Règle n°24 : Ne pas convoiter un collègue de bureau.

« Synopsis NCIS - Saison 14 - Épisode 1 : Gibbs et son équipe enquêtent sur le meurtre d'un Marine à Charlotte (Caroline du Nord). DiNozzo a les oreillons. McGee gagne au loto. Ducky s'inscrit à des cours d'informatique. »

ALICIA

Pfou ! J'ai un mal de chien à bâtir un scénar plausible pour ce putain de premier épisode. Je lève la tête de l'écran en entendant la porte de mon bureau s'ouvrir, prête à chasser l'intrus qui ose m'interrompre alors que j'écris un truc super important…

J'ouvre la bouche pour lancer un « Casse-toi, pôv' con ! » au gêneur, et reste bouche bée : dans l'encadrement se tient le mec le plus époustouflant de Californie ; que dis-je : de la Terre, de l'Univers tout entier.

Un beau mec entre Springsteen et Harrison Ford, avec le sourire en coin de Brad Pitt et les yeux perçants de Marlon Brando (jeune), une cicatrice de bad boy sur l'arcade gauche, des cheveux noirs et bouclés à la longueur canaille, du genre que vous rêvez d'y plonger vos doigts… Des Ray-Ban aviateur sur le front, un blouson de moto en cuir noir ouvert sur un maillot de corps blanc qui moule des pectoraux saillants… Aargh !

J'essuie le filet de bave qui coule de ma bouche, déglutis difficilement, tentant d'ignorer l'humidité coupable qui envahit déjà ma petite culotte, et lance avec esprit :

— Euh… Oui ?

C'est pas pour rien que je suis payée à prix d'or comme scénariste ! Ma voix est un peu rauque mais ça va, j'ai résisté à l'envie de me jeter à ses pieds pour sortir sa… Stop, Alicia ! Pense à autre chose : le dernier gâteau raté de ta grand-mère, le gros flic qui t'a verbalisée parce que tu roulais « un peu » trop vite…

— Tu es bien Alicia Riverside ?

Je ne peux que hocher la tête, passant ma langue sur mes lèvres sèches ; celles du haut, parce que celles du bas sont bien mouillées, elles. À l'idée de sa langue sur mes lèvres du bas, je vire à l'écarlate et tousse, manquant de m'étrangler. Je vois bien qu'il est surpris : ses yeux s'arrondissent alors qu'il m'examine comme un étudiant devant une grenouille attachée sur une table de labo, les cuisses écartées…

Merde, ça ne s'arrange pas… Je me visualise nue et attachée à la place de la grenouille, sur le ventre, et offerte à toutes les expériences lubriques du bad boy. Un gémissement désespéré sort de ma bouche.

— Oh non ! Euh… oui, ssssé, c'est moi.

Quel sens du dialogue ! Si je continue comme ça, je suis en route vers le Pulitzer. Je bégaye, je bredouille ; la classe !

— Rory Gallagher. Comme le chanteur.

Mes yeux vitreux lui apprennent que je ne comprends pas. Cékiça ?

— Un chanteur irlandais des seventies. Super guitariste de blues-rock. C'est pas grave. Je viens pour bosser avec toi sur le scénar ; le patron s'impatiente légèrement.
— Ah…

Alicia, la championne de la réplique culte ! Je suis blonde, et ça se voit : mes deux derniers neurones ont grillé quand il a enlevé son blouson. En jean moulant et marcel, il est à tomber. Je lorgne son bras droit couvert de tatouages tribaux, un bras magnifique à la musculature puissante, comme son copain gauche qui lui est vierge de toute déco. Je meurs d'envie d'y planter un suçon pour marquer mon territoire.

— Tu vas t'installer ici ? Avec moi ?
— C'est l'idée, oui. Nous devons travailler ensemble, tu vois.

Mes yeux se posent sur la bosse énorme qui déforme son jean ; je hoquète et relève les yeux précipitamment. Calme, Alicia, c'est pas l'heure de ta glace, même si tu meurs d'envie de voir le bâtonnet… Il s'assoit sur le coin de mon bureau et me sourit. Ses mains larges et bronzées me fascinent ; je les vois déjà courir sur mes seins, mes hanches, mes fesses.

— Tu… tu es… marié ? Tu as une petite amie ? Ou un petit ami ?

J'ai dit ça, moi ? Mon cerveau a émigré dans mon vagin, ce n'est pas possible autrement ! Son sourire s'élargit, dévoilant de belles dents blanches et un peu irrégulières, pas retouchées comme celles des acteurs. Ce petit détail me fait fondre. Ici, à L.A., tous les gens qui travaillent dans le cinéma se font retoucher. Les dents, les lèvres, les seins, le cul. Bon, moi, j'ai rien fait refaire : tout est naturel, et ça me va comme ça.

RORY

Ça sert d'avoir joué au poker : je parviens à masquer mon étonnement. Depuis que je suis entré dans ce bureau, je vogue d'ailleurs de surprise en surprise.

Déjà, je m'attendais à devoir bosser avec une vieille scénariste ratée, du genre obèse à grosses lunettes, tee-shirt immonde et bermuda fleuri, et je tombe sur une jeune femme bien plus séduisante que pas mal d'actrices. Certes, elle a des lunettes, mais des jolies toutes fines en métal posées sur le nez le plus gracieux qui soit.

À mon arrivée, elle m'a regardé comme si j'étais Monsieur Spoke tombé de l'Enterprise, dévoilant une incisive légèrement ébréchée sur laquelle elle a passé le bout de sa langue rose. Ses lèvres délicates au rouge discret m'ont attiré irrésistiblement… J'ai commencé à bander. Négligemment, j'ai posé une fesse sur un bureau libre et j'ai tenté de garder mon self-control en l'examinant en douce.

« Quel âge peut-elle bien avoir ? me demandé-je. Dans les vingt, ou alors guère plus. » De ma position, je n'apercevais que son tee-shirt Snoopy qui moulait une poitrine bien faite dont les pointes dardaient sous le tissu. Pas de soutien-gorge ? Ma gorge s'est retrouvée sèche tout d'un coup.

Et bam ! Sa question si indiscrète… Elle rougit de charmante manière, secoue sa tignasse blonde nouée en chignon lâche. Chignon que je meurs d'envie de dénouer. J'évite de lorgner sur son cou gracile, ses oreilles finement ourlées que je rêve de mordiller.

— Non, rien de tout ça ; je suis libre. Et toi ?

Hé ! C'est une question indiscrète, d'accord, mais c'est elle qui a commencé ! Et puis j'adore la voir rougir.

— Euh… non. Je veux dire… oui. Enfin, je ne suis pas mariée, quoi.

Je n'en peux plus. Je me lève et m'approche d'elle en lui tendant la main. Elle hésite ; ses yeux d'un bleu de ciel de traîne passent de ma paume offerte à mes yeux, puis elle dépose sa main toute menue dans la mienne et se lève quand je l'attire contre moi. Son corps tout en courbes douces épouse le mien, et elle ne peut ignorer la raideur encombrante qui appuie sur son ventre.

Malgré ses talons hauts, elle arrive à peine à mon épaule contre laquelle elle pose sa joue. Ses mains se posent sur mes fesses et appliquent mon bassin contre elle ; les miennes prennent possession de son postérieur, le caressant à travers son jean. Nous restons ainsi un long moment, dans un silence quasi religieux à peine troublé par nos respirations.

Je suis tellement en harmonie avec Alicia que je ressens jusqu'aux battements de son cœur, le rythme haché de sa respiration. Elle se cambre et se dresse sur la pointe des pieds, les lèvres gonflées entrouvertes, les yeux voilés dans l'attente…

Je fais la moitié du chemin, me penchant jusqu'au moment béni des dieux où mes lèvres épousent les siennes. Prudemment, j'avance ma langue et la présente doucement. En réponse, ses deux mains saisissent ma nuque et me collent façon ventouse pour un baiser torride qui manque de me faire éjaculer très précocement. Sa langue agile s'entortille à la mienne, et sans hésiter elle enroule ses jambes autour de mes hanches, me laissant le soin de la porter et écrasant ma virilité contre son pelvis.

Quand je relève la tête, interrompant ce torride échange pour respirer et réfléchir un peu, je suis subjugué par son visage. Les yeux d'Alicia étincellent, plus sombres que dans mon souvenir, brûlants et emplis d'émotion. Ses joues arborent une délicieuse teinte carminée, ses lèvres gonflées tremblent un peu, avides de baisers, ses narines palpitent au rythme de son souffle court.

— Prends-moi, tout de suite, me supplie-t-elle d'une voix rauque qui me noue les tripes.
— Je n'ai pas de préservatif, ma belle.
— Merde, c'est pas vrai ! Attends…

Elle s'échappe sans préavis et se rue vers un bureau au fond de la pièce, ouvre les tiroirs brusquement.

— C'était le bureau de Serge, un Français sérial-niqueur qui sautait sur tout ce qui bouge. Il avait des présos partout… Tadam ! J'en ai trouvé un. Neuf, encore dans l'emballage.
— Ça vaut mieux, tu sais. Un vieux qui a servi, c'est médiocre comme hygiène.

Elle revient vers moi en se dandinant, un peu rouge ; ses yeux lumineux transpercent mon cœur comme des lasers et le font exploser. Je grimace en examinant le petit carré qu'elle agite sous mon nez, ce qui l'inquiète.

— Ça va pas ? Tu ne veux plus ? Je suis conne…
— Arrête, c'est pas ça.

Je la retiens par l'épaule alors qu'elle s'apprête à reculer. Elle tente de se dégager mais je serre les doigts et son visage se crispe sous la douleur.

— Tu me fais mal ! Lâche-moi !
— Je sais, mais tu vas m'écouter. J'ai envie de toi, mais…
— Mais ?
— Mais ton préservatif, c'est une taille normale, et…
— Tu me fais marcher, là ? Parce que c'est l'excuse la plus bidon qu'on m'ait donnée. Dis plutôt que je ne te plais pas, que…

Je la tire contre moi et l'embrasse derechef, plongeant ma langue dans sa bouche entrouverte. Je n'ai trouvé que cette méthode pour la faire taire, et je la colle contre moi pour qu'elle constate par elle-même que j'ai une grosse envie. Une très grosse, même.

Après plusieurs minutes d'échanges torrides de salive, je repousse doucement mais fermement une Alicia délicieusement essoufflée. Elle mordille sa lèvre inférieure avant de se lancer :

— Alors, tu veux bien ; mais sans préservatif, c'est ça ?
— Non, je veux bien avec, mais je vais avoir du mal avec celui-ci.
— Tu me la joues acteur porno, avec une bite de cheval… Ooh merde, j'ai rien dit.

Elle place sa main devant sa bouche puis pouffe avant de partir dans un fou-rire ponctué de hoquets.

— Bon, j'ai compris, tu te fous de moi. Montre-la, et puis c'est tout !