Grands moments de solitude
Charline11/09/2026Folie passagère
Qu'est-ce qui pousse les uns et les autres à lâcher prise ? Difficile à dire ! Mais savourer le plaisir de faire un écart dans une vie bien rangée… peut-être…
Si d'après un dicton bien connu la nuit porte conseil, celle de la brune se fractionne en morceaux de rêves où des lanières de cuir viennent se frotter à la peau délicate de son épiderme. Surtout dans des endroits si indécents à décrire qu'à diverses reprises des éveils passagers ne facilitent guère la remise en forme. Le petit jour, renaissant des cendres de la veille, stoppe enfin les mini-cauchemars. Angèle met un temps infini à décider de la marche à suivre : se rendre ou pas chez le vieux Parisien expatrié ? Et lorsqu'enfin elle prend fait et cause pour une troisième tentative chez lui, c'est sur sa tenue vestimentaire qu'achoppent ses tergiversations.
Finalement, les paroles du bonhomme qui lui remontent en boucle dans le crâne sont pour beaucoup dans une décision de choisir une jupe qui dénude largement les genoux ; et le chemisier qui masque sa poitrine est à l'avenant, presque trop serré pour contenir le mini-paradis qu'elle arbore en temps ordinaire. Sait-elle seulement pourquoi elle opte également pour une liberté totale de ces seins qui en tendent le tissu ? Pas vraiment, mais elle se sent bizarrement excitée par une situation que le voisin a su rendre glauque.
Un instant, une pensée de ne rien porter sous sa jupe lui effleure l'esprit ; elle y renonce avec une sorte de regret, se disant que c'est tout de même moins vicieux de garder une culotte. Elle sourit béatement à une image qui se force un passage dans son crâne : celle d'un étrange plaisir, celui de savoir qu'elle serait presque contente de se la voir retirer… ou mieux, que Vassilius lui impose de l'enlever, pour la seconde d'après se traiter de folle, de cinglée ; pire, de salope. Et c'est bien ce qui la met en joie ! Et avec ces salaces obsessions, un trouble inconnu lui fait humidifier le fameux triangle de coton. Reste qu'après un en-cas pris sur le pouce, elle ne sait plus trop si elle doit se rendre chez Justine.
Qui dit « chez Justine » dit, bien entendu, chez le nouveau propriétaire de la maison. Et plus l'heure du rendez-vous approche, moins le courage de s'y rendre est violent. Si elle tergiverse trop, elle risque d'être à la ramasse, et il n'y aurait rien de pire que de se montrer affectée par une arrivée en retard, surtout si elle est habillée en… cochonne. Et c'est donc par le même sentier des écoliers qu'elle coupe à travers la campagne pour rejoindre le gars. Y étant arrivée, elle n'a pas le loisir de sonner : un petit mot affiché sur le panneau de chêne l'exhorte à entrer sans le faire :
Chère Angèle,
Si vous avez lu ce mot et si vous entrez, c'est que vous avez accepté les termes de ce qui suit.
- Entrez et allez directement au salon, en marquant une halte dans la cuisine.
- Avant de passer dans la pièce où je vous rejoindrai, débarrassez-vous de vos vêtements (j'ai placé dans la cuisine une corbeille pour vos affaires).
- Dans cette corbeille, un bandeau s'y trouve ; vous le garderez dans la main.
- Vous prendrez place sur le fauteuil que vous occupiez hier, passerez le bandeau et attendrez ma venue, les jambes décollées l'une de l'autre.
Au cas où vous ne seriez pas d'accord, vous trouverez une enveloppe sur le rebord de la fenêtre de la cuisine : votre salaire pour le mois en cours.
Vassilius Moreau
Comment ne pas avoir un mouvement de recul devant un tel poulet ? Face à la porte, la brune sent ses cannes se dérober sous elle et doit faire un bel effort pour se maintenir debout. Les premiers instants passés, elle danse d'un pied sur l'autre. Partir ou entrer ? Mais si elle franchit le pas de cette lourde porte, que va-t-il lui arriver ? Un sacré chambardement se déroule dans sa caboche. Que faire ? Oser, ou pas ? Cruel dilemme qui la paralyse sans qu'elle ne puisse choisir… Sa résistance s'effondre tout à coup, et c'est avec un long soupir que de sa petite main elle actionne la clenche.
Il est trop tard pour faire machine arrière. Elle vient de pénétrer dans la cuisine, et là, un large panier en osier lui fait un clin d'œil. D'abord elle saisit la longe de feutre noir sur laquelle deux renflements indiquent la position des quinquets. Elle triture ce morceau d'étoffe puis sa main libre se déplace vers les boutons de son chemisier. Un autre soupir se fait entendre dès qu'elle attaque le déboutonnage qui libère petit à petit ses seins. Elle tremble vraiment, ce qui rend la manœuvre plus ardue.
Intérieurement elle se traite de folle, de dépravée, mais elle doit admettre aussi que son corps répond très bizarrement à cet incroyable strip-tease. Une moiteur inaccoutumée sous les aisselles – et même bien plus bas… – alors qu'elle laisse glisser sa culotte sur ses quilles. Il y a bien longtemps qu'elle n'a pas connu de telles sensations, en gerbe depuis tant de temps. Et cette fois la voilà nue chez un presque inconnu qui lui a intimé l'ordre de tout enlever. Pourquoi a-t-elle, malgré la sensation qu'il s'agit d'une grosse connerie, l'intuition que si elle parvient à surmonter sa peur, ça va être une fête ?
Les pieds en contact avec le froid carrelage, elle se dirige rapidement vers le salon et son fauteuil salvateur. Là, le tapis lui assure un minimum de protection. Elle se positionne sur le siège qu'elle occupait, habillée, la veille. Dans sa paume, roulée en boule, la langue d'étoffe sombre. Elle hésite encore un quart de seconde, chouffe partout pour voir si elle est surveillée, et lentement déplie sur ses yeux ce qui va la rendre aveugle. Les deux proéminences de la bande se logent sur les paupières qu'instinctivement elle ferme. Sur sa nuque, ses mains lient les deux brins du bandeau qu'elle serre juste assez pour qu'aucune lumière ne traverse le chiffon.
Immobile, le dos poussé au maximum contre le fond du siège, il lui revient en mémoire la dernière recommandation de Vassilius : ne pas garder ses jambes serrées l'une contre l'autre. C'est donc avec le cœur qui bat la chamade et un souffle plutôt court qu'elle écarte son pied droit du gauche, ce qui a pour effet de créer une sorte de couloir entre ses deux guibolles. Elle imagine bien que le type, s'il s'assied sur le sofa, va avoir une superbe vue sur sa chatte, ou du moins sa toison pubienne, mais elle reste dans cette position alors que des bruits dont elle ne connaît pas la provenance retentissent dans la pièce.
L'occupant de la maison doit être tout proche d'elle. Angèle suppute même que le léger déplacement d'air qu'elle surprend sur sa gauche est dû au passage de Moreau ; enfin, elle veut croire que c'est bien de lui qu'il s'agit. Elle se crispe encore un peu plus. Pas un mot, juste ce silence usant qui enveloppe pourtant des sons indéfinissables. Que peut-il bien ficher ? Pourquoi ne la rassure-t-il pas d'une parole, voire d'une caresse ? C'est quasiment insupportable ! Tous les muscles de la brune sont tendus, en totale alerte, mais il ne se passe rien, si ce n'est ce glissement feutré qui se précise du côté du divan.
Un long frémissement parcourt soudain le corps de la brune. Quelque chose a frôlé ses pieds, rapide, doux, mais impossible de déterminer ce que c'est. Par réflexe, ses bras bougent un peu, ce qui provoque enfin une réaction chez le mateur qui squatte le canapé.
— Non ! S'il vous plaît… Ce n'est que ma Lisette, ma chatte qui se frotte à vos pieds. Ne bougez pas, je vous en prie. Laissez-moi admirer la beauté de votre corps.
— …
— Vous avez un grain de peau sublime. Un régal pour les yeux… Que pensez-vous du fait d'être vue mais de ne rien deviner de qui vous observe ? Vous avez ma parole qu'il ne vous sera rien fait que vous ne vouliez. Et puis si par hasard vous n'aimiez pas mes câlins… dites-moi simplement d'arrêter : je ne suis pas là pour vous forcer à faire ce que vous n'approuvez pas. D'accord ?
— …
— J'ai besoin que vous le disiez haut et fort. Pas d'ambiguïté ! Vous êtes majeure et vous savez ce que vous faites, n'est-ce pas ?
— …
— Répondez simplement, s'il vous plaît !
— Ou… oui. Je sais.
— Avez-vous quelque chose contre les massages ?
— Les massages ?
— Ben oui, vous savez, les caresses avec les mains, des frictions sur certaines parties du corps. Ça vous déplairait que je vous masse ?
— … Je… franchement, je ne sais pas.
— Vous voulez que nous tentions le coup ?
— Je ne suis pas très rassurée ; ça se sent, non ? Ma peur a une odeur très spécifique.
— Mais non ! De plus, vous êtes très belle… et puis vous avez ma parole ; mais c'est à vous de décider. Nous continuons, ou vous n'êtes pas d'accord pour un galop d'essai ?
— Vous, saurez-vous arrêter si je vous le demande ?
— Ma parole ne vous suffit pas ? C'est mal me juger, Angèle !
— Je ne vous connais que bien peu…
— Oui, mais je ne suis pas un prédateur non plus. Vous avez votre libre-arbitre, et rien ne vous a obligée à suivre les recommandations écrites sur le bristol de la porte. Et puis avez-vous seulement regardé dans l'enveloppe qui est sur la fenêtre ? Celle de votre salaire ?
— Non pour l'enveloppe, et oui, je suis là de mon plein gré et en toute connaissance de cause.
— Ma question reste en suspens : aimeriez-vous être massée ?
— Pourquoi pas ?
— Parfait ! Je vais donc vous prendre la main et vous guider vers une table spécialement conçue pour ce genre d'exercice. Ça vous convient, Angèle ?
— … Ou… oui…
— Bien !
Le bruit du corps qui déleste le sofa de son poids, la femme assise le perçoit distinctement. Et la main qui vient serrer ses doigts l'accompagne dans sa remise sur ses pieds. Lentement, sans rien voir de ce qui l'entoure, il lui semble qu'elle quitte avec Vassilius le confort douillet du salon, mais pas pour un long voyage, non : quelques pas, puis la voix mâle pénètre de nouveau ses oreilles :
— Devant vous, il y a une table pas très large. Je vais poser votre main sur le milieu de celle-ci et vous aider à vous y étendre sur le ventre.
— …
Sous la paume gauche d'Angèle, la douceur d'une sorte de matière agréable au toucher. Alors elle s'assoit en premier lieu sur le rebord de cet étal, puis elle se met à plat ventre. Sous son visage, comme un trou, toujours invisible puisque ses yeux sont encore obturés par le bandeau. Vassilius lui place une serviette roulée sur le bas du dos. Puis c'est entre ses omoplates qu'un liquide presque froid coule durant quelques secondes, et d'un coup, la chaleur des pattes masculines qui vont et viennent, étendant sur la peau le liquide qu'elle juge gras. Alors l'esprit de la quadragénaire vagabonde. Depuis quand une personne s'est-elle ainsi permis de lui triturer la peau ? À quand remonte sa dernière relation sexuelle ?
Elle tente de faire le point dans une cervelle bien embrouillée par des images de plus en plus perverses. La dernière fois ? Avec le directeur de la boîte où elle était employée. Une sorte de dernière chance pour sauver son boulot. Pour quel résultat ? Une partie de jambes en l'air dans le local de la photocopieuse, un coup de chaud sans envergure, sans saveur, qui n'avait pas changé le cours des choses : lourdée sans ménagement, comme tant d'autres avant elle. Et là, à quelques centaines de mètres de sa maison, dans celle d'une vieille voisine, le nouveau propriétaire de la baraque lui frotte le dos.
Il s'apprête sans doute à aller plus loin dans les câlins sans pour autant qu'Angèle ne se formalise de cette situation étrange. Sur son flanc droit, la présence du type qui joue avec sa peau, mais elle ne fait pas un geste pour mettre un terme à cela : c'est si bien fait qu'elle n'a aucun désir que ça se calme. « Et si d'aventure le gaillard se perdait dans des endroits inutilisés depuis… trop longtemps ? » La brune soupire, et il ne peut l'ignorer. Du reste, il est si peu dupe qu'il le dit haut et fort :
— On dirait que ça te plaît !
Elle ne répond pas, mais note au passage que le « vous » poli est abandonné au profit d'un « tu » nettement moins cérémonieux. Après tout, une petite compensation, un retour vers des pratiques qui lui rappellent qu'elle est encore une femme, et désirable qui plus est.
— Tu aimes ça, on dirait !
— …
— Tu peux parler aussi. Tu veux que je libère tes yeux ?
— Si c'est possible…
— Mais bien entendu que ça l'est : il te suffit de le dire. Je veux seulement te prévenir que je suis… moi aussi, sans rien.
— Nu ? C'est ce que vous voulez me faire savoir ?
— Oui : je suis à poil !
Les paupières restent closes malgré le retrait de ce qui jusque-là lui conférait une sécurité relative. Ne rien voir permet également de ne rien savoir ! Un raisonnement spécial pour un moment non moins spécifique. Les mains viennent de reprendre leur cheminement hasardeux sur le corps offert de la femme allongée. Elles sont câlines, entraînant dans leur sillage une huile odorante qui embaume l'espace. Ouvrir les yeux ou les tenir obstinément fermés ? Un autre va-et-vient entre le monde des rêves et celui plus prosaïque d'une réalité nauséabonde ? En cet instant, c'est dans la tête d'Angèle que se livre une bien curieuse bataille : regarder la réalité en face et se savoir entre les pattes du Parisien, ou se terrer volontairement dans le noir pour ne pas se risquer à une déception possible ? Il lui faut un sacré courage pour enfin laisser filtrer la lumière. Et comme son visage est planté dans le vide qui constitue le haut de la table de massage, la première vue qu'elle a de l'endroit, c'est le sol. Une moquette de laine épaisse. Puis, dans son champ de vision, deux pieds qui se meuvent latéralement le long de son autel. Vassilius œuvre toujours, et pour le coup elle ne regrette pas ce que font les doigts qui la malaxent. Un petit bonheur volé au temps qui s'enfuit.
C'est sur le haut de ses reins que la cotonnade qui lui recouvre les fesses constitue la limite des manipulations du masseur. S'il n'a pas encore franchi la barrière symbolique du drap de bain, c'est qu'il a ses raisons. Lesquelles ? La dame dorlotée n'en sait pas plus.
— Ça va ? Tu te sens bien ? Je ne te fais pas trop souffrir ? Parce que pour que ce soit efficace, il faut que les chairs s'en souviennent.
— … ? Je ne pige pas.
— Laisse ! Je me parle plus à moi-même qu'à toi. Je peux… retirer ce qui entrave mes mouvements ; tu es d'accord ?
— Vous avez déjà tout bien observé, me semble-t-il, dans votre salon…
— Le devant de la scène, oui. Mais là, il s'agit du verso, et c'est plus… enfin, je veux t'entendre dire oui ou non.
— Faites-le : ça vous démange, de toute façon !
— C'est vrai. Et si tu regardes de mon côté, tu peux en vérifier les effets immédiats.
— …
Angèle se garde bien de relever la tête. Elle se trouve bien plus à l'aise de ne visionner que ce rectangle réduit du sol où seuls des orteils et une minuscule partie des jambes sont visibles. Elle se doute que le type ne demeure pas de bois ; et si cette pensée la dérange, son ventre, lui, ne s'aligne pas sur cette idée. Il réagit avec des spasmes perceptibles par l'ensemble de son être. L'homme peut encore les mettre sur le compte de ses manœuvres, mais pour combien de temps ? De plus, une des deux pattes masculines vient de s'aventurer sur le derrière dont les fesses sont désormais à sa portée. Le vrai frisson qui parcourt l'échine de la massée n'est pas dû uniquement à cet attouchement encore sibyllin, et ce n'est que lorsque la seconde paluche vient en renfort de sa sœur qu'un gémissement filtre à travers la gorge de la patiente. Puis c'est une longue litanie de soupirs, dont le chef d'orchestre doit se délecter. Il doit bien sentir qu'il parvient à son but, qu'elle ne pourra bientôt plus retenir une sorte de jouissance diffuse. Et il en profite de plus belle ! Cette fois, les deux demi-lunes sont largement entreprises, triturées par les paumes, par aussi de petits pincements des doigts qui composent une musique bienfaisante. Et la partition livre des notes faites de soupirs entremêlés de silences.
Lentement, pour peut-être faire durer son propre plaisir, Vassilius exagère les mouvements, vient et revient sur certains endroits précis dont lui seul connaît les possibilités. Les sensations qui montent dans le corps de la volontaire prennent un chemin impossible à rebrousser, et l'effleurement passager des muscles circulaires nichés au fond du sillon oblige la brune à bloquer sa respiration durant quelques fractions de seconde. La ronde continue, persiste pour se perdre plus bas, là où finit l'entaille d'un sexe débordant d'une sueur claire. Comment demeurer immobile alors que tout le corps ne demande qu'à exprimer son approbation ?
Quand change-t-il de place ? Elle le sait, le voit grâce aux déplacements des pieds. Il est désormais debout devant elle. Ses mains vont de ses fesses à ses épaules pour stopper leur élan à la base du cou. Pourquoi diable n'a-t-il pas insisté sur le point de départ de ses jambes, dans la fourche où se niche… son triangle intime ? Un supplice, c'est ce qu'il veut lui infliger ? Mais pourquoi la punir puisqu'elle ne refuse rien ? Va-t-il oser la laisser dans une attente horrible ? Pour l'heure ses mains sont sur sa nuque pour mieux s'attaquer à son cuir chevelu. C'est bon… mais sans doute que c'est ce qu'elle espère ; et puis elle veut croire que ça va revenir.
Les paumes s'appliquent désormais sur ses tempes. Elles s'y agrippent pour soulever délicatement l'ensemble de sa caboche. Vassilius maintient d'une seule d'entre elles le menton relevé tandis que de l'autre il glisse un oreiller sous le visage. Elle saisit qu'il vient de combler l'ouverture où elle se pensait à l'abri. Une manière subtile de l'obliger à regarder ce qui se passe ? Angèle n'a pas le temps de trop se poser la question. Un doigt flirte avec ses lèvres.
— Ouvre la bouche.
L'ordre, pas vraiment sec, vient secouer les oreilles de la brune. Surprise, elle desserre bien évidemment les mâchoires, et un index raide s'infiltre dans l'espace ainsi découvert.
— Suce… suce mon doigt, jolie cochonne !
Pour seule réponse, une aspiration des phalanges intrusives. Le bruit de succion est épouvantable dans le silence de la pièce. Puis le visiteur se retire, au profit de quelque chose de tout aussi pressant. Ça y est ! Angèle sent entrer dans son champ de vision un dard bandé qui s'avance vers l'endroit laissé vacant. Aucune panique chez elle. Elle sait, elle est prête, et le sexe raidi par l'envie entre en elle par la bouche. Les paumes ont repris leur place sur les tempes, gardant droite la tête, ce qui guide les poussées rectilignes du bassin de Vassilius. Le mât s'enfonce profondément dans la gorge, repoussant sur le côté une langue prise par surprise.
Une fois, dix, puis il n'est plus question de compter. Chaque aller est suivi d'un retour, mais tous ces mouvements se font avec souplesse, et surtout une lenteur exaspérante. Le gars prend un vrai plaisir à baiser la bouche de la lectrice. Et Angèle se prend au jeu de la souris mangée par le chat. Elle laisse faire, sans renâcler. Il ne lui est guère possible de sucer dans de telles conditions, alors elle se contente de se faire limer gentiment, et la queue qui la saute oralement continue ses passages réguliers, ô combien lascifs ! Et ce qui doit arriver la surprend une fois de plus : un léger soubresaut fait savoir – mais un peu tard – que l'issue n'est pas très loin.
Une première larme gicle et arrache un soupir à Vassilius, puis c'est un écoulement continu qui perdure durant quelques secondes. L'inondation de sa glotte lui provoque des haut-le-cœur. Lui, il n'en tient pas compte – ou bien ne s'en aperçoit-il pas – totalement concentré sur son éjaculation. Lorsqu'il laisse enfin reculer sa verge qui se vide, elle déglutit précipitamment avant de reprendre un peu d'air frais. Le gland stationne dans les parages de ses lèvres, un fil gluant de sécrétions reliant la bouche au méat… Puis doucettement le sexe se dégonfle, perdant de sa superbe. Angèle met de longues minutes à reprendre ses esprits.
Dans un geste presque amoureux, le gaillard dont l'organe est en berne caresse les joues de la brune qui ne tente pas de se remettre debout. Elle semble attendre. Oui, mais quoi ? L'engin qui n'a plus vraiment fière allure ne donne aucun signe de renaissance. D'un coup, Vassilius Moreau se penche sur la femme allongée. Les yeux dans les yeux, leurs visages à quelques centimètres l'un de l'autre, c'est comme une évidence : deux paires de lèvres qui s'approchent, deux bouches qui se cherchent, des salives qui se mêlent, et un vrai mélange de sécrétions enivrent les complices d'un drôle de moment.
Il y a presque de la magie dans cet élan qui réunit cet homme et cette femme. Douceâtre saveur qui chamboule l'âme sensible d'une Angèle prête à tout subir et un Parisien expatrié incapable de redresser la barre. Trop tôt encore pour remettre le couvert, mais ce n'est sans doute que partie remise. Deux mains aussi s'enlacent, le corps féminin se tend vers celui plus noueux du monsieur. Quand s'est-elle assise ? Tout se déroule comme au ralenti. Lui la serre contre sa poitrine, elle ne refuse plus la cage protectrice d'un torse glabre. Nouvel élan labial qui enchevêtre les sentiments de chacun d'eux, puis un filet de voix qui lézarde le silence de la pièce :
— J'ai envie de faire l'amour. Envie de vous sentir en moi.
Pour toute réponse, une main qui lisse la chevelure brune. Impuissance d'un homme qui vient de donner le meilleur de lui-même dans une salve d'honneur, ou simple pause avant de revenir sur le front d'une guerre câline ? Les mots de la quadra ont-ils dépassé le cadre de l'écoute chez cet homme qui la cramponne contre lui ? Enfin une réplique savamment dosée pour faire écho à ses espoirs :
— Viens. Viens, Angèle. Prenons quelques minutes pour souffler, et je te donnerai ce que tu attends. Moi aussi, je veux te prendre, mais pas avec force ou violence. Simplement après de multiples caresses et une infinie tendresse. Je veux de toi tout ce que tu peux offrir, visiter chacune de tes cavernes, Cro-Magnon d'un pur moment sexuel. Oui, viens. Quoi de mieux qu'une vraie couche pour se donner du plaisir ?
— …
Il l'entraîne gentiment, gardant dans sa patte sa menotte moite. Elle est amenée sur un autre autel, celui plus conventionnel d'une chambre agréable. Lentement basculée sur un drap, elle laisse faire le guerrier. Cette fois, à genoux sur le parquet, il enfouit son visage entre deux cuisses largement ouvertes, et sa langue débute là une danse qui cible parfaitement l'entrée de sa chatte. Alors pourquoi ne pas se bercer de ces incroyables et précieux passages sur d'autres lèvres bien ourlées ? Les chairs écartées avec une infinie délicatesse par la bouche qui aspire, lèche, monte et descend le long du sexe béant, tout concourt à la faire frémir.
De nouveau les paupières closes, il lui faut se faire à l'idée que ce type sait s'y prendre, qu'il a une grande expérience avec les femmes. C'est donc après une léchouille endiablée, une véritable délivrance de sentir ce corps mâle prendre position derrière elle. Vassilius colle sa poitrine contre son dos, cherchant de sa main celle de la brune. En la faisant glisser entre les cuisses de la dame, il l'amène à serrer entre ses doigts un engin qui a retrouvé une seconde jeunesse. Il ne reste plus à Angèle qu'à placer la trique dans la bonne trajectoire. Un soupir qui en rejoint un autre, sorti tout droit de la gorge du bonhomme, et le ballet prend vie.
Les choses ensuite deviennent très floues pour celle qui renoue avec un plaisir physique envoûtant. Les coups de reins vont crescendo, et quelques gémissements s'intensifient ou se diluent dans l'espace clos de la chambre à coucher. Il n'est plus temps de tergiverser, plus l'heure non plus de se demander si c'est bien ou mal. Les sensations diverses qui accompagnent cette sexualité revenue emportent Angèle dans un tourbillon de félicité. C'est si bon qu'elle en oublie que ce gars est presque un inconnu. Le temps n'est plus aux pensées, mais seulement aux actes… et celui qui se joue là ne doit pas en être le dernier.
Les graines qui remplissent la mangeoire, l'eau qui coule dans la gamelle et la volaille qui se bouscule pour atteindre sa pitance ne parviennent pas à sortir Angèle de son rêve tout éveillé. Comment en est-elle arrivée là ? Se laisser sauter comme la dernière des dernières… Et le plus incroyable dans cette affaire, c'est bien qu'elle a aimé ça ! Toute la mise en scène autour, surtout. Elle a beau réfléchir, se dire que c'est parce qu'elle était en jachère depuis trop longtemps que son corps l'a trahie, aucune des réponses que son esprit échafaude n'est satisfaisante. Elle retombe inlassablement sur une identique conclusion : elle aime ça !
Oui ! Elle adore ce genre de petit jeu du chat et de la souris. Elle n'est pas amoureuse du bonhomme ? Bien sûr que non ! C'est bien par sa manière de la ramener sur l'échiquier du sexe qu'elle en pince. Lorsqu'elle avait quitté la maison de Vassilius, elle s'était juré qu'elle n'y retournerait plus. Et là, deux heures après cette séance de folie, elle se force déjà pour ne pas y courir de nouveau. Ce n'est pas elle, cette femme qui ne pense plus qu'à se laisser faire encore et encore… Impossible, elle doit se raisonner, arrêter de penser à ce qui est arrivé. Mais bon sang, que c'est difficile !
Ses réflexions n'ont pas vraiment évolué alors qu'elle s'allonge dans son grand lit. Toutes les images d'un après-midi totalement débridé sont en embuscade derrière son crâne. Tout se bouscule en myriades de flashbacks qui, inlassablement, la remettent dans un état second. Et pour la énième fois elle se retourne sur sa couche, cherchant un sommeil qui ne veut pas d'elle. Alors, par pur réflexe – et puis surtout parce qu'elle veut croire que ça va l'aider – elle cède à la tentation de se caresser. Ses mains n'ont pas besoin de boussole pour trouver un « centre » humidifié par des images tout droit sorties de ce que lui a fait Vassilius. Au bout d'un temps dont elle ne mesure plus la longueur, elle coule dans une dimension qui n'est ni éveil ni sommeil. Un corridor entre ces deux mondes peuplés de mots dont la seule prononciation à voix haute la ferait rougir. Parfois, la limite entre la félicité et le cauchemar sont bien ténus…
Un son extérieur curieux, comme si les volets subissaient des coups violents, c'est ce qui fait sursauter Angèle, pas très en forme après sa nuit plutôt mal vécue. Le silence de sa chambre est pourtant toujours entrecoupé par ces sons dont elle ignore la provenance. Se remettre sur ses pieds pour voir ce qui se passe. Un premier pas sur un sol froid… un vrai lever douloureux.
Les deux battants de bois qui s'entrouvrent montrent un temps pourri. Dans la continuité de ceux des jours précédents, ce matin est pire, sans doute. L'eau du ciel s'est transformée en grêle, et ce sont bien de petites billes de glace qui cinglent les murs de la maison dans un boucan terrible. Précipitamment, la brune referme sa fenêtre. Merde ! Les giboulées de mars couvrent la campagne environnante d'une nappe blanche rappelant à la Nature que les cieux ne sont pas toujours cléments. Un petit-déjeuner pris rapidement, le feu démarré, les poules et les lapins rassasiés, Angèle tente d'oublier l'épisode de la veille.
C'est bien mal connaître l'obstination du cerveau humain et de son corps. Oui, ce dernier ayant retrouvé les sensations dues aux plaisirs de la chair, il s'allie à la pensée de la dame pour la titiller sans arrêt, et elle finit par se retrouver dans sa douche à se pomponner avec l'arrière-pensée de rendre visite à Vassilius Moreau. Bien sûr qu'elle se rassure toute seule en se promettant de ne rien lui donner, de ne pas se laisser faire. Alors pourquoi se vêt-elle délibérément de façon aussi suggestive ? Toujours pas de soutien pour sa poitrine qui malgré l'âge se tient ferme, et aussi l'absence cette fois d'une culotte qui hier ne lui avait été d'aucun secours. Plus elle se dit que c'est une folie d'y retourner, plus son ventre se noue à l'idée de ce qui l'attend là-bas chez Moreau. Et fatalement, à quatorze heures, elle est devant la porte du Parisien. Il est là devant l'entrée et affiche un large sourire.
— Angèle ! Tu passes entre les gouttes ? Quel temps, cette nuit… nous avons même eu droit à de la grêle ! Pas de dégâts chez toi ? Moi j'ai dû changer une tuile du garage.
— Non. Chez moi, ça va.
— Entre, entre vite, j'ai fait du feu.
Elle s'engouffre dans la maison. Lui n'a pas de gestes équivoques : il est redevenu le monsieur de la première rencontre, calme et sérieux. Un cachotier qui a donc deux visages… Elle frissonne en retirant son manteau. Elle note qu'il ne montre rien de ce qui s'est passé hier : pas une allusion, pas un mot. Après avoir déposé son vêtement sur une patère il la dirige vers le salon chauffé.
— Je suis content de te revoir. Tu veux bien me faire un peu de lecture ? Après nous discuterons un peu…
— Vous voulez parler de quoi, au juste ?
— Ben, toi et moi trouverons bien un sujet intéressant pour en débattre ; de ce que tu vas lire, peut-être.
Sur la table entre sofa et fauteuil, un bouquin. Différent de celui dont Angèle a lu quelques pages avant de… Il est pourtant de la même auteure, mais cette fois le titre est drôlement suggestif, tout comme l'image de couverture : « Marquée au fer »
Vassilius est bien installé sur la longue assise du canapé. Machinalement, elle attrape le livre.
— Tu veux bien me lire quelques pages depuis la marque que j'ai laissée ?
— …
Les yeux féminins viennent se poser sur celui qui vient de lui parler. Entre ses doigts qui tremblent un peu, elle ouvre le tome là où il lui dicte de le faire. Et d'un coup les premières lignes apparaissent, mots dansants déjà dans son cerveau. Et c'est en déglutissant péniblement qu'elle ânonne :
Les douleurs sont toutes différentes ; j'aime les analyser, les comprendre. Avant, je ne les reconnaissais pas toujours, mais je les découvrais par la suite. D'autres fois, elles restaient un mystère lorsque je gardais les yeux bandés, longtemps après les avoir ressenties. Elles se mêlaient alors aux autres, indistinctes. Il m'arrivait aussi de retrouver une trace sur ma peau, une marque différente des autres, une marque qui ne ressemblait ni aux fouets, ni à ce qu'il utilisait en général. Et puis peu à peu j'ai commencé à les reconnaître. J'ai appris. Je n'ai plus besoin de voir pour savoir.
Elle perd un peu le fil de ce qu'elle récite. Son esprit ne tient pas à assimiler ce qui se narre là sur ces pages, mais son corps, lui, se tend tout entier dans une immonde envie de sexe. Comment un pareil récit peut-il l'amener à un tel état de besoin ? Elle si sage jusque-là, quelle mouche la pique ? Qu'est-ce qui lui prend ? Elle ne se reconnaît plus dans cette étrange salope qui frémit en analysant les phrases de cette Eva Delambre jusque-là parfaitement inconnue pour elle. Vassilius sourit béatement à l'annonce des lignes qu'elle prononce avec un ton qu'elle veut pourtant bien neutre. Rien à faire, elle suit sa logique de lecture. Baisse du ton aux points, pause à chaque virgule, lectrice plaisante aux oreilles attentives de Moreau.
Une heure que seule la voix de la femme troue le calme du salon. Soixante minutes durant lesquelles Vassilius ne l'a absolument pas interrompue. C'est à la fin d'un chapitre que, lentement, il fait un signe de la main, indiquant à celle qui récite qu'il souhaite une pause.
— Tu lis divinement, Angèle. Dans ta bouche, les mots sont comme des caresses. À ce propos, celles d'hier me sont douces au souvenir… tu veux bien que nous en parlions ?
— … Je peux avoir quelque chose à boire ?
— Oh, bien sûr ! Attends, je vais chercher de quoi te désaltérer. Tu veux me faire plaisir ?
— Pardon ?
— Oui : me faire plaisir. Tu es là pour cela, n'est-ce pas ?
— … mais comment, je vous prie ?
— Très simplement : pendant que je me rends à la cuisine, quitte donc tes vêtements.
— Quoi ? Vous…
— Allons, je t'ai vue plus que nue dans ma chambre, et pour bien autre chose qu'un peu de lecture…
Il ne dit plus rien et s'éloigne. Que faire ? Angèle hésite, bien sûr. Mais c'est comme si une main invisible la poussait à obéir à ce type qui pourtant n'a rien d'un bourreau. Il a simplement demandé, sans vraiment élever le ton. Pas un ordre, mais plutôt une simple suggestion. La jupe tombe donc, et le chandail passe par-dessus les épaules d'une Angèle en transe de nouveau. Les pas annoncent déjà le retour de Vassilius.
— C'est bien. Viens donc à genoux là, devant moi, et je vais te faire boire.
La brune se redresse et se laisse fléchir sur ses articulations. Elle tombe dans la position prescrite par son hôte. Sa main se tend pour saisir le verre qu'il vient de verser mais il repousse gentiment cette patte :
— J'ai dit « te faire boire ». Alors garde tes mains dans ton dos, ferme les yeux et ouvre la bouche.
— …
Pourquoi est-elle sans volonté devant ce mec ? Sa bouille avance vers le verre qu'il tient. Ses yeux se ferment, et le contact frais sur les lèvres sont autant de bizarreries dont elle ne parvient pas à expliquer les raisons. Se laisser mener comme ça par le bout du nez, ce n'est pourtant pas son genre. Au creux de ses reins, une énorme, une immonde envie qui se concentre principalement sur son sexe. Et elle sait, sent qu'elle mouille plus que la normale. Elle a l'impression que son ventre laisse couler par sa chatte tout le désir qu'elle accumule depuis… qu'elle a lu les pages pourtant salaces d'une Eva Delambre branchée SM.
Inouï de songer qu'elle se laisse littéralement verser dans le bec un liquide dont elle reconnaît les fines bulles. La saveur également ne lui est pas étrangère. Du champagne, à coup sûr. Et ça dégouline autant dans sa bouche que sur sa poitrine dont les deux seins forment une avancée. Ça dure un long moment où le bonhomme la désaltère et l'asperge en même temps. C'est frais, ce qui coule dans le couloir entre ses deux boules aux tétons dressés… Puis le nectar précieux forme un ruisselet qui s'échappe en direction de son ombilic. Le petit cratère retient un instant le vin pour enfin libérer le trop-plein qui va noyer sa toison pubienne.
L'échange cesse avec le retour du verre sur la table du salon. C'est au tour des paluches de Moreau de venir suivre la route du vin. Ils longent le menton en partant de la lèvre inférieure pour mieux souligner le passage du cou, et vont tracer une ligne qui frôle l'intérieur des seins. C'est alors que la bouche masculine s'empare de la fraise la plus proche d'elle. Il est du coup penché au-dessus de la femme en prière. Les dents se referment sur la pointe qui est déjà gonflée du sang de l'envie. Juste un pincement, pas une vraie morsure, mais amplifié bien entendu par le mouvement de recul du buste de l'agenouillée. Et la chair de poule envahit l'épiderme d'une Angèle totalement à la botte de Vassilius.
À quoi sent-elle que subitement il est différent ? À sa voix plus éraillée ? Au ton qu'il emploie pour soudain s'exprimer ? Un peu comme s'il redoutait qu'elle se rebiffe ou qu'elle l'envoie balader ? Mais elle l'écoute, sans saisir en totalité les mots qui sortent de sa gorge mâle. Peut-être que son esprit ne veut tout simplement pas concevoir leur signification ?
— Es-tu prête pour une fessée ? Comme celle reçue par la jeune femme dans le livre ?
— …
— Tu as le droit de dire non. De parler, surtout, parce que nous sommes là pour échanger nos points de vue. J'ai envie de jouir de ce style de jeu. Tu dois prendre position… mais je conçois qu'il te soit difficile d'imaginer…
— … !
— Oh, ne crains rien : je reste fidèle à mes valeurs et à ma parole. Tu dois – et en toutes circonstances ce sera toujours le cas – exprimer ton approbation claire et sans équivoque à tout ce que je veux te voir faire. Par tes paroles, mais aussi par tes actes. Et nous allons convenir d'un code si tu le désires.
— Un code ? Je ne saisis pas vraiment…
— Disons qu'un mot dans ta bouche peut ou pourrait être un signal pour moi. Je m'explique. Imaginons que je te fesse et que tu trouves que c'est trop… douloureux. Tu n'as rien d'autre à dire que ce mot pour que je sache de mon côté que tu veux arrêter. Pas de cris, pas de crise, juste le code… enfin, tu vois, il peut s'appliquer dans tous les domaines, que ce soit dans la vie courante, sexuelle ou quotidienne.
— Mais…
— Nous devons aussi parler non seulement de tes envies, mais aussi de mes désirs qui ne sont pas forcément les tiens.
— Par exemple ? Expliquez-moi…
— Voilà, j'y viens… J'aimerais que samedi tu sois docile. Je dois recevoir Franck, un de mes amis de Paris, et il me serait agréable que nous couchions tous les deux avec toi. Ton avis sur la question ?
— Vous… vous avez l'intention de me prostituer ?
— Non : juste faire un vrai trio avec lui et toi… Tu as ton mot à dire. Mais nous en reparlons tout à l'heure. Pour l'instant je te voudrais, toujours à genoux devant le canapé, le buste appuyé sur l'assise. J'ai besoin de te caresser les fesses et de te donner quelques petites claques pour tester ta résistance ! Tu veux bien essayer ?
— Et quel est ce mot que je devrais dire, si je ne veux plus ?
— Choisis-en un, et il servira désormais à chaque séance.
— Parce que vous avez l'intention que ça se renouvelle chaque fois ? Souvent ?
— Je ne connais pas de femme qui ait goûté à ces jeux et qui n'y soit pas revenue à plus ou moins longue échéance. Et je te l'ai dit : tu es faite pour cela malgré tout ce que tu penses.
— Je…
— À toi de te décider. Je comprendrais tout à fait que tu renonces, mais ce serait dommage.
— Dommage ?
— Oui, dommage.
— Non : « dommage », c'est le vocable que j'emploierai pour dire stop. Vous voyez ?
— Ah, d'accord. Ça veut dire que tu es prête pour un essai ? Pour une vraie fessée ?
— Je veux bien voir une fois ce que ça donne… mais vous n'allez pas me brutaliser ?
— Non, juste monter un peu dans les tours, et la limite sera celle fixée par « dommage ».
— Pas de marques, s'il vous plait. Je peux vous faire confiance sur ce principe-là ?
— C'est dit, promis aussi.
Angèle se tait. Une dernière hésitation, un coup d'œil vers ce Vassilius qui se relève du siège pour lui laisser plus de place. Elle avance, toujours sur les genoux, et sa poitrine se porte sur l'assise du long siège. La tête dans les coussins, elle se trouve avec le derrière proéminent. Ce sont en premier lieu les mains qui frôlent ce cul outrageusement offert. La brune, les yeux fermés, attend sans trop savoir quoi. Quelques caresses, puis la voix de plus en plus rauque qui plonge au cœur de ses oreilles :
— Je peux prendre plutôt ma ceinture ?
— …
— Lève la main gauche si tu es d'accord.
Quelques secondes… une éternité avant que le bras ne décolle la menotte du cuir sur lequel elle se crispe. Raidie dans une attente insupportable, elle reprend un peu d'air dans ses poumons alors que la langue de cuir se balade sur le haut de ses reins. Ça glisse, coule sans rudesse, juste un passage qui la fait frémir. Puis, plus aucune sensation d'effleurement : sans doute que le bras qui prend de l'élan vient d'éloigner la ceinture de son cul. Et celle-là cingle d'un coup, bien loin de l'endroit où la femme l'attend. Une fois, deux fois, sans douleur véritable, mais avec un drôle de bruit mat alors que les coups lui strient les fesses. Bon, c'est supportable.
Moreau insiste encore une dizaine de fois, toutes de la même intensité, puis la « punition » s'arrête, mais il parle une fois de plus :
— Je vais t'en donner encore deux ou trois… mais cette fois tu vas devoir serrer les dents. D'accord ?
— …
— Si tu ne veux pas répondre mais que j'ai ton aval, lève seulement le bras comme précédemment.
La patte d'Angèle se décolle tout juste du divan que le coup est déjà parti. C'est sec, ça claque, et elle crie pour de bon. Pas de douleur : de peur. Et dans la foulée une autre frappe est exécutée avec une pareille précision, mais sur la seconde miche. Puis encore par deux fois avec une régularité de métronome. Elle est cognée un peu plus durement. La paume de Vassilius vient caresser la peau endolorie de celle qui vient de subir sans rechigner sa première « correction ».
— C'est fini. Tu vois, ce n'est pas si terrible, et tu n'as pas eu à employer ton « dommage ». Laisse-moi voir un peu…
La patte qui masse doucement les deux demi-lunes file un cran en dessous. Un doigt entrouvre les ailes du sexe d'où perle une fine sueur.
— Je vois que tu mouilles vraiment. Tu aimes ça ?
— …
— Tu aimes ça, Angèle ?
— … ou… oui !
— À la bonne heure ! Bien, asseyons-nous, veux-tu ?
— Oui.
— Mais auparavant dégrafe mon pantalon, je veux te faire l'amour… enfin, que tu viennes t'asseoir sur moi. Tu es d'accord ?
— Ou… oui.
Elle tremble sur ses jambes, se remet tant bien que mal sur ses cannes et se lance dans l'ouverture de la braguette comme il le désire. Lui non plus ne porte pas de slip : sa queue raide sort de son futal comme un diable de sa boîte. Elle doit forcer pour baisser le pantalon du gaillard. Et enfin nu tout comme elle, il s'installe tranquillement là où reposait précédemment sa poitrine.
— Viens, viens t'assoir sur ma bite, ma belle…
Aussitôt commandée, la manœuvre est exécutée. Et Angèle s'empale seule sur le vit qui entre en elle sans aucune résistance, tant elle est humide. Vassilius ne fait aucun effort, et c'est bien elle qui se trémousse pour se donner le plaisir qu'elle escompte. Ça ne prend guère de temps pour qu'elle soit au bord de la rupture. Quant à lui, il semble curieusement être capable de retenir son éjaculation au-delà du possible. Mais dès qu'elle annonce la montée de sa jouissance par des gémissements et des trémolos accentués, il se laisse aller à se vider enfin dans ce calice soyeux, et le sperme se mélange aux sécrétions de la brune.
Les baiseurs se serrent très fort l'un contre l'autre.



