ; un quart d'heure tout au plus.
— Attends ! Tiens, passe ceci sur tes épaules. Ne va pas attraper froid juste avant l'ouverture.
— Qu'est-ce que je ferais si tu n'étais pas là !
— Une autre me remplacerait, bien sûr.
— Impossible, ça ! Il y a des choses que toi seule sais faire. Tu es unique pour cela !
— Lesquelles ? Dis-moi voir un peu.
— Non. Je te montrerai tout à l'heure plutôt, quand je vais revenir de mon tour de lac.
— Sale pervers ! Je vois à quoi tu fais encore allusion.
— Dis que tu ne vas pas apprécier ! Juste un petit coup en passant, juste un peu…
— File ! Va naviguer au lieu de dire des bêtises. Allez, laisse-moi, j'ai encore du boulot, moi. Et… fais attention sur l'eau, hein !
— À tout de suite, ma belle et attends-moi pour…
— Pour quoi ?
— Ben, nous pourrions aller à la douche ensemble. Je sens la transpiration, et toi, tu vas avoir sur toi toutes les odeurs de la graisse de cuisine… alors nous pourrions joindre l'utile à l'agréable.
— File, je te dis ! Tu ne penses donc qu'à ça ? Ce que tu as eu ce matin ne t'a donc pas suffi ?
— Si, mais tu as un si beau…

Le reste se perd dans le rire qu'il laisse fuser en partant vers son bateau. Le moteur est en route, et le son de celui-ci va en diminuant. Il est sur son élément préféré. Elle est bien certaine que ça doit le démanger de ne pas avoir pris de cannes ; mais bon, c'est pour bientôt, juste encore un zeste de patience. Dans la cuisine, un agréable fumet monte de la cocotte en fonte qui mijote sur le coin d'un fourneau alimenté par du bois. La brune vient de temps en temps remuer ce qui sent si bon à l'intérieur du récipient. Encore quelques minutes, et le coq au vin sera à point.


Le bruit du bateau se rapproche. L'eau clapote sur les montants qui soutiennent le ponton. Michel est de retour. Trente minutes à s'imprégner de sensations nouvelles, une demi-heure à sentir le monde lui appartenir ; un pur bonheur ! Puis à proximité de la maison en pin, cette délicate odeur qui vient lui chatouiller les narines. Un samedi comme les autres ? Non, pas tout à fait : celui-ci marque le vingtième anniversaire de son mariage avec Claude. Une paille au regard de tous ces couples amis qui se sont, eux, au fil du temps désunis. Le leur tient bon contre vents et marées, solide comme un roc et, cerise sur le gâteau, les deux époux prennent toujours un réel plaisir à se redécouvrir.

La femme brune sur la terrasse qui dresse les couverts sur la table vient de marquer un temps d'arrêt. Elle suit quelques secondes la silhouette aux tempes légèrement grisonnantes qui arrime la barque. Tout respire la douceur et la gentillesse chez cet homme qui est le sien.

— Alors ? Monsieur a repéré quelques belles chasses sous la surface ?
— Je crois que le gros de l'ouverture se tient là quelque part, pas très loin de chez nous. Un jour il finira dans une poêle quelconque. Il se fait prendre au moins deux fois par an, mais un jour il n'aura plus la chance de tomber sur mon hameçon… et un étranger pourrait bien lui faire sa fête.
— Bah ! Il aura bien vécu.
— Elle : les plus gros sont toujours des femelles.
— Salaud, va ! Dis que les femmes deviennent plus grosses que les hommes !
— C'est la règle chez les poissons… parfois aussi chez les humains.
— Macho… Mon Dieu, qu'il est macho !
— Mais non. Ça sent rudement bon ; hum, je vais me régaler…
— Oui, ben… interdiction d'aller trifouiller dans mes gamelles, compris ?
— Oui, Madame. Et notre douche ? On s'y colle ?
— Pour nous laver, je veux bien. Pas pour me…
— C'est de ma faute à moi si dès que tu es nue ma… se met au garde-à-vous ?
— Je crois qu'elle le ferait même pour une chèvre de passage. Alors…

Claude a lancé sa petite pique avec un certain aplomb. Michel, en baissant la tête, se dirige vers elle. Elle fait mine de partir en courant. Il tend le bras et ses doigts happent la nuisette pourtant ultra-courte.

— Non ! Arrête, s'il te plaît, on pourrait nous voir.
— Qui ? Les poissons sont les seuls qui pourraient vraiment s'intéresser à nous. Et puis le gazon frais… tu n'as pas envie de te rouler dedans ?
— Noon…
— Chut. Regarde dans quel état tu me mets.

Michel vient de déposer son épouse dans l'herbe seulement tondue. Elle minaude pour la forme. Son ventre pourtant apaisé par une première séance avant qu'ils se lèvent recommence à se contracter. Les premiers signes de l'envie physique s'avèrent très rapides à se montrer, depuis quelque temps. L'homme a déjà trouvé le moyen de lui baisser sa culotte. Elle attrape son tee-shirt encore humide qui s'envole pour rejoindre le triangle de dentelle sur la pelouse, à trois pas d'eux. Le torse nu de son mari vient à la rencontre du visage de la femme. Lui, de son côté, a déjà placé sa main entre ses cuisses.

Il fouille sans chichis dans la petite touffe qu'elle n'a jamais voulu sacrifier ; elle refusera sans doute toujours de l'abandonner à cette mode étrange du « tout lisse », une mode pour salopes de films pornos : c'est son leitmotiv pour refuser de la raser. Bien entendu, le triangle poilu est toujours méticuleusement entretenu et sa chatte sent bon. Son mari n'hésite aucunement pour se mettre tête-bêche et la lécher. C'est si bon qu'elle ouvre les jambes largement, se maintenant sur le côté pour qu'il accède plus profondément à ce nid enfoui entre les cuisses. Elle se pelotonne avec vigueur contre lui, attendant avec un plaisir non dissimulé les sensations perfides que lui renvoie sa langue en action.

Elle a toujours aimé, apprécié cette forme de sexualité où tout entre eux peut être permis. Il se frotte à elle, semblant ainsi l'exhorter à prendre en bouche le panache qui bande fortement aux abords de ses lèvres. Mais pour le moment, elle ne veut que ressentir les perceptions jouissives de ce frottis externe sur ses grandes lèvres. Il sait bougrement bien s'y prendre. Mais elle n'ignore pas que si elle le suce maintenant, elle perdra à demi cette incroyable vague de frémissements qui la parcourt tout entière. Faire deux choses en même temps reste évidemment du domaine du possible, mais sa préférence va quand même au plaisir de l'un pour en profiter un maximum avant d'en donner à l'autre.

Puisque c'est lui qui a commencé, elle saura donc le faire patienter encore, au moins jusqu'à ce qu'elle jouisse un peu. Elle ferme les yeux et s'oblige à ne penser qu'à ce plaisir qui commence à monter du fond de ses tripes. Elle est enfin secouée par un orgasme qui la fait bouger dans tous les sens. Michel sait quand elle jouit, et le vicieux réduit la vitesse de passage de sa langue sur sa chatte. La vague, un instant stoppée, revient de plus belle. Cette fois il la laisse partir, et elle griffe tout ce que ses ongles rencontrent. Le dos de son mari n'échappe pas à ces serres durcies par un vernis tenace. Elle se tétanise totalement.

Enfin les spasmes de son corps et ses gémissements, vocalises amoureuses explicites, se calment ; et à ce moment et seulement là, elle prend en bouche le dard qui furieusement est gorgé de sang. Il a un volume conséquent, conjugaison idéale de l'attente et de l'envie. Un soupir de soulagement salue cette prise de bec. La flûte a droit à un air de pipeau, et Michel ne s'en plaint pas. Elle aussi sait comment garder cette bête bien en forme, bien raide. Ses allers et retours sur la hampe prennent tous bien garde à ne pas accélérer les mouvements. La déclinaison du verbe aimer se fait au sens physique. Il pose alors ses mains sur la tête qui se livre à une étude approfondie de la pipe.

Le temps passe, et elle ne cherche pas à faire pleurer la trique qui depuis un long moment s'enfonce avec délectation entre ses mâchoires. Les plaintes que son mari laisse s'enfuir de sa gorge la maintiennent, elle aussi, dans un état d'envie permanent. Elle insiste encore et encore avec délicatesse, et plus il crie, plus elle a besoin de faire l'amour. Un cercle vicieux : un chat que se mord la queue, en quelque sorte. Mais les bonnes choses aussi ne doivent jamais durer trop longtemps ; elle finit par céder à la tentation. Il se laisse lui aussi emporter par cette lave qu'il retenait et qui soudain avec pression gicle dans la gorge amoureuse.

Assouvis tous les deux, ils restent ainsi couchés l'un contre l'autre avec cette bonne odeur d'herbe fraîchement taillée. Puis, lorsque son sexe reprend un peu de vigueur, il se décide à lui faire l'amour. La position la plus simple, la plus ordinaire pour qu'elle n'ait rien d'autre à faire qu'à se laisser guider. Toujours allongée sur le dos, il lui remonte les talons par-dessus ses épaules, restant lui à genoux face à son ventre. Il pose de la main sa verge sur l'entrée de sa chatte, et d'un coup de reins il investit sa grotte. Il recommence lentement les balancements qui font entrer et sortir sa queue de son ventre. Sa tête aux yeux clos se berce doucement au rythme doux de ce ramonage en plein-air. Il lui faut un sacré long moment pour à nouveau lui ensemencer le ventre. À plus de quarante ans, il bande plutôt toujours bien, mais les éjaculations s'espacent un peu, par contre.

Après une nouvelle plage de repos où chacun d'eux reprend ses esprits, elle se relève pour filer vers son coq au vin. Michel, lui, se dirige vers le garage à bateau d'où il revient en dissimulant du mieux possible un petit paquet orné d'un flot doré : un cadeau pour ce vingtième anniversaire de mariage, un cadeau bien mérité, finalement. Il glisse le paquet sous la serviette et entre dans le chalet.

— Bien ! Maintenant, la douche n'est plus un luxe, mais bien une obligation.
— Oui, mais une vraie douche : j'ai eu plus que ma dose ! Tu ne tentes plus rien avant… au moins… plus que ça.
— Comme tu veux.
— C'est bien promis ? Sinon tu y vas, et ensuite j'irai.
— La confiance règne…


Claude a trouvé son cadeau sous l'essuie-bouche. Elle l'a ouvert sans tarder, et la petite bague au brillant qui lui avait tapé dans l'œil chez le bijoutier vient de se loger sur son doigt. Sa bouche est revenue pour faire à son mari un poutou obligé ; il a souri, et dans les deux regards une nouvelle flamme étincelle tout autant que le diamant sur son chaton. Pas besoin de dire un mot : les « je t'aime » s'avèrent totalement inutiles. Pas de paroles pour décrire ce que ces deux-là peuvent ressentir.

— Je n'ai pas de cadeau pour toi, mon amour.
— Ce n'est pas bien grave : c'est toi mon vrai bijou.
— C'est trop gentil, Michel. Mais si je pouvais te donner ce qui te ferait le plus plaisir, que me demanderais-tu ?

Il ne répond pas, se contentant de hausser les épaules en signe d'incompréhension.

— Allons, dis-le-moi ! Je t'en prie… Qu'aimerais-tu vraiment comme gage d'amour ?
— Franchement ? Je n'en sais fichtre rien.
— Si tu me le dis, je te ferai plaisir et je me débrouillerai pour que tu l'obtiennes.
— Attention, ma Claude : tu t'engages bien vite sur un chemin qui pourrait s'avérer très glissant pour toi.
— Allez, sois sympa… Dis-moi ce que tu voudrais vraiment.
— Je ne suis pas sûr que ce que je pourrais te dire te fasse tellement plaisir.
— Cochon qui s'en dédit : ce que tu me demandes, je te l'offre.
— Finissons notre déjeuner, veux-tu ? Inutile de nous prendre la tête, pas aujourd'hui surtout.
— Oui, mais vingt ans de vie commune – et j'oserais dire vingt ans d'amour mutuel – ça vaut bien un cadeau… Je t'en prie, Michel, dis-le-moi.

L'homme, les yeux plantés dans ceux de son épouse, cherche à détourner son attention. Bien sûr qu'il a une vague idée, une petite… non, une grosse idée de ce qui pourrait lui faire plaisir, mais il n'est pas du tout certain qu'elle apprécie vraiment, s'il lui en parle. Il hésite encore ; les mots restent bloqués dans sa gorge, et pourtant elle revient à la charge :

— Pourquoi tu ne veux pas m'en parler ? Tu ne veux plus me faire plaisir ? C'est fou, ça. Je te propose de t'offrir ce que tu veux, et tu ne sais même pas m'en parler.
— Claude… Je t'en prie, arrête. Je ne sais pas. Vraiment, je n'ai besoin de rien, c'est tout.
— Ne me mens pas : je connais ce regard ! Nous vivons depuis si longtemps ensemble que je peux deviner quand une idée te passe par la tête, et là… je suis certaine que tu as pensé à quelque chose de précis.
— Comment peux-tu être aussi catégorique ?
— Appelle cela comme tu veux ; intuition féminine, sixième sens, mais je sais que tu as eu une hésitation perceptible. Alors tu m'en parles, oui ou non ? Réfléchis pendant que je vais chercher le café. Tu veux un pousse avec ?
— Ah… allez, un cognac, ça ne peut pas faire de mal. Tu en prends un avec moi ?
— Pourquoi pas ? Après tout, c'est jour de fête, non ?

Elle trottine vers la maison. Son domaine, c'est ça. Ses deux cent cinquante mètres carrés qu'elle entretient jalousement. Ses hanches aux contours fins semblent faire des appels aux sens de Michel. Dans le pantalon, la bite reprend vie. Elle est donc insatiable ? Mais d'autres images se mêlent à celles de ces reins qui roulent sous les pas de sa femme. Pourquoi entrevoit-il des mains inconnues qui caressent ces fesses dont il est fou ? Pourquoi entend-il des soupirs, des murmures alors qu'il songe qu'un autre sexe pénètre cette chatte dont il profite largement ? Mais le pire, c'est sans aucun doute l'absence de jalousie. Pourquoi cette idée de l'entendre ou de la voir faire l'amour lui reste-t-elle collée au fond du crâne ?

Ses vieux démons qui reviennent le hanter, un fantasme de toujours qui remonte à la surface sous la forme de cette question de Claude :

— C'est trop gentil, Michel ; mais si je pouvais te donner ce qui te ferait le plus plaisir, que me demanderais-tu ?

Ce sont bien ses mots ! Il en doute encore un peu, comme s'ils n'étaient sortis que de son imaginaire d'homme de quarante balais. Elle a réellement prononcé cette phrase ? Et s'il avait osé la prendre au mot, aurait-elle tenu sa promesse ? Il se pose mille questions ; c'est le ver qu'il a planté dans le fruit. Il ne veut plus penser à cela. Mais si elle lui reposait la question… lui répondrait-il ? Le café et les cognacs sont là. Elle se penche pour poser sa tasse devant lui. Ses deux seins qui se promènent nus sous son léger top ne demandent qu'une caresse ; il ne la leur accorde pas. Du reste, qu'est-ce qu'elle penserait si elle savait ? Pour ne pas avoir l'air trop pensif, il trempe ses lèvres dans le breuvage noir brûlant.

Elle est de nouveau assise sur son siège, et ses yeux ne le quittent plus. Que peut-elle bien penser en le regardant de cette manière ? Il a comme l'impression qu'elle entre en lui, qu'elle dissèque la moindre de ses pensées. Retrouve-t-elle ces clichés pornos qui viennent de lui courir dans la tête ? Il sourit à la seule idée qu'elle puisse voir ce qu'il imaginait. Ce rictus qui vient de naître sur ses lèvres, elle l'a pris pour elle ; elle croit sans doute que c'est une offrande, et elle ne la refuse pas.

— Alors, monsieur Michel va-t-il enfin me dire ce qu'il aimerait ?

Se jeter à l'eau et risquer de perdre tout ce qu'ils ont mis des années à bâtir ? Est-ce que vraiment une soirée comme celle à laquelle il pense vaut bien ce bonheur ? Il se tait encore, mais c'est mal la connaître. Elle revient à sa question, sans relâche, têtue comme une femme d'ici. Les Vosgiens, et par extension les Vosgiennes, sont réputés pour être obstinés, parfois à la limite… obtus. Le bras de la jolie Claude conduit sa main sur sa joue. La barbe de la journée crisse sous les doigts qui s'y frottent.

— Il ne me dira donc rien, mon petit mari ? Un peu de courage !
— Si je te le disais, peut-être m'aimerais tu moins, et je n'ai pas envie d'être sans toi.
— Comme tu y vas… Crois-tu vraiment qu'un vœu suffise à tuer notre bonheur toujours renouvelé ? C'est d'une part bien mal me juger, et puis je ne pense pas que tu me demandes d'aller me jeter du haut d'un pont. Seule la mort pourrait nous séparer, et je n'ai nulle envie de suicide.
— Tu t'entends parler, Claude ? D'un jour de bonheur, de l'anniversaire de notre mariage, nous voici arrivés à parler de choses aussi singulières que la mort ou la séparation.
— Eh bien accouche une bonne fois pour toutes. Dis-moi ce qui te ferait plaisir, et je te l'offrirai.
— Tant pis pour toi, alors… Tu te souviens de ta phrase « Cochonne qui s'en dédit… ce que tu me demandes, je te l'offre. » ?
— Oui, et je la maintiens pour de bon.
— Alors, écoute : j'aimerais que tu m'offres une nuit d'amour…
— Mais, nous en avons eu des milliers de ces nuits, et pas que… Des journées, des matins, des soirs, des heures, même. Partout, ici ou ailleurs, tous les recoins de notre maison nous ont connus au moins des dizaines de fois la culotte en l'air. Michel, tu n'es pas sérieux, là…
— Attends, laisse-moi finir ma phrase. Bon sang, ne me coupe pas ; c'est déjà suffisamment délicat et difficile à sortir. Alors si tu m'interromps, je n'y arriverai pas.
— Bien. Je t'écoute en silence.
— Alors oui, je voudrais… une nuit d'amour avec un autre homme. Un homme à qui tu te donnerais, qui te prendrait, te ferait crier, te ferait peut-être jouir. J'aimerais t'entendre quand tu fais l'amour, te voir aussi, sentir les odeurs de vos sexes qui se rejoignent, de nos sexes. Oui, je peux aussi participer. Tu comprends, c'est un vieux fantasme.
— …
— Tu ne dis plus rien ?
— Je digère ; c'est… original, comme requête. Je dois quand même y réfléchir, en parler un peu avec toi aussi. Qu'est-ce que ça peut t'apporter que je ne te donne déjà ?
— Oui, tu me donnes tout ton amour, mais je le vis de l'intérieur, et là – tu saisis ? – je crois que je ne serais pas totalement étranger à la scène, mais je serais une sorte de voyeur, un spectateur de l'acte d'amour. Et je pourrais vivre ça, avec un peu de recul.
— Tu es sûr de toi ? C'est vraiment cela que tu désires ?
— Tu m'as harcelé littéralement ; je savais que j'aurais dû la boucler… Mais bon, oublie ce que je t'ai dit ; je ne veux plus en parler.
— Mais si, au contraire, parlons-en ! Admettons une seconde que je te dise que je suis d'accord, comment t'y prendrais-tu pour me trouver un… comment dire… un amant ? C'est bien de cela qu'il s'agit, en fait.

Claude a les yeux un peu perdus dans le vague. Michel lui aurait mis une gifle que ce ne serait pas pire. Elle réécoute dans sa caboche tous les mots, tout ce qu'il vient de lui dire. C'est vrai qu'elle a un peu cherché le bâton pour se faire battre. Elle se sent piégée, et pourtant cette demande insolite lui fait un drôle d'effet. Elle ne peut imaginer un autre homme qui la caresserait, mais est-ce que ce serait si désagréable ? Elle ne sait pas, ne veut pas savoir. Il est là qui la regarde, cherchant comment ravaler ses paroles. Il ne peut y parvenir, et elle se dit bêtement qu'elle mouille. C'est impensable, vraiment !

Elle ne crie pas, ne cherche pas à noyer le poisson. Seul son regard qui pénètre le sien semble vouloir s'enfoncer jusqu'au fond de ce crâne qui lui fait face. Quand elle se lève, c'est seulement pour s'approcher de lui. Il la voit qui s'assoit, plus proche, à sentir son parfum tant elle est présente. Il se tait, attentif à ne rien dire, à ne rien brusquer. C'est elle qui une fois de plus vient à sa rencontre. Ça commence par sa bouche qui rejoint la sienne, puis les quatre lèvres s'entrouvrent, pareilles à deux fleurs qui cherchent le soleil. Sa langue fait un petit tour, revient une seconde fois tourner autour de celle de Michel.

Pour lui, ce baiser à un goût de peur. Il ne sait pas du tout ce qu'elle pense. Mais elle se redresse sans cesser de l'embrasser et se rassoit maintenant sur ses cuisses. Sa jupe s'est juste relevée suffisamment pour que sa culotte frotte sur le jean de son mâle. Elle retient son mari par le cou, et la série de baisers langoureux perdure un long moment. C'est rempli de toute la douceur du monde, et il apprécie qu'elle ait fait durcir sa queue encore une fois. Il admire avec quelle dextérité elle y est arrivée, sans un mot, juste par un glissement de sa chatte contre sa braguette. Quand l'ouvre-t-elle ? Ce n'est pas important.

Ce qui l'est, c'est qu'elle sorte l'engin de sa tanière. Les doigts qui entourent son membre sont d'une douceur exquise et les mouvements de ses poignets achèvent de faire fondre, en le durcissant, son vit. Il râle presque depuis le début de son action. Elle ne cherche aucune complication. Sa main plie un peu le jonc alors qu'elle se soulève assez pour que son entrecuisse entre en contact avec le cylindre de chair. Il n'a qu'un long soupir, et sans même se débarrasser de son slip elle se coule sur le tenon bouillant. Pas un seul à-coup que déjà elle vient de relever ses fesses et le tenant toujours par le cou ; elle se fait l'amour toute seule.

Les yeux clos, elle reste sur son nuage et se trémousse sur la queue qui bande bien. Sa bouche goulue fait de petits bécots partout sur la frimousse de son mari. Elle est plongée dans une transe qui semble lui réussir. La cadence, c'est elle qui la rythme au gré de son envie. Pourquoi Michel s'en plaindrait-il ? Il la laisse se livrer à son capricieux déhanché. Tout va comme elle le désire, alors aucune inquiétude à avoir. Les lèvres qui roulaient patin sur patin se sont juste détournées, et elle mordille le lobe d'une oreille que les cheveux courts de son homme ne cachent pas. Il a un sursaut terrible quand elle lui murmure d'une manière à peine audible :

— Je… je veux bien essayer une fois, mais je ne m'occupe de rien. Mon cadeau, c'est seulement une fois, et plus jamais tu ne me redemandes ce genre de truc. Mais je ferai cela pour toi puisque c'est ton désir le plus profond et que je t'ai promis d'exaucer ton vœu.
— Tu… tu es vraiment d'accord ?
— Oui, mais juste une fois, et ensuite plus jamais. Nous sommes bien d'accord ?
— Ben… oui… oui… Je t'aime…
— Moi aussi, et faut-il que ce soit fort pour que je renie ainsi toutes mes valeurs…
— Merci, mon amour, merci.
— C'est aussi toi qui décideras de qui, de quand et où.
— Comme tu veux.

Maintenant c'est lui qui ne contient plus les soubresauts de sa bite qui s'enfonce dans un puits liquéfié. Toutes leurs envies sont multipliées, exacerbées pour elle, par ce qu'elle a osé lui dire, et lui par ce qu'il vient d'entendre. La magie de cette union recommence, et ils se donnent avec joie l'un à l'autre dans des cris de jouissance qui font trembler les murs de bois de leur bâtisse. La cavalcade dure encore et encore, et pour finir c'est en elle qu'il épanche son trop-plein de désir. Elle les yeux fermés, accompagnant l'explosion de son corps en mille gouttelettes de sperme. Elle reste collée à cette tringle qui a rempli une fois de plus son office. Mais dans sa tête tournent toujours ces paroles qu'elle a laissé échapper…