Préparatifs du cadeau

Michel, les jours qui suivent, cherche comment trouver ce qu'il faut pour son « cadeau ». Il a bien pensé à inviter un de ses amis, mais c'est délicat comme situation. Le risque d'indiscrétion est trop élevé, et puis on ne sait jamais… Il n'a aucune envie de voir sa femme traitée par la suite en salope. Il se dit que, finalement, c'est compliqué de trouver un complice pour mettre à exécution son projet. Chaque fois qu'il a voulu reparler de cela avec Claude, elle lui a juste répondu de se débrouiller. Il ne sait plus trop comment faire. Impuissant, il passe en revue toutes les possibilités, tentant même sur Internet d'en parler avec des inconnus sur des tchats gratuits ; ça se termine toujours de la même manière, et il est tout prêt à renoncer.

À la maison, sa brune ne fait toujours aucune difficulté, et leurs soirées – pour ne pas dire leurs nuits – sont torrides. Il est toujours excité par des images de trios, et pas loin de se dire qu'elle aussi finalement vit dans l'attente de ce moment-là, bien qu'elle ne fasse aucune allusion à cela. Elle se donne comme une folle dans des corps-à-corps lubriques. Elle dépasse toutes les espérances de Michel, se laissant aller à des jeux qu'elle n'appréciait que modérément avant leur discussion. La sodomie, elle l'avait toujours plus ou moins rejetée, mais depuis quelque temps elle réclame de plus en plus souvent cette autre forme d'amour physique, à tel point qu'il arrive à son époux d'avoir peur. Oh, bien entendu ce n'est pas une peur panique, mais de plus en plus de questions qui effleurent son esprit. Il se demande ce qui motive de tels bouleversements dans le comportement de sa belle : elle est constamment affamée de sexe, et c'est pratiquement deux fois par jour qu'il doit contenter la libido débordante de Claude. Il ne crache pas dans la soupe, naturellement, mais il sent bien que ce n'est pas totalement normal.

Depuis son bureau, il passe de plus en plus de temps sur des sites bizarres, sans pour autant se jeter sur le premier inconnu venu. Pourtant, ce mercredi-là il tombe en arrêt sur un message qui vient de lui arriver. Un jeune homme, qui se dit puceau, l'interpelle.

« Bonjour. Je suis Georges, et j'ai dix-neuf ans. »
« Bonjour. Je suis « coquindesvosges ». Que recherchez-vous ? »
« Je n'ai jamais rencontré de femme ; je n'ose pas. Pourriez-vous me guider ? »
« Vous guider ? Mais je suis un mec, et hétéro convaincu de surcroît. »
« Oui, mais si vous me donniez des conseils pour vaincre ma timidité, ce serait possible, ça ? »
« Je n'en sais rien. Quand vous dites que vous n'avez jamais connu de femme, vous vivez en ermite ? »
« Non. Je vis chez mes parents avec mes deux frères. Mais dès que je dois parler avec une fille, je me mets à bégayer et je suis ridicule. Si elle se met à rire, alors c'est fini. Je fuis, quoi ! »
« Pourtant là, dans ce dialogue, vous n'avez pas l'air si peureux que cela… »
« Vous êtes un homme, et mûr si votre âge est le bon. Ensuite je vois sur votre fiche que vous êtes en couple. Alors derrière mon écran et mon clavier, j'ose vous parler. »
« Je ne sais pas quoi vous dire. Vraiment, je ne vois pas ce que je peux faire pour vous aider. »
« Vous ne cherchez pas un homme pour pimenter votre vie de couple ? Je ne pourrais pas faire l'affaire, au moins pour une fois ? »
« J'ai écrit « un homme », oui. Mais vous ne me semblez pas vraiment… prêt pour ce genre d'expérience. »
« Je comprends ; mais si personne ne me donne ma chance, je vais mourir idiot, et mieux vaut la femme d'un couple que pas de femme du tout. Je ne serai pas difficile : juste une fois, un moment avec vous deux. Je suis prêt à vous dédommager, voire à vous faire à vous aussi… »
« Stop ! Ne dites rien de plus : je ne couche pas avec les mecs, encore moins avec des jeunes. »
« S'il vous plaît… je vous en prie… Tenez, je vous envoie ma photo. Regardez et dites-moi, je vous en supplie… »
« Bon, ne dites plus un mot. J'en parlerai à madame, et si elle dit oui, revenez ici demain à la même heure, je vous donnerai ma réponse et la sienne. »
« Bon ; eh bien, merci ! Je viendrai demain, même si je sais déjà que vous ne serez plus là, vous, ou alors avec un autre pseudo. »
« Mais j'ai une parole, moi, et je la respecte. Si je vous dis que je serai là demain, j'y serai. Bonne ou mauvaise, vous aurez votre réponse. »
« Oui. Oui, merci, et bonne journée. »

La page web qui se ferme laisse perplexe Michel. Comment parler du gamin à Claude ? Après tout, elle lui a laissé carte blanche pour trouver un complice, et la jeunesse est peut-être un gage de sécurité. Au moins n'osera-t-il jamais ensuite venir les ennuyer, ou pire faire un chantage toujours possible. Mais le plus difficile va être de présenter la chose à sa douce épouse. Il tenterait bien le coup ce soir, s'ils faisaient l'amour. Dans ces moments-là, elle est toujours plus… malléable, plus encline à dire oui… Bon sang, que son cœur bat vite ! Les images défilent derrière ses paupières légèrement closes, et la fin de journée au travail lui paraît bien longue.

Le trajet, la douche et le repas sont des passages obligés pour un début de soirée en tête-à-tête avec sa jolie brune. Fidèle à ses habitudes, elle l'embrasse sur la bouche à son retour ; pas un palot des grands instants d'amour, non, le petit bécot qui lui rappelle qu'elle l'attend, qu'elle l'aime encore et toujours. C'est à ces petits gestes que les amants restent amoureux, et chacun des deux sait bien cela. Elle porte une jupe relativement courte, un tee-shirt qui lui colle au corps comme seconde peau. Au premier coup d'œil, Michel devine que sous le coton coloré léger de son top rien ne vient entraver une poitrine à damner un saint. Et il n'a rien d'un homme de Dieu, lui !

Lors du repas, ils discutent de choses et d'autres, mais Michel répond parfois à côté de la plaque aux questions plutôt anodines de son épouse, et celle-ci n'est pas dupe : elle le sent préoccupé, pour ne pas dire anxieux.

— Tu as des problèmes au travail, Michel ?
— Non, pas du tout. Qu'est ce qui te fait penser ça ?
— Je te demande du pain tu me donne du sel ; je trouve un peu bizarres ces erreurs à répétition ce soir.
— Je… j'ai quelque chose à te demander, mais ne sais pas vraiment comment le dire, par quel bout commencer.
— Ah, je vois… Un rapport avec ton cadeau ?
— Perspicace, ma Claude ! J'aurais peut-être un candidat, mais…
— Il y a donc un mais ? Allons, dis-moi franchement ce « mais », et puis voilà.
— Ça te dérangerait si… si c'était un jeune ?
— Un jeune ? Pas moins de dix-huit ans : pas question, pas un mineur.
— Non, non, un jeune. Apparemment un paumé qui est encore puceau à vingt ans.

Michel vient de se rendre compte qu'il a triché sur l'âge du gosse. L'autre avait bien dit dix-neuf ; mais il est lancé, et maintenant il avance ses mots, il mène la discussion, un peu comme il mène son bateau. Avec souplesse, et pourtant il se sent nerveux.

— De toute façon, je te l'ai dit : s'il est majeur, c'est à toi de choisir. Il ne m'intéresse que pour le cadeau qu'il représente pour toi.
— Tu imagines qu'il m'a même proposé de me faire…
— Ça aussi, ça pourrait être amusant ! Après tout… moi aussi j'aimerais voir ce genre de chose. Et tu envisages cette rencontre pour quand ?
— C'est à décider à deux. Je ne veux pas te prendre par surprise, si je puis m'exprimer ainsi. Pour le choix de la date, tu peux tout de même donner ton avis, il me semble.
— Le plus vite sera le mieux. Finalement, l'attente me crispe les nerfs, et je sais bien que c'est pareil en ce qui te concerne. Alors battons le fer pendant qu'il est chaud. Il va te recontacter de quelle manière ? Sur Internet, je suppose ?
— Oui, demain après-midi… enfin, s'il est vraiment réglo.
— Alors je ne mets aucun veto, mais je veux voir sa carte d'identité avant. Ça me chiffonne, sa jeunesse.
— Si c'est un handicap, je peux aussi laisser tomber.
— Nous n'allons pas passer notre vie sur ce sujet ; tu l'invites pour samedi soir et tu me tiens au courant. Hé, viens voir l'effet que ça me fait, ton histoire…
— Quoi ? Tu veux me dire quelque chose ?
— Oui, Monsieur : je crois que j'ai envie de faire l'amour. Ça vous déplaît ? Allons, viens Michel, ne me laisse pas dans cet état…

Pas besoin d'une seconde demande. Il est sur pied et elle se frotte à lui comme une chatte en chaleur. Mais n'est-ce pas le cas assurément ? Il s'avère que sa requête a été rapidement acceptée par sa femme. Et lui aussi se trouve dans un état proche de l'éjaculation sans manipulation extérieure. Leur dialogue les a amenés à une sorte de jouissance verbale qu'ils vont s'empresser de concrétiser par des assauts plus charnels. Le déshabillage est des plus rapides. Elle arrache presque les boutons de la chemise qu'il a passée après la douche. Lui retrouve de sa bouche gourmande le chemin de la voie royale. Sa langue palpite sur les berges d'un oued qui fleure bon l'envie et le désir. La période de sécheresse est dépassée depuis un bon moment pour cette rivière féminine.

Elle se roule sur la moquette du salon, entre fauteuils et canapé. Lui la maintient dans des positions semi-acrobatiques pour ne pas laisser s'échapper cette faille à la lave claire. Elle rugit, féline empressée à se sentir plus femelle que femme. Elle tâte, tripote aussi avant de lécher, de sucer le mandrin prêt à l'emploi de ce mari qui lui réserve bien des surprises. Elle n'aurait jamais cru qu'il dégote si vite son cadeau. Savoir que Michel a trouvé lui ouvre l'appétit, et chez elle quand la faim est là, il doit la rassasier. Mais il fait cela avec adresse ; il fourrage entre les cuisses largement ouvertes à la recherche d'un trésor qu'elle détient. Alors cherche, bel aventurier, cherche encore et encore.

La maison résonne de leurs cris de volupté. Le plaisir peut aussi être très bruyant chez Claude et Michel. Les soupirs se confondent, se mêlent en d'autres gémissements, et chacun y trouve son compte. Lui se fait un film qu'il se repasse en boucle, imagination débordante de l'amant passionné. Il croit voir – mirage de mec – un autre dans les parfums de son épouse. Il ressent déjà les affres des plaintes, ouïes uniquement de loin. Sa vision d'un trio n'est que partielle et floue, mais terriblement ciblée sur les hurlements de Claude. En ce qui la concerne, la peur d'être touchée par des mains inconnues amplifie toutes ses sensations. Elle se donne, se livre dans des caresses osées, à la limite de l'obscénité. Sans aucun regret, sans remords, tout seraient vain ; elle dépasse certains tabous, et sa langue aussi découvre des endroits que jusque-là elle répugnait à toucher.

Ils s'endorment ensuite, non sans s'être encore livrés à des attouchements terriblement excitants dans un lit frais et accueillant. C'est la ronde des amours qui les poursuit, et Cupidon lance toujours ses dards aux effets magiques. Claude aime cet homme, et pas seulement physiquement. Lui, s'il rêve de sexe, c'est toujours elle qui en est l'héroïne. Les mains se frôlent, se joignent, se croisent, et ce sont leurs bouches qui closent la soirée. Ce dernier baiser chargé de toutes les senteurs de leurs ébats transporte avec lui les effluves des sécrétions de l'un et de l'autre, sans distinction. La chambre, le salon embaument des fragrances de ce sexe qu'ensemble ils pratiquent partout.


L'heure du rendez-vous virtuel approche ; Michel est de plus en plus nerveux. Il a accompli mécaniquement toutes ses tâches journalières, avec en tête la réponse qu'il allait faire au gamin, si celui-ci revient. Son ordinateur est branché sur le site internet de rencontres coquines, et il y jette de fréquents coups d'œil pour voir si le fameux Georges n'est pas logué. Une heure de patience et toujours rien, sauf quelques hurluberlus qui comme à l'accoutumée s'enhardissent, se sentant en sécurité derrière le paravent de leur écran. Il est presque l'heure de fermer le bureau, et Michel s'apprête à fermer son PC. Il traîne encore un peu, dernier espoir, et au moment où son doigt va pour appuyer sur la touche « arrêt », le pseudo « Georges » s'allume sur la liste.

« Bonjour ! Excusez-moi pour mon retard. Mon patron m'a retenu dans son bureau et je ne savais pas comment faire. Je vois que vous êtes de parole. »
« Bonjour. Je le suis, et j'ai une bonne nouvelle : ma femme veut bien que nous vous invitions. »
« Ah ! C'est vrai ? Elle… »
« Oui. Samedi, ça vous conviendrait ? Pour le dîner ? Je pourrais vous rencontrer avant, nous pourrions aller prendre un pot tous les deux. »
« Vous ne me faites pas un faux plan ? Ici, c'est monnaie courante. Je ne sais plus trop quoi penser. »
« Vous voyez bien que je suis là ; alors faites-nous un peu plus confiance. Après, c'est vous que ça regarde ; mais c'est oui ou c'est non : j'ai besoin d'une réponse rapide. »
« Bon… je choisis le bar, alors. On se retrouve au Café du Commerce ? Et votre femme, elle ne veut pas venir avec vous ? »
« Bon, alors venez samedi vers dix-huit heures au Café du Commerce et je vous amène à la maison pour le dîner. Comme ça, il n'y aura aucun quiproquo. »
« D'accord. Je vous retrouve comment, moi, au bar ? »
« Ah oui… Attendez-moi devant la porte ; je serai à l'heure. Ou sur le parking. »
« Je n'ai pas de voiture ; je viens tout juste de passer mon permis. »
« À ce sujet, amenez-le avec vous : nous ne voulons pas de mineur, vous saisissez ? »
« Oui, bien sûr. Alors à samedi… mais c'est demain, samedi ! On est bien d'accord ? »
« Tout à fait. À demain dix-huit heures au Café du Commerce. »

À la maison, Claude, sur le pas de la porte, suit des yeux son homme qui revient du travail. Il a l'air heureux. De suite, elle suppose que son dialogue avec ce nommé Georges a dû être positif. Cette idée lui donne une montée d'adrénaline. Il lui faut assumer ses propos. Pourquoi s'est-elle avancée de la sorte ? Son ventre se crispe à l'idée que des pattes étrangères vont sans doute… enfin, elle peut encore reculer. Elle a simplement vu une photo du jeune qui a contacté Michel. Elle ne l'a pas trouvé déplaisant, mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Elle reste toute la soirée fébrile, et la seule manière de calmer ses angoisses, c'est encore de faire l'amour avec son époux.

Alors elle minaude, s'inquiète de savoir ce qui s'est dit. Puis devant le téléviseur allumé, ils conjuguent le verbe aimer un fois de plus. Vingt ans de mariage, et jamais Michel n'aura été aussi comblé. Savoir qu'elle va… lui donne des ailes. Celles-là sont concrétisées par des bandaisons fréquentes, et il se laisse guider par ses instincts de mâle. Elle le suce divinement ; elle se laisse prendre, et la sodomie qu'elle a si souvent refusée ne la rebute plus. Ce soir encore, un vendredi ordinaire, elle gère cette pénétration non conventionnelle d'une façon habile. C'est elle qui positionne la bite sur l'œillet, et Michel n'a qu'à simplement donner une petite poussée pour qu'elle soit prise.

Un vrai bonheur ! Il n'en revient pas. Dire que demain un autre profitera de ces chemins préparés de main de maître par ce grand gaillard… Il imagine le gamin pénétrant son épouse, il se projette dans cet avenir si proche. Et qui sait ? Peut-être acceptera-t-elle une double prise. Il pense si violemment à ce genre chose que sa sève finit par jaillir avec une force rarement égalée. Les ruades de la croupe de la brune s'accentuent elles aussi. Elle veut sa part du gâteau, elle veut sa jouissance personnelle, elle veut la parité. Tant et si bien que tout son corps se tétanise et qu'elle sent cette marée qui emporte tout sur son passage. Ses yeux se révulsent, elle tombe pratiquement dans une inconscience jouissive.

Le retour de sa petite mort se fait graduellement. D'abord elle relève ses paupières ; le corps de son mari est toujours étendu sur le grand lit, proche d'elle. La petite chose inerte entre ses cuisses est luisante de toutes ses sécrétions. La mollesse de cette queue l'a fait sortir seule de la caverne où elle a pleuré. Une coulée de sperme a laissé quelques traces sur les jambes et les draps. En relevant sa tête, elle dépose un mimi sonore sur la joue de son mec qui reprend pied dans la réalité. Quelle chevauchée ! Quel rodéo ! Elle se félicite d'avoir un pareil étalon dans sa vie. Il sait prendre soin d'elle sans oublier de se faire plaisir. Il ne jouit jamais avant d'être sûr qu'elle aussi ne connaisse les prémices d'un orgasme. Oui, il méritera bien son cadeau !


La matinée du samedi est celle des courses. Ils ne dérogent pas à la règle. Elle, qui ne voulait rien savoir, ne cesse de l'abreuver de questions.

— Comment ça va se passer ? Tu vas le chercher ? Il n'a pas de voiture : tu es certain qu'il est majeur ? Je vais être une « cougar » ?
— Arrête, veux-tu ; je peux encore tout annuler si ça te stresse à ce point. Je serai là et je ne le laisserai pas faire n'importe quoi, tu peux me faire confiance.
— Je le sais bien, mais j'exorcise mes craintes en parlant, tu me connais.
— Oui, bien entendu. Et puis tu sais quoi ? On prépare le dîner tous les deux dans l'après-midi et tu m'accompagnes au Café du Commerce. Comme ça, on sait dès le départ si ce Georges nous suivra… chez nous.
— Bon, bon, continuons nos courses ; ce n'est pas le lieu pour parler de cela. J'ai l'impression que tout le monde me regarde et je me fais l'effet d'une… salope.
— D'accord pour en reparler au chalet. Et ne sois pas anxieuse comme ça, tu me rends presque nerveux également.
— Mets-toi un peu à ma place…
— Je te rappelle que c'est toi qui as lourdement insisté pour… me faire plaisir.
— Chut ! Allons, va me chercher des fraises pour le dessert.

C'est ensemble, mi souriants, mi angoissés qu'ils passent ensuite à la caisse. Sur le chemin du retour, elle recommence à le harceler de ses doutes, mais cette fois Michel prend le parti de se taire. Un long monologue s'ensuit. Elle exprime avec une certaine violence son ressenti de femme sur cette soirée. Alternance de peur et d'euphorie, mais surtout elle se sent déboussolée par le soudain hermétisme de son mari.

— Si je t'embête avec mes doutes, mes craintes, dis-le ! Ne reste pas là à ne plus dire un mot.
— Je ne veux pas me prendre la tête avec toi pour une histoire de cul, comprends-le. Tu es la femme que j'aime le plus au monde ; alors si tu n'es pas prête dans ta tête, rien ne t'oblige à persister à vouloir me faire plaisir. Tu m'as donné bien plus que de l'amour ; c'est toi toute entière que j'aime, le corps et l'âme, et je ne veux pas pour une partie de jambes en l'air perdre tout ce bonheur.
— Je sais, mais toi tu me connais mieux de quiconque, il faut que ça sorte.
— D'accord. Alors crache tout ce que tu as sur le cœur, mais ne compte pas sur moi pour tenter de te persuader de le faire ou pas. Mon cadeau, c'est ton amour ; le reste est sans importance. La vie est trop belle pour que je risque tout sur une soirée de partage.

Elle décharge les courses, et ainsi occupée, si elle songe encore à ce qui va se passer – ou devrait se passer – elle ne manifeste plus rien verbalement. Il a raison. Lui aussi, il est sa vie à elle. Il lui a tout apporté depuis ces années, et compromettre cela n'est pas dans ses plans. Mais elle sait aussi que si un jour elle veut avoir une expérience avec un autre, il sera là. Pas contre elle, mais avec elle. Il reste un paramètre non négligeable que ni elle ni lui n'ont pris en compte : et si elle aimait cette forme bizarre de faire l'amour avec deux hommes ? Que se passerait-il si elle devenait accro ? Un voile passe derrière ses paupières qu'un instant elle ferme pour soupirer.

Une bonne odeur de viande qui mijote se répand depuis un bout de temps dans la cuisine. Tout est prêt pour recevoir cet invité un peu spécial. L'horloge comtoise marque de ses secondes inexorables la réduction implacable de la durée qui les sépare de la visite du jeune homme. Michel est sur le pas de la porte ; dans dix petites minutes, ils vont embarquer à bord de sa berline pour prendre un pot avec un gamin qui, si tout se passe comme prévu, aura un droit de cuissage sur son épouse. Un droit limité à une seule tentative, mais quand même… Chez l'homme, la tension monte et la pression fait battre son sang plus vite dans ses veines.

Les questions qu'elle se posait depuis leur lever viennent de changer de camp. Il se sent moins courageux, moins empressé à se rendre au bar du commerce. Elle enfile une petite veste sur un chemisier tendu par deux seins gainés de dentelle. Les préparatifs de l'habillage, Michel les a suivis de loin, faisant mine de ne pas remarquer cette culotte neuve, ce soutien-gorge assorti. Elle est belle, elle donne envie. Envie d'en découvrir davantage. Plus sexy vêtue que si elle déambulait nue devant lui. Le creux au ventre, la pointe de malaise qui lui malaxe l'estomac… c'est la trouille ? Claude le tire de sa rêverie mal placée.

— Bon, alors tu viens ou je dois m'y rendre toute seule, à ce rendez-vous ?
— Oh, pardon ! Tu es certaine que c'est ce que tu veux ? Tu peux encore renoncer, dire non. J'irais voir le jeune et il comprendrait.
— Tu ne l'as quand même pas fait se déplacer pour lui poser un lapin ; ce ne serait pas cool.

Les quelques kilomètres qui les mènent vers le bistrot ressemblent à une éternité. C'est Michel qui, d'un pas hésitant, pousse la porte du troquet. Assis à une table, un jeune homme sirote un breuvage rose pâle. Son regard se dirige instantanément vers les deux arrivants. Il s'attarde surtout sur la croupe de la femme encore belle qui marche derrière un type qui ressemble à la photo échangée sur le net. Une envie de filer s'empare du jeune qui ne trouve rien d'autre à faire que porter son verre à ses lèvres. Les yeux de l'entrant se portent sur lui. Et la femme aussi a un regard qui vient se coller à son visage. « Merde, c'est une très belle femme ! Si seulement ça pouvait être vrai, s'ils étaient ceux que j'attends… un vrai régal ! »

Le couple s'est approché sans se presser.

— Georges ? Vous êtes…
— Oui, oui, c'est bien moi.
— Vous permettez que nous prenions place ?
— Euh… oui, oui, bien sûr.
— Mon épouse, Claude, et je suis Michel.
— Enchanté. Je dois vous dire que mon vrai prénom est Alain. Je n'ai jamais osé vous donner le vrai, de peur que…
— Pas de souci : je peux comprendre cet excès de précautions. Pour nous aussi c'est une première fois, alors ma femme était… anxieuse à l'idée de…
— Oh, n'ayez aucune crainte, je suis un gentil timide. Je ne ferais pas de mal à une mouche. Moi aussi je crève de frousse. Vous prenez un verre ?
— Puisque nous sommes là… Tu veux boire quoi, Claude ?

La brune assise à côté de son Michel se trouve gênée par l'insistance du jeune homme à la dévisager. Elle se fait l'effet d'une extraterrestre descendue sur terre. Les deux hommes se sont serré la main. C'est déconcertant, cette faculté à se mettre en phase de suite entre eux. Le courant circule immédiatement entre cet Alain et le mari de la brune.

— Alors, Claude, que désires-tu boire ? On prend l'apéro ici, et à la maison nous dînerons de suite. Enfin, si bien entendu tu laisses notre nouvel ami venir dîner au chalet.
— Au chalet ?
— Oui, nous sommes au bord du lac, et nous vivons dans une baraque en bois… Mais vous verrez, on s'y sent bien.
— Vous… ça vous dérange si on se tutoie ? Je suis déjà mal à l'aise, alors si en plus vous me vouvoyez…
— Comme tu veux ; ça me va. Et toi, ma belle ? Tu as avalé ta langue ?
— Non… Je voudrais… une vodka-orange ; j'ai envie d'un alcool fort.
— Madame sera servie comme elle le désire.

Le serveur est là, à attendre la commande. Il repart tout en souplesse, louvoyant entre les tables. Les touristes sont déjà nombreux en ce début de saison.

— Pour refaire un peu l'historique de ta venue chez nous, Claude, mon épouse, tenait absolument à me faire un cadeau pour nos vingt ans de mariage. Et comme elle voulait à tout prix que je sois content, elle m'a presque forcé à…
— Michel, tu n'intéresses personne avec tes bêtises. Sauf peut-être les tables avoisinantes, et nul n'a besoin de connaître notre vie privée. Je t'en prie, tais-toi. C'est déjà assez pénible pour moi, cette situation.
— C'est juste pour dire que je ne t'oblige à rien, et que c'est toi qui décide de la suite de ce rendez-vous. Tu comprends ça, Alain ?
— Je pense que c'est normal. Je vous plais assez pour continuer ? Je peux repartir comme je suis venu, et je n'en voudrais à personne.
— Non, non, nous allons trinquer ensemble et nous irons manger. J'ai passé du temps à préparer le repas ; alors si vous deviez rentrer chez vous, que ce soit au moins avec le ventre plein.
— Tu as trouvé les mots qu'il faut ma chérie. Le ventre plein, c'est justement ce que nous voulons…

Les deux hommes sourient, et la brune se trouve toute bête. C'est vrai qu'en fait de nourriture, le gamin qui lui fait face n'est pas certainement venu pour se remplir la panse, mais bien pour se vider autre chose. Elle finit par saisir ce qui les incite à rire de concert et, pour ne pas avoir l'air d'une conne, elle prend le parti de s'esclaffer également. Finalement, l'ambiance se détend. Faire rire une femme, c'est l'approcher un peu du lit… et tous se retrouvent dans cette hilarité légèrement convenue.

Les trois verres terminés, ils ressortent du café, et elle se serre contre son mari pour aller jusqu'à la voiture. Alain suit la démarche chaloupée, les hanches fines qui se balancent à chaque pas de la brune. Sa croupe donne des idées précises des délices que cache sa jupe, et sa poitrine qu'il a détaillée tout au long de l'apéro le fait aussi baver d'envie.