Hippolyte

Pour une brillante idée, c'en était une lumineuse. Désœuvrement, solitude, quels mots employer pour trouver une raison à cette idiotie ? Toujours est-il que j'étais prise à mon propre piège. Il allait venir et je ne savais pourtant rien de ce type. Enfin si, un peu quand même. La première chose, c'est qu'il écrivait bien, qu'il semblait être honnête et que sur sa photo – s'il ne l'avait pas trafiquée – il paraissait plutôt mignon.

Deux semaines plus tôt, un soir de trop grande solitude, l'envie subite de parler m'avait fait entrer sur un site internet dédié à ce genre de partage. Au bout de quelques minutes, après une série de messages venus de mecs aussi lourds qu'un ciel d'orage, il était apparu avec ses mots bien trouvés. Nos échanges avaient débuté poliment, courtoisement, et je l'avoue volontiers, ce gars m'avait intriguée. Puis de fil en aiguille, il m'avait donné son adresse de messagerie ; j'en avais fait autant. Depuis, nous échangions quelques messages quotidiens, sans malice. Puis il y avait eu… hier soir !

Bêtement, une fois de plus sous les affres de cet isolement pesant, je m'étais laissé embobiner et finalement inviter pour une sortie restaurant ce soir. Comme une crétine, j'avais donné mon adresse, et l'heure fatidique, déterminée ensemble, approchait alors que mon inquiétude grandissait en même temps. Je ne savais même pas ce que j'allais lui dire, ni même comment j'allais me vêtir. Non mais, quelle bécasse que de m'être ainsi laissé tenter par une soirée moins solitaire ! La douche, pourtant un moment que j'adorais habituellement, n'arrivait pas à me donner le courage qui pour l'heure me faisait défaut.


J'ai trente-deux ans, et mon dernier mec n'a fait qu'un bref passage dans ma vie. Son seul but, c'était d'avoir un toit pour y coller ses affaires. Bien entendu, les deux premières semaines nous avons fait l'amour à longueur de nuits. Il ne s'embarrassait guère de préjugés, et dès qu'il avait joui il se tournait de son côté, face au mur sans autre forme de procès. Pas de tendresse intempestive ; il ne se préoccupait guère de savoir si moi aussi j'avais pris mon pied. J'ai mis cela sur le compte dune trop grande attente de ma part et je pensais vraiment que nous pourrions améliorer ces petits détails en avançant dans notre relation.

J'ai seulement déchanté au bout de la troisième semaine alors que passant près de chez moi – enfin, ce « chez-nous » depuis l'arrivée d'Arnaud dans mon appartement – j'étais remontée à l'improviste. La rousse qui gueulait comme une truie que l'on égorge m'a vite renseignée sur les activités diurnes de mon nouveau compagnon. Comprenant brutalement le pourquoi de ces soudaines baisses d'attentions nocturnes envers moi, j'ai donc dans un élan de colère ouvert en grand la fenêtre de ma chambre : les affaires masculines stockées dans mon armoire ont appris cet après-midi-là à planer du deuxième étage vers la cour où sa jolie moto trônait.

C'est donc en caleçon et ultra rapidement qu'il a quitté ma vie sans que j'en éprouve autre chose que le dégoût de la déception. Celle d'abord d'avoir été si conne, celle d'avoir été trahie de cette manière également. Quant à la rousse aux cris perçants, je ne lui en voulais pas plus que ça. Il ne lui avait sans doute jamais dit qu'il vivait avec une femme. Depuis, j'ai mis un point d'honneur à ne plus me laisser tenter par ces mecs qui au bureau rôdaient autour de moi. J'avais bien l'intention de me forger une carapace impénétrable. Mais ça… c'était avant trop de soirs vides où seule je me morfondais, trop de week-ends sans bruits, trop de tout.

Les mois avaient passé, mais mon mal-être avait aussi décuplé. De plus en plus, je m'étais sentie inutile, sans vrai but, et les soins que je prodiguais à mon corps avaient eux aussi pris du plomb dans l'aile. Je restais des heures prostrée, haïssant ces jours chômés, exécrant ces fins de semaines qui revenaient trop rapidement. Dans ces moments de spleen prononcé, je naviguais sur Internet, cherchant un dérivatif à ces déboires que mon esprit estimait injustes. Puis j'avais fini par atterrir sur ce foutu site où les hommes ravalaient les femmes au rang de « bétail ». Alors lorsque l'un d'entre eux était sorti du lot par des mots différents, par un comportement totalement humain, je ne pouvais que craquer. Bien entendu, je n'avais pas cédé de suite à ses sollicitations enflammées, non !

Mais il avait tellement insisté sans être lourd, tellement amené la chose en douceur que j'étais tombée dans son piège. Enfin, je jugeais que c'en était un, mais je n'en savais rien. Nous avions eu de longues conversations destinées à nous connaître… bien qu'à quelques minutes de notre rencontre réelle, j'avais de plus en plus tendance à penser que ça pouvait tout aussi bien n'être que mensonges. La photographie que nous avions échangée au cours d'un de nos dialogues, elle était là devant mes yeux, comme pour me rappeler que son sourire était plaisant. Mais s'il avait l'air, aurait-il aussi la chanson ?


À mon prénom de Claire, il avait opposé le sien, que j'avais enregistré. D'abord il m'avait fait sourire, car hormis l'acteur Girardot, personne ne s'appelait plus de nos jours Hippolyte. Mais comme il se voulait sincère, il avait poussé le jeu jusqu'à me scanner sa carte d'identité ; il était donc le second type à ma connaissance à porter ce petit nom. Cette carte affichait son âge, et la différence de cinq années avec le mien n'était pas pour me déplaire. Finalement, il faisait avec cet envoi inopiné figure de candidat sérieux. Il avait reçu ma description succincte avec respect, et mon mètre soixante-quinze ne l'avait pas fait sourciller, pas plus que mes cheveux mi-longs d'un brun soyeux.

Quant à mon poids, s'il en avait sans doute souri, c'était tout simplement parce que je lui déclarais qu'il était sujet à quelques variations. Sur une base de cinquante-cinq kilos, il pouvait « yoyoter » de plus ou moins cinq degrés. Hippolyte avait donc appris avec satisfaction que mes iris étaient d'un marron virant au vert alors que les siens se trouvaient plutôt noisette. Je n'en avais reçu confirmation que grâce à cette photographie que nous avions échangée, celle de sa carte nationale d'identité étant sinistre, et comme sur toute photo en noir et blanc, il était bien difficile de juger de la couleur des yeux. Plusieurs soirs, il s'était montré insistant, mais dans les limites du raisonnable et également d'une politesse exemplaire. Alors… j'avais fini par craquer.


L'eau tiède de la douche ne me sort d'aucune de mes pensées. Elle coule sur moi et je frotte inconsciemment toutes les parties accessibles de mon corps. C'est machinal, sans imagination quelconque. Je sais, je pense que je vais faire une énorme bêtise, mais je n'ai plus vraiment le choix. Puisque de toute façon Hippolyte va venir à ma porte, je me dois d'être présentable. Mais c'est vraiment sans entrain que je tente de me refaire une beauté. La pendule qui marque le temps dans ma salle de bain est minuscule, et pourtant les aiguilles me prouvent que maintenant je dois me hâter. Il me reste juste de quoi faire un ravalement de façade avant de me vêtir décemment.

Voilà ! Après la dernière touche aux joues, le dressing me fait comme un clin d'œil. Je choisis avec soin une paire de bas. Des Dim-up alors que je songe que je devrais mettre des collants. Je suis tentée par une jupe courte sans l'être exagérément ; elle vient donc se refermer sur la culotte neuve que je viens de sortir du tiroir. Le soutien-gorge qui s'y apparente recouvre maintenant ma poitrine, et lui aussi se voit adjoindre un chemisier au coloris harmonisé au cotillon. La glace sur le devant de la porte de mon armoire me jette un reflet presque chaleureux. Pour finir, j'extirpe d'un carton une paire de chaussures à talons hauts. Cette fois, la vue d'ensemble me semble… parfaite.

Un trait de rouge brillant vient finir d'illuminer mon visage, et je suis satisfaite de la vision de la femme qui se tient debout face au miroir. J'ai fait de toute façon de mon mieux, alors qui vivra verra. L'heure fatidique du jugement premier arrive et mon cœur dans ma poitrine bat une étrange chamade. Je suis nerveuse et fais les cent pas dans mon appartement. Mais la peur n'a jamais évité aucun danger. Alors quand l'interphone se met à dirdinguer, que je m'approche du bouton de l'ouverture, mes jambes me rappellent que je ne suis pas du tout rassurée.

— Oui ?
— Bonjour, Claire, c'est Hippolyte.
— Je vous ouvre. C'est au deuxième étage, appartement de gauche en sortant de l'ascenseur.
— Merci. J'arrive alors.

J'entrouvre la porte d'entrée, et le chuintement significatif de la cabine qui monte me fait pratiquement reculer. Mais déjà l'élévateur s'immobilise sur mon palier. Je n'ai plus d'autre choix que de venir à la rencontre de… d'un énorme bouquet de fleurs qui pour le moment me masque presque entièrement le haut du corps de l'homme. Il est proche de moi maintenant, et quand tombent les fleurs, un visage souriant me regarde. Tout pareil à la photo. De plus, élégamment habillé, cet homme me fait déjà moins peur. Il s'approche de ma petite personne, gauche et maladroit. Mais je le suis tout autant.

Il bredouille des mots que je ne comprends pas. Je me dois donc de reprendre l'initiative et le fais entrer.

— Voilà, c'est mon palais. Vous voyez, c'est minuscule.
— Vous… vous n'êtes pas trop déçue par ma… enfin, par ce que vous voyez ?
— J'avoue que j'ai eu peur et que je me suis posé mille questions, mais vous ressemblez bien à votre photo.
— Je dois dire que vous… vous êtes encore plus jolie que sur votre image ! Rien ne vaudra jamais l'original.
— Vous me flattez. Je peux vous débarrasser de votre encombrant bouquet ?
— Oh, pardon ! Bien entendu. Il est pour vous, et je ne pense pas que ces roses puissent rivaliser avec… tenez. Elles risqueraient de mourir de soif.
— Je m'en occupe de suite. Vous voulez prendre un verre ?
— …
— Ne soyez pas timide. Bien ! D'abord ces merveilleuses roses, et ensuite on trinque à notre rencontre, alors ?
— Oui… c'est bien de procéder par ordre.

Le vase, je le cherche un court instant. Puis l'eau du robinet qui le remplit voit les fleurs plonger en elle. Sur la table de mon salon, le bouquet nous sépare de nouveau. Hippolyte a pris place d'autorité sur un fauteuil et je me suis assise sur le canapé qui lui fait face. Je suis des yeux les traits bien dessinés de ce garçon. Ses tempes sont très, très légèrement poivre et sel. Rien d'inquiétant. Seulement le privilège de l'âge chez les hommes. Mon invité ne se prive pas non plus de me zieuter avec malice. Il ne dit rien mais semble avoir retrouvé une sorte d'aplomb, une aisance naturelle. Pourquoi est-ce que je me pose la question saugrenue de savoir si je suis à son goût ?

Les verres que je sers me permettent de regagner un zeste d'assurance. Je suis penchée en avant et j'ai toujours ces yeux qui me dévisagent. L'insistance n'est pourtant pas salace : c'est fait d'une manière douce, sans brutalité. Ni lui ni moi n'avons un mot, mais ce silence n'est pourtant pas plus pesant que sa manière de me dévêtir des quinquets. Nous trinquons les yeux dans les yeux, et j'en suis toute remuée. Comme il ne parle pas, je dois rompre ce calme pour que nous n'entrions pas dans une phase de malaise.

— Alors… où allez-vous m'emmener dîner ?
— J'ai choisi un endroit discret ; c'est bon, c'est bien, et je suis sûr que cet endroit va vous plaire, encore que je ne connaisse pas vraiment vos goûts en matière de gastronomie.
— Rassurez-vous une fois de plus : je ne suis pas difficile.
— Vous… vous ne préféreriez pas que l'on se dise « tu » ? Ce serait moins cérémonieux ; enfin, je ne voudrais pas vous paraître…
— Oui, oui, je suis pour la simplicité ; le « tu » en fait partie.
— D'accord. Comme ça, tu vis seule dans ce petit nid ?
— Oui, j'ai, comme je te l'ai dit dans mes messages, tenté une approche de la vie à deux, mais elle s'est montrée désastreuse. Alors il vaut mieux être seule que mal accompagnée.
— Tout le monde n'est pas un salaud potentiel.
— Pourquoi « salaud » ?
— Ben… je pense qu'un homme qui a la chance de rencontrer une fille comme toi se doit d'être heureux. Mais surtout de tout faire pour la rendre heureuse, pour la garder.
— Disons que nous n'étions sans doute pas faits l'un pour l'autre, voilà tout.
— La messe est joliment dite ! J'adore ta discrétion ; elle est de bon ton. Et finalement, son abandon est peut-être la chance de ma vie, puisqu'il me permet de te rencontrer ce soir.
— C'est aussi une façon d'envisager les choses, mais ne préjugeons de rien. Si tu veux, je suis prête pour notre… dînette.
— Et bien, allons-y alors !

J'ai botté en touche consciemment. Je sens bien qu'il veut m'entraîner sur un terrain plus intime, mais je me garderai bien de le suivre. Pour le moment il est beau, il est bien élevé, mais ça ne suffit pas pour que… enfin, je n'en sais plus trop rien, et le prétexte du dîner est un bon dérivatif. Nous sommes sur le chemin de ce fameux restaurant si… si quoi, d'abord ? Il lui plaît à lui ; j'attends de voir pour me prononcer. La conduite d'Hippolyte est souple, mais je sens que son attention est tout de même distraite par mes cuisses que la longueur de ma jupe ne me permet pas de cacher totalement. Il ne fait mine de rien, mais je sais qu'il ne voit qu'elles.


Ce type a raison : le restaurant est excellent. De l'entrée au dessert, tout est extra. J'adore aussi le raffinement et les bonnes manières d'Hippolyte. Nous parlons de tout, de rien, conversation à bâtons rompus. Finalement, il arrive à me faire oublier mes doutes, mes craintes, mes peurs. Il s'avère un hôte des plus charmants. Et tout doucement, j'en oublie toute prudence. Il me parle d'une voix douce sans inflexion forcée ni criarde. Je ne vois même pas qu'il m'entraîne sur le terrain terriblement dangereux des confidences. Il se dévoile peu, mais peu à peu sait tout de moi, de ma vie. Il apprend cette solitude entrecoupée d'une ou deux aventures dont la dernière s'est terminée de la plus humiliante des façons.

Il me fait parler sans que vraiment je m'en rende bien compte et suit d'un mouvement de tête les explications que je lui fournis sans malice. Je lève le voile sur des pans entiers de ma vie, sur les plus douloureux passages aussi, et je sais, je sens qu'il comprend mes petits ou grands malheurs. En un mot comme en cent, il me met dans sa poche sans que je fasse rien pour l'en empêcher. Le dîner est un enchantement et je me suis mise à nu moralement lors de ce moment de partage. Un peu trop, peut-être ! Lui me regarde toujours avec un sourire ; je ne ressens aucune honte à discuter de ces instants pourtant vécus avec pudeur. Et pourtant, il ne pose aucune question, se contenant de me laisser parler.

Les cafés sont commandés et nous attendons que le serveur stylé de ce restaurant haut de gamme nous les apporte.

— Tu sais, Claire, tu es très belle et j'adore le son de ta voix.
— Merci…
— Regarde-moi. Oui, dans les yeux. T'est-il déjà arrivé de te livrer à un homme ? Pas seulement en paroles, je veux dire : de te donner à lui, de lui faire confiance au point de le suivre les yeux fermés ?
— …
— Attends, je m'explique. J'aimerais trouver une femme avec qui je pourrais partager certaines passions ; l'amour sous une autre forme, tu vois. Pas cette morose normalité qui fait des couples d'aujourd'hui des gens qui divorcent au premier souci. Non, je parle d'un autre don de soi.
— J'ai un peu de mal à suivre, là. Je présume que la normalité des uns n'est en rien celle des autres, que tout le monde a sa propre personnalité.
— Oui, mais moi je te parle d'un amour qui serait tellement intense qu'il pousserait l'autre à tout donner à l'être aimé.
— Donne-moi un exemple plus concret pour que je te comprenne, parce que là, j'avoue que tu parles hébreu !
— Alors imagine que tu aimes un homme à un tel degré que tout ce qu'il te demande, tu lui donnes par amour…
— C'est déjà plus clair, mais tu crois vraiment que ça existe, ça ?
— Je sais juste que c'est ce que j'aimerais trouver. L'amour et le jeu, associés dans un même élan dans une même personne.
— J'imagine que c'est un rêve ou… un fantasme. J'aurais trop peur que ça tourne à la violence physique.
— Qui te parle de violence ? Juste une petite contrainte cérébrale, des désirs déguisés en ordres, mais tous dits sur un ton tranquille. Rien ne serait obligatoire ; tout serait suggéré, tout serait…
— Mais la question ne se pose pas puisque nous ne sommes pas amoureux l'un de l'autre.
— Je sais… et c'est dommage que tu ne m'aimes pas ; moi, je suis tombé amoureux de cette femme qui a la tête bien sur les épaules et qui est belle comme un cœur.
— Tu es quoi ? Comment peut-on être amoureux d'une inconnue ? Je suis bien avec toi, je me sens heureuse, plus que ça n'est jamais arrivé, mais ce n'est pas vraiment de l'amour.
— Je vois bien, mais il reste le jeu ; et amoureux ou non, il existe aussi des couples qui le pratiquent sans vivre ensemble.
— Tu me proposes donc de jouer, de coucher sans que nous ne cherchions vraiment à nous accrocher l'un à l'autre ? C'est un peu étrange comme réaction, non ?
— Pourquoi étrange ? Les hommes font parfois l'amour sans vraiment être amoureux, sans vouloir non plus s'engager envers l'autre. Le plaisir retiré en est-il moins fort ?
— C'est à méditer, mais je ne sais pas trop si ce genre de situation me plairait vraiment.
— Tu as besoin d'être amoureuse pour te donner ?
— Je n'en sais rien ; je ne me suis jamais posée cette question. Je suppose que j'ai besoin d'avoir quelques atomes crochus avec le monsieur.
— Tu dis « le monsieur » ; donc jamais de dames ?

J'éclate de rire. Mais c'est vrai que ces paroles me secouent au plus profond de moi. Je vois où il veut en venir, et aussi bizarre que ça puisse paraître, chacun de ses propos fait mouche. Il ne me laisse en rien insensible. Pour un peu même il arriverait à me donner une envie de… Je deviens folle, ma parole ! Il est là, et nos tasses fumantes viennent d'être posées sur la table par un serveur obséquieux. Je ne quitte plus son regard. Il plonge en moi comme dans un livre ouvert.

— Dis-moi que ça ne t'a rien fait, ce que je te dis ! Allons, réponds-moi. Tu n'as pas envie d'essayer une fois dans ta vie autre chose que cette routine dans le sexe qui nous entoure ?
— Arrête… s'il te plaît !
— Pourquoi ? Je sens bien qu'au fond de toi, ton esprit te dicte une conduite que tes sens n'approuvent pas fatalement. Allons, sois honnête. Dis-moi que tu n'as pas envie de faire l'amour là, tout de suite.
— …
— Oui, dis-le-moi !
— Mais je…
— Oui ! Tiens ! Lève-toi ! Approche-toi de moi, veux-tu ?
— Tu veux bien me raccompagner ?
— Déjà ? Mais la soirée débute à peine. Tu choisis donc la fuite ? Je t'avais jugée plus audacieuse.
— Tu me fais peur avec tes propos… tu me donnes des frissons.
— Tu es bien certaine qu'ils sont de peur ? Allez, viens près de moi !

Pourquoi me suis-je levée ? Il n'y a aucune explication rationnelle à ce geste. Mais je suis bel et bien debout, toute proche de cet Hippolyte au regard enjôleur. Il n'a absolument pas d'hésitation lorsque ses deux mains filent, sans même la retrousser, sous ma jupe. Je sens ma culotte qui glisse le long de mes cuisses. Il m'enlève mon slip sans que je n'y trouve à redire. Suis-je devenue dingue ? Le rouge est monté à mon front, envahissant au passage mes joues. Le feu, la fièvre, tout est là, et pourtant je ne bronche pas. Ses pattes sortent victorieuses alors que d'une caresse il me fait comprendre que je dois lever les pieds, l'un après l'autre.

Là encore, pas un seul mouvement de révolte, comme si c'était entendu. Je vois le triangle de tissu qu'il roule en boule dans le creux de sa paluche. La honte est toujours ancrée à ma bouille. Et lui a un de ces sourires de vainqueur… Il jubile intérieurement, c'est certain, et il le montre. Je suis là, les bras ballants le long de mon buste sans savoir quoi faire, me balançant d'un pied sur l'autre.

— Alors, ma belle, tu vois bien que ce n'est pas compliqué d'obéir. Maintenant, écoute-moi et tu y trouveras un plaisir inédit. La peur est bonne dans ce genre de chose. Je ne te ferai aucun mal. Tu m'obéis, et tout se passera comme sur des roulettes.
— …
— Ne sois pas si surprise. J'adore ces jeux où la femme devient un objet de convoitise pour les regards des mâles qui vont baver devant elle.

La musique de sa voix me parvient aux oreilles comme atténuée par je ne sais quel sortilège. Il me fait un signe et je me rassois. Il continue cette espèce de monologue qui est censé me faire comprendre les bienfaits d'une soumission soft, et le pire de tout… c'est que je ne trouve rien pour réfuter les arguments de cet homme. Il a réglé l'addition et sa main se pose sur la mienne.

— Viens. Allons faire un tour.
— Où m'emmènes-tu ?
— Chut. Laisse-moi te guider et sois sans crainte. Allons, monte.

Il a ouvert la portière côté passager avant et je me penche pour entrer dans l'habitacle ; c'est là qu'il me rattrape par la voix.

— Non, pas comme ça.
— Pardon ?
— Relève ta jupe. Seules tes fesses doivent toucher le siège.

Je le regarde, médusée. C'est quoi encore, cette idiotie ? Je hoche la tête, mais son sourire toujours planté sur ses lèvres me désarme à nouveau. Je ne sais pas comment, mais je remonte toute seule l'ourlet de ma jupe et mon derrière nu se retrouve sur le fauteuil.

— Ben, ça y est, tu as compris. Tu es une bonne fille.

La portière claque sur moi. Lui fait tranquillement le tour de la voiture. Nous roulons vers je ne sais quelle destination. Oh, nous n'allons pas très vite. Je profite du paysage ; une route forestière que je ne connais pas. Puis il me parle :

— Tu veux bien relever le bas de ta jupe ? Je veux admirer tes jolies cuisses.
— Je ne…
— Ne fais pas l'enfant, bon sang ! Remonte ta jupe… sois sage.
— Sage ?
— Oui. Sois obéissante, tu veux ?

Incroyable ! Mais mes mains se mettent en mouvement et mes cuisses apparaissent à la vue de cet homme qui les survole des yeux. Il s'arrête sur une sorte de terre-plein, reste la tête tournée vers mes deux gambettes.

— Tu es… comment te dire cela… tu as du chien. Et, ma belle, j'ai envie de jouer. Tu veux bien m'accompagner dans mes envies ?
— Quelles envies ? Je voudrais bien savoir…
— Moins tu en sauras, plus le jeu sera excitant. Ouvre la boîte à gants, ma belle.

Je ne bronche pas. Alors Hippolyte se penche vers la malle de poche, et ce qu'il en extrait me sidère.

— Regarde… pour tes jolis poignets. Avance-moi une de tes mains.
— Non. Ça ne va pas, non ? Je ne veux pas !
— Sois sage, et obéissante. Allons, donne-moi ton bras.
— Tu n'écoutes rien de ce que je dis ?
— Si.

Et en se penchant davantage, sa bouche se trouve plaquée à la mienne. Le baiser a un goût bizarre. Un goût d'interdit, un relent de peur, mais il me donne la chair de poule. Je sens aussi sa patte sur ma cuisse alors que l'autre presse mon cou pour que je ne recule pas sous le baiser. Mais je n'éprouve aucune envie de ruer dans les brancards alors que sa langue me fait voyager. C'est doux, c'est bon, et il insiste. Sa main, de ma cuisse et partie sur mon bras, et quand il décolle ses lèvres des miennes, c'est comme un abandon que je ressens. Mais lui garde mon poignet dans la pince qu'il serre sans exagération.

Je sens le cuir d'un bracelet se refermer sur mon poignet. Et l'opération recommence pour le second, mais sans l'interlude palot. Cette sensation inquiétante de sentir ces choses qui encerclent mes avant-bras est étrange et je suis à la limite de mouiller, je l'avoue. Hippolyte m'embrasse à nouveau et me force presque à mettre mon bras derrière mon dos. Sans souffle, je sens qu'il tient le cuir derrière alors que de son autre pogne il maintient ma deuxième main. Elle se retrouve aussi contre le dossier de mon siège. Les léchouilles de ma bouche qui s'achèvent me font me rendre compte que je ne peux plus ramener mes bras devant moi.

Je suis entravée, mains retenues dans le dos, et pourtant il m'a lâchée. Ses yeux sont brillants de fièvre ou de convoitise, et moi j'ai les tripes nouées. Il se penche un peu plus, et alors que je pense que c'est pour caresser mes cuisses, je comprends vite mon erreur : mes chevilles subissent le sort de mes membres supérieurs. Les bracelets de cuir sont rapidement posés et je prends vraiment peur. Mais ce salaud sait me rassurer :

— Voilà. Tu vois, ce n'était pas si compliqué. Ne crains rien ; tu vas avoir un plaisir immense à te laisser dorloter. Maintenant, je vais te mettre ceci…

Il brandit une sorte de foulard, et je n'ai pas le temps de répliquer qu'il se met déjà en devoir de le lier derrière ma nuque. Je ne vois plus rien, aveuglée par ce bandeau tiré lui aussi du rangement du véhicule. Mais si ma vue est masquée, je garde tous les autres sens en alerte. Quand il passe sa main entre mes cuisses, j'ai le réflexe de les refermer. Aucune insistance ; il ne cherche pas à revenir vers mon sexe. La berline s'est remise en mouvement, et cette fois, plus de paysage à admirer dans le pinceau des phares : l'inconnu, avec la profonde panique qui commence à s'emparer de moi me revient comme un leitmotiv.

Je dois être folle. Je peux encore parler, je pourrais protester, me plaindre, lui dire que je ne suis pas d'accord. Mais aucun bruit, aucun son ne sort de mon gosier serré. Et nous venons de nous arrêter. Le moteur se tait. Au bruit, je sais qu'il a quitté sa place, et la portière de mon côté s'ouvre sur la nuit fraîche. L'est-elle, ou est-ce mon trouble qui la rend ainsi ? Je ne saurais le dire. Il a détaché ma ceinture et m'agrippe le bras ; je comprends qu'il veut que je sorte de l'habitacle. C'est fait. Je suis debout, et seuls ses doigts qui me tiennent me permettent de savoir que je ne suis pas seule.

Mon ventre a des hoquets. C'est affreux d'avoir cette envie de faire l'amour alors que ce gars me traite finalement comme une esclave.

— Ça va ? Pas trop peur ? Il fait bon, la nuit est étoilée et nous sommes dans une immense clairière. Nous allons marcher un peu. Je te guide… alors marche sans crainte, tu ne tomberas pas, je suis là et te cramponne. Attends !
— Où… où allons-nous ? Je veux rentrer chez moi.
— Chut, je suis certain que tu as envie de faire l'amour. Tu mouilles ? Dis-le-moi.
— …
— Je vais regarder moi-même, si tu ne réponds pas.

J'ai la gorge de plus en plus serrée et ne peux plus parler. Je sens ma jupe qui remonte et la chaleur de cette paluche qui court le long de mes cuisses, à l'intérieur. Elle est à la fourche de celles-ci. Je fais un pas sur le côté, mais Hippolyte me coince contre ce que je suppose être un arbre ; enfin, un tronc.

— Tu ne veux pas t'échapper, tout de même ? Allons, laisse-moi voir cela de plus près.

La main est dans la fourche, elle touche déjà mon sexe. Les doigts remontent, en écartent les deux lèvres. Ils lissent l'intérieur sans vraiment s'enfoncer en lui. Je frémis. C'est dingue, cette situation !

— C'est bien. Tu es une bonne salope, mais je n'en ai jamais douté. Viens, nous allons par-là.

Il a abandonné ma chatte et je suis entraînée un peu plus loin. Maintenant, nous ne marchons plus mais il est debout contre moi. Il me reprend la bouche et je me laisse une fois de plus imposer un baiser de feu. Hippolyte me pousse lentement, et au niveau de mes fesses je sens une barre contre laquelle je suis appuyée. Une table, sans doute. Alors il me retrousse la jupe et me soulève doucement. Je m'attends au froid d'un bois quelconque, mais non. Une couverture ? Une protection de toute manière se trouve sous moi alors qu'il me couche délicatement sur cet endroit dont je ne sais rien. La position avec les bras attachés dans le dos n'est guère confortable.

Mes jambes sont soulevées et je ne peux plus empêcher ma jupe d'être relevée bien haut sur mes hanches. Je sais que j'ai le sexe nu, à la vue de ce type qui fait passer mes talons au-dessus de ses épaules. Il souffle presque tendrement sur les lèvres ainsi dévoilées. Je sens cette respiration chaude qui frôle le mont de Vénus et je réagis en frissonnant de partout. Puis le baiser qu'il me donne n'a plus rien de chaste. Il a sans doute plongé son visage entre mes cuisses, et la langue qui a si bien visité mon palais tout à l'heure entreprend d'autres investigations. Il me lèche la fente de bas en haut, très lentement, pour remonter d'une identique manière.

Le manège recommence je ne sais combien de fois, et cette fois je mouille pour de bon. Ma tête dodeline à droite et à gauche et ça dure, ça dure longtemps. Puis il se relève, et si ses épaules ne soutiennent plus mes chevilles, il a pris soin de poser mes pieds bien à plat sur le bord de ce que je pense être une table. Seul le contact de sa main me dit qu'il est encore là. Il doit longer le support sur lequel je suis allongée. Et maintenant, c'est ma tête qu'il amène au bord du plateau. J'ai vite saisi la démarche et la manœuvre. Ce qui entre en contact avec mes lèvres, c'est… chaud, doux. Dur aussi.

Machinalement, alors que mon ventre se contracte encore, mes mâchoires s'entrouvrent pour laisser entrer ce qu'il me tend. Je débute une fellation sans que cela me semble inapproprié. Je n'ai qu'une envie, c'est de lui faire cette pipe qu'il me réclame sans un mot. C'est un juste retour de service, un acte en quelque sorte. Tout dans ma tête me donne envie ; cette peur qui me noue est porteuse d'adrénaline. Et dans cette nuit qui m'entoure, il me semble percevoir un bruit anormal. Je ne peux en aucun cas lâcher le mandrin qui me pistonne d'autorité la bouche. Et le bruit que j'entends semble pourtant se rapprocher : un moteur qui vient de s'arrêter.

Une portière de voiture qui chuinte, pas très loin, et me voici de nouveau stressée. Panique à bord, mais la bouche pleine et le visage retenu par les mains d'Hippolyte, je ne peux pas crier. Alors je sens que mes cuisses sont une fois de plus écartelées. Cette fois, c'est une trouille immense qui s'empare de moi. Pas d'attente, pas de préparation ; une bite entre en moi alors que celle qui navigue entre mes lèvres me semble prendre un peu plus de volume. Je serre les poings, ne réussissant qu'à me faire mal aux bras. Cette fois je suce, mais l'autre qui me bourre le fait à grands coups de reins et je n'en peux plus.

Il me laboure l'entrecuisse, passe sa main sur mon nombril et je sens que mes seins sont empaumés entièrement. La jouissance ne se fait pas vraiment discrète pour celui que je tète. Je ne suis même plus certaine qu'il s'agisse de l'homme avec qui j'ai dîné. Et entre mes jambes, le fornicateur fou se révèle de plus en plus rapide. Son ventre claque contre mon pubis, mais je dois reconnaître que je perds le fil de mes idées. Je sens moi aussi que l'orgasme arrive et mes tripes sont secouées par des spasmes de plus en plus nombreux. La queue qui va et vient dans mon gosier se presse au fond et celui que je déguste ne ressort pas de suite.

Je sais, je sens que sa laitance va m'asperger la gorge, et ça ne rate pas. J'ai un mal de chien à déglutir avec cet engin qui comprime ma luette. Les haut-le-cœur que j'attrape font reculer enfin le mec sucé. Dans mon ventre, c'est aussi la retraite du combattant. Il se retire avec une rapidité qui m'arrache un cri. C'est pour mieux pleurer sur mon ventre et arroser le persil. Je n'ai pas le temps de dire quoi que ce soit que je sens des bras qui m'alpaguent, et sans effort apparent pour ces porteurs improvisés, je me retrouve cette fois étendue, le ventre sur la place que mon dos occupait une seconde auparavant.

Et une autre bouche, celle d'un des deux hommes présents, je présume, qui me mange le derrière. Une langue se frotte carrément à cette raie culière que je ne peux cacher. Et ma caboche est reprise, serrée comme dans un étau par les tempes par deux pattes inconnues. Le sexe qui m'arrive contre les lèvres est aussi dur que le précédent. Je dois une fois de plus ouvrir les mâchoires pour accueillir cette queue non invitée. Par contre, je remue les hanches en sentant que celui qui me lape l'anus va sans doute vouloir s'y… trop tard. Je suis cramponnée d'autorité par le bassin et la pression sur mon œillet se fait plus forte.

J'ai mal, mais rien n'y fait. Je grogne avec la bouche pourtant pleine, je râle, et soudain le muscle cède. La place est investie. Tout doucettement, le chibre qui vient de passer la tête à la petite porte entre de plus en plus profondément en marquant des pauses. Mais les trêves sont de courte durée, et finalement le ventre de mon bourreau se colle à mes fesses. Je sens entre mes jambes les bourses qui se frottent à ma vulve.

— Putain, elle est serrée. Elle ne se fait jamais sodomiser ?
— Je ne sais pas trop, nous nous sommes rencontrés seulement ce soir.
— Ah bon ! C'est une vraie chienne, alors ? Accepter un gang-bang le premier soir, le soir de la rencontre, c'est une salope ?
— Je ne crois pas… mais elle va devenir la nôtre pour cette nuit.
— Je peux y aller, alors ?
— Il est un peu tard pour demander, tu ne trouves pas ?

Le rire graveleux et l'accent du type me font penser que c'est peut-être… un Black. Il remue tout simplement les hanches et les fait tourner d'une manière bizarre, mais sans avancer ni reculer. Je saisis bien qu'il élargit le muscle, et maintenant il est prêt à faire coulisser son piston dans mon cul. Incroyablement, je sens une coulée de lave qui m'enflamme le ventre à la seule idée que je suis enculée. Et il l'a senti aussi, le gaillard ! Cette fois encore le sperme me coule dans la bouche, mais l'autre, lui, ne se presse pas. Il me fourre à son rythme en émettant de petits cris rauques. Et je me retrouve à boire la semence de l'un alors que je suis complètement défoncée par la bite.

Et ça dure un long moment, assez pour qu'une autre queue vienne dans ma bouche faire le même sport que les deux que j'ai déjà épongées. Celle-là est épaisse et j'ai un mal de chien à la faire entrer dans ma gorge. Je ne me suis même pas rendu compte que mes bras sont libres. Mes yeux clos m'empêchent encore de savoir combien ils sont autour de l'autel où je suis sacrifiée, mais je m'en contrefiche à cet instant. Je ne suis plus rien d'autre qu'une pute qui veut de la bite, une salope qui hurle à chaque coup de reins. Un autre sexe remplace le précèdent dans mon anus et je n'arrive même pas à savoir si ce sont les mêmes qui reviennent en boucle ou des nouveaux qui s'enchâssent dans mon trou de balle.

Puis je suis abandonnée. Mais pas longtemps, parce que soulevée encore une fois, je me retrouve allongée sur un mâle qui me met par devant. Un autre se place dans mon dos et il entre dans le trou qui n'est pas encore totalement refermé. Celui-ci laisse passer la hampe qui nage dans le foutre du visiteur précèdent. Je suis baisée en doublette quand ma bouche doit une fois de plus avaler une queue différente. Je ne cherche plus à ruer, je me contente de suivre le tempo. Il faut reconnaître aussi que je n'arrête plus de jouir, que les orgasmes se succèdent à une vitesse grand V. J'adore finalement qu'ils fassent de moi leur pute, leur salope, leur garage à bites.

Combien de mecs se sont assouvis en moi ? Aucune idée ; je suis comme groggy. Seul le silence m'entoure. Plus personne ne me touche. Le bruit du moteur est revenu puis s'est estompé. Ils sont partis ? Et Hippolyte ? M'a-t-il abandonné lui aussi ? Je ne sais même pas où je suis, mais j'ai le bas du dos en compote. Alors quand des doigts appuient sur ma nuque et qu'enfin le bandeau s'efface, je le vois qui me regarde avec toujours son immuable sourire.

— Tu as été sublime, Claire. Mes amis ont adoré te baiser.
— Tes amis ? Combien étaient-ils ?
— Tu n'as pas suivi, alors ? Quatre dans une voiture et deux dans l'autre.
— Tu m'as fait grimper par six hommes plus toi ?
— Tu n'as jamais crié grâce ; alors oui, tous t'ont montée, et je peux te dire que comme pouliche, ils ont pu apprécier. Pour quelqu'un qui ne voulait pas, tu n'as jamais renâclé à la tâche !
— C'est… non, je n'y crois pas… et je les ai tous…
— Oui, tu nous as tous sucés. Un régal aussi que ta langue, mais ce qui nous a plu à tous c'est que tu avales notre sperme.
— Vous… tous ? Non ! Tu es un salaud !
— Oui, peut-être, mais aucun ne t'a fait de mal ; personne non plus ne t'a violée. Tu n'as jamais dit non.
— J'aurais eu du mal avec une queue dans la bouche et les mains liées dans le dos !
— Avoue… tu n'as pas aimé ? Dis-moi. Allons, fais le bilan. Prise par tous les trous ; tu as même branlé ceux qui n'avaient plus de place.
— Mon Dieu ! J'ai honte… Tu ne m'as pas fait faire cela ?
— Sois fière, ma belle. Tu as fait l'amour, et tu étais tellement belle… La prochaine fois, tu n'auras pas les yeux clos : tu pourras même voir et sentir.
— Parce que tu penses vraiment que je vais recommencer ? Tu es complètement fou, toi ! Fou et pervers.
— Oui, mais je sais aussi que tu es faite pour ça. Et tu verras : dans un jour ou deux, c'est toi qui réclameras.
— Compte là-dessus et bois de l'eau !
— En parlant de boire, tu veux un verre ? Tu dois avoir soif.
— En plus, tu penses à tout, hein !
— Ben… c'est la fête, alors j'ai toujours ce qu'il faut dans mon coffre.
— Et comment ont-ils su, tes amis ?
— Le téléphone, ma belle, juste un simple SMS.
— Tu étais si sûr que j'allais me laisser faire ? Tu savais ? Comment ?
— J'ai… disons une certaine habitude de ces soirées chaudes… et puis je ne les ai avertis qu'après avoir commencé à te baiser.
— Quel salaud ! Non mais, quel salaud !
— Dis-moi que tu n'as pas adoré cela ? Tu as mouillé pourtant tout son soûl ! Tiens, bois ceci.

Hippolyte me tend un verre dans lequel se trouve une mixture inconnue.

— Tu ne vas pas me droguer, en plus ?
— Non, rassure-toi : c'est simplement de la vodka, mais je n'ai pas de jus d'orange. Goûte, et tu vas bien sentir.

Je trempe mes lèvres dans la boisson incolore. Au-dessus des arbres qui nous entourent, l'aube pointe son nez. Lui me regarde et me sourit. Il est tellement près de moi… alors quand il m'attire contre lui, je le laisse faire. La pelle qu'il me roule est toujours aussi merveilleuse. Quel salaud tout de même…

— Tu as des regrets ?
— Non, j'avoue que vous m'avez fait jouir comme jamais.
— Alors, prête à recommencer ?
— Attends un peu, là : trop, c'est trop !
— Non, je veux juste te faire l'amour gentiment… Tu n'as pas envie de le faire avec moi, là ? Juste nous deux ?
— …

Je n'ai pas répondu, mais quand sa main est revenue sur ma chatte tout engluée de ces assauts nocturnes, j'ai vraiment été transie… pas de froid. Cette foutue envie que revenait au galop, et tout cela pour un type qui allait sans doute encore me prêter à ses copains ! Nous avons refait l'amour là sur cette table dans un bois paumé. J'ai laissé faire et je me suis aperçu que ce type avait un don. Oui, un vrai don pour me faire faire ce qu'il voulait. J'ai eu peur ; il m'a prise tout doucement, les yeux dans les yeux, assise sur lui. Une autre voiture est venue tourner dans notre chemin, mais elle ne s'est pas approchée. Hippolyte n'a pas voulu que j'arrête alors que je ne demandais qu'à me cacher. Le ou les occupants – je ne distinguais pas vraiment – ont pu se rincer l'œil.

Dès l'arrivée de la voiture, mon cavalier m'a fait me retourner face aux intrus. Il m'a assise à nouveau sur son vit, et cette fois j'avais la poitrine tournée vers ceux qui devaient jouer les voyeurs. J'ai fermé les paupières et mon esprit s'est envolé vers un orgasme sans nom.