Deux femmes pour un Jules

L’acharnement de Jules pour tenter de séduire Cynthia a largement baissé, et environ une semaine après leur passage chez la jeune femme, il a la surprise de la voir débarquer dans son bureau.

— Alors, lâcheur ! Je n’ai plus droit à tes petites attentions matinales ? Tu ne viens même plus me parler.
— Tu as mieux à faire que de t’occuper d’un pauvre mec comme moi.
— Ben… qu’en sais-tu ? Tu te fais des films tout seul ? Et si…
— Oui ? Si quoi… je vois ! Le patron n’est pas là aujourd’hui… alors Jules peut le remplacer pour la journée ?
— Salaud ! Arrête de penser que je suis pourrie… Tiens, je venais pour te donner ceci.
— C’est quoi ?
— Tu n’auras qu’à regarder quand je serai repartie pour mon bureau. Vous êtes bien tous pareils, les mecs : quand vous n’obtenez pas ce que vous voulez, vous faites la gueule, tous, sans exception.

Cynthia donne une claque sur l’épaule du garçon qui ne comprend plus rien. C’est presque ouvertement que la blonde vient le draguer. Il suit des yeux la croupe ondulante qui se coule dans la porte du bureau pour se diriger vers l’accueil. Il ne sait plus vraiment où il est. L’enveloppe devant lui se retrouve soudain dans sa main. D’un geste machinal, Jules arrache le rabat qui ferme la pochette de papier kraft. Puis, alors qu’il lève l’objet devant l’ordinateur, tombe au sol un carton coloré, lequel est accompagné d’une petite boule rose et blanche.

Sur la photographie qu’il tient entre ses doigts tremblants, elle est presque nue. Allongées sur un drap mauve, les formes épanouies de la jeune femme sont nettement visibles. Avec un large sourire sur les lèvres, elle étale une paire de seins d’une beauté éclatante. Les pointes sombres sont de toute évidence en érection, et elles sont d’une longueur impressionnante. Elle semble, sur l’image, tendre cette poitrine arrogante vers celui qui tient l’appareil pour prendre le cliché. Devant tant de grâce, Jules se sent tout remué et son sexe n’en fait qu’à sa tête. Il a soudain très chaud.

Cette brusque montée de sang a pour effet de gonfler le pénis dans le caleçon du garçon. Sa main tremble littéralement, et les yeux qui suivent les courbes attirantes de la blonde s’arrêtent soudain sur la culotte à demi baissée dont elle tire entre pouce et index l’élastique. Sur la photographie, une touffe de poils naissante aussi blonde que ses tifs amène encore plus de sang à la verge qui se trouve serrée dans le jean masculin. Sur le clavier, la boule de chiffon qui le nargue est toute pareille à celle que l’image lui rapporte. Alors Jules pose le cliché et déplie le chiffon. Au fond de celui-ci, une tache qui rappelle que ce minuscule pétale a bien été porté.

D’un mouvement instinctif, il approche la lingerie de dentelle fine de son nez et hume les odeurs. Là encore, pas de doute possible : cette culotte a bien été en contact avec les fesses de la demoiselle… et même avec bien autre chose ! Submergé par son envie, il sent que son vit coule déjà d’un étrange bonheur. Malgré son envie de hurler de plaisir, il se retient et le visage de Raymonde vient en superposition sur celui de la femme de l’image. Il se voit déjà chevaucher la belle brune. Du coup, sa bandaison n’en est que renforcée. Une paire de seins affriolants, une croupe sensuelle dansent derrière ses paupières mi-closes.

Une ombre passe dans le couloir qui longe le bureau de Jules cache tout. D’un coup sec du poignet, il réinsère dans leur emballage les deux pièces que lui a remises la jeune femme de l’accueil. Juste à temps, car dans l’encadrement la tête de Marc apparaît. Il est souriant, comme à son habitude.

— C’est bon ? Tu avances dans le projet « Armando » ? Tu sais que j’ai hâte de voir ce que tu vas nous pondre ? C’est un client difficile, alors tu comprends le crédit que j’ai placé en toi.
— Oui, patron ; merci de cette marque de confiance à mon égard ! J’espère ne pas vous décevoir.
— Tu fais un peu partie de la famille, maintenant. À ce propos, j’aimerais que nous dînions tous ensemble, un de ces soirs… je vais voir cela pour trouver une date qui colle pour tout le monde. Si tu as une copine, elle sera aussi invitée.

Le jeune homme ne sait pas quoi répondre. Le boss a l’air joyeux ; il a un sourire de loup qui découvre deux belles rangées de dents blanches bien alignées. Il se détourne de la porte et repart vers le hall d’entrée ; le garçon entend le gloussement reconnaissable de l’hôtesse qui tient ce poste : Cynthia rit suffisamment fort pour que le jeune homme sache qu’elle est contente, heureuse. Mais comme il s’en moque, Jules, à cet instant, des parties de cul de la blonde… Il n’a déjà plus qu’une seule idée : celle de contacter l’épouse de Marc. Il ne doute pas une seule seconde que son sésame, son passeport pour une coucherie puisse être refusé comme preuve par Raymonde. Et sa bite, que Cynthia avait réussi à durcir par sa photo, se remet au garde-à-vous.

Il se lève, pousse l’huis de son bureau, et avec le cœur battant, il décroche le téléphone et compose le numéro de la brune.

— Allô ! Allô ! Qui est à l’appareil ?
— Bonjour ; c’est Jules, l’employé de votre mari.
— Ah oui, mon petit Jules ; comment ça va ? Tu t’y fais à ton nouveau job ?
— Oui, merci. J’aimerais vous… enfin, te rencontrer : j’ai quelque chose à te montrer. Tu te souviens de nos accords ?
— Nos accords ? Oui. Mais tu as… réussi ? Tu as bien une preuve de ce que tu me diras ?
— Oui, rassure-toi ; tu l’auras, ta preuve… Mais toi, tu seras prête pour…
— Hé là ! Attends, je demande à voir avant ! D’accord ? Tu peux te libérer demain à midi ? Marc ne rentre jamais pour le repas.
— Je serai libre… pour toi. On se voit où ?
— Viens chez moi, tu connais le chemin ; mais tu es discret, hein ! Tu ne te fais pas trop voir.
— Ça marche alors… à demain midi.
— Bien. Mais n’oublie pas : je veux du solide… pas de blague.

Le clic qui signifie que Raymonde vient de raccrocher arrache presque un saut de joie au jeune homme. Dans sa tête, mille et une images, toutes sorties de son imagination, affluent en flots ininterrompus. Deux seins sautent dans sa caboche. Il soupèse dans ses mains chacun d’entre eux, et ses doigts caressent les plages de chair d’une tiédeur, d’une douceur incomparables. Tant et si bien que le gamin finit par avoir une érection monumentale, que son sexe étire sa braguette, menaçant d’en faire péter les boutons du jean.

Bon sang, que c’est long pour arriver enfin à ce fameux midi qui obnubile totalement Jules ! Combien de fois a-t-il, les yeux fermés, revisité une à une les formes somptueuses de la brune Raymonde ? Combien de fois a-t-il joui en imaginant son patron portant des cormes qu’il aurait plaisir à faire grandir démesurément ? Il est revenu toute la soirée sur des caresses si intimes, sur des massages si personnels que quand approche l’heure du rendez-vous, il est absolument gonflé à bloc et… autant au sens littéral du terme qu’au sens physique.

Il fait le chemin qui mène vers l’unique objet de sa convoitise dans un état second, le sexe en érection permanente depuis qu’ils se sont parlé. Et pourtant, quand c’est le moment de sonner à la porte, son cœur fait des cabrioles dans sa cage, menaçant même d’exploser tant il est surexcité. Les pas derrière la porte, le bruit du cliquetis de la serrure qui s’ouvre, et maintenant la femme qui lui sourit, tout concourt à lui mettre les sens à vif. Elle est là !

Belle avec sa crinière brune bien peignée, avec un corsage qui se tend d’orgueil, elle est là ! Jolie comme un cœur avec un sourire qui lui éclaire les yeux, elle est là ! Jules ne sait plus où poser ses propres regards. Il déshabille des yeux la poupée qui s’efface pour le faire entrer dans un salon aussi grand que son propre appartement. Les mirettes du garçon s’attardent avec délectation sur les deux longs fuseaux gainés de nylon. Ceux-ci s’arrêtent, stoppés dans leur course, par l’ourlet d’une jupe agréablement courte. Puis lorsque les chailles du gamin attrapent le haut du corps, c’est pour savourer avec intérêt l’avancée significative des deux seins.

Eux aussi sont alléchants visuellement, et il a tant ressassé dans sa fièvre les caresses qu’il pourrait leur faire qu’il en bave déjà. En un mot comme en dix mille, cette femme, c’est pour lui la femme avec un F majuscule, celle qui concrétise le summum de ses fantasmes, de ses rêves les plus fous. Et instinctivement sa queue se tend à nouveau dans son slip, marquant le pantalon d’une déformation impossible à dissimuler. Il est certain que Raymonde voit cette bosse et il en rougit, autant de la honte qu’il ressent que du plaisir qui s’y mélange.

Ils sont face à face. Le gamin et son démon ! La femme et ce qu’elle représente pour lui. Il vendrait son âme au diable pour une heure avec elle… et si… si elle tient sa parole… c’est gagné ! Il lit dans les yeux de la femme ce qu’il veut bien y voir, mais cette lecture est faussée par son désir de ce corps qui est si proche que cette brune devrait presque pouvoir sentir les arômes de ce désir. C’est une main moite que l’épouse de son patron serre dans ses petits doigts bouillants. A-t-elle perçu le tremblement qui secoue tout le jeune homme ? Pourquoi n’aurait-elle pas vu, cet émoi, ce… cette bougeotte qu’il ne peut plus réfréner ?


Raymonde vient d’entendre la sonnerie qui lui annonce son visiteur. Elle se rend à l’entrée et ouvre au garçon qui attend. Dès qu’ils sont l’un devant l’autre, elle s’aperçoit qu’il est anxieux ; son visage ne peut dissimuler son état. Il la défringue visuellement sans aucune fausse pudeur et elle aussi se sent remuée de l’intérieur. Sa vue va des épaules du gosse aux mains qui tressaillent sans raison. Bien entendu, elle ne peut que découvrir cette déformation au centre du corps masculin, et elle sait ce qui se cache sous la bosse du pantalon de toile.

— Alors, Jules, cette preuve ?
— Voilà, voilà, Madame…

Il tend vers elle une enveloppe que la brune saisit. Ce n’est pas bien lourd, et dès qu’elle tire le rabat de l’emballage, elle a de suite compris que la boule rose et blanche est un string ou quelque chose comme cela. Alors qu’elle sort délicatement la chiffonnade, un papier glisse et atterrit sur la moquette grise de la pièce. La photo gît sur le sol, et le visage de la demoiselle qui se tient allongée sur le cliché semble leur sourire. Au moment où elle se baisse pour ramasser le rectangle glacé, le garçon qui a entrepris la même démarche se cogne la tête contre celle de Raymonde.

Ensemble en se frictionnant le crâne, ils éclatent d’un rire qui troue le silence qui venait juste de s’installer, comme si le fait de pouffer venait rompre la peur du garçon et de la femme. Puis en tournant entre ses doigts l’image, elle tente de déceler si c’est réel ou non. Pourtant la culotte est bien celle que la fille montre sur sa pose plus que suggestive. La brune suppose que c’était le jeune homme qui avait à cet instant-là l’appareil et qui a appuyé sur le déclencheur, elle en est pratiquement certaine. C’est étrange comme les doutes parfois s’effacent au profit d’une image bien nette…

— Bien ! Tu es donc l’amant de cette… Cynthia. Elle baise bien au moins ? Allez, raconte-moi un peu, je veux tout savoir.
— Euh…

Le jeune homme ne s’attendait pas à cette démarche insolite et il se trouve une minute pris de court. Ne sachant comment botter en touche, il cherche un moyen de ne pas… trop avoir à mentir.

— Je préfère ne pas parler de cela, par courtoisie pour cette fille.
— Ah : un bon point pour toi ! Discret, avec ça… Bien, ça, mon petit. Mais tu m’as mis l’eau à la bouche ; tu ne vas pas t’en tirer par une pirouette.
— Vous avez les preuves dans la main ; je ne dirai rien de plus. Que vous respectiez votre parole ou non, je me tairai. Vous n’aimeriez pas non plus que je parle de ce que nous ferions… si jamais…
— Oh, je t’en prie… juste un mot ou deux pour savoir ce qu’elle a de…

Elle s’arrête au milieu de sa phrase. Pour un peu, elle allait avouer qu’elle voudrait savoir ce que son mari trouve, à cette pimbêche ! Surtout ce qu’elle n’a pas, elle, pour qu’il la préfère, ou ce qu’elle n’a plus. Mais elle connaît au fond d’elle la réponse : c’est la jeunesse qui lui fait désormais cruellement défaut. Avec elle, la spontanéité des jeux amoureux ; et puis Cynthia, c’est sans doute aussi l’attrait de l’interdit pour Marc. Elle mesure soudain avec effarement le fossé qui la sépare des vingt-cinq ou trente ans de cette blonde…

Le gamin regarde à la dérobée cette femme qui semble soudain se voûter. Sa tête rentre dans ses épaules ; elle a perdu son sourire, accusant le coup qu’il vient de lui assener sans même s’en rendre compte. Elle se fane à vue d’œil, comme si quelque chose venait de lui interdire toute joie de vivre. Et il ne comprend pas ce qu’il a bien pu dire ou faire pour que la situation dégénère de la sorte. Elle reste jolie, néanmoins ; une beauté très spéciale, et son désarroi ne fait que renforcer cet attrait si particulier qui émane d’elle. Brusquement, Jules a fortement envie de la serrer contre lui, de lui crier des mots de réconfort.

Seules sa peur et sa maladresse le font reculer juste au moment où… et il reste attentif à deux pas de la brune qui a comme des éclats de larmes aux coins des yeux. Elle n’est plus seulement belle : elle est également attachante, et il se trouve bouleversé par l’attitude insolite de cette femme. Bien plus fragile qu’elle n’y paraît, finalement. Comme un con, il n’ose plus broncher, ne sachant pas comment aborder la chose. Alors il choisit de se taire plutôt que de gâcher ce moment si rare par des paroles qui pourraient tout abîmer. Il veut se garder ainsi une petite chance… de la mettre dans son lit.

Tenté par un geste de réconfort, il voudrait étendre, ouvrir ses bras. Mais elle s’est reculée, détournant la tête, et sa main, l’air de rien, étale sur sa joue une goutte de rosée. Elle a fait cela avec une grâce quasi divine, comme une reine. Jules ne sait plus sur quel pied danser. Jusque-là, c’est le bide total aussi bien avec la blonde que la brune : il n’a pas su s’y prendre. Piètre résultat autant avec la jeunette qu’avec celle-ci, qui sans doute pourrait être sa mère. À ceci près que sa mère ne l’attire pas, alors que Raymonde… elle est encore plus envoûtante dans sa détresse.

— Mon pauvre Jules… je ne suis pas très belle à voir aujourd’hui ! Tu as gagné le droit de… mais un autre jour. D’accord ?
— Euh…
— Je n’ai pas la tête à faire des galipettes, tu ne m’en voudras pas certainement ? Tu comprends, n’est-ce pas ?
— Ou… oui, Mada… oui, Raymonde.
— Je t’appellerai… quand je serai prête. Tu as confiance au moins ?

Jules se sent fondre. Son ventre le torture. Il a mal partout, mais son envie ne disparaît pas aussi vite qu’il le voudrait. Bon Dieu, que cette femme lui fait de l’effet ! Ça remue partout dans son corps alors qu’il n’est pas resté plus d’un quart d’heure en sa présence. Sur le trajet qui le ramène à son travail, il se traite d’imbécile, d’idiot. Vains regrets que ceux de ne pas avoir osé, de ne pas avoir posé sa main sur la joue dont il imagine la délicate texture. Il s’en veut tout autant de ne pas avoir fait ce geste qui l’aurait envoyé au paradis, au paradis des embrassades. Bon sang, la bouche au gloss rouge de Raymonde… sûr qu’elle s’était préparée pour son arrivée.

En plus, il a laissé toutes « ses preuves » entre les mains magnifiques, longues et fines de la femme de son patron. Quel gâchis ! Un instant décontenancé par ce manque de bol évident, il serre les dents en retrouvant son ordinateur. Alors rageusement il se jette à corps perdu dans son projet. Au moins le boulot lui fait oublier ses désillusions ; mais sa tête ne l’entend pas vraiment de cette manière. Son sexe reste, pas vraiment en érection, mais assez allumé pour que la moindre parcelle d’image lui fasse relever la caboche. C’est infernal de se dire qu’il aurait pu… Mais qu’est-ce qui ne va pas chez lui ? Non mais, quel con ! Il se jure que la prochaine fois…

Sa gueule doit garder le reflet de sa désillusion. La blonde à son poste, pour une fois le regarde passer alors qu’il réintègre son bureau. Il n’a aucune envie de lui parler, pas même de lui sourire. Tête basse, son ventre n’est qu’un horrible gargouillis qui lui semble se faire entendre en grondant sourdement. Il plonge avec amertume dans son dossier, cherchant un dérivatif à ses pensées plutôt salaces pour la femme de son boss. Merde, quelle poisse ! Si près du but, et ne pas avoir tringlé ni l’une ni l’autre… Jules ne réagit pas quand la porte du bureau s’entrouvre doucement et que la caboche rieuse de la môme de l’accueil apparaît.

— T’en fait une trombine, mon petit Jules ! Tu as des ennuis ?
— J’ai du boulot. Tu veux bien me laisser travailler ?
— Oh, là-là… C’est encore pire que ce que j’aurais cru. Tu veux que nous allions prendre un pot un de ces soirs ? Ce soir même, à la sortie si tu veux ?

À ces mots, il lève les yeux. La blonde est belle, souriante. Plus que d’habitude, ses lèvres sont un véritable appel au viol. Il la dévisage du haut en bas, sans mettre de gants. Il entrevoit ses deux ballons qui tressautent sur sa poitrine. Si elle porte un soutien quelconque sous son chandail, il doit être réduit à sa plus simple expression. Et le bout rose d’une langue mutine qui franchit le rubicond des lippes à peine entrouvertes… mon Dieu, voilà la gaule qui remonte en flèche ! Il se sent poursuivi, comme si ces deux-là s’étaient liguées pour lui rendre la vie impossible. Mais bon sang, ce qu’il aimerait faire l’amour autant avec l’une qu’avec l’autre ! Tout s’embrouille dans le cerveau du garçon.

L’impression que quelque chose a changé dans le comportement de Cynthia effleure un court instant l’esprit de Jules. Mais c’est le patron qui passe, interrompant brutalement le délicieux tête-à-tête qui vient de débuter. Il marque un temps d’arrêt comme si… comme s’il voyait qu’un embryon, une esquisse, une ébauche de flirt s’amorce. Marc n’a pas l’air d’apprécier cette situation. Jules, quant à lui, ne s’inquiète de rien, mais la jeune blonde a bien perçu dans la voix et les propos de leur patron comme une sourde menace. Elle quitte précipitamment le bureau du garçon, rejoint son poste et ne bouge plus du reste de l’après-midi.

À l’heure de la sortie, elle attend sur le parking, près de la voiture du jeune homme.

— Alors ? Tu en as mis du temps pour sortir.
— Le boss m’a appelé dans son bureau. Je suppose que tu es déjà au courant : nous sommes invités à un pique-nique dimanche à midi.
— Eh bien, comme ça tu pourras voir sa femme.
— Je crois que ça l’arrange que je ne vienne pas seul : comme ça tu auras l’air, toi aussi, d’être accompagnée, et il pense que Raymonde ne s’apercevra de rien.
— Tu l’appelles par son prénom ? Eh bien… tu as déjà fait affaire avec elle ?
— Fait affaire ? Drôle d’expression !
— Tu préfères que je te demande si tu l’as déjà baisée ?
— Ça va, ça va… De toute façon, je ne te répondrai pas : ce genre de chose, c’est très personnel.
— Bon, ne nous fâchons pas ! On va prendre un verre ? Chez moi ou ailleurs ?
— Choisis ; je te suis où tu veux.
— Tu ne me suis pas : tu vas m’emmener, et j’ai du jus d’orange et de la vodka. Alors ce sera à mon appartement. Tu connais le chemin.
— D’accord, ma belle !

Ils partent, roulant lentement dans les rues calmes à cette heure de la journée. Chez Cynthia, Jules ne sait plus quoi faire de son corps. Il attend qu’elle lui demande de s’asseoir, et c’est au salon qu’il trouve une place sur un canapé de velours rouge. Les verres s’entrechoquent pour saluer ce pot amical. Amical ? Lui voudrait bien ne pas rester au stade de l’amitié. Elle ne dit rien, et quand il se dit que c’est le bon moment pour tenter une approche moins discrète, il se penche lentement vers elle, le visage tourné vers la jeune femme. La blonde ne fait pas un mouvement pour avancer ses lèvres vers celles de Jules ; mais elle n’en fait pas non plus pour les refuser.

C’est pile au moment où leurs bouches se rejoignent que la sonnerie de la porte se met à dirdinguer bruyamment. Elle recule précipitamment et met un doigt en travers de ses lippes, lui signifiant par là de ne pas faire de bruit. Elle va vers la porte puis revient, affolée.

— C’est Marc ! Cache-toi, s’il te plaît !
— Oui, mais où ?
— Là. S’il te plaît… vite !

D’un doigt qui tremble, elle lui montre l’arrière du canapé. Alors le jeune homme se couche à même la moquette derrière le haut dossier et ne bronche plus. Il ne sait pas ce qu’elle fait, mais elle ne va pas ouvrir de suite. Un bruit d’eau parvient à Jules de la salle de bain. Puis il entend les pas de la demoiselle qui court vers la porte.
Le verrou qui s’ouvre, puis la voix du patron remplit le calme apparent de l’appartement.

— Tu en as mis du temps pour m’ouvrir…
— Excuse-moi, j’étais à la salle de bain ; j’allais me doucher. Je n’avais pas entendu.
— Un moment, cet après-midi j’ai cru que tu draguais le protégé de ma femme. C’est elle qui m’a demandé d’embaucher ce Jules. Je ne regrette pas, c’est un bosseur. Mais ne t’avise pas de coucher avec lui… Et puis dimanche tu pourras venir au barbecue chez moi avec les autres, il te servira de chaperon. Raymonde n’y verra que du feu.
— Tu la prends vraiment pour une conne ? Tu crois qu’elle ne se doute pas que…
— Penses-tu… Et puis elle n’est pas spécialement portée sur le cul. C’est juste un petit coup en passant, et encore il ne faut pas que ce soit trop souvent.
— C’est ce que tu me dis… mais je n’en sais rien, moi.
— Bon, nous avons mieux à faire que de parler de ma bobonne, non ? Ce que je devine sous ce peignoir me donne la fringale !
— Je… je n’ai pas trop envie… et je sors ce soir… ma mère m’attend pour le dîner.
— Oh, tu as bien une petite demi-heure pour ton amant, non ?
— Je te jure que ça ne me dit rien… Oh, arrête s’il te plaît… Non, non… S’il te plaît… je t’en prie.

Derrière son meuble, Jules comprend que les refus sont de moins en moins véhéments, que Marc doit déjà tripoter la blonde. Sa bite n’en durcit pas moins. Pas moyen de quitter son abri. L’autre vient de coucher la belle sur le divan, et ce qui se passe est terrible pour le jeune homme caché : les bruits ne laissent planer aucun doute sur les activités des deux personnages. Sous le poids des deux corps, l’assise grince, tremble. Mais le pire de tout cela, c’est que cette partie qui se joue entre eux fait bander le gaillard. Comment peut-elle se laisser baiser ainsi en sachant qu’il est là ? Merde alors, quelle salope ! Elle râle vraiment ; qu’est-ce que Marc doit lui mettre… Dans sa position, il n’ose pas faire un seul geste, et ses muscles s’ankylosent pour de bon.

Il a mal partout, et les cris que Cynthia pousse ne sont pas là pour le détendre. Ça dure un temps incroyablement long. Puis l’autre semble en avoir fini. C’est dans un cri terrible qu’il a sans doute joui dans la fille. Le canapé ne bouge plus. Enfin, beaucoup moins. Et le boss se relève.

— Bon, je dois filer. On se voit après-demain à midi chez moi. Mais sage, hein ? Elle ne doit se douter de rien. Allez, ne fait pas cette tête… donne-moi un bisou. Tu n’as besoin de rien ? Tu veux un peu d’argent ? Comme ça tu pourras faire un cadeau à ta mère ce soir.
— Un cadeau ?
— Oui, un bouquet de fleurs par exemple…
— Ah, pourquoi pas ?
— Il faut vraiment que je file… Tiens !

Jules perçoit seulement le bruit de papier que font les billets que Marc sort de sa poche. Il voudrait bien que le mec file vite maintenant. Il est tellement tendu que ses jambes en ont des crampes et il ne sait pas s’il va pouvoir tenir encore longtemps dans cette position allongée, recroquevillé entre le mur et le dossier du sofa. C’est comme un soupir qui s’échappe de ses lèvres alors que la porte se referme sur la visite du patron.

— Ça va ? Tu n’as pas trouvé le temps trop long ? Tu peux sortir de ta cachette.
— Pff ! Je commençais à avoir des crampes dans les jambes. Et puis…

Les mots s’arrêtent net alors qu’il se remet sur ses pieds. Cynthia est là, face à lui. Elle n’a pas même remis un string ou un soutif. Elle est à poil, totalement nue devant lui. Et ça ne semble en rien la gêner. Ses seins sont de toute beauté, presque aussi beaux que ceux de Raymonde, finalement. Ses cheveux en bataille et sa chatte aussi blonde que sa tête sont des appels à l’amour. Son érection ne se cache guère non plus.

— Je vois que notre petit rodéo t’a mis en appétit ! Tu sais, c’est toujours comme ça… en coup de vent. Soit au bureau, soit ici, et ça ne dure jamais plus longtemps. Au début je trouvais ça bien, mais avec le temps je me dis que j’aimerais que ce soit plus doux, plus tendre. Je sais aussi qu’il me raconte des blagues : il me balade, avec sa femme.
— Tu crois ?
— Oh, bien sûr ! Vous les mecs, vous avez toujours de belles paroles ; mais pour les actes… c’est souvent bâclé, et il n’y a pas de raison pour que chez lui ce ne soit pas pareil. Sans doute qu’elle a des raisons, sa Raymonde, de se plaindre.
— « Vous les mecs »… Qu’en sais-tu, toi, des autres mecs ?
— De toi, rien. Rien encore, à vrai dire. Mais j’ai déjà eu quelques copains, et c’est toujours beau au début ; ensuite, c’est de l’acquis pour eux, et au bout de quelques mois il leur faut de la chair fraîche. Je ne sais pas si tu baises avec la femme de Marc… mais ne sois pas comme lui. Donne-lui un peu de cet amour qu’elle attend. Prends ton temps, sois doux et respectueux. Elle le mérite, tu sais.

Les yeux ronds du jeune homme ne quittent pas les formes offertes à sa vue. Elle est bougrement belle dans cette nudité parfaite. Elle s’est assise face à lui, et les muscles de Jules enfin se détendent, mais pas tous. Il en est un qui est particulièrement tenace et qui persiste à rester bandé. Cynthia se lève et vient contre lui. Elle lui prend la tête dans ses mains, pose délicatement ses lèvres sur les siennes. Elle ne cherche pas à l’embrasser, elle se contente d’effleurer sa bouche, puis elle se redresse et lui signifie qu’il est temps pour lui de prendre congé.

— Nous reprendrons un verre une autre fois. Je sais bien que tu es déçu, que tu as envie de… mais je ne veux en aucun cas t’offrir les restes d’un autre, et surtout pas ceux de notre patron. Je vais prendre ma douche, alors file, Jules, et n’oublie pas… pour Raymonde. Je serais heureuse pour elle si… tu la combles et lui donnes un peu de ce qu’elle mérite.

— À dimanche alors ?
— Ah oui : tu auras le droit de me donner la main, de temps en temps… si ça peut arranger tes affaires avec elle.