Un rêve, ou une erreur ?

Depuis quelques jours le jeune homme était sombre. Son sourire avait disparu de son visage. Adèle ne comprenait pas pourquoi. Elle avait tenté de le faire parler, mais son fils avait hérité de son père Gilbert ce caractère plutôt renfermé qui avait mené le couple à la faillite. Tout au long de leur union elle avait essayé de le faire s'ouvrir, sans jamais y parvenir. Alors un jour, de guerre lasse, elle avait baissé les bras. Puis en découvrant une maîtresse à son mari, Adèle avait fait ses valises, embarqué son petit Jean, et les deux s'étaient installés dans un appartement de la cité HLM proche.

Le petit avait grandi. Sa mère et son père séparés, puis divorcés, n'avaient pas gardé de contact. Et la belle-mère de Jean ne voulant pas recevoir ce mouflet encombrant, le garçon ne voyait son père que très rarement. Comme toujours dans ce genre d'histoire entre les grandes personnes, les gosses faisaient bien souvent les frais de l'opération. Mais s'il s'était remis de la séparation, sa mère ne pouvait que constater les ressemblances entre le fils et le père ; et celles-ci n'étaient pas que physiques : elles se retrouvaient aussi dans les allures, dans le comportement de Jean. Plus il avançait en âge, plus ses traits lui donnaient à penser que son fils ressemblait à son mari en plus jeune.

Elle n'avait jamais refait sa vie, et si comme toutes les femmes normalement constituées elle avait eu quelques amants, jamais le garçon n'en avait rien su. Adèle, tout en travaillant le jour, s'occupait de lui et il poursuivait de bonnes études.

Son père avait, dès le divorce signé, vendu la maison. Et il crachait au bassinet chaque mois une somme plutôt rondelette qu'Adèle déposait sur un compte ouvert au nom de son petit. Compte dont depuis sa majorité il était libre de disposer comme bon lui semblait. Avec le petit pactole reçu lors de la vente de la demeure du couple, sa mère avait acheté un petit pavillon, et le cocon familial s'était reconstruit dans un quartier calme de la ville.

Adèle, à quarante-deux ans, avait donc un fils de vingt ans. Garçon aimant, il rentrait chaque fin de semaine chez elle ; les autres jours ouvrés, il les passait dans un appartement pris en colocation avec deux autres jeunes de son âge. Adèle n'avait mis les pieds qu'une seule fois chez son fils, pour son installation. Elle avait croisé à cette unique occasion deux garçons polis, réservés, qui s'étaient montrés très discrets.

Depuis que son petit faisait bande à part – ses études de droit l'obligeant – elle avait tenté de retrouver un compagnon pour quelques sorties plus ou moins régulières, mais elle s'était vite aperçu que les hommes, sur ce plan plutôt intime, avaient des goûts qu'elle ne partageait pas vraiment. Et puis coucher dès la première rencontre n'était pas son truc ; alors aucun d'entre eux n'avait insisté, et elle avait fini par abandonner.

Elle n'était pas non plus dans les canons de la beauté actuelle, qui n'offrent aux yeux que des femmes squelettiques ou obèses. Non, Adèle était belle, de cette beauté aux formes pleines sans être grosses, qui attirent encore les regards concupiscents des messieurs d'un certain âge, pour ne pas dire d'un âge certain. Mais elle se fichait de ces yeux qui venaient s'ancrer souvent sur une chute de reins aux fesses rebondies sans même s'attarder sur un visage pourtant bien joli. Sa chevelure d'un brun tirant sur le roux n'intéressait guère les dragueurs impénitents qui collaient leurs regards libidineux sur son cul attrayant, mais qu'elle ne voulait pas facilement prêter.

Alors, pour la frimousse sombre de son gamin, pour anormale qu'elle lui parût, elle n'avait aucune explication. Ce n'était pas faute d'avoir tenté le dialogue. Jean se taisait et elle ne voulait en rien le fâcher. Donc pas d'autre solution que d'attendre que ce soit lui qui se confesse, mais ça risquait de ne jamais se faire. Et s'il était comme son père… c'était plus que certain qu'elle n'obtiendrait jamais de réponses à ses questionnements. Et pourtant, cette image la minait pour de bon. Savoir que son fils avait peut-être des soucis… quelle mère ne se serait pas fait des cheveux ?


L'abondance de neige de ce mois de janvier ne permettait pas de longs déplacements, et Jean ne rentrerait pas par le train. Mais sa mère lui avait téléphoné qu'elle se rendrait par l'express régional à Nancy et qu'ils pourraient se voir s'il le désirait. Il s'inquiéta de savoir auprès de ses deux colocataires si elle pouvait venir lui rendre visite à l'appartement ; Léo et Guy n'ayant rien contre, le garçon la rappela et lui demanda si par commodité elle voulait venir du vendredi soir au lundi matin : ainsi, ils pourraient passer un peu plus de temps ensemble. Bien entendu, Adèle accepta de suite. Et vers dix-huit heures elle débarqua d'un train en provenance d'Épinal.

Les rues étaient blanchies par une épaisse couche de neige ; le fils et sa mère prirent un bus qui les emmena de la gare à la cité où il vivait. Comme les deux amis avec qui il partageait le quatre-pièces-cuisine étaient sortis, ils purent ainsi discuter sans trop se formaliser. Adèle prépara le repas du soir et ils dînèrent tous les deux d'une quiche lorraine et d'une terrine qu'elle avait amenée de leurs Vosges.
Puis après le film, alors que Jean se couchait dans sa chambre et qu'Adèle prenait le canapé :

— Maman, prends donc ma chambre, tu y seras mieux !
— Mais non ; je ne suis pas là pour te déranger : garde tes habitudes. Tes copains ne rentrent pas cette nuit ?
— Je n'en sais rien, ils ne m'ont rien dit. Tu sais, on est libre, ici…
— Oui, oui. Ce n'est pas ce que je voulais…
— Tu es certaine de ne pas vouloir le grand lit de la chambre ?
— Mais oui, ne t'inquiète pas pour moi ; c'est déjà bien gentil de me recevoir. J'ai amené un cadeau pour remercier tes amis…
— Tu es folle, ils n'ont – enfin, nous n'avons – besoin de rien, tu sais. Nous nous débrouillons très bien toute l'année.
— Mais oui. Mais tu me connais…
— Trop bien ma petite maman… alors bonne nuit ! Je suis crevé, et une bonne nuit de sommeil me fera du bien.
— Bonne nuit, mon chéri. Moi aussi je suis lasse ; le train… et puis demain je vais courir les magasins. Un petit tour à la salle de bain, et puis dodo !

Jean avait fait un bisou à sa mère et celle-ci avait vu son fils fermer la porte de sa chambre. Alors elle avait tiré le canapé, fait le lit et puis était allée se rafraîchir à la salle de bain. Enfin, vêtue d'une nuisette – sans rien sous celle-ci – elle s'était alitée. Le sommeil l'avait presque de suite enveloppée de ses longs bras sombres. Finalement, le matelas pourtant léger du canapé n'était pas si mauvais pour son dos.

Elle dormait profondément lorsqu'un bruit la tira de son sommeil.

Pas de lumière dans l'appartement des jeunes gens, mais elle supposa que Jean s'était relevé pour aller aux toilettes. Du reste, le bruit caractéristique d'une chute d'eau bien masculine lui prouva la justesse de son raisonnement. Alors elle se tourna de l'autre côté et tenta de se rendormir. Le bruit de la chasse d'eau lui indiqua que son garçon avait fini sa miction. Elle se trouva pourtant surprise que celui-ci s'assoie sur le bord de son lit en pleine nuit. Restant recroquevillée, en chien de fusil, elle sentit que Jean s'allongeait.

C'était bien la première fois que son fils s'installait comme cela sur la couche de sa mère, mais il n'était que sur les draps, pas dedans. Alors, pourquoi s'inquiéter ? Dans le noir complet, elle se remit sur le dos et tenta une énième fois de lui parler :

— Ça va, Jean ? Tu as quelque chose à me dire ?
— …

Sur la place vacante, le garçon ne disait rien. Seule sa respiration saccadée montrait qu'il ne dormait pas. Alors elle insista encore un peu :

— Tu as des ennuis, Jean ? C'est avec tes amis que… ou alors une fille ? Tu sais bien que tu peux me parler.
— Hummm…

Son gamin avait bougonné, mais elle n'avait rien compris. Il était étendu de tout son long maintenant, et en lui prenant la main dans une obscurité totale, elle sentit qu'il n'avait pas très chaud. La main maternelle remonta vers l'épaule puis elle effleura le torse.

— Mais tu n'as rien sur le dos, Jean ! Tu vas prendre froid. Couvre-toi, bon sang !

Son fils n'avait rien dit, alors elle s'était juste poussée pour lui laisser un peu de place.

— Mets-toi au moins dans les draps ; il fait bon dans cet appartement, mais tout de même…

Alors il s'était simplement redressé et avait glissé son corps près de sa mère. Celle-ci, ayant repris sa main, elle la garda pour se rendormir, comme elle le faisait quand il était petit. Au bout de longues minutes, sentant que le sommeil l'envahissait de nouveau, elle lâcha cette patte pour se tourner dans sa position favorite pour se rendormir. Elle avait longuement pensé à son Jean qui avait besoin de revenir aux sources. Son fils si gentil qui avait ressenti le besoin de se rapprocher d'elle. Il devait souffrir beaucoup pour rechercher des gestes de son enfance.

Elle ne trouva rien à redire quand il vint se coller contre elle et que la respiration de son petit se calma alors qu'il était calé contre son dos. Elle coula d'un coup dans cette vertigineuse descente due à l'endormissement, et ses rêves étaient des plus doux. Sans qu'elle sache pourquoi, elle se trouvait bien dans son monde de la nuit avec ce petit homme qui ressemblait tant à son ex-mari. Celui avec qui elle avait connu malgré tout tant de merveilleux moments. Et pourquoi se trouvait-elle si pleine d'une tendresse qui débordait, dans ce songe étrange ?

À quel moment l'envie de faire l'amour était-elle survenue ? Aucune idée ! Pas la moindre trace non plus de réveil. Elle se sentait bien – trop, peut-être – et la chaleur de cet homme qui dormait contre elle lui donnait de l'électricité partout dans son corps. Un bien beau rêve qui lui donnait chaud. Son Jean, si semblable à son père, qui se tenait la poitrine contre son dos. Et dans son brouillard, la confusion des sens lui fit mettre sa main entre ses cuisses. Elle n'était pas sortie de son sommeil, juste flottant comme dans un coma bizarre.

Elle lui parla mais il ne répondit pas. Elle se caressa un long moment en gesticulant dans tous les sens. Le garçon n'étant pas de bois, elle se rendit soudain compte qu'il bandait. La nuit restait aussi totale, complète. Dans ce noir absolu, elle tendit la main comme pour repousser ce corps qui la collait. Mais lorsque sa main qui, en théorie, devait faire reculer le dormeur atteignit un endroit habituellement moins… dur, Adèle ne se rendit pas compte de la différence entre le papa et le fiston.


Guy s'était pris la tête avec sa petite amie Josiane qui l'avait largué là au milieu de la discothèque. Bon, il fallait quand même avouer qu'il l'avait bien cherché : il avait un peu trop picolé, et comme la plupart des mecs qui boivent trop il était devenu chiant. Ses mains baladeuses sur la piste de danse, elle n'avait que moyennement apprécié. Mais là où le vase avait débordé, ce fut lorsqu'il lui avait remonté la jupe, sans raison ; enfin, si… mais pas une bonne, en plein centre du parquet. Tout le monde avait pu apprécier les fesses archi nues de la belle brune. Vexée que cet idiot ait prouvé à tous qu'elle se baladait sans culotte, elle lui avait collé une gifle et s'était éclipsée.

Rouge de honte, elle avait traversé toute la salle sous les quolibets des étudiants qui fréquentaient tous le « Chat Noir ». Lui n'avait pas vraiment compris, et son seul refuge s'était trouvé être le bar. Et comme de toute façon il renterait à pied… sa consommation d'alcool ne s'en trouva pas diminuée. Un verre chassant l'autre, il oublia rapidement que lui et Léo avaient promis à Jean de ne pas rentrer cette nuit : la mère de leur pote dormait à l'appartement. Vers deux heures du matin, il reprit donc le chemin de leur rue.

Tout pionçait dans ce lieu si calme. Quiétude qu'il avait cependant un peu troublée en cherchant ses clés pour ouvrir la porte. Puis, toujours sans se souvenir de la présence de l'invitée, il vint en titubant jusqu'au salon. Là, dans le noir, il se défringua avant d'aller pisser puis, revenant péniblement, il s'allongea sur le divan ouvert. Léo et Jean avaient dû regarder la téloche et oublier de refermer le clic-clac. Une chance, finalement. Tout tournait dans sa caboche ; les vapeurs d'alcool seraient longues à se dissiper, et son esprit embrouillé avait une nette tendance à tout emmêler. La voix de sa copine ne le surprenait pas vraiment ; finalement, elle avait quand même décidé de venir à l'appart…

Il se coucha sur les couvrantes ; elle devait être en rogne. Alors quand elle lui lança dans le noir une phrase l'invitant à la rejoindre dans les draps – et bien que la voix lui parvienne de très loin – il ne se fit pas prier. Les mots résonnaient dans cette caboche qui lui faisait mal :

— Mets-toi au moins dans les draps ; il fait bon dans cet appartement, mais tout de même…

Elle lui avait marmonné d'autres phrases auparavant, mais il n'en avait rien saisi. Seul le vocable « drap » avait trouvé le chemin du cerveau alcoolisé du jeune homme, et tout bêtement il était venu se frotter au dos de sa chérie par pur réflexe, se sentant coupable d'il ne se souvenait plus quoi. La peau douce contre laquelle il se frottait n'éveillait pourtant aucune idée lubrique chez Guy. Non, tout simplement il était bien, et c'était cela l'essentiel. Il s'était alors endormi d'un sommeil de plomb.

À quel moment les mouvements désordonnés de Josiane avaient-ils ramené à la vie notre gaillard ? Il n'en avait aucun souvenir, et puis à vrai dire, son esprit était toujours quelque peu enfumé. Mais les gestes et les petits gloussements de sa dulcinée ne pouvaient que l'amener cette fois à une érection incontrôlée. Puis lorsque la fille qui partageait le divan avec lui avait saisi son manche, pourquoi aurait-il fait la fine bouche, trop content que Josiane passât l'éponge après la connerie dont un vague souvenir se faisait jour dans sa brume ?

Dans la nuit qui régnait sur la ville, sur l'immeuble et sur l'appartement, Guy se laissait faire béatement. Et Josiane, pour une fois que c'était elle qui prenait des initiatives, avait un coup de poignet plutôt habile. Les gémissements qui se firent entendre avaient changé de gorge. La main montait et descendait sur la queue bien raide avec une cadence qui lui tirait des plaintes de bonheur. Elle savait finalement si bien le chauffer… pourquoi ne le faisait-elle d'ordinaire que si peu ?


Gilbert bramait sous la branlette qu'elle lui imposait. C'était trop bien ! Ça faisait combien de temps qu'elle ne l'avait pas branlé ? Il avait toujours une aussi belle queue. Et, mon Dieu, comme elle en avait envie ! Pourquoi se priverait-elle de cette bite bien dure qui lui faisait défaut ? Elle le tenait, et l'autre petite salope qui essayait de lui piquer son mari ne saurait jamais faire aussi bien. L'esprit endormi de la femme presque rousse naviguait aux portes de la réalité et du paradis. Son poignet faisait jouer la peau, décalottant le gland à chaque descente pour mieux le recouvrir la seconde suivante.

Puis, dans son rêve érotique – pornographique même – elle se surprit à vouloir en retrouver la texture sous la langue. Quoi de plus facile que de se courber pour approcher la coupe des lèvres ? Aussitôt pensé, aussi vite réalisé. Les rêves offrent ceci de bon : il n'est nul besoin de s'embarrasser de préambules ; il suffit d'y penser pour que l'action soit réalisée. Sa bouche engloutit l'instant d'après ce chibre si bien branlé. Et quel délice que cette glace d'un parfum si peu usité ! Elle en avait envie et, ma foi, elle savait toujours comment faire.

La bouche venait de se refermer sur la tige qui n'en finissait plus de se tendre. Gilbert avait aussi des soubresauts du bassin, espérant la faire entrer plus avant dans cette cave bouillante. Mais elle savait se reculer suffisamment pour que quelques centimètres seulement pénètrent dans la cavité salivante. Et son homme se cramponnait des deux mains à sa caboche. Mais comme son rêve devenait vivant… Comme elle aussi maintenant mouillait… Son entrecuisse dégoulinait littéralement à ces pensées salaces.

Comment un songe pouvait-il être aussi illusoire et avoir cependant des relents de réalité ? D'une main elle tenait la hampe, la retenant pour qu'elle n'entrât pas trop au fond de sa gorge, alors que de l'autre elle pressait sur les deux petites boules dans leur sac de velours velu. Et elle se frottait les cuisses l'une contre l'autre pour faire s'entrebâiller cette chatte à qui elle donnait un peu de mouvement.

Elle aurait aimé que Gilbert prenne lui aussi quelques initiatives, ne serait-ce que pour la caresser et la délivrer de la pression grandissante qui bouillonnait à cet endroit, mais il se contentait de suivre le mouvement des lippes qui gobaient de plus en plus profondément ce dard, plongeant en cadence. Il tenait la tête qui bougeait avec une régularité de métronome et les mains qui continuaient à lui procurer une sorte de bonheur auquel Josiane ne l'avait pas habitué. Les dernières vapeurs d'alcool s'évanouissaient également alors que montait dans la verge cette liqueur qu'il n'avait aucune conscience de vouloir retenir. Avec ces deux pattes qui lui maintenaient la caboche, Adèle se dit soudain que son rêve était par trop réaliste.

Guy lui lâcha une première rasade de sperme qu'elle ne put contenir tout entière. Et cette fois elle s'avisa que ce n'était pas du virtuel, mais bien l'exacte vérité. Elle voulut lâcher la trique débordante de vitalité, mais les dix doigts refermés sur son crâne ne lui permettaient pas de reculer. Une seconde giclée un peu moins abondante lui arrivait déjà sur la glotte, alors elle ne put que déglutir pour ne pas s'étrangler.

Confusément, elle se prit à penser qu'elle venait de faire la plus grosse connerie de sa vie. Baiser avec son fils… cette éventualité toute crue lui tourna les sens, et l'autre qui lui limait toujours le bec s'inquiéta d'un coup de cette ruade de sa partenaire. Il retira prestement l'épée de chair du gosier alors que la main de sa complice appuyait sur le bouton de la lumière. La première évidence lui apparut dans la clarté nouvelle donnée par la lampe qu'elle venait de mettre en route. Une seconde, elle parut incrédule devant ce visage qu'elle n'identifiait pas. Mais Guy non plus ne comprenait pas vraiment.

La méprise totale. Ce n'était pas Jean ni même Gilbert qu'elle venait de vraiment sucer, et le garçon non plus ne trouvait pas dans la femme qui venait de l'éponger le visage de sa Josiane. Tous deux eurent l'air bête chacun devant l'autre. Inconnue au bataillon, cette bouille de garçon, mais Adèle en fut soulagée. Quant au jeune homme, il n'arrivait toujours pas à mettre un nom sur ce corps nu, sur cette frimousse assez âgée.

— Mais… mais qui êtes-vous ?
— Et vous ? Qu'est-ce que vous faites dans mon lit ?
— Votre lit ? Mais c'est notre divan, ça… Comment avez-vous atterri là ?

Guy tenta d'expliquer durant cinq minutes à cette Adèle qu'il était locataire ici, et dans l'esprit de la femme presque rousse l'image d'un des deux amis de son fils se fit plus nette. Pour ne pas réveiller Jean et que celui-ci ne débarque pas, elle mit un doigt en travers de ses lèvres.

— Chut ! Jean dort dans sa chambre.
— Ah… vous êtes sa mère ? Mon Dieu, j'avais trop bu ! Vous n'allez pas me faire des ennuis, au moins…
— Bon sang, taisez-vous ! Bien sûr que non, je ne vais rien faire : je rêvais, et vous ne m'avez pas forcée.
— Je… Non, je vous ai prise pour ma petite amie. J'avais trop bu…
— Bon, personne ne doit savoir.
— Je dois vous dire que c'était très…
— Chut ! Allez vous coucher.
— Vous n'avez pas envie de…
— De quoi ?
— D'aller un peu plus loin ? Personne ne m'a jamais donné autant que ce que vous m'avez donné.
— Vous allez finir par réveiller Jean ; vous avez envie de le voir s'énerver ?
— Non ! Non, pardon, je… je suis un idiot. Mais si vous voulez… ma chambre est au bout du couloir.
— Allez, disparaissez. Laissez-moi dormir.

Adèle avait regardé ce jeune homme qui, d'un air idiot, avait ramassé sans un mot ses affaires et toujours entièrement nu s'était dirigé vers le fond du couloir. Quelque part, elle sentait au bas de son ventre cet appel de la chair, puis elle se replia dans une position fœtale pour tenter de se rendormir. Mais son esprit vagabondait sur ce jonc qu'elle avait pris en bouche, et elle regrettait presque de ne pas l'avoir gardé encore un peu, juste un minimum, pour le sentir en elle. Difficile de retrouver le sommeil dans de telles conditions…