Le mal-être

Prends trois mots et fais-les danser…

T'es heureuse ?

En voilà une de phrase qui tourne dans bien des têtes ! Trouve-t-elle une réponse possible ? Une réplique qui soit plausible ? Comment définir ce sentiment qu'est le bonheur ? Le terme « heureux » englobe tellement de choses, de paramètres aussi. Et puis ne serait-ce pas une histoire de moment, d'instant, de plage ?

Alors quand Marc – le mari de Raymonde – lui pose cette question, elle n'a pas vraiment envie de lui répondre. Elle laisse son regard se perdre dans un monde qui n'appartient qu'à elle. Elle n'a aucune inclination à le laisser entrer dans l'univers qu'elle s'est créé depuis… bien des années. Il est vrai aussi que son mari ne se préoccupe spécialement de son bien-être que lorsqu'il a quelque chose à lui demander. Et elle a bien compris son manège, depuis si longtemps.

Quand elle s'est levée du sofa pour aller se coucher, il a éteint immédiatement le téléviseur. Habituellement, il traîne sur le canapé durant de longues minutes sans vraiment se soucier si elle parfois peut avoir des besoins, des désirs. À quarante-cinq ans, bien sûr qu'elle voudrait… mais il s'en contrefiche, sauf si c'est lui qui a… la gaule. Et ce soir, ça semble bien être le cas. Pourtant la question surprend la brune aux yeux marron-vert qui attend la suite des évènements.

Elle est de plus en plus certaine qu'il va vouloir la tripoter, mais c'est elle qui ce soir n'a aucune envie de cela, ou qui veut faire de la résistance. Du reste, c'est toujours la même rengaine. Il l'embrasse vite fait, triture une minute ou deux ses seins, passe un doigt qu'il humidifie sur son minou comme pour en écarter les deux grandes lèvres, et puis… c'est vite bâclé. « Eh bien mon bonhomme, non, pas ce soir ! Si tu veux du sexe, tu vas devoir t'investir un peu plus que d'ordinaire. »


T'es heureuse ?

Ça claque dans la chambre à coucher comme une injure ! Ça percute les oreilles de la femme déjà alitée. Et son Marc qui pose sa patte sur la poitrine camouflée par une longue chemise de nuit… Il a commencé une reptation bizarre pour amener son ventre au contact de celui de Raymonde mais elle se cabre un peu, recule vers le bord du lit. Il va bien falloir qu'elle s'arrête sinon elle va se retrouver par terre. Mais la phrase vient de lui faire un effet boomerang. « Si tu t'y prends de cette manière ce soir, mon gars, tu vas dormir sur la béquille, c'est presque assuré… »

« Non ! Pas comme ça ! Ne me touche pas de cette façon ; mets-y un peu de cœur ! Fais au moins un vrai effort, sois imaginatif ! Tu savais si bien… avant. Oui, avant… mais avant quoi, d'abord ? Quand est-ce qu'il a commencé à se contenter de la frôler juste pour assouvir ses propres pulsions ? » Raymonde ne s'en souvient plus : c'est si loin dans le temps. Mais elle est bien décidée à réagir. « Pas d'effort, pas de cul ! » Et là, elle est ferme dans sa tête. Ces mots, ceux qu'elle ne prononcera jamais, viennent de tourner dans son crâne, sous ses cheveux étalés sur l'oreiller.

Marc continue d'avancer avec la paume de la main sur la plage qui va de sa poitrine à son entrecuisse ; elle ne peut plus reculer sous peine de… choir sur la moquette. « Allez, ma vieille ! Dis-lui d'arrêter ou de s'y prendre autrement. » Il souffle fort. Sa quéquette se frotte à sa cuisse. Elle a pourtant aussi envie maintenant de faire l'amour, mais non ! Décidément, ce ne sera pas de cette façon-là. Pas comme il le veut, pas comme d'habitude. Non et non ! Ce soir elle ne l'est pas, heureuse. Elle voudrait…

Oui ? Elle désirerait quoi, au juste ? Le sait-elle vraiment ? Bien sûr qu'elle ne demande pas la lune ; juste qu'il fasse un peu plus attention à elle. Qu'il prenne un peu de temps pour penser à son corps de femme, pour lui donner du plaisir. C'est trop demander ? Mais il insiste ; il a réussi à relever sa chemise de nuit et à lui fourrer sa patte entre les jambes.

— Non ! Arrête !
— Non ? Tu n'es pas heureuse ?
— Ne pose donc pas de questions idiotes, tu veux ! Je n'ai pas envie… de ça.
— Quoi « ça » ? Tu aimais bien, avant.
— Ah, avant… avant… le grand mot, hein ! Avant, comme tu dis. Avant, j'existais pour toi ; tu étais câlin, gentil, tu prenais soin de moi. J'avais toujours l'impression d'être une femme. Une vraie femme.
— Parce que je ne suis pas câlin ? Je ne m'occupe plus assez de Madame, sans doute ? Pas assez souvent ? Mais moi je bosse, et je n'ai pas forcément la tête à ce genre de démonstration.
— Tu as bien le temps de regarder tes films jusqu'à des point d'heure. Et un petit coup en passant de temps en temps, pourquoi pas ? Mais pas chaque fois : c'est devenu la routine. Alors plutôt que te servir de défouloir, je préfère m'abstenir.
— C'est bien ; tu m'as coupé mon envie. On va dormir puisque Madame a ses états d'âme.
— C'est ça, dormons.


T'es heureuse ?

Non mais, en voilà une de connerie ! Comment peut-il penser qu'elle reste heureuse s'il ne fait plus un seul effort ? Pourtant, elle ne demande pas grand-chose : simplement qu'il soit juste un moment attentif à ses demandes, attentif à ses besoins de… femme, tout bonnement. Mais il ne suit que son instinct de mâle. Où sont-elles passées, les années où il savait si bien… pourtant, c'est toujours le même homme. Les tempes un peu plus grisonnantes, la taille légèrement empâtée, mais il a toujours le même indéfinissable sourire ; il reste celui qu'elle a aimé et qu'elle aime encore… sans doute.

Ni Raymonde ni Marc n'ont fait allusion à l'incident de cette nuit-là. Chacun a d'autres choses en tête. Elle prépare un vide-grenier dont elle est organisatrice ; quant à son mari, c'est son bureau qui l'accapare la majeure partie de ses journées. Raymonde passe ce matin à la mairie pour régler avec les agents municipaux les endroits où les stands seront installés. C'est chaque année le même rituel ; mais bon, il lui faut signer un tas de paperasses administratives, comme toujours. Pourtant ce matin a un air différent, un air nouveau. Les autorités ont changé suite au dernier scrutin, et son interlocuteur précédent est remplacé.

Ils sont tous aimables, et dans le bureau où elle est reçue la blonde qui lui sourit semble perdue dans tous ces dossiers. Un garçon âgé d'une trentaine d'années qui fait office de secrétaire regarde Raymonde comme s'il voyait la Lune. Ses regards sont plantés sur la poitrine de la brune. L'insistance de ces yeux qui transpercent son chandail en est gênante. Elle ne sait plus trop sur quel pied danser quand la femme qui travaille là s'aperçoit de l'attitude de son collègue.

— Jules, allez donc nous chercher deux cafés.

L'autre met un temps infini avant que les paroles de sa chef ou collaboratrice n'atteignent son cerveau. Sans pour autant lâcher les seins des yeux, il quitte enfin le petit bureau.

— Excusez-le ; il n'a sans doute jamais vu de sa vie une femme aussi belle que vous, vous savez.
— Mais… et vous, alors ?
— Oh, moi, je ne suis pas une femme pour lui, seulement sa supérieure ; alors ça n'a plus rien de féminin tout cela. Bon, voilà les documents. J'ai seulement besoin de vos signatures ici et là.

Raymonde signe aux emplacements que lui montre la bureaucrate, et alors qu'elle s'apprête à quitter le réduit, le « fameux » Jules revient avec deux gobelets. Il tend l'un à la brune et l'autre à la blonde. Sans dire un mot, il retourne s'asseoir derrière une pile de dossiers ; la visiteuse a une sorte de rictus. Elle comprend soudain pourquoi l'autre était distrait par son entrée dans le burlingue : une montagne haute de cinquante centimètres de papiers divers, ça doit forcément être ennuyeux.

— Si vous avez besoin de quoi que ce soit, voici ma carte avec mon téléphone. N'hésitez pas ; appelez si c'est nécessaire : nous sommes à votre service. Moi, c'est Nadine.
— Merci, et bonne continuation. On se revoit le jour de l'installation des stands ?
— Sans doute que oui, moi ou… ce jeune homme qui…
— D'accord. Alors au revoir, Jules – si j'ai bien saisi votre prénom, Monsieur – et au revoir, Nadine.
— Au revoir !

Les deux ont de concert jeté ces deux mots d'une voix qui se voulait enjouée. Raymonde file vers les locaux qui abritent le siège de l'entreprise de son mari. Elle entre sans crier gare dans un hall désert. Même la standardiste n'est pas à son poste. Elle s'empresse vers la porte couleur lie de vin qui donne sur le cabinet de Marc. Ici, elle se sent un peu chez elle ; n'a-t-elle pas vécu les premières heures de l'entreprise de son homme ? Alors sans frapper, elle pousse l'huis. Elle saisit soudain pourquoi la donzelle de l'accueil n'est pas à sa place de travail.

Marc lui tourne le dos, fortement occupé à… rouler une pelle à la greluche de vingt-cinq ans qui est censée filtrer les entrées et les appels téléphoniques. Ni elle ni son époux n'ont entendu la porte bien huilée tourner sur ses gonds, et l'activité de ces deux-là ne laisse planer aucun doute sur le genre de relation qu'ils entretiennent. Sans réfléchir, Raymonde retire le lourd battant puis file en courant vers la sortie. Ses yeux se sont embués et elle ne sait pas comment prendre cette… ce qu'elle a vu.

Le salaud ! Pas étonnant qu'il n'ait plus jamais le temps de s'occuper d'elle : on ne peut pas avoir envie au bureau et encore à la maison. Elle se sent trahie, flouée, volée, dépouillée. Elle crie sans un mot, gardant en elle cette rancœur énorme. Le choc n'est pas près d'être digéré. Petit à petit l'idée que c'est fini est là, plus présente. Elle se cramponne un instant au dossier d'un banc du parc public qui jouxte l'immeuble où les deux… les deux… elle ne trouve pas de mots. Ses jambes ont du mal de la supporter. Elle se sent vide soudain, avec des crampes dans le ventre.

D'un geste rageur elle essuie ses larmes ; ils ne méritent pas que l'on pleure pour eux ! Un instant déstabilisée par la vision de son infortune, elle se décide à faire face. Il lui faut réagir. Oui, mais comment surmonter ça ? Ce salaud ne perd rien pour attendre ! Elle saura lui rendre la monnaie de sa pièce. Dans son esprit, le seul fautif est son mari ; la gonzesse avec qui il s'envoie en l'air n'est pas forcément coupable. Elle a proposé et il a disposé.

Le reste de la matinée est passé à aller de-ci, de-là, avec toujours les mêmes images terribles au fond du crâne. Finalement, c'est au troquet de la mairie qu'elle se retrouve alors que les agents administratifs sortent pour la pause déjeuner. La blonde et Jules font leur apparition au bar alors que Raymonde se demande s'il est judicieux de prendre un verre. Le jeune arrive vers elle, et à nouveau il accroche sur les rondeurs qui ornent sa poitrine. La femme, cette Nadine, a rejoint quant à elle un autre groupe d'hommes plus âgés.


Le gamin ose s'approcher de la brune, et sa voix rappelle à Raymonde qu'elle n'est pas seule.

— Vous avez déjà commandé ? Je peux vous offrir un verre ?
— Euh… non… Merci !
— Vous avez pourtant l'air d'en avoir besoin ; vous êtes toute pâle ! Souffrante peut-être ?
— Non, j'ai eu un mauvais matin…
— Je vous ai sans doute importuné par ma maladresse.
— Votre maladresse ? Ah, votre insistance à me regarder ? Vous n'êtes pour rien dans mon mal-être, rassurez-vous. C'est seulement… personnel.
— Alors un bon alcool et tout sera mieux, vous verrez : on voit la vie d'une autre manière avec un peu d'alcool. Vous désirez quoi ?

Finalement, ce garçon a du savoir-vivre. Il est lourd par ses regards, mais il est innocent et il a encore l'âge de s'émerveiller. Elle se fait cette réflexion alors que sans y prendre garde, l'autre s'est approché. Le serveur lui demande ce qu'elle veut ; elle réclame un Martini rouge. Le gamin a devant lui un breuvage brun, mousseux et opaque. Une bière agrémentée de Picon sans doute. La brune est perdue dans ses pensées, qui convergent toutes vers… le triste spectacle qui l'a démolie complètement.

Le jeune lui parle, mais elle n'entend rien de ses paroles. Marc ! Comment a-t-il pu lui faire ça ? Pour un peu elle les aurait trouvés en train de… Et dire qu'il ne l'embrasse pratiquement plus jamais de cette manière-là. C'était bien agréable… avant. Pas étonnant qu'il soit fatigué le soir s'il se tape sa standardiste tous les jours. Quel âge peut-elle avoir, cette pétasse ? Sans doute trop jeune pour que Raymonde puisse rivaliser. Un instant en trempant les lèvres dans son verre, elle se dit qu'elle devrait aller… lui casser la figure ! Et puis après ? Ça avancerait à quoi ?

Un moment elle songe à s'envoyer en l'air avec le mignon là pour se venger… puis non, ce serait encore Marc qui gagnerait. Non, non, elle va bien trouver un truc qui lui fasse mal, qui le fasse enrager, qui le… crucifie. Peu à peu, dans sa tête une idée germe ; quelque chose de… encore mieux que cela. Mais comment s'y prendre ? Elle veut y réfléchir. Alors lentement elle regarde le gamin devant elle et sirote plus calmement son verre. Dans sa tête tout est clair et, mon Dieu, rira bien qui rira le dernier.


T'es heureuse ?

Elle allait lui en donner, des « T'es heureuse ? » !
Le repas du soir a des airs de fête : Raymonde a mis les petits plats dans les grands. Le ventre de l'homme doit être rempli autant que son esprit, et en petite épouse modèle elle s'y emploie. Une semaine déjà que… qu'elle sait que ce salaud… Et lui ne laisse rien paraître. Aucun soir il n'a essayé d'être… de la toucher. Elle aurait eu beaucoup de mal à ne pas lui jeter la lampe de chevet à la figure ! Mais maintenant, si le mal la ronge, elle prend sur elle pour faire semblant. Elle joue aussi bien la comédie que lui. Pour preuve, le gamin de la mairie va venir boire un café demain, dans l'après-midi, quand Marc sera parti au boulot. Raymonde jubile presque intérieurement.


La voiture est partie. Le maître est retourné vers sa… sa maîtresse. Et le gosse vient d'arriver. Sûr aussi qu'il doit penser que ça va être facile pour lui. Mais là, lui aussi se goure lourdement. Elle ne va pas se donner comme cela à ce jeune Jules. Juste s'en servir pour amener un peu de piment dans la vie de ces deux saligauds. Son but, c'est de faire en sorte que le mignon, là, rencontre la standardiste et qu'il se la tape pour qu'elle s'écarte un peu de son mec. Pour ce faire, elle doit quand même savoir s'il va avoir assez de tripes pour ce qu'elle veut.

Il est tout timide, rougissant. Ah, plus rien à voir avec l'effronté qui lorgnait sur ses magnifiques seins ! Pourtant ils sont là, arrogants dans leur gangue de chiffon, dans un « cœur croisé » qui les rend encore plus… attirants. Il n'ose plus bouger. Elle doit l'inviter à ne pas rester sur le pas de la porte. Quand il s'assoit sur l'immense divan au cuir fauve du salon, son visage écarlate fait presque sourire Raymonde. Elle prend place face à lui après avoir apporté un plateau sur lequel trônent deux tasses et deux parts de gâteau. Elle ne se colle pas sur le même siège, se contentant d'un fauteuil.

Face au jeune homme, elle se livre à un numéro de charme. Personne n'est dupe, même si le gamin fait semblant de ne pas voir. Il détourne les yeux alors que la brune ouvre ostensiblement les jambes dans un geste détaché. Le rouge qui congestionne la face du jeune ne fait que se renforcer alors qu'au fond de ce couloir improvisé la tache blanche entraperçue ne laisse planer aucun doute : une culotte exquise tapisse le bas du ventre féminin, et elle ne cherche pas vraiment à la cacher. Pourtant Jules tourne la tête, cherchant visiblement un dérivatif. Il doit impérativement fixer son attention sur un autre endroit, de peur de… mais c'est déjà trop tard.

Intérieurement, Raymonde cherche ses mots. Elle veut demander au gosse de… draguer. Mais pour qu'il comprenne, il faut amorcer, appâter pour savoir comment il va réagir. C'est difficile de trouver les mots.

— Ça va ? Vous le trouvez bon, mon café ? Une autre part de cake ?
— Non… m… merci.
— Vous me permettez de vous tutoyer ?
— Oui, bien sûr ! Vous avez une jolie maison…
— Tu es… seul dans la vie ? Pas de petite amie, je veux dire. Si tu me trouves trop curieuse, n'hésite pas à le dire.
— Non, pas de copine, et je vis chez mes parents. Je travaille depuis peu à la mairie.
— Tu as des diplômes ?
— Oui. C'est juste transitoire, je voudrais un vrai contrat ; à la mairie, je ne suis que stagiaire.
— Tu aimerais travailler dans une petite entreprise ? Tu sais, mon mari a une petite boîte, et parfois il cherche des garçons comme toi.

Au mot « mari », elle a bien senti que le garçon avait du mal à déglutir. Elle doit savoir s'il aurait le cran d'entrer au service de Marc ; un allié à l'intérieur, et suffisamment jeune et beau pour s'occuper de… Cynthia. Le prénom de la pouffe blondasse qui baise avec son homme ! Mais saurait-il la draguer ? Vu comme il s'y prend avec elle, ce n'est pas gagné… Enfin, elle va devoir jouer serrer pour l'amener là où elle le désire. Alors, l'air de rien, elle recroise ses longues gambettes. Bien entendu, le mouvement est si ample que les yeux du gamin ne peuvent plus se détacher de ce triangle blanc…

— Je pourrais demander à Marc, mon mari, s'il n'a pas besoin d'un employé, et je te pistonnerai. Par contre, pas un mot sur ce rendez-vous d'aujourd'hui, ni à lui, ni à personne. Tu saisis ?
— Oui… oui, Madame.
— Arrête de m'appeler « Madame » : c'est Raymonde mon prénom. Et j'aimerais que tu fasses quelque chose pour moi en contrepartie.
— …
— Écoute-moi. Mon mari a une standardiste, et j'aimerais que tu la… dragues un peu. Ne me demande pas mes raisons. Je te trouve un bon travail bien payé, et tu fais ça pour moi.
— Ben… d'accord, mais je… voudrais… un petit bonus…
— Dis toujours ; si je peux, je te donnerai ce que tu désires.
— Je voudrais… une nuit avec vous ! C'est à prendre ou à laisser.
— Tu ne perds pas le Nord, mon cochon… mais seulement si tu me prouves que tu as bien couché avec… Cynthia.
— Tapez là !

Il tend une main que Raymonde frappe avec la sienne. Le claquement qui s'ensuit scelle les promesses de ces deux-là. Ils finissent leur café, chacun perdu dans ses pensées. La brune tremble un peu d'avoir ainsi promis son corps à ce gamin, mais ce n'est pas de remords. Pour un peu, elle le laisserait déjà la toucher. Elle se sent complètement trempée alors qu'elle décroise à nouveau les jambes. Jules a le regard qui plonge dans cette ouverture pas vraiment fortuite, et immédiatement il s'aperçoit du changement de couleur de la chiffonnade qui couvre les fesses de la dame : pas besoin d'être devin pour savoir qu'elle mouille !

Alors l'effet est instantané. Dans son pantalon, sa queue se trouve soudain très, très à l'étroit. Une bosse caractéristique déforme la braguette mais il se moque bien qu'elle voie qu'il bande. De toute façon, elle est désirable. Et puis cette salope n'a-t-elle pas tout fait pour l'amener à cet état ? Il n'entrevoit que des avantages à ce deal dément : un boulot sans se préoccuper de rien, une secrétaire à baiser s'il y parvient, et pourquoi pas cette bourge qui lui met le feu au ventre. Finalement, pourquoi refuserait-il ? Mais c'est vrai qu'il lui poserait bien de suite la main au… enfin, aux fesses, quoi !

Il imagine la bouche rouge de cette femme autour de son gland, il imagine… il rêve que sa queue tendue entre dans la chatte bien humide de cette brune. Et pour finir, il n'arrive qu'à se faire bander plus encore. Et il réalise qu'il n'osera jamais faire ce que son envie lui dicte, ce que son cerveau enjolive sans doute ; mais une promesse est une promesse, et il pose des tas de questions. D'abord sur le job qu'elle lui promet, puis sur la standardiste, mais il prend garde à ne pas demander les raisons qui poussent cette belle plante à l'envoyer au casse-pipe.

De toute façon, la brune qui le regarde en passant un bout de langue rose sur ses lèvres, c'est une bombe qui l'excite ; alors bien sûr qu'il fera ce qu'elle lui demande ! Et si l'autre est jolie, ce sera même avec un vrai, un grand bonheur qu'il la collera dans son lit. Et alors… cette Raymonde devra se plier à ses souhaits. Si elle tient parole, il la baisera avec plaisir. Du reste, si elle se désistait à la dernière minute, au moins aurait-il passé un bon moment avec l'autre. Pourvu – et cette idée lui traverse l'esprit – pourvu que ce ne soit pas… un cageot.


T'es heureuse ?

« Il va savoir combien, si tout se passe bien. »
Décider Marc à rencontrer Jules n'a rien de compliqué en soi. Il suffit à la jolie brune d'user de ses charmes et de faire passer le garçon pour le fils d'une vague connaissance. Elle a de toute façon refait à plusieurs reprises l'amour avec son mari volage. « Baiser » serait plus juste. Elle ne montre absolument pas, ne trahit rien de ce qu'elle sait. Durant un long moment, plusieurs soirées de suite elle ne l'a pas laissé l'approcher ; mais un soir, taraudée par l'envie, elle a succombé à la tentation. Ève nue a frissonné de nouveau sous les caresses expertes de son mâle ? Pas tout à fait ! Son Adam s'est encore contenté d'un léger brossage avant de passer à l'acte. Elle enrage.

Puis quand les sens masculins se sont calmés, quand l'un et l'autre sont allongés côte à côte, après ce moment de complicité manqué, elle choisit et profite de l'occasion. C'est vrai que Marc, lors de cette accalmie, est sûrement plus malléable ; elle en est consciente, la bougresse. Et comme d'habitude Raymonde sait profiter de cette perte de contrôle pour appuyer sa demande pour le gamin. D'abord, l'homme ne prête pas une grande attention à ce que lui dit son épouse ; puis, comme elle semble insister, il lui dit oui pour une rencontre avec le jeune paumé, fils d'une vague copine de sa dame. L'histoire s'achève sur un autre assaut amoureux, duel tout aussi médiocre d'où aucun ne sortira vainqueur ni vaincu, mais sûrement pas non plus satisfaisant pour elle.

Quand cette nuit-là, la brune s'endort, un sourire figé sur les lèvres, elle savoure déjà, une demi-vengeance, une presque victoire. Du reste, lors du petit déjeuner du lendemain, Marc veut savoir le nom du garçon pour qui il a, sur l'oreiller, promis une entrevue. Raymonde ne dit mot sauf le nom du gamin, mais elle goûte vraiment cette première partie, certaine que tout se passera pour le mieux. Dès que l'homme est parti pour son travail, elle s'empresse de faire part à Jules de l'avancée de… son dossier, lui rappelant au passage son engagement. Il maugrée quelque peu au bout du fil mais finit par se réjouir d'une prochaine rencontre avec, il l'espère, son futur nouveau patron. Une fois les choses clarifiées, chacun retourne à ses propres occupations.

Après cela, les choses se déroulent très rapidement, et le gamin et Marc tombent d'accord. Au bout de quelques jours, Jules se trouve bien intégré au sein d'une équipe dans un bureau. Chaque matin il rencontre la fameuse Cynthia, mais il ne saisit toujours pas pourquoi la femme de son boss aimerait qu'il couche avec cette petite pimbêche. Par ailleurs, elle est bien foutue, le sait, et c'est difficile de l'approcher. Mais bon… le nouvel employé ne perd pas patience et se montre très prévenant avec la blonde. Pourtant elle semble tellement indifférente, pleine de grands airs, et ses sous-entendus sont toujours cinglants.

Jules est patient, mais il tente aussi parfois d'analyser la situation. Comment prouver à celle qu'il convoite toujours qu'il a bien réussi à séduire la blonde ? De plus, les blondes, ce n'est pas tellement son truc à lui. Il préférerait – et de loin – les formes épanouies de la femme de son nouveau boss. Rien que l'idée qu'il pourrait la baiser lui donne une trique d'enfer. Mais, bon Dieu, comme c'est compliqué d'approcher la standardiste ! Enfin, il faudra pourtant bien essayer s'il veut concrétiser avec Raymonde. Chaque jour qui passe, il se trouve toujours un prétexte pour lui apporter soit un café, soit un bonbon, une petite attention que la blonde reçoit sans jamais sourire.

Mais ce matin, il ne sait pourquoi en apportant le caoua, la donzelle n'est pas à son poste. Alors il attend patiemment devant le comptoir derrière lequel elle devrait se trouver. Et comme tous les jeunes de son âge, il ne sait pas laisser ses pattes immobiles. En tripotant tous les boutons du standard, il en enfonce un par mégarde, et soudain dans le silence du bureau les râles qui lui parviennent sont on ne peut plus explicites. Les vocalises qu'il perçoit ne laissent planer aucun doute sur les activités auxquelles se livrent Cynthia et son patron.

Un moment il écoute les gémissements distillés par le haut-parleur du standard et il sourit. Cette salope se tape le boss ; ça, c'est sûr. Et à en juger par ses râles, elle n'est pas indifférente aux charmes de celui-ci. Puis dans la caboche du garçon, la voix de Raymonde qui l'exhorte à draguer ouvertement la blonde… tout lui revient : il comprend – enfin, il saisit rapidement – que la femme du patron doit être au courant et qu'elle veut se débarrasser de la secrétaire. Tout est limpide dans l'esprit du gamin.

Si c'est clair, ce n'est pas pour autant plus facile. Alors les jours qui suivent, il continue à épier tous les faits et gestes de cette pétasse, qui, dès qu'elle le peut, file vers le bureau de la direction. Il attend son heure, comme un félin qui guette une souris ; mais n'est-ce pas un peu ce genre de jeu auquel il se livre depuis son arrivée ici ? Le soir, chez lui, il rêve de la brune et se masturbe en pensant aussi de temps en temps à la blonde. Il faut dire que les cris qu'il entend si souvent dans le haut-parleur de l'interphone lui donnent des envies magistrales.

Sa main qui glisse sur son manche est salvatrice et désengorge souvent la situation. Il lui suffit d'évoquer mentalement la paire de seins de Raymonde pour que sa matraque devienne dure comme une barre de fer. Pour la blonde, il n'arrive à bander que s'il évoque d'abord la paire de loches de l'autre. Quand il est tendu, les cris et les gémissements de Cynthia arrivent à le maintenir en érection. Mais c'est toujours la brune qui lui donne le premier émoi, et il n'y peut rien. Alors pratiquement chaque matin il a des cernes sous les yeux à se branler comme un forcené toutes les nuits.

Il cherche à engager la conversation avec la standardiste, mais elle garde une froideur, une indifférence qui lui met la rage aux tripes. Il n'en peut plus de cette pimbêche qui n'arrange pas ses affaires ; comment la mettre dans son plumard ? C'est la providence qui, un matin, vient en aide au garçon. Alors qu'il apporte comme d'habitude un café et un croissant à la donzelle qui profite allégrement des largesses de Jules, elle fait un faux mouvement. Son joli chemisier se trouve soudain maculé par le breuvage noir.

L'auréole qui s'étale d'une manière inélégante sur le devant de la poitrine de la belle rend transparent son vêtement léger. Elle se précipite aux toilettes dans le but évident de circonscrire le plus possible les dégâts. Mais elle a beau frotter, laver sa chemise, la tache est plus tenace qu'elle ne le voudrait et, en dernier ressort, elle revient à son poste avec une marque brune plus disgracieuse que jamais.

— Jules, tu as une voiture ?
— Ben… oui, évidemment !
— Tu pourrais me ramener chez moi pour que je me change ?
— Je suis un peu au boulot, là, tu vois…
— Je vais demander à Marc si on peut y aller. Tu veux bien m'y conduire ?
— Si le boss est d'accord, pourquoi pas ?

Jules voit la blonde filer vers le bureau du patron, et instinctivement – comme il le fait de plus en plus souvent – son doigt appuie sur la touche de l'ampli du téléphone pour suivre la conversation dans le bureau directorial.

— Marc, en buvant mon café, je me suis fait une grosse tache ; regarde…
— Hum, elle est bien placée : elle met en évidence des choses bien appétissantes !
— Oui, oui, mais je n'ai pas de change ici. Je peux demander à Jules de m'accompagner chez moi pour me changer ?
— Tu ne préférerais pas rester comme ça ? J'adore voir les formes et les contours de… ça…

Le jeune homme entend la femme qui soupire. Il imagine que Marc tripote les nibards de la belle, et les gémissements qu'elle pousse ne font que renforcer cette image qui court dans sa tête. « Mon Dieu… la salope ! » Ses cris le font bander immédiatement. Puis ce sont des chuchotements ; le garçon enfonce à nouveau la touche : il sait que la fille va sortir. Elle a su arracher un oui à leur patron, et les pas puis la porte du bureau qui s'ouvre lui indiquent qu'elle et lui vont partir.

— C'est bon, il est d'accord à condition que ce ne soit pas trop long. Allez, viens, on file vite jusqu'à chez moi.
— Oui, oui, juste le temps de prendre mes papiers et ma veste pour les clés de la voiture.

C'est vite fait. Elle est assise à ses côtés dans la bagnole qui roule dans la circulation de la ville. Il ne peut s'empêcher de laisser son regard flâner sur les deux obus ronds de Cynthia qui ne peut pas ignorer qu'il la mate outrageusement. Elle fait comme si elle ne s'était aperçu de rien, et quand il lui emboîte le pas dans la cage d'escalier qui mène à son appartement, elle passe devant lui, comme par hasard. Son derrière se dandine, et il est certain qu'elle fait exprès. Ses yeux sont et restent au niveau des fesses qui ballottent au rythme des pas qu'elle fait pour grimper les escaliers.

« Merde ! Quelle cochonne quand même ! Tortiller du cul de cette manière, c'est une invitation ? » Ou ses attouchements avec le patron l'ont-ils allumé plus que de raison ? Le gamin se pose tout un tas de questions alors qu'elle le fait entrer dans un petit loft sympa. C'est bien chez une fille qu'il vient d'atterrir : c'est propret, bien rangé et agréable à voir.

— Bon, juste le temps de me doucher et de me changer. J'en ai pour dix-douze minutes. Tu peux te servir à boire, le bar est là, au salon. Fais comme chez toi.
— Merci…

Elle se faufile vers une porte, et après un court instant le bruit de l'eau qui coule se fait entendre. Alors honteusement, Jules s'approche de cette porte qui l'attire. Il écoute un moment le chant de la pomme de douche, se penche, et par le trou de la serrure il aperçoit simplement une paire de gambettes magnifiques. Wouah ! Elle est vraiment bien gaulée, la nana du boss ! Ses longues cuisses sont frictionnées énergiquement par des mains qu'il entrevoit de temps à autre. Quand elle se baisse, il a soudain une vue plongeante sur une paire de fesses de toute beauté. Elle est vraiment aguichante, cette blonde !

Et quand elle se retourne d'un coup avec de la mousse sur une sorte de gant de nylon, il devine dans cette marée nébuleuse blanchâtre un triangle velu qui lui indique la couleur naturelle de la femme qui se lave. Les lèvres du sexe de Cynthia sont mal définies, perdues dans le savon qui glisse partout entre ses cuisses. Balayée par le jet qu'elle dirige entre ses jambes, Jules est hypnotisé par cette fente qui soudain le nargue, et la bite qui déforme son futal n'a rien de bénin. Sa queue est à l'étroit, coincée dans son caleçon ; elle tente désespérément de se frayer un chemin dans les nippes qui l'empêchent de s'exprimer totalement.

De l'autre côté du trou de la serrure, la serviette a remplacé la boule de nylon. Devant un miroir, la femme se frictionne les cheveux, restant légèrement cambrée sur ses jambes, et son derrière est de nouveau la cible des regards du jeune homme… enfin, du petit vicieux voyeur qui profite de la situation. Il reste là, à suivre les gestes anodins et pourtant si aguicheurs de la blonde qui ne se doute vraisemblablement de rien. La tige de Jules ne cesse de prendre du volume ; il se recule quand il la voit qui revient vers la porte. Fausse alerte : c'est juste pour ouvrir un meuble que le garçon ne voit pas. Un soutien-gorge est désormais dans la main de la blonde, puis une culotte remonte le long des jambes de la fille, qu'elle lisse des deux mains pour la mettre en place dans un mouvement gracieux qui perturbe plus encore le jeune gars !

C'est diablement érotique de voir la poule du patron qui se fringue en toute quiétude, sans savoir que… à quelques pas, un pauvre hère ne sait plus comment résister à la tension phénoménale que les gestes sibyllins de la donzelle provoquent. Il en oublierait presque Raymonde et sa poitrine affriolante. Et Cynthia retrouve Jules assis sagement sur le bord d'un fauteuil. Rien d'anormal, sauf l'œil qui brille sur le visage de son jeune chauffeur.

— Eh bien, tu ne t'es pas servi un verre ? Tu es timide ou quoi ? Tu ne donnes pourtant pas cette impression au bureau.
— …
— Qu'est-ce que tu veux ?
— Pas d'alcool, s'il vous plaît.
— Mais tu peux aussi me dire « tu » ; je te fais si peur que cela ?
— Non, non, mais vos relations avec notre patron…
— Quoi, mes relations avec Marc ? Tu crois que je suis vraiment amoureuse de ce type ? Pas du tout : je veux juste être bien payée, et ça nécessite quelques sacrifices. Tu comprends ?
— Pas vraiment ; mais bon, c'est vos… tes affaires, et je ne veux me mêler de rien.
— Avec sa rombière, c'est pas la panacée ; alors il cherche parfois quelques petites compensations. Et comme dans ces moments-là il sait être… généreux, je ne refuse pas trop.
— Pourtant, il m'a semblé que madame Raymonde est une belle femme !
— Oui, oui, mais plus très fraîche, non ? Et puis sans doute que l'usure du mariage… toutes ces années avec la même femme… ou le même bonhomme, ça doit rendre moins… enfin, ils doivent s'ennuyer, je suppose.

Le jeune homme hausse les épaules, laissant dire la blonde. Elle sert un jus d'orange, et il la regarde ajouter dans son verre à elle un liquide transparent, vraisemblablement de la vodka. Il a soudain une brusque envie de cet alcool qui coule dans le verre de la blonde.

— Je… je peux aussi en avoir un doigt ?
— Ah-ah… Monsieur Jules se dévergonde enfin ? Il n'est jamais trop tard, et tu as raison : il faut vivre quand on est jeune, ça passe trop vite. Je peux te poser une question ?
— Ben oui, vas-y.
— Pourquoi tu te plies en quatre pour m'apporter croissants et café presque tous les jours ? Tu ne vas pas me dire que tu fais ça pour mes beaux yeux…
— Tu sais que la patronne est au courant de tes… voyages dans le bureau de son vieux ?
— Tu crois ? Comment saurais-tu cela, toi ? Raconte ! Allez, dis-moi ce que tu caches.
— Non, rien… je ne sais rien.
— Tu en as trop dit… ou pas assez. Allez, crache ta « Valda » qu'on en finisse. Tu ne serais pas un peu jaloux de…
— N'importe quoi ! Mais elle m'a demandé de te draguer… il doit bien y avoir une raison.
— Elle t'a demandé quoi ? Non mais, j'hallucine, là ! Elle veut que tu me dragues ?
— Elle voudrait même que je te baise, à mon avis…
— Mais… dans quel but ? Bon sang ! Et toi comme un con tu lui as promis de le faire ?
— Ben… oui, mais elle m'a promis de coucher avec moi si je lui prouve que tu as baisé avec moi. Alors, évidemment, je la trouve à mon goût, moi ; je suis accro aux brunes un peu plus âgées que moi.
— Un peu plus ? C'est un doux euphémisme, elle pourrait être ta mère !
— Et alors ? Si j'ai toujours eu le fantasme de coucher avec ma mère, c'est mon problème, et il vaut mieux que je saute la Raymonde plutôt que ma…
— Bien sûr ! Mais je suis curieuse de savoir comment tu comptais t'y prendre pour… me mettre dans ton plumard. Tu es un peu présomptueux, tu ne crois pas ?
— Tu ne veux pas m'aider ? Tu pourrais… je ne sais pas… on pourrait…
— Quoi, baiser tous les deux ? T'es fou, mon gaillard, si tu t'imagines que je vais…
— Non, non, mais faire croire que nous l'avons fait ; comme ça, moi je me taperai la femme et toi le mec… un échange de bons procédés, non ? Tu ne veux pas me donner un coup de pouce ?
— Et comment ? Dis-moi, comment ?
— Je ne sais pas trop, mais une photo de nous deux prise sur ton lit par exemple ; enfin, un truc de ce genre…
— Une photo ? Mais mon pauvre, ça prouverait quoi ? À moins que nous soyons à poil ; et ça, ce n'est même pas la peine d'en rêver ! Tu en as d'autres, des idées pareilles ?
— Oh merde ! Si près du but… Tu pourrais aussi faire une photo toute seule de toi en culotte et je t'achèterais celle-ci ; comme preuve, ça peut marcher.
— Mais c'est que j'ai affaire à un gros pervers avec ça ! T'es pas croyable, toi ! Une imagination débordante… Si t'es sage, on verra… un jour, qui sait.

Cynthia et Jules sont repartis vers la boîte où ils travaillent. Il jette des coups d'œil à la jeune femme qui se tient droite sur son siège. C'est vrai que depuis qu'il l'a vue plus nue que nue, il lui trouve un attrait particulier. Cependant il est déçu, plus par la réaction de la demoiselle qui l'a pris pour un dingue que par son refus. Elle garde une sorte de sourire aux lèvres et ne dit plus un mot. La vie reprend son cours.