Les cris du cœur

Des cris dans la nuit ont attiré l'attention d'Yvonne ; elle s'est relevée pour se rendre dans la chambre de Marinette, mais en passant devant la chambre d'amis… elle se rend compte de sa méprise. De l'autre côté de cette porte, les gémissements ne sont pas vraiment de douleur. D'abord elle reste clouée sur place, puis une sorte de rictus pouvant passer pour un sourire s'affiche sur le visage de la vieille dame. Son gamin reprend donc du service ! Une vie normale ne peut que lui faire du bien ; il a déjà tant donné…

La mère de Pierre écoute un petit moment ces manifestations vocales de l'invitée de son fils, et elle imagine bien ce qui se passe. Après tout, c'est la vie, et le sexe librement consenti en fait partie intégrante. Elle quitte le couloir pour aller tout de même voir sa petite-fille. Celle-ci dort à poings fermés ; alors elle prend le chemin de sa cuisine pour boire un verre d'eau puis elle rejoint sa chambre pour y retrouver son lit. C'est drôle comme le fait de savoir que son Pierre est heureux la rend elle aussi, toute guillerette. Si seulement c'était la bonne cette… Annette !


Marinette s'est levée, et dans son petit coin elle travaille à son œuvre mystérieuse. La maison dort encore, bien que les premiers rayons du soleil matinal viennent déjà lécher les persiennes. Elle a changé la toile du chevalet, et sur celle qui y est posée tout fraîchement, un visage sous la palette de couleurs se dessine avec maestria. À la place des yeux, deux pépites sont collées. Elle garde la pointe d'une langue tendue entre ses deux lippes. Papa sera content : Annette est belle sur ce fond de lac si bien reproduit ; une nouvelle nymphe des eaux est née.

Les volets ouverts laissent entrer une lumière intense. En regardant le jardin, une ombre semble glisser sur l'herbe de la pelouse. La jeune femme s'éclipse vers une porte dérobée. Derrière ce panneau de chêne, des marches qui dévalent vers la cave. Elle tremble de peur et file comme elle le fait chaque fois vers un endroit où elle se sent protégée du monde extérieur. Dans sa tête, les idées sont confuses ; pas un cri ne sort de sa bouche. Elle se glisse sous un matelas et tire une sorte de rideau.

La voici devenue invisible aux yeux de tous. Son univers se rétrécit encore un peu plus, enfonçant son esprit dans le flou et la trouille. Son unique refuge est de se recroqueviller en elle-même. Escargot rentré dans sa coquille, autruche à la tête dans le sable, Marinette ne vit plus ; elle attend. Et Yvonne, qui la première rejoint la cuisine ne voyant pas cette enfant, court vers la chambre déserte. Alors elle, qui connaît bien la petite femme, se rend à la caverne pour y retrouver la bête aux abois.

Mais comment sortir de son mutisme peureux la petite chose qui s'ingénie à tirer sur elle la couverture comme pour s'enfoncer encore plus dans ce trou à rat d'où son esprit embrumé l'empêche de s'extraire ? Il faut à la grand-mère des minutes de patience, des mots d'une incroyable intensité pour qu'enfin rassurée, elle daigne revenir du monde des fantômes vers celui des vivants. Et c'est vers la chambre de son père qu'elle file pour voler un peu de sa chaleur. Mais là encore, cruelle désillusion : le lit est vide et pas défait.

La peur remonte en force, avec cette fois la crainte de cette disparition pourtant si simple à expliquer, mais si peu perceptible par un esprit si faible. Alors résonne dans la maison un cri de louve blessée. Un gémissement qui va en s'amplifiant, glaçant les sangs d'Yvonne qui, une fois encore, arrive en trombe pour recommencer le manège de la cave. Patience et douceur, les deux seuls remèdes pour ramener vers elle sa petite-fille qui, blottie contre son sein, tremble comme une feuille.


Ivre d'un renouveau sexuel enfin consommé, Pierre s'est endormi contre cette Annette qui vient de lui faire cadeau de son corps. Alors quand le petit matin donne des signes de son lever par une lumière se jouant des interstices des volets, c'est contre la belle qu'il revient à la vie. Bien sûr, la position d'Annette dont les fesses sont contre son ventre engendre une réaction des plus inattendues : cette verge, qui a pourtant trouvé le refuge sacré de la brune plusieurs fois en début de nuit, revient dans une forme époustouflante. Elle se presse contre la croupe aux contours si désirables.

La femme grogne un peu mais se love davantage contre notre amoureux transi, et cette reptation, volontaire ou non, fait que la bite glisse sur ce derrière bandant. Il ne cherche donc aucune complication, s'efforçant d'être d'une douceur extrême. En quelques mouvements ciblés, sans aide extérieure de ses mains, il loge la queue dans la faille si réceptive et les ondulations de son corps font le reste. Il se met à limer tranquillement cette douce Annette qui ne peut plus faire semblant de dormir.

Les feulements de la tigresse attestent de son éveil, mais pas un mot ne vient contrecarrer l'action entreprise. Elle se laisse prendre gentiment, et l'effet est garanti. À la sortie d'un sommeil peuplé de ces amours infernales, elle ne rechigne plus à se remuer le popotin pour faciliter le passage de cette trique qui la masse de l'intérieur. Les frémissements ressentis par son ventre se propagent partout en elle. Elle fait tout pour que Pierre soit le plus possible dans une position qui lui apporte un maximum de plaisir.

Lui freine ses ardeurs : il veut profiter de cette aubaine, de ce cul de reine qui se donne sans fioritures. La tenant par les hanches, il imprime un rythme qui lui permet de gérer la situation. Annette se tortille comme un ver et finalement réussit à faire sortir ce vit qui la laboure du sillon humide. Mais emporté par son élan, l'homme, dans un grand coup de reins, garde l'engin dans la fossette lunaire, et il arrive ce qui devait arriver : la tête foreuse s'incruste sans le vouloir dans l'étroit canal qui prend naissance dans le centre de cette raie tendue. D'un seul petit coup de boutoir, sans même y réfléchir, le gland chauve pénètre sans trop de dommages dans cet antre serré.

La brune a un brusque mouvement de raidissement de tout son être ; mais, comme pris par l'impulsion donnée à son membre, Pierre poursuit sur sa lancée. La longueur totale de son sexe est désormais logée au plus profond de la voyageuse. Elle ne respire plus, mais elle ne tente absolument pas d'intervenir. Et comme il est bien connu que ce qui entre peut ressortir, commence alors une nouvelle saillie, avec un tout autre objectif.

Il la lime sans rudesse, avec juste ses mains posées sur cette croupe qui se déhanche pour recevoir le manche qui la perce. Très lentement, pour faire durer le plaisir de se sentir très à l'étroit dans la gaine serrée, Pierre découvre un nouvel Éden, le nirvana absolu. Il n'aurait jamais rêvé mieux ! La danse de ce cul que sa queue entreprend le laisse abasourdi. Annette contracte ses muscles qui encerclent encore plus la mèche qui s'infiltre en elle ; elle roule littéralement du bassin pour le forcer à entrer plus avant dans ce fondement qu'il pistonne avec constance.

Les soupirs de la belle sont de plus en plus expressifs et notre gaillard a toutes les peines du monde pour se retenir. Il suppute qu'elle fait tout pour abréger cette sodomie qui donne à Pierre des sensations inconnues. Et comme elle s'y attelle avec fermeté, la chevauchée ne durera plus très longtemps. Il est soudain envahi par ces images merveilleuses qui submergent son esprit et il éjacule une fois encore, mais là où il se trouve, bien à l'abri. Et au moment où il soupire violemment, sa sève coule en elle en quelques traits pointillés.

Les deux amants restent une éternité l'un contre l'autre. Seules les mains masculines caressent les deux seins qu'elles rencontrent, histoire de garder un peu de la chaleur de cette peau si délicatement douce. Puis la cheville ouvrière qui a si bien su remplir son office se détend, et c'est une petite chose toute molle qui ressort du corridor féminin. L'escargot reprend sa place, mais contre les fesses de la brune, y laissant une traînée de bave. Ils savourent ensemble cet instant fragile qui suit l'amour.

Et dans le matin calme, un cri, un véritable cri couvre soudain leurs respirations ! Les deux amants dressent l'oreille ; c'est Pierre qui réagit le premier.

— Merde ! C'est Marinette. Il doit se passer quelque chose de grave !
— Tu… tu crois que c'est elle ?
— Oui. Attends, je vais voir ce qu'il se passe. Où sont mes fringues ? Bon Dieu, je ne les trouve pas…
— Calme-toi, je me lève aussi.

Il a retrouvé un peu de sérénité, enfilé à la hâte ses frusques, et c'est à deux qu'ils atterrissent dans le couloir. La porte de la chambre de Pierre est ouverte et Yvonne, assise sur le lit non défait, berce une Marinette effrayée. La vieille femme les regarde avec un air pincé, mais ne dit rien.

— Maman ? Mais qu'est-ce que vous fichez dans ma chambre ?
— Marinette était dans son refuge et tremblait de trouille.
— Mais… qu'est-ce qu'il s'est passé ? Pourquoi…
— Là, tu me poses trop de questions ! Je n'en sais rien, mais il est bien certain qu'elle avait une bonne raison d'aller se cacher. Tu la connais aussi bien que moi : si elle va à la cave, c'est qu'il y a quelque chose.
— Oui. Marinette, papa est là… Tu ne veux pas dire à papa ce qu'il se passe ?
— …

La jeune fille a levé les yeux vers son père et ceux-ci découvrent la femme mal fagotée qui se trouve toute proche de lui. Elle ne comprend pas vraiment pourquoi ils sont ensemble. Elle reste blottie contre sa mamie qui, elle, ne semble pas plus surprise que cela de cette situation. La main de Pierre rejoint celle de sa mère, et c'est en communion que les deux lissent les joues de la femme-enfant.

— Bon. Allez, venez, on va prendre un bon petit déjeuner. Viens, ma Marinette, viens me dire pourquoi tu as si peur.
— Pa… papa, tu étais où ?

Là, c'est direct, précis et ennuyeux comme demande. Pierre ne sait pas trop quoi dire.

— J'ai moi aussi fait un cauchemar et ton papa est venu me réveiller pour que je n'aie plus peur. Je peux m'asseoir près de toi, sur le bord du lit ?

La jeunette qu'Yvonne tient dans ses bras ne réagit pas à cette voix féminine qui lui raconte l'absence de son père. Puis, au grand dam des deux autres, elle se redresse enfin.

— Marinette veut son chocolat… et le gâteau de mamie.
— Allons à la cuisine, alors.

Le ton est péremptoire, sans ambiguïté. Tout ce petit monde va prendre le petit déjeuner, et l'histoire semble enfin s'arrêter là. Mais au cours de ce repas matinal, la petite revient sur le sujet :

— Les méchants messieurs sont dans le jardin… ils veulent les perles de Marinette.
— Mais il n'y a personne dehors, ma chérie, regarde… Tu vois, le jardin est vide.
— Ils sont venus, papa, ils veulent les perles… et la dame !
— Pourquoi la dame, enfin, ma chérie ? Je ne comprends pas.
— Marinette ne sait pas, mais la dame… elle sait !

Yvonne et son fils tournent la tête vers Annette. Celle-ci ne sait pas trop quoi répondre. Elle beurre une tartine et la tend à la gamine.

— C'est une longue histoire. Vous savez, c'est une très longue histoire, mais je vais vous la raconter si vous voulez.
— Je… je ne comprends rien, moi, Annette.
— Je sais bien, Pierre, mais tu dois savoir… m'écouter surtout !
— Prenons le café et puis vous nous narrerez votre affaire. En tous cas, merci de rendre mon Pierre joyeux dès le matin.
— Maman… tu ne sais pas de quoi tu parles…
— Mais mes oreilles n'en sont pas encore au point de me tromper ; je ne suis pas sourde, et il y a eu cette nuit des bruits que j'ai su identifier, crois-moi mon grand… Tu ne peux pas me faire prendre des vessies pour des lanternes !
— Mais…
— Taratata ! Ne te cherche pas d'excuses ; tu es assez grand pour vivre ta vie, et si cette femme est d'accord, je ne vois là-dedans rien de répréhensible.
— Merci… merci, Yvonne.
— Ne me remerciez pas trop vite, Annette. Mon Pierre n'est pas toujours un cadeau.

L'homme regarde tout à tour sa mère et Annette. Dans le petit matin, la voix monotone de cette belle brune se met à chanter. Et l'histoire qu'elle narre devient surprenante, ahurissante même. Elle raconte avec calme comment deux hommes qui sortaient d'une bijouterie avaient perdu un petit sachet contentant ce que la gamine appelait des perles de Lune. Elle explique aussi qu'elle a relevé le numéro du véhicule qui attendait les deux loustics ; mais ils l'avaient sans doute aperçue aussi alors qu'elle escamotait le précieux colis.

Comment l'avaient-ils ensuite retrouvée ? La police l'ayant interceptée à l'aéroport n'était pas étrangère à cela ; l'arrestation et son passage au tribunal n'avaient rien de discret. Personne n'avait retrouvé les diamants et, remise en liberté, les malfrats avaient dû la suivre depuis sa sortie du palais de justice. Bien entendu, elle omit de raconter par le détail son entrevue avec l'avocat, se bornant à se donner le beau rôle dans cette sordide affaire. Yvonne la regardait avec des yeux bizarres alors que le récit se terminait.

Pierre aussi prit la parole.

— Mais je ne comprends toujours pas comment les pierres sont arrivées chez nous… ici au Chesnay.
— Euh… je te dois la vérité. Lorsque nous avons pris un verre tous les deux à l'hôtel de Londres, je les ai glissées dans ta valise. Et je suis là… ou plutôt j'étais là pour les récupérer en douceur.
— Donc tu es une voleuse ? C'est ton métier ?
— Disons que je n'ai pas vraiment vocation à travailler et que la vie est compliquée pour une femme seule.
— Si je vous comprends parfaitement, mon fils vous a servi de passeur ? Vous l'avez abusé d'une manière…
— Maman ! Tu veux bien me laisser régler cette histoire ? Je suis assez grand pour savoir ce que je dois faire.
— Pierre, cette femme va t'attirer elle aussi des tas d'ennuis.
— Non : je prends mes cailloux et je file. Les autres vont me suivre et vous serez libres d'alerter la police si bon vous semble. Je ne veux pas que les deux hommes qui visiblement me surveillent fassent du mal à votre Marinette. Ni à elle ni à vous deux, d'ailleurs : vous ne méritez pas que cela arrive. Je regrette ce que j'ai fait, mais… le mal est fait.
— Tu ne veux pas vraiment que nous alertions la police ? Ce serait plus sage.
— Mais ils vont me mettre en prison, Pierre ! À leurs yeux je suis ou serais la complice idéale de ces malfrats.
— Pas si tu leurs donnes le numéro de la voiture. Et tu peux peut-être identifier les vrais auteurs du vol ; la justice est indulgente avec les gens qui l'aident. Et les diamantaires, trop heureux de retrouver leur bien, pourraient aussi arranger tes affaires.
— Tu crois ? Et pourquoi feraient-ils cela ? Mais quel intérêt as-tu, toi, à vouloir m'aider ? Je t'ai menti, trahi, abusé, comme dit Yvonne.
— Je crois que Marinette t'aime bien, et c'est la seule chose qui compte pour moi. Depuis que sa mère est partie, elle n'a jamais parlé à quelqu'un comme elle le fait avec toi : c'est un signe. Elle sent les choses et elle t'aime : tu ne peux donc pas être si mauvaise.
— Mais les diamants, Pierre, je ne les ai plus ! Seule Marinette sait où ils se trouvent.
— Cela, je peux aussi l'arranger : elle me les donnera si je lui trouve d'autres babioles pour les remplacer. Reste maintenant à savoir pourquoi les types t'ont retrouvée aussi facilement. Où est ta voiture ?
— Mais… garée près de la tienne, Pierre.
— Restez bien enfermées, je vais vérifier un détail.
— Non ! Ne sors pas, mon gamin.
— Maman… il faut bien que quelqu'un bouge pour voir si dehors…

Il est sorti rapidement. Les deux femmes suivent du coin de la fenêtre les mouvements de cet homme qui fait un tour dans le jardin. Puis en revenant, il disparaît de longues minutes près des véhicules. Quand il réapparaît, c'est un étrange objet qu'il tient dans sa main droite. Annette ne comprend pas vraiment ce que c'est. Pierre revient vers elles.

— Voilà comment ils t'ont suivie à la trace : avec ce petit boîtier, ils te localisent aisément. Un mouchard collé dans une joue d'aile, et le tour est joué.
— Mais ils savent donc que je suis ici ?
— Malheureusement oui. Il nous faut prendre une décision. Bien que pour moi la police reste la meilleure chose à faire. J'ai un ami au quai des Orfèvres ; je peux l'appeler si tu le désires.
— Je… j'ai peur, Pierre… peur pour vous trois, peur d'être enfermée pour des années aussi.
— Je sais bien que ce n'est pas facile, mais… tu risques ta vie ma belle !
— Oui. Et la vôtre par-dessus le marché.
— La décision t'appartient ; je ne peux pas décider pour toi, Annette.
— Alors… appelle-le, tant pis. Je préfère encore perdre ma liberté plutôt que de vous mettre en danger.
— Tu es sage ; je t'assure que nous ne t'abandonnerons pas. Je t'attendrai le temps qu'il faudra.


Un jeune gars est venu chez Pierre. Il a écouté toute l'affaire et récupéré le sachet où les cailloux se trouvaient. Personne n'a embarqué Annette, mais une surveillance discrète s'est instaurée autour de la maison et une femme est venue, cachée dans une voiture banalisée. Elle a remis en place le mouchard avant de partir avec le véhicule.

Peu de temps après, deux hommes étaient interpellés. Au bout d'une journée de garde à vue, ils avaient craché le morceau et donné le nom de leur patron. C'est ainsi que les bijoux presque tous récupérés, les auteurs du vol sous les verrous, Annette était appelée comme simple témoin. Personne ne lui demanda le rôle qu'elle avait joué dans ces retrouvailles des diamants.

À la une des journaux, les gueules sombres des bandits voleurs de diamants s'étalaient. Le témoin qui venait de passer à la barre avait des cheveux bruns, mais son visage était resté dans l'ombre. Cette femme dont personne ne connaissait la véritable identité avait aidé la justice anglaise, et la cour n'avait pas cherché à l'inculper pour quelque motif que ce soit. Une porte dérobée l'avait menée hors du palais de justice où un type aux tempes argentées l'attendait. La voiture qui avait démarré en trombe n'avait pas suscité le moindre intérêt aux yeux des journalistes trop occupés à relater l'issue du procès.

Les assurances des diamantaires avaient donné une bonne prime pour l'informatrice qui avait aidé à résoudre cette histoire. Mais là-bas, en France, près de Paris, une femme et une gamine de vingt balais redonnaient le sourire à Pierre. Et puis cette Annette offrait à une vieille Yvonne fatiguée un peu de joie de vivre autant que de repos. Son gamin, éternellement jeune à ses yeux, parlait à nouveau d'avenir. Quant à la petite Marinette… une toile de sa composition trônait dans le salon de la grand-mère.

Les deux amoureux s'embrassaient chaque soir avant d'aller se coucher sous les yeux de la femme représentée sur le tableau. Une femme ressemblant étrangement à une Annette, disparue depuis longtemps, mais qui gardait des quinquets en perles de nuit… Les gémissements nocturnes sonnaient le retour à une vie plus normale pour les deux amants, et les soirs d'orage, une enfant de vingt ans venait se blottir entre les deux amoureux, serrant dans ses doigts une main de chacun d'entre eux.

Un matin cependant, Annette, blanche comme un linge, courut vers les toilettes ; c'était juste après le café du petit déjeuner. Pierre, affolé, la crut un instant malade, et Marinette, en posant sa main sur l'épaule de son père, lui parla au creux de l'oreille. Au retour de la brune à la table, Yvonne, son fils et sa petite fille scrutaient tous avec insistance la femme qui ne saisissait pas vraiment ce subit regain d'intérêt.

— Je suis désolée… je ne sais pas ce qui m'a pris. Et vous avez de drôles de mines, tous autant que vous êtes !
— Non, non, mais… ça fait longtemps que tu es malade comme ça ?
— C'est juste quelque chose qui ne passe pas.
— Tu crois ? Tu es sûre que ça va aller maintenant ?
— Asseyez-vous, Annette. Vous voulez un autre café ?
— Non ; je suis toujours un peu barbouillée.

La jeune fille était repartie dans son coin favori, et un bout de langue rose coincé entre ses lèvres semblait narguer la copine de son père.

— Attendez, là ! Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Vous allez m'expliquer à la fin ?
— Viens voir, ma chérie. Allons, viens vers notre Marinette et tu vas de suite comprendre.
— J'avoue que vous me faites peur tous les trois…

Ils ne parlaient plus. Alors Yvonne et Pierre, la prenant par les poignets, l'amenèrent en douceur vers la gamine et ce qu'elle faisait. Le regard plein de malice de la jeune fille posé sur elle surprit Annette. De guerre lasse, elle laissa traîner ses yeux sur le travail juste terminé de la petite. Et là, elle crut défaillir : sur la toile adossée au chevalet, une femme debout, aux traits similaires à la brune, souriait à un homme qui ressemblait à s'y méprendre à Pierre. Mais ce qui frappa le plus l'amoureuse, c'était sans nul doute le petit ventre arrondi de la dame souriante.

— Tu sais, Annette, que Marinette devine tout ; cela n'était pas prévu, mais c'est si beau…
— Que… quoi ? Je ne vois pas vraiment.
— Allons, ma belle… Je crois que vous êtes prête à donner une petite sœur ou un petit frère à ma petite-fille.
— Vous croyez que… Vous pensez que mes nausées matinales… Non ! Oh, Marinette, je suis heureuse pour nous tous !

Pierre et sa fille entouraient de leurs bras le corps de cette Annette qui faisait maintenant partie de la famille. Tout le monde était heureux. Les cœurs battaient tous à l'unisson dans une sorte de grand cri muet ; un tapage magnifique pour une menteuse d'exception… sur la voie de la rédemption.