Le sens de la fête

Le reste de la semaine se passe dans un climat étrange. Jules est impatient de revoir la brune, mais il ne détesterait pas de passer un moment avec Cynthia. Pourtant, au bureau elle feint de ne pas le connaître et lui respecte cela. Pas d’embrouille avec Marc, et ainsi les journées avancent sans trop de problèmes. Puis le jour du barbecue, il se prépare. Après ses ablutions matinales, il n’omet pas de charger ses poches de quelques préservatifs… si d’aventure l’occasion se présentait. Une bonne bouteille de vin pour remercier le boss de son invitation, un bouquet pour la maîtresse de maison, et c’est tranquille qu’il appelle la blonde pour lui demander si elle a besoin de se faire conduire.

La voix qui lui répond est affable, et elle accepte presque volontiers de se rendre chez Marc en compagnie de Jules. C’est donc un couple qui arrive au domicile de Raymonde. Du reste, c’est elle qui vient ouvrir la porte et qui les dirige vers la pelouse où les autres employés sont déjà installés. Marc fait un signe de la main aux nouveaux venus puis il laisse la grille où des saucisses cuisent. Il vient vers eux et serre la main de son stagiaire. Il a un grand sourire pour la jeune femme. Du coin de l’œil, Raymonde surveille les mouvements de son mari, mais rien ne semble le perturber. Il prend la bouteille que lui a remise son employé et la blonde le suit lorsqu’il va la mettre au frais.

— Merci pour les fleurs, elles sont superbes. Ta copine aussi est très élégante. Je suis heureuse de voir que vous formez un si beau couple.
— En tout cas merci pour l’invitation de votre mari. C’est chouette de regrouper tous ses employés pour un dimanche, tous réunis.
— Je ne te t’oublie pas… un après-midi de cette semaine… je te ferai signe.
— Oh, mais j’ai confiance : je sais que vous respecterez votre parole.
— Oui, oui. Attends, je vais voir où ces deux-là sont partis. Tu veux bien venir avec moi ?
— Vous… pensez donc qu’il se passe quelque chose entre eux deux ?
— Non : j’en suis certaine. Allez, viens. Allons regarder cela de plus près.

Elle part vers le salon, et sur ses pas le garçon la suit. Quand elle entre dans la pièce, la blonde est suffisamment proche de Marc pour qu’un doute subsiste. Mais Jules n’a rien vu de plus que ce rapprochement étrange. Pas de gestes équivoques, juste un recul du boss en voyant son épouse qui entre. Mais Raymonde se fait déjà tout un film sans doute. Elle se retourne vers le jeune homme.

— Viens. Allons rejoindre les invités de monsieur. Je n’aurai aucun scrupule à te donner ce que tu sais ; finalement, tu l’as mérité.
— Je… je ne suis pas certain que vous soyez dans le vrai.
— Tu ne vas pas t’y mettre aussi, toi ! C’est aussi visible que le nez au milieu d’un visage : ces deux-là baisent ensemble, dans mon dos.

Jules n’insiste pas. Il rejoint le groupe d’une dizaine de personnes qui entoure la table où sont alignés des verres. L’apéro bat son plein et tout ce petit monde est rattrapé par Marc, puis Raymonde. Elle approche de la blonde et se penche à son oreille. Ce qu’elle dit ne peut être entendu, mais son mari semble se crisper soudain. Les deux femmes au milieu des autres invités lèvent leur verre et trinquent avec un sourire énigmatique. La fête débute d’une manière assez spéciale, et le jeune homme se demande si elle ne va pas dégénérer en combat de boxe entre deux poules pour un coq unique.

Les assiettes se remplissent et les panses aussi. C’est un joyeux bordel organisé qui agite tout ce petit monde. Le patron est accaparé par les visiteurs qu’il a lui-même invités. Il se borne à surveiller du coin de l’œil sa femme qui a l’air de copiner avec Cynthia, et s’il a peur d’un dérapage, il doit se contenir et répondre aux sollicitations des employés et de leurs compagnes. Il se retrouve coincé dans cette assemblée mais ses regards sont tous portés vers la brune et la blonde en grande discussion, tout au bout de la tablée. Le banquet champêtre devient soudain relativement plus intéressant pour un Jules qui sourit de voir que les deux greluches du patron font amie-amie. Lui aussi aimerait les avoir les deux dans son lit, pas forcément ensemble non plus.

Ensuite, c’est bien toutes les deux qu’elles font le service, passant derrière chacun des invités pour remplir les verres ou les assiettes de ces gens qui sont loin de se douter que les tripes de leur patron se serrent de les voir devenir copines. Il ne sait plus sur quel pied danser et il est dans l’obligation de rester au centre de ses hôtes. Sa peur est presque palpable, et son inquiétude de plus en plus grande. C’est toujours ensemble qu’elles se dirigent vers la maison, tenant à la main chacune un pichet vide. Marc choisit ce moment pour faire signe à Jules. Ce dernier vient vers lui.

— Tu ne veux pas aller donner un coup de main aux femmes pour tirer du vin à la cave ? J’ai bien peur qu’elles en mettent partout ; c’est un boulot de mec, et je suis coincé ici…
— Entendu. Je les suis donc ?
— Oui, oui, vas-y. Rattrape-les vite !

Trop heureux de sa bonne fortune, le jeune homme se rend lui aussi vers la maison. Dans la cuisine, les deux femmes sont face à face. Elles rient comme si elles étaient amies depuis toujours. Bien entendu, l’arrivée de Jules ne passe pas inaperçue. Les rires s’arrêtent soudain.

— C’est… c’est votre mari qui m’envoie vous seconder : il a peur que vous ne sachiez pas tirer le vin.
— Tu joues l’espion pour ton patron, maintenant ?
— Non ! Non, Raymonde, mais… c’est difficile de lui dire non.
— Donc monsieur a la trouille ; ce n’est pas pour me déplaire… et il n’a encore rien vu ! Tiens, remplis les deux cruches et porte-les aux soiffards qui les attendent ; Cynthia et moi avons à parler de choses sérieuses, entre femmes.

Aussitôt dit, aussitôt fait ! Près de lui, les deux femmes sont plus belles l’une que l’autre. Les poitrines sont soulevées par leur respiration quelque peu agitée. Jules se demande ce qui peut bien se passer entre les deux tendrons. Il a beau se creuser la cervelle, il ne devine rien de leurs intentions. Raymonde chuchote. Ses longues mains semblent indiquer des choses que Cynthia assimile parfaitement. Quand les deux récipients sont pleins d’un rosé à la robe claire, il retourne vers le groupe qui continue de chanter et de faire un boucan qui parvient jusqu’à la cuisine. Avant de franchir la porte-fenêtre qui va le ramener sur la pelouse, il se retourne pour un dernier regard vers les deux discoureuses.

Ce qu’il voit – ou pense voir – le laisse perplexe ; c’est fugace, fugitif, mais l’espace d’une seconde il jurerait bien que les bouches des deux filles sont proches. Tellement près l’une de l’autre qu’il lui paraît qu’elles… s’embrassent. Mais comme elles l’ont aussi aperçu regarder, le mouvement de recul qu’elles opèrent laisse un doute au jeune homme fort surpris. C’est très agité intérieurement qu’il retrouve les autres fêtards dominicaux. Le regard inquiet de Marc se pose sur son employé qui fait passer la boisson attendue.
Quand enfin il se passe près de son patron, il a droit à un questionnement en règle.

— Tout se passe bien entre les femmes ?
— Je n’ai rien vu qui sorte de l’ordinaire. Elles discutent gentiment toutes les deux et préparent les desserts.
— Bon, alors profitons de notre dimanche. Tu prends un verre avec moi ? Entre mecs, on se sentira moins seuls…

Marc rit, mais c’est comme si sa voix ne suivait pas, comme si elle n’était pas en phase avec ses pensées. Bien sûr, tous le deux trinquent, et au bout d’un temps extrêmement long Raymonde et Cynthia reviennent parmi le groupe qui festoie. Elles portent chacune un long plat avec des gâteaux appétissants. Tous les invités se mettent à applaudir, mais le patron ne cesse de suivre du regard son épouse et sa maîtresse. Il doit se poser mille et une questions, mais aucune ne fait quoi que ce soit pour le rassurer. Il est blanc comme un linge, et le verre qu’il porte à ses lèvres tremble à faire peur. Seul un énigmatique sourire s’affiche sur les lèvres de la maîtresse de maison.

Cynthia retrouve sa place aux côtés de Jules. Elle aussi garde un air étrange ; son visage est pourtant détendu. Mais le jeune homme remarque sur le col de son corsage une trace juste visible d’un rouge qui pourrait bien être du gloss. Il la laisse manger doucement, et son bras se tend ; sa main glisse sur le rebord de la longue table. Leurs voisins chantent, tapent dans leurs mains : c’est véritablement une fête que tous apprécient. La blonde s’est-elle aperçu que la main est venue se coller à sa cuisse ?

Si oui, elle n’en fait pas état. Cette jambe est chaude ; la chair y est comme satinée, et Jules a des démangeaisons au bout des doigts. Il voudrait oser les laisser courir sur cette ouate ferme, sur ce velours doux au toucher. La fourchette de Cynthia continue ses allers et retours de l’assiette à sa bouche, et la pointe de la langue que le jeune homme entraperçoit à intervalles réguliers n’est pas faite pour le calmer. Et puis, au diable la peur ! Ses doigts sont animés d’une vie propre. Ils frémissent sur la peau trop belle, sur cette cuisse trop tentante. Elle ne cherche pas à se dégager, se contentant de plonger ses yeux dans ceux plus bleus du garçon.

Au beau milieu de la tablée, une main perdue tente une approche discrète sur une plage consentante. Lentement, les doigts s’incrustent entre le tissu d’une jupe aérienne et le feutre tendre de ce demi-compas au fond duquel un trésor est camouflé. Elle se serre simplement un peu plus vers lui. Sa bouche a arrêté ses mastications et reste légèrement entrouverte alors que sa respiration s’amplifie d’un coup. Jules lit au fond des yeux féminins comme des étincelles brillantes. Une sorte de fièvre s’est emparée d’elle. Lentement, son corps tout entier se balance légèrement d’avant en arrière, mais le jeune homme ne fait pas mine de l’avoir remarqué.

Personne autour de la table ne semble voir quoi que ce soit. Alors il profite de l’instant présent ; il monte davantage, cherchant encore plus haut, à contourner cette barrière de frous-frous qui résiste pourtant. Il a un mal fou à soulever juste un peu cette dentelle qui masque le nid où il voudrait bien entrer. Comme il ne veut pas faire de mouvements brusques, il se contente de lisser sur le tissu ce renflement que rencontrent ses doigts. Un sifflement sort des poumons de la belle. Un instant il reste immobile sur sa victoire partielle, mais elle ferme les yeux, l’invitant tacitement à persister encore un peu. Enfin, après un temps bien long, le frottement de l’index reprend sa course.

Indolore et silencieux, il officie dans le plus grand secret. Une chaleur incroyable s’empare de la donzelle. Cette masturbation lui convient, mais le lieu y est pour quelque chose aussi. L’interdit, le risque d’être surpris, tout concourt à rendre plus fortes toutes les sensations et elle devient rouge comme une pivoine. Maintenant ses lèvres sont pincées, elle les mord pour ne pas crier. Bizarrement, personne autour d’elle – sauf Jules, bien entendu – personne ne s’aperçoit de ce trouble qui la ravage. Ses poumons retiennent encore l’air qu’ils compressent, mais jusqu’à quand ? Sur la table, les longues mains de la blonde ont reposé les couverts et cramponnent le tablier de bois.

En jetant un coup d’œil sur l’assemblée, Jules pressent soudain un regard posé sur eux. Marc, ou quelqu’un d’autre ? Il cherche, et c’est sur Raymonde que ses yeux se rivent d’un coup. Elle semble elle aussi vibrer au rythme de cet émoi qui secoue la blonde. La femme brune vit ce que perçoit sa rivale ! Comment est-ce possible ? Puis en suivant mieux les faits et gestes de la maîtresse des lieux, le garçon comprend qu’elle a su, qu’elle a vu depuis le début ce qui se passe entre lui et sa… cavalière. Son bras aussi se cache dans la profondeur de la nappe qui recouvre la table. Sans doute se masturbe-t-elle aussi en assistant au spectacle de cette fille qui jouit en silence.

Les envies sont parfois très communicatives, et les gestes que Jules pense discrets ont aussi alerté Raymonde. Pourquoi ce petit jeu réveille-t-il ses plus bas instincts ? Elle n’en sait rien, mais à force de s’échauffer mentalement, sa propre patte finit par glisser sous la table. Si elle ne relève pas sa jupe, elle parvient cependant en frottant l’une contre l’autre ses jambes à mettre en ébullition son ventre déjà bien allumé. Marc, lui, cuit la viande pour ses invités, et il ne voit rien de ces attouchements déplacés qui se déroulent à sa propre table. Ses autres employés font un vacarme champêtre conséquent.

Mais Cynthia se méfie des réactions que son amant pourrait avoir, alors elle retire la main de Jules qui courait déjà aux limites indécentes d’une culotte humide. La femme du boss, de sa place, ne voit pas l’arrêt brutal des activités en sous-main du jeune homme et elle persiste dans ses frottements pernicieux. Elle ne comprend pas de suite qu’autour de la table plusieurs types invités suivent maintenant avec intérêt ses balancements de moins en moins anodins. Quelques visages se sont fixés sur la place qu’elle occupe, et ce début de silence attire aussi l’attention de Marc.
Quand la blonde s’aperçoit du trouble jeté par la femme de son amant, elle se lève et vient en se voulant discrète vers cette dernière.

— Vous voulez bien me montrer le chemin des toilettes ? J’ai peur de me perdre dans votre immense demeure.
— Ah, pardon. Oh oui. Excusez-moi, je rêvais…

Jules et Marc, l’un assis l’autre au barbecue, voient les deux nanas se diriger vers la maison, et les autres types qui espéraient en sont pour leur frais. Elles ont passé le seuil et sont perdues de vue par la tablée. Le cuistot occasionnel ressent de nouveau les affres du doute. Merde ! Qu’est-ce qui se trame dans son dos ? Le feu du brasero n’est pour rien dans la sueur qui ruisselle sur son front. Quant à Jules, il jubile de voir l’embarras patronal qui se développe. Mais un peu de calme aurait aussi fait son affaire.

— Vous allez vous faire repérer par votre Marc si vous continuez ainsi, sans prendre de précautions.
— Continuer quoi ?
— Vous savez, beaucoup ont compris que vous – comment dire ? – vous aviez quelques envies imprévues.
— Ah… C’était si flagrant ?
— Pire, Raymonde : visible comme un nez au milieu d’une figure ! Je crois que c’est faire le jeu de votre mari de vous montrer aussi… démonstrative en public.
— Pourquoi pensez-vous cela ?
— Il trouverait bien une dizaine d’hommes ou de femmes pour lui écrire des attestations en cas de divorce. Les hommes sont roués, mais plus malins que nous quand il s’agit de garder leur argent. Et l’entreprise de votre mari représente un énorme capital qu’il n’est pas prêt à partager… avec vous.
— De toute façon, il y a bien longtemps qu’il ne partage plus rien avec moi.
— Hum, peut-être, mais est-ce bien raisonnable de lui donner le bâton pour vous battre ?
— Je… je suis déboussolée et je croyais que vous et Jules… les mains sous la table… tout cela…
— Il a aussi tenté, il est vrai, de me caresser ; mais je n’ai pas laissé faire.
— Je ne… Pourquoi me trompez-vous avec Marc ?
— Ah, j’aime mieux les questions directes ! Je ne vais pas nier que nous avons parfois des moments chauds. Mais il m’a raconté que vous ne vouliez plus de lui… et il sait parler quand il le faut.
— Oui, je connais son pouvoir de persuasion. C’est vrai que…
— Toujours est-il que je me suis laissé embobiner, mais je vous assure que ça va changer. Et puis il y a Jules.
— Jules ? Je vous demande de me pardonner… c’est moi qui vous l’ai mis dans les pattes. Je tenais à récupérer mon mari. Je crois que ce que vous me dites me fait changer d’avis.
— En tout cas, Jules a flashé grave sur vous !
— Nous nous sommes rencontrés à la mairie, il y était stagiaire.
— Lui attend quelque chose de vous. Vous êtes encore très belle, désirable au possible ; je suppose que vous en avez parfaitement conscience. Votre laiterie… – pardon : votre poitrine – doit en faire se retourner plus d’un sur votre passage…
— Vous… vous croyez ?
— Allons, allons, ne me faites pas l’injure de me prendre pour une idiote ; vous le savez très bien !

Les deux femmes se jaugent. La plus jeune est toute proche de Raymonde, et une sorte de déclic se produit entre ces deux femelles qui se disputent le même mâle. Enfin, cette rivalité semble être pour l’heure le cadet de leurs soucis. Cynthia n’éprouve pas de pitié, mais une sorte d’engouement pour cette femme que son mari trompe éhontément. Alors comme cela, pour la prendre dans ses bras, elle franchit cet espace qui les sépare. Mais Raymonde se méprend sur les intentions de la jeunette blonde, et quand les bras s’étreignent, ce sont deux visages aussi qui se rejoignent.

Alors que l’une attend un bisou sur les joues, la seconde, elle, s’enhardit, et c’est un palot qui débute. Les lèvres se soudent pour un bal à deux langues. Si Cynthia est surprise, elle n’en accepte pas moins cet échange des plus goûteux. C’est avec une certaine maîtrise des baisers que les bouches s’offrent un petit plaisir que rien ne saurait arrêter. Raymonde retrouve dans cette manière d’embrasser un peu des baisers d’autrefois : ceux de son mari avaient quelque part une même fougue ; ils lui procuraient un plaisir qu’elle veut retrouver dans ce premier élan.

S’il faut un début et un premier dans chaque chose, le second léchage buccal est encore plus pervers puisqu’il s’accompagne de jeux de mains. Bien sûr, ils sont innocemment amenés par quatre menottes féminines qui se découvrent. Les seins sont serrés les uns contre les autres et les visages ne se décollent que pour reprendre un peu d’air : il faut aussi survivre, et pour cela la respiration est essentielle. Les doigts de Cynthia lui font des câlins alors que ceux de Raymonde, moins précis, sont tout aussi pressés.

C’est pourtant elle qui refait surface d’un coup, émergeant de ce doux rêve.

— Bon, je crois que nous ne devrions pas rester absentes plus longuement : les invités de mon gaillard vont se demander ce que nous fichons.
— Je pense que vous avez raison.
— Le « tu » serait mieux, non, après ces échanges… nouveaux ?
— Comme tu veux ; moi, ça ne me dérange pas. Je retourne vers Jules.
— Ah oui, notre Jules… Je lui dois… mais je suppose qu’il t’en a touché deux mots.
— Un peu, mais il sait être discret. Je crois qu’il…
— Bien sûr ! Il mérite un grand merci, tu ne crois pas ? Et tu serais d’accord pour que…
— Pour que quoi ? Je ne saisis pas trop l’allusion, là.
— Ben, si toutes les deux… juste pour lui…
— Tu voudrais baiser avec lui et moi ? Raymonde… tu es… géniale ! Je n’aurais pas osé te le proposer ; mais oui ! Pourquoi pas ?
— Alors, ici ou chez toi ? Un jour que mon mari sera au boulot, tu peux te libérer ? Pour Jules, je m’en charge, si tu es d’accord.
— Je ne bosse pas les lundis, alors si ça arrange tout le monde, pourquoi pas demain ?
— Oui, le plus vite sera le mieux.

Les deux femmes rejoignent l’assemblée qui festoie à grand renfort de verres de rosé ou de bière. Elles reprennent avec un sourire aux lèvres leurs places respectives. Marc, qui voit enfin les deux revenir, est presque soulagé. Quant à Jules, il ne bronche pas lorsque Cynthia lui prend la main pour l’emmener vers un endroit ou deux ou trois couples dansent sur une musique distillée par un vieux tourne-disque. Il se trouve proche de l’extase, finalement, et sans que personne ne le touche autre que pour jamboter. C’est alors la blonde qui lui susurre à l’oreille une nouvelle romance :

— Demain, tu pourrais te libérer pour l’après-midi ?
— Demain… Pourquoi demain ?
— Ne pose pas de question, veux-tu : c’est oui ou c’est non.
— Ben… c’est oui, bien entendu. Mais pour quoi faire ?
— Passe chez moi vers quatorze heures ; je t’attends à mon appartement, d’accord. Et ne pose donc pas de questions idiotes !
— … Comme tu veux.
— Parfait. Alors maintenant nous sommes sages et on vit notre vie de « couple » bien élevé pour la galerie.
— D’accord.

Jules ne sait plus trop quoi penser. La blonde vient de lui filer un vrai rencard pour demain et il est aux anges. Il n’a que faire du reste : tout est trop beau, trop bon d’un coup. Mais il a une pensée et un regard pour l’avancée qui orne le buste de Raymonde. Dommage, mais entre deux lièvres, il faut choisir lequel tirer, comme tout bon chasseur. Et le plus judicieux, le plus probable, c’est bien Cynthia. Finalement, l’après-midi se déroule sans anicroche et Marc ne bronche pas. Mais trinquer avec Pierre, Paul et Jacques finit par avoir raison de sa moue.

Il s’enivre doucettement, et le rapprochement de ses deux femmes n’est plus un handicap. Le vin est bon ; alors, absorbé sans modération, il fait oublier certains tourments. Les filles sont belles, vues dans les vapeurs d’alcool, et que ce soit l’une ou l’autre, Marc les aime tout autant. C’est-à-dire qu’il voudrait les aimer aussi fort l’une que l’autre. Mais, allant au-devant de chacun de ses employés, il se fatigue plus vite que prévu. Les toasts portés sont autant de marques pour l’oubli, et ma foi, personne ne lui en tiendra rigueur… demain.


Le lundi au soleil, c’est un jour qu’ils veulent prendre. Raymonde est arrivée chez la blonde juste à l’heure du déjeuner. Dans ses mains, deux pizzas achetées en cours de route, et les deux femmes discutent tranquillement. De la journée de la veille, bien sûr, mais également de la venue de Jules. Le garçon ne viendra qu’aux alentours de quatorze heures. Il va avoir la surprise de sa vie en découvrant les deux femmes de Marc qui l’attendent en se rapprochant de plus en plus. Si leur repas est léger, leur conversation l’est beaucoup moins… Puis la brune interpelle la blonde sur des sujets qui en fâcheraient plus d’une.

— C’était comment, avec Marc ?
— C’était comment, avec Marc… eh bien, je dois avouer que les premières fois, c’était plutôt bien. Pas trop mal dirons-nous. Mais…
— Oui ? C’est ce « mais » qui m’intéresse. Comme avec moi, c’est du bâclé, non ?
— Je n’aurais pas employé ce mot, mais c’est toujours du rapide. Pour mille et une bonnes raisons, la principale restant la peur que tu découvres notre liaison. Et puis c’est devenu l’habitude, un petit coup comme ça, entre deux portes, entre deux rendez-vous.
— Et avec Jules ? C’est du…
— Avec Jules ? Mais pour le moment c’est du… vide, du néant !
— Quoi ? Mais la photo, la petite culotte et tout le tintouin ?
— Ah ! Une sorte de piège… à souris, un leurre pour le mettre dans ton lit.
— Tu t’es donc prêtée à ce petit jeu ? Un peu ignoble, tout de même, tu en es consciente ?
— Bien sûr, mais il en bavait, le pauvre chou, et je ne voulais pas… courir deux lièvres à la fois. Et puis ce n’était pas clairement exprimé, mais c’est vrai que je l’ai aidé dans son entreprise. Il t’a déçue ?
— Mais non. Mais alors, je ne lui dois rien !
— Il sera dépité par cette situation : je crois qu’il a un faible pour toi. Bon, il est jeune et s’en remettra.
— Mais non ! Je vais faire comme si je n’étais pas au courant de vos petits arrangements entre amis. Une autre façon de punir mon cher et tendre époux. Après tout, il mérite bien d’être trompé une fois au moins.
— Une seule fois ? Dommage, alors.
— Pourquoi « dommage » ? Je ne te suis pas, là…
— Ben, disons que j’aurais bien… moi aussi participé à ce passionnant débat ; le sujet est plaisant.
— Ah-ah ! Tu sous-entends quoi par là ?
— Oh, par là, rien. Mais par ici…

Cynthia s’est levée et elle entoure de ses bras la brune toujours assise à la table. Raymonde frissonne mais ne bronche pas. Puis les lèvres qui viennent comme deux papillons voleter dans son cou la chatouillent tout en l’émoustillant un peu. Alors elle pose elle aussi ses mains sur celles de la blonde. En rejetant ses cheveux en arrière, son visage vient finalement flirter avec celui de la maîtresse de son mari. Un baiser éloquent scelle cette alliance de deux femmes qui se découvrent. Ensuite, leurs gestes sont ceux des millions d’amantes qui débutent une cour amoureuse.

Les vêtements de l’une retrouvent ceux de l’autre, et c’est aussi une occasion pour le canapé de la blonde de voir une brune aussi nue que sa propriétaire venir se coucher sur son assise de cuir. Les baisers se déplacent dans le temps et dans l’espace ; les lèvres font des rencontres plus intimes et elles se discernent beaucoup de points communs. La chaleur monte d’un cran avec cette frénésie de sexe qui devient palpable. Alors la ronde des doigts fureteurs déjoue toutes les anfractuosités, n’en épargnant aucune. Les baisers sont de feu, toujours plus chauds.

Ces instants se diluent dans des caresses tellement ciblées que les soupirs se font plus pressants, plus extérieurs aussi. Les langues fouillent et refouillent des endroits sensibles, arquant les corps souples de ces Messaline endiablées. Elles en oublient le lieu, l’heure, et même que Jules doit arriver. Elles sont comme électrisées par ces pattes qui s’infiltrent partout sur des emplacements qui pourtant se ressemblent tant. Seule la couleur des buissons pourrait les différencier. Et de fil en aiguille, une sorte de plaisir s’installe en elles, qui les fait baigner dans un plaisir de moins en moins abstrait, celui des jeux interdits et défendus.

Pourtant, dans cette communion quasi parfaite, quelque chose attire les oreilles de Cynthia. Elle redresse sa caboche, quittant pour une fraction de seconde le nid douillet, la source veloutée que sa bouche butine.

— Tu n’as pas entendu quelque chose ?
— Quoi ?
— La sonnette… zut ! Quelle heure est-il ? Wouah, c’est sûrement Jules !
— Déjà ? Mais… je suis à poil !
— Tu me vois habillée, toi ? Alors nous sommes à égalité. Je vais ouvrir comme ça ?
— Après tout, c’est bien son rêve, non, de nous voir nues… Alors vas-y, il n’en mourra pas. Enfin, espérons-le !

En deux bonds, Cynthia est devant la porte. Derrière le judas, elle voit le jeune homme qui s’apprête à appuyer de nouveau sur le bouton de la sonnerie. D’un tour de main qu’elle veut ferme, elle tourne la clé qui va ouvrir l’accès au gaillard.

— Ah, c’est toi !
— Ben… tu ne m’avais pas donné rendez-vous chez toi à quatorze heures ?
— Si… si… mais bon.
— Je vois que tu n’es pas encore bien réveillée, alors je peux repasser tout à l’heure.
— Ça ne va pas ! Tu m’as déjà vue sans fringues l’autre jour, non ? Alors entre, et puis voilà.
— Comme tu veux… mais passe un vêtement sur toi, ça pourrait faire jaser.
— Elle est bonne, celle-là ! Tu ne vas pas me dire que tu es outré de me voir à poil, d’autant que tu n’as pas encore tout… vu. Allez, avance ; comment veux-tu que je referme la lourde si tu restes devant ?
— Tu es certaine que ça va ?
— Arrête de dire des conneries, et passe au salon.

Le garçon, en quelques pas, est sur le seuil du salon, tournant le dos au canapé, visage tourné vers la jolie Cynthia. Et soudain le ciel lui tombe sur le crâne !

— Alors, mon coco, on ne salue pas ses vieilles amies ?

C’est comme s’il venait de prendre un coup de fusil ! Jules se retourne d’un bond, et là, il est médusé : l’objet de ses plus obscurs désirs, aussi nue que la blonde, étendue sur le sofa, la femme dont il rêve depuis sa première rencontre à la mairie, Raymonde est assise là. Sa tenue dépouillée ne laisse planer aucun doute sur ce que les deux femmes faisaient avant son arrivée. Ses yeux exorbités lui sortent de la tête. Il n’y croit pas… Raymonde qui fricote avec la poule du patron ! Il y a sans doute un passage qu’il a sauté, ou alors le courant ne monte plus jusqu’à son cerveau. Il n’en revient pas : ces deux-là seraient-elles gouines assurément ?

Raymonde nue ! Raymonde, les seins en avant comme une invitation, comme deux obus qui le narguent. Et entre ses jambes, la brune a tiré un coussin qui cache son sexe. Mais visiblement elle ne porte plus de culotte. Le sourire qui éclaire le visage de la femme du boss est radieux. Et Cynthia derrière lui, le presse d’avancer.

— Bon, alors ? Tu vas enfin aller au-devant de Raymonde ou quoi ?
— Mais… mais…
— Arrête de bêler comme un mouton. Tu en avais envie, alors elle est là. Regarde ! Vas-y, sers toi, ne sois pas peureux comme ça. Et toi, enlève ce coussin qui entrave la vue de notre gaillard.

Raymonde ne bouge pourtant pas. Alors, tout en poussant le garçon dans le dos, la blonde avance aussi vers le divan, puis saisissant un coin de l’oreiller, elle l’arrache de la fourche qu’il camoufle.

— Regarde. Tu voulais la baiser ? Eh bien elle est là, prête, chaude, mouillée à souhait ! Ne sois donc pas timide. Elle est belle, n’est-ce pas… Qu’est-ce que tu attends ? Touche-la donc !
— Mais…
— Ben viens ! Tu sais, Jules : qui paie ses dettes s’enrichit. Et je crois que je te dois quelque chose, non ?
— Oh non, je ne veux pas. Enfin, pas comme ça, pas comme si vous m’étiez redevable.
— Voilà un sentiment qui t’honore ! Dis-moi, Raymonde, si on le déshabillait ensemble, notre bel étalon ? Je crois qu’il bande déjà comme un âne : vois donc sa braguette toute déformée !
— Tiens, ça c’est une bonne idée. On s’y colle toutes les deux ?
— Mais…
— Y a pas de mais qui tienne !

Les deux femmes sont empressées ; le garçon les voit s’approcher de lui avec des sourires de louves. Il est maintenant contre le divan et ne peut plus se défiler. Alors, pendant qu’une attaque sa chemise, l’autre défait les boutons de son pantalon. En deux temps et trois mouvements, un chibre en parfait état de marche est pratiquement à l’air libre. La dernière barrière est cependant encore là : un caleçon distendu par l’érection féroce du jeune mâle. Finalement, ce n’est pas vraiment déplaisant d’être ainsi la cible de ces deux femelles.

Laquelle des deux a l’idée de lui lier les mains ? Il ne sait pas. Mais quand elles lui serrent les poignets avec une ceinture de peignoir avant de le faire s’allonger sur l’assise du sofa, il trouve ça plutôt agréable. Alors quatre lèvres parcourent son corps de son cou à ses chevilles. Il se pâme sous les bistouilles des femmes. Sa respiration s’accélère alors que les bouches gourmandes lèchent tout sur leur passage. Il soupire parfois sous d’insoutenables chatouillements. De larges frissons qui lui flanquent une chair de poule sans nom !

— Ça te plaît, au moins ?

Laquelle lui a posé cette question ? Il ne cherche pas à répondre. Ni Raymonde ni Cynthia n’espèrent du reste de réponse. Les léchouilles ont repris de plus belle et il voit danser sur son flanc les seins des deux donzelles.

— Hum, c’est bien gonflé, tout cela… Et ça cache quoi, ce caleçon ? On va regarder de plus près. Tu t’en charges, Raymonde ?
— Non ; je te laisse le soin de nous déballer les outils. Après tout, ma chère, tu es chez toi…

Un rire de gorge fait frémir encore plus le garçon étendu. Cette fois il sent que son slip est exilé par ces doigts qui le font coulisser le long de ses jambes. Le voici dans la plus parfaite parité avec les deux harpies qui ne se privent pas de tâter cette queue qu’il ne peut plus planquer. Une main s’en est du reste saisie et la branle très lentement. Il creuse le ventre alors qu’une bouche est remontée sur un de ses seins. Les dents mordillent ses tétons, agacent notre bonhomme.

— Je crois que nous allons bien profiter de cet après-midi de liberté ; qu’en dis-tu, Raymonde ?
— Il a l’air robuste, et son envie fait plaisir à voir.
— À tripoter aussi, je t’assure. Tiens, ma belle, amène donc ta jolie bouche sur cette bite qui me chauffe les doigts…
— Garde-moi ça en l’état quelques secondes encore, j’ai envie de…

Il n’y a plus un mot de la part de Raymonde. Il faut surtout dire que ses lèvres en ont trouvées d’autres qui se laissent entrouvrir sans peine. Alors débute un ballet des plus tendres, un slow lingual qui enivre Jules et fait grimper aussi la température de la brune. Ce baiser-là a un goût de « reviens-y » ; alors pourquoi se priver puisque notre jeune homme est consentant ?

— Alors, mon mignon, elles sont sympas les pelles de la femme du patron ? Tu aimes notre manière de te remercier ? Pff ! Monsieur fait la fine bouche… Oh pardon, Raymonde… je crois que sa bistouquette a un coup de chaleur. Elle risque de nous faire une crise d’apoplexie. Viens, viens la goûter, sinon je crains qu’elle ne pleure de joie dans la paume de ma main ; changeons de place.
— Je voudrais… je peux te remplacer ?
— Oui, bien entendu : ce n’est qu’un juste retour des choses !

Raymonde rigole de bon cœur, et sur son lit de fortune, Jules est maintenant embrassé par une autre femme, plus jeune, plus fougueuse. Moins experte ? Pas si sûr, mais c’est tellement différent… La langue qui s’invite au bal ne s’embarrasse d’aucun préjugé. Elle tourne et retourne sept fois dans sa bouche sans chercher pourtant à dire un mot. Et c’est cet instant que choisit la brune pour poser la corolle de ses lippes sur la flamberge raidie. L’effet est quasi immédiat ; Jules est tétanisé par les caresses qui électrisent son corps. Alors quand les mains de l’une lui malaxent les couilles et que l’autre quitte sa bouche pour mordiller ses seins, il est au bord de l’éjaculation.

Pour un peu il crierait presque. C’est un si doux supplice que ces deux elfes se mettent en devoir de pratiquer sur lui… Jamais cependant supplicié ne fut plus consentant. Des doigts qui jouent, des bouches qui picorent tout ce qu’elles trouvent, il n’en faut guère plus pour que les soupirs mâles ne soient plus retenus. L’atmosphère du salon est désormais d’un érotisme torride. Ce sont quatre lèvres qui suçotent un même pistil, ce sont des papillons étranges qui effleurent partout un corps soumis. Et Jules n’a jamais connu pareille fête. Il n’arrive plus à penser sainement. Un tourbillon de plaisir se profile à l’horizon.

Des milliers d’images se bousculent dans sa caboche. Des pipes royales, des fellations magiques, mais il n’en a jamais connues d’aussi… merveilleuses. Puis il se raidit encore un peu plus ; seuls ses épaules et ses talons semblent encore prendre appui sur le cuir fauve. Elles l’ont amené là où la réalité se dilue dans le rêve. Plus rien n’est réel, plus rien n’est faux. Il se sent livré à ces amazones en rut, dans une lutte très inégale. Deux contre un lorsque l’on n’a pas envie de se défendre, c’est la porte ouverte sur une sorte de nouveau paradis. Il ne cherche plus à ouvrir les yeux, se contentant de les laisser faire.

Quand ses mains ont-elles été déliées ? Il ne s’en souvient pas, plus. Puis la séquence devient plus profonde et il est comme happé par ces lianes qui dans son esprit remplacent les bras des femmes. Les bouches sont devenues ventouses, et rien de son corps n’échappe aux investigations poussées des furies qui le façonnent à leur gré. Comment l’ont-elles fait s’allonger sur la moquette ? Il n’en garde pas de trace dans sa mémoire. Il ne se souvient par ailleurs que très vaguement que l’une d’elles est montée sur lui. Et dans une chatte blonde ou brune son vit s’est perdu au rythme de déhanchements dont il n’a rien mesuré.

Le petit rodéo a duré longtemps, avec de longues séquences d’un immobilisme crispant, comme si sa cavalière voulait prendre son temps ou ménager sa monture. Il n’a pas voulu ouvrir les yeux, de peur de se réveiller d’un rêve trop beau. Et quand sur son visage un autre cul est venu couvrir la face éclairée de son monde, c’est enfin sa langue qui a pu entrevoir d’autres saveurs. Plus épicées, plus féminines, plus… savoureuses. Alors quelle importance que celle qui le chevauchait soit standardiste ou femme de patron… tout avait des relents de bonheur !

Les trois jouteurs se foutent de l’heure et du temps. Chacun a une idée différente de ce qu’apporte cette rencontre. Pour Raymonde c’est comme un sentiment de jouissance de tromper son mari ; elle ne fait que lui rendre la monnaie de sa pièce. Et sur le métier, elle repasse mille fois son ouvrage. Finalement, le petit stagiaire de la mairie n’est pas si mal ! Elle se démène comme une diablesse sur le bas-ventre dont l’éperon mâle la pénètre de si belle manière. Elle apprécie cette raideur de queue et se dit que prendre ainsi sans trop écouter l’autre a aussi du bon.

Cynthia se repaît de la vision de cette chatte qui monte et descend sur le pieu du garçon. Elle s’enivre d’images qui en d’autres lieux paraîtraient salaces. Ivre d’une débordante envie, elle s’accroupit sans violence sur le visage râpeux masculin dont la langue se met de suite au diapason de ses attentes. Cette chose bouillante qui écarte les chairs de sa chatte, qui en longe les contours, devient une vraie bénédiction. Elle est si proche de la femme brune qui halète doucement, immobile sur la bite toujours fichée en elle, comme pour ne pas l’amener tout de suite au plaisir suprême…

Face à elle, un visage encadré de cheveux fous, des yeux perdus dans leur quête d’un plaisir espéré, avec au centre de celui-ci comme un appel au baiser. Alors comme cela, sans calcul, la blonde avance sa frimousse vers celle de l’épouse de Marc. Et ensemble elles se frottent à nouveau sur ces écueils choisis tout en s’embrassant comme deux amoureuses, et les deux volcans en fusion que le garçon doit supporter explosent avec joie, emportant avec eux ces laves claires qui l’inondent sans vergogne. Elles ruent comme pour percevoir jusqu’à la moindre parcelle de cette mâle jouissance qui les affole.

Sous elles, le jeune homme ne peut plus retenir une semence qui n’attendait sans doute que ce dernier déclic pour jaillir. Les râles diminuent d’intensité presque de suite, mais les corps gardent encore pour un temps ces contractions stimulantes dues à un trop-plein de plaisir. Trois êtres totalement différents sont affalés sur le sol du salon, immobiles, repus et apaisés. Si tous pensent, aucun ne parle. Pourtant dans la jolie tête de Raymonde… une petite phrase remonte :

T’es heureuse ?

Désormais, elle connaît la réponse.

Prends trois mots et fais-les danser… tu verras comme ils t’aimeront !