La rencontre

Sur la terrasse qui surplombe la vallée, devant le chalet, la jeune femme a les cheveux au vent. Les hêtres et les chênes noirs, au sortir de l’hiver, ne sont encore que de maigres squelettes. Depuis le garde-fou, elle regarde tout le village sous elle, surtout la petite route qui monte en serpentant à travers la forêt. Sous ses yeux, la nature est encore dépouillée de ses couleurs, de cette mer de feuillage qui dans quelques semaines va tisser un manteau frissonnant aux moindres souffles d’une brise légère.

Mais pour l’heure, elle voit la voiture qui lentement monte, grimpe les lacets de ce petit chemin gravillonné qui mène vers sa maison. Depuis dimanche, qu’elle espère voir cet équipage qui gravit tout tranquillement le bon kilomètre qui sépare le chalet du village. Dans sa poitrine, la jeune femme sent que son cœur bat plus fort, plus vite, et elle a hâte de voir enfin ce que cette automobile lui amène. Oh, elle a déjà vu ce qui lui arrive ; elle connaît le chargement. Mais jusque-là, il ne lui appartenait pas encore.

Les cheveux un peu roux de la femme sont balayés par une rafale de vent un peu plus violente que les autres. Le printemps se fait désirer depuis quelques jours. Elle ne quitte pas du regard le point bleu sombre du véhicule qui grossit au fur et à mesure de son approche vers sa demeure. Elle se crispe de plus en plus sur la balustrade ; ses doigts lui font mal à force de serrer ainsi le bois. Sa jupe brune lui arrive aux genoux, et au demeurant, la dame est très jolie.

À ses pieds, une paire de bottes en cuir ou en daim, avec une sorte de peau de mouton à l’intérieur qui contraste singulièrement avec les vêtements plutôt printaniers de la femme. Mars, ici, ce n’est pas vraiment la fin de l’hiver, et cette année il aurait même pris quelques encablures de retard, ce fichu printemps. La voiture est encore à cinq ou six cents mètres de l’entrée de la propriété. Léa – puisque c’est ainsi que se nomme la délicieuse personne qui épie les mouvements du véhicule – Léa tire plus fort sur la veste légère qu’elle porte. Elle regrette de ne pas avoir passé autre chose qu’un chemisier de coton sous celle-ci ; encore est-il assorti à sa jupe, pour une fois.

Elle frissonne et pense que c’est bon pour attraper un rhume, cette affaire-là, mais elle ne veut pour rien au monde rater l’arrivée de ce qu’elle attend avec une impatience non feinte. Il lui a fallu guerroyer, ruser pour pousser son mari Allan à accepter que ce qu’elle avait acheté vienne enfin à la maison. Il était résolument contre, mais Léa est une femme au caractère bien trempé, et à chaque objection d’Allan elle a trouvé les mots justes, et finalement il a plié, cédé. Son assentiment arraché de haute lutte voit ses efforts enfin couronnés. Le convoi qui monte vers la maison est de plus en plus visible à l’œil nu. Dommage que son mari ne soit pas là avec elle pour accueillir son achat.

Elle se remémore le jour – enfin, le soir – de sa victoire. Allan sur le canapé, qui choisit le film de la soirée, et elle qui vient contre lui. Elle sait comment l’aguicher sans être outrancière, comment l’amener à dire oui à tout ce qu’elle veut ; et cela, elle le désire depuis qu’elle a quinze ans. La télévision allumée, confortablement installée sur le canapé de velours, elle prend la main de son mari dans la sienne. À chaque scène un peu chaude de cette romance visuelle, elle serre les doigts plus fort. Bien entendu, elle connaît tous les points forts ou faibles de son mari.

Elle ne calcule pas le temps qu’il lui faut pour que les mains de celui-ci ne soient plus que des instruments de caresses pour son corps qu’elle a pris soin d’enjoliver par un déshabillé des plus affriolants. Il cède à l’excitation de cette peau parfumée qu’il dénude petit à petit, et les images du film n’y changent rien. Elle l’amène exactement là où elle le veut ; elle sait que dans ces moments tellement intimes, il a du mal à lui dire non. Elle aime ses mains, sa langue qui vont et viennent dans des creux ou des courbes, sur des arrondis et des reliefs de son corps tout entier livré à son envie. Elle le laisse aller à la vitesse de son choix, appréciant tous ces signes avant-coureurs d’un plaisir partagé.

Allan a quarante-deux ans, quatre ans de plus que Léa. Sous sa chemise de cotonnade, retirée pour la circonstance d’une manière peu orthodoxe, ses muscles sont encore bien présents. Son torse est velu, mais pas trop. Juste ce qu’il faut pour paraître mâle. Son visage rasé de frais, ses tempes argentées, sa bouche rieuse, il a tout pour plaire à une Léa avide de faire l’amour. Non, il n’est pas totalement dupe : il sait bien que sous ses manières de tigresse elle cache une demande, une envie particulière. Il la connaît mieux qu’elle ne le pense, et s’il fait semblant de céder à ses caprices, il adore quand elle se fait femme de la sorte. Il aime quand elle use – il n’y a pas d’autre vocable – quand elle abuse de ses atouts de femelle pour lui imposer une requête.

Après l’amour, repue et contente, il a bien senti dans sa voix que c’était l’instant qu’elle avait choisi pour faire sa demande. Et quelle demande ! Sur le moment, il n’a pas vraiment compris. Il a dit non. Elle est revenue à la charge, jurant comme elle seule sait le faire, qu’elle s’en occuperait, qu’elle serait toujours là pour lui, que lui n’aurait pas à intervenir. Ils ont refait l’amour une seconde fois. En fin de compte, c’est elle qui a gagné, comme toujours. Ils n’ont pas été trop mécontents de cette soirée ; elle sait bien quelque part que quand il verra cela, il sera aux anges. Elle l’aime, son Allan.


Enfin l’étrange voyage de l’automobile arrive à son terme. Le bruit du moteur est maintenant audible, et Léa a le cœur qui bat. Elle a l’impression que sa poitrine va exploser. Sous sa veste, ses deux seins avancent et reculent au rythme de son souffle qui s’accélère. Elle reboutonne les deux pans du vêtement que, jusque-là, elle tenait simplement serrés sous ses avant-bras. Elle se sent excitée comme une puce, comme… si elle avait envie de sexe. Mais c’est ce qui avance vers leur maison qui lui donne ces frissons, et peut-être un peu la bise aussi. Jamais elle n’a cru un seul instant de sa vie que cela serait possible. Et pourtant…

Voilà ! Le chauffeur s’approche de la femme aux cheveux rouges qui attend, se tenant à la barrière qui longe la terrasse. Il la mate sans en avoir l’air, la trouvant plutôt jolie et bien faite. Les épis qui dérangent sa coiffure indiquent qu’elle attend depuis déjà un long moment sans doute, dans le vent qui frise un peu le plateau sur lequel le chalet est construit. Le passager du véhicule est sorti lui aussi et il jette un coup d’œil sur l’immense terrain qui jouxte la maison de bois. Tout au fond, là-bas, à l’orée de la forêt, là où les sapins toujours verts forment une limite avec le terrain et la montagne, une petite cabane en rondins semble attendre la venue de ce qu’ils transportent.

— Bonjour ! Nous n’avons pas été trop longs ? Pas moyen de venir plus tôt, vous savez : là-bas, nous avions encore de la neige, avant-hier.
— Non. Bien sûr que je suis impatiente, mais bon, je me suis fait une raison. Et puis c’est beaucoup mieux que le sol de son nouveau domaine soit dégagé ; il devrait être bien ici, non ?
— Ah, ben il aura de l’espace, et il va pouvoir enfin couler des jours tranquilles. Bon, nous allons le libérer. Quatre heures de route et de secousses : pas sûr qu’il ait apprécié le voyage… Viens, Gilles. Tu le fais descendre en douceur.

Léa se rapproche de la voiture, et surtout de la remorque qu’elle tracte. La porte s’ouvre sans bruit et enfin elle peut, tout à loisir, admirer ce qui arrive. Onze ans, une robe alezane foncée, il est là qui semble énervé ou apeuré par le voyage ; par ce lieu inconnu aussi. Ses premiers pas sur ce sol qui va devenir son « chez lui ». Aussitôt que la porte de l’enclos s’est refermée sur ses trois cent cinquante kilos de muscles, il part à toute vitesse.

— Ça a l’air de lui plaire, Madame ! Il va faire le tour du propriétaire.
— Oui. Il est beau. Quelle allure fière !
— Il a sans doute deviné que vous lui avez évité l’abattoir. Ces bêtes-là, ça pressent ces trucs-là. Nous avons encore quelques détails à régler avec vous.
— Oui, bien sûr. Entrons dans la maison, voulez-vous ? Le vent pique un peu ce matin. Allez, entrez !

Les deux hommes pénètrent dans le chalet et Léa les fait asseoir autour de la table de la cuisine.

— Vous prendrez quelque chose ?
— Un café si vous avez ; nous devons reprendre la route.
— Pour les deux, ce sera un café ?
— Oh oui, oui, ne vous embêtez pas. Voilà les papiers du cheval ; quelques signatures et il vous appartiendra. En tout cas, il fait meilleur ici que dehors ; quelle bise, ce matin !
— L’hiver s’accroche encore à nos montagnes, mais dans quelques jours, aux premiers rayons du soleil d’avril, ça devrait s’arranger ; côté température du moins. Pour le vent, c’est autre chose. Alizéa a déjà trouvé son écurie, regardez ! Il est déjà après le foin que mon mari a mis pour lui dans le râtelier extérieur.
— Nous n’avons aucun souci pour lui : il va être comme un coq en pâte, chez vous. De la place, une bonne nourriture en abondance : ça devrait lui assurer une retraite que bien des gens lui envieraient.
— N’exagérons rien non plus ! Mais je vais enfin pouvoir faire de longues promenades dans nos montagnes. J’en rêve depuis que je suis toute gamine.
— Ah, Gilles, tu donneras à madame le mors que nous avons amené. Alizéa est doux comme un agneau, mais il est habitué à son mors, et tout changer dans son environnement peut le stresser un peu ; il est sans doute préférable de ne pas le monter trop rapidement.
— N’ayez pas peur ; il va avoir quelques semaines pour s’accoutumer à mon mari et moi.
— J’aimerais pouvoir en dire autant : ça doit être agréable de… s’habituer à vous !

Les deux hommes ont une sorte de sourire entendu. C’est vrai aussi que Léa, dans sa cuisine, n’a pas pris garde à sa veste légère et que celle-ci permet sans doute d’apprécier du coin de l’œil les formes et les avantages assez… généreux d’une poitrine bien garnie. Elle ne dit rien, sentant que ces deux-là la trouvent à leur goût. Ne pas leur donner quelque espérance ; ils auront au moins eu le bonheur d’admirer un autre genre de pouliche.

— Eh bien, puisque tout est en ordre, nous pouvons reprendre la route d’un cœur un peu plus léger. Viens, Gilles ; tu prends dans le van le mors et tu le donnes à madame.
— Merci, et bonne route pour votre retour.
— Si vous avez un problème quelconque, vous n’hésitez pas à appeler notre patron.
— Entendu. Merci, et au revoir.
— Au revoir. Au revoir, Madame. Salut à toi, Alizéa !

La voiture s’ébranle, reprenant en sens inverse la petite route gravillonnée. Léa regarde les deux hommes qui s’éloignent, et son cœur bat un peu plus vite. Là-bas, au fond du pré, le cheval a les oreilles dressées.

— Alizéa… Viens, mon beau. Allez, viens par ici !

S’il tourne la tête vers elle, il ne bronche pas pour autant. Mon Dieu, qu’elle le trouve beau, cet animal… Il croque dans le foin avec entrain. Bon, ce n’est pas le tout, il faut aussi s’occuper du repas d’Allan ; sûr qu’il va rentrer à midi pour le déjeuner. Même s’il ne l’a pas dit, elle est certaine qu’il attendait lui aussi cette arrivée si importante pour elle. Elle vaque à ses tâches domestiques quotidiennes, mais elle ne peut s’empêcher de jeter de fréquents regards sur la pâture où le cheval trotte, galope, fait pratiquement une inspection. Sa crinière pratiquement blonde flotte dans cette bise qui court sur le plateau. Il est douze heures passées de quelques minutes quand le point qui grossit au fond de la vallée annonce le retour de son mari.


— Alors, mon cœur, ça y est, il est là ? Tu avais raison, c’est un bel animal ! Il te doit une fière chandelle… Il le sait ? J’espère que tu t’occuperas de moi aussi bien quand je serai bon pour la maison de retraite !
— Tu comprends maintenant pourquoi je le voulais ? Tu ne crois pas qu’il méritait que l’on s’y attache un peu ?
— Tu sais que c’est un sacré travail de s’occuper de ce genre de bestiau ; mais si tu aimes ça, alors…
— Je m’occupe bien de toi depuis des années, et je te jure que parfois c’est bien du boulot également !
— Je souhaite que ça continue, mais je ne vais sans doute pas faire le poids, côté… queue.
— Idiot ! La tienne est unique ; enfin, je ne connais que celle-là, finalement. Peut-être que…
— Oui ? Que quoi ? Vas-y, dis-moi le fond de ta pensée. Si tu veux en voir une autre, dis-le-moi : je pourrais bien te la trouver et assister à l’estocade ! Peut-être que ça ne me déplairait pas de te voir te faire… de t’entendre, surtout de t’écouter soupirer.
— Vieux pervers, va ! Tu vois qu’Alizéa nous procure déjà d’étranges discussions, à défaut de sensations.

Les deux se regardent ; elle est si proche de lui. Il la sent tellement heureuse en cet instant qu’il n’a aucun regret. Cette femme, c’est sa vie, c’est son âme. Il lâche ses yeux pour scruter le pré, à la recherche de la tache brune qui longe la forêt : quelle démarche, quelle allure ! Léa a compris qu’il était heureux, content, sinon il n’aurait pas plaisanté sur un sujet aussi brûlant que le sexe. Elle lui prend délicatement la main, et quand il se retourne vers sa femme, leurs visages se cherchent, se trouvent dans un long et langoureux baiser.

Oublié le repas, oublié le cheval dans son espace vert. La main furtive d’Allan est déjà en action. Elle va à la rencontre d’un sein mal caché, elle fouille dans les nippes qui couvrent des trésors de femme. Les boutons qui tiennent hors de portée du regard du mâle les formes chaudes de la femelle sont vite écartés. Le soutien-gorge ? Simple formalité pour le dégrafer ! Il livre aux yeux pleins d’envie deux seins respectables. Des yeux aux lèvres, il n’y a guère de distance ; de plus, elle est franchie sans obstacle, sans aucun recul de Léa qui trouve cet intermède fort plaisant. Il est des festins qu’il ne faut surtout pas manquer.

Allan a les dents gourmandes, et il serre entre elles tantôt un long téton brun, tantôt son frère jumeau. La dame, quant à elle, ne reste pas là les bras croisés ; elle sait aussi occuper les dix doigts qui lui servent de mains. Elles sont parties à l’assaut, qui d’un sweat, qui d’une ceinture de pantalon, tant et si bien que les deux se retrouvent rapidement dans une nudité absolue. Maintenant il fourrage tendrement dans le petit triangle de poils du pubis. Elle, adossée à la table sur laquelle les couverts sont pourtant dressés, est arrivée au nœud du problème. Dans sa paume moite, elle sent coulisser la peau qui cache le gland.

Cette envie qu’il a d’elle, ce besoin impérieux de la sentir vibrer contre son ventre lui fait oublier qu’il n’est rentré que pour le déjeuner. Léa accompagne Allan dans sa quête de jouissance, dans sa recherche de plaisir. Au diable, les carottes de l’entrée ! De toute façon elles sont râpées. Aux oubliettes, le rôti qui mijote sur la plaque chauffante : c’est d’autres chaleurs dont il s’agit maintenant ! Les bras vigoureux de son mari viennent de la soulever. Elle se trouve remontée sur le plateau de la table ; elle sait bien que c’est elle qui va être au menu ce midi, au menu de son mari.

— Oh, doucement ! Attends, ne casse pas tout. La vaisselle ! Laisse-moi au moins écarter les verres et les assiettes.
— On s’en moque, non ? Je t’aime, et j’ai envie de toi.
— Penses-tu, ça se voit à peine ! J’aime que tu m’aimes aussi… avec ce truc-là.

Elle vient de serrer un peu plus fortement la tige qui reste dans sa main fermée. Les fesses de la femme sont sur la lourde table de chêne verni. La bouche d’Allan est partie, direction le triangle qui s’ouvre entre les cuisses de la dame.

— Attends ! Pas comme ça ! Passe de l’autre côté de la table. Oui, là. Maintenant, tu peux revenir. Moi aussi j’aime sentir et lécher, tu sais bien !

Il fait ce qu’elle lui demande, et sa queue qui se dresse vers son nombril est happée par les lèvres humides de Léa. Lui enjambe sa tête et sa bouche, vient à la commissure d’autres lèvres, écartant de deux doigts les poils qui couvrent l’endroit. Le rose du coquillage lui donne une autre faim. Les sensations sont surprenantes, différentes de celles habituelles, renforcées par le lieu, par le moment, par les pensées de l’un et l’autre. Elle gémit de plus en plus et il soupire au rythme des coups de langue sur son mât. Mon Dieu, que c’est bon ce moment de bonheur partagé ! Léa garde les yeux clos, s’abandonnant totalement aux exquises caresses de son mari.

Il aime ce qu’elle lui fait, mais il se fait violence pour ne pas laisser trop vite partir sa semence. Son seul désir pour le moment, c’est de garder le contrôle, de ne pas l’inonder trop rapidement ; il aurait trop de difficultés pour bander de nouveau. D’un autre côté, elle sait y faire, et s’il n’y prend garde, elle va l’amener à une éjaculation précoce. Alors il s’imprègne de ses odeurs intimes, il s’enivre de cette mouille qu’elle non plus ne peut retenir. Et il pense au cheval. Les images de la robe brune, des yeux ronds et marron, voilà qui devrait l’aider à patienter quelques minutes. Et ces secondes-là lui sont précieuses pour garder sa jute, pour avoir encore plus de plaisir.

Elle donne de furieux coups de reins, ce qui oblige Allan à la cramponner pour ne pas être éjecté de sa caverne aux mille douceurs. L’orgasme qui commence à monter en elle, elle le laisse l’emporter, la prendre dans ses bras qu’elle imagine comme des tentacules. Elle n’en peut plus. Elle crie alors que lui ondule du bassin sous sa langue qui fait désormais n’importe quoi. C’est difficile de coordonner ses gestes et ses pensées, tant la jouissance est violente. Léa se sent partir comme si elle se diluait dans la douceur de couleurs indescriptibles ; elle s’accroche à lui alors que sa chatte est littéralement secouée pas des spasmes qui reviennent sans cesse. Allan ne l’a même pas pénétrée ; il ne l’a pas encore possédée, et pourtant son ventre est en transe, son ventre est dans la tourmente.

Quand il la lâche, qu’il se dirige d’un pas feutré entre ses deux cuisses relevées sur ses épaules, que d’une seule poussée il est en elle, elle hurle comme une louve à l’agonie. C’est monstrueusement bon ; les mains sur ses cuisses ajoutent encore au trouble qui persiste en elle. Son mari bouge depuis combien de temps ? La notion de temps a totalement disparu de l’esprit de la jeune femme. Il va et vient, de plus en plus fort, et le bouquet final arrive dans une explosion de sperme qui jaillit de son sexe tendu à l’extrême. Les soupirs masculins se confondent, se mélangent avec les gémissements féminins alors que de ses ongles, Léa laboure le dos auquel elle se pend frénétiquement.

Puis les esprits comme les sens reprennent une sorte de paix, un calme apparent. La jeune femme enfouit sa tête contre ce torse si chaud, contre cette forteresse de l’homme qui a su si bien lui donner du plaisir.

— Ben, ma belle… Je ne pourrai pas t’acheter un cheval à chaque fois. Mais quelle cavalière, quelle chevauchée ! Wouah…
— Tu crois vraiment que j’ai besoin d’un cadeau pour refaire ce genre de galipette ? Je crois que tu te bonifies en vieillissant : il y a bien longtemps que je n’avais pas tutoyé la lune de cette manière-là ; c’est trop bon ! Mon Dieu, comme je t’aime… Oh, mais j’y pense : quelle heure est-il ? Nous n’avons pas déjeuné.
— Ne t’inquiète pas pour cela ; j’ai eu plus qu’un repas : c’était vraiment un festin digne d’un roi ! Je dînerai de meilleur appétit ce soir. Allez, à tout à l’heure, mon ange.

Un bisou sur le bout du nez de Léa, et voilà Allan reparti, non sans avoir remis ses vêtements, tenue correcte pour le travail oblige. La maison est vide. Alors la jeune femme se retrouve seule, trop solitaire, comme si l’absence de son mari devenait un fardeau pesant. Le soleil de mars a fini par réchauffer un peu la parcelle de terre qui cache leur nid. Alizéa trottine, prenant la mesure de son nouvel environnement. Il a inspecté sa nouvelle propriété, curieux, craintif, mais depuis une heure au moins qu’elle l’observe, cachée derrière la porte-fenêtre du salon, elle le voit qui s’approche doucement de la maison.

Léa admire la courbe du dos, les pattes fines du cheval, des pattes faites pour la course. Elle scrute chacun des muscles dont l’animal se sert pour se mouvoir. Ceux-ci tressaillent sous la robe brune, et sa longue traîne de crins blonds se soulève à chacun de ses pas. Qu’il est beau ! Une minuscule tache blanche orne son front, et il regarde partout. Alors elle décide de sortir. Oh, elle ne va pas plus loin que le seuil de la porte, à la naissance de la terrasse, pour qu’il s’imprègne de sa présence, qu’elle l’apprivoise un peu. Il a tourné la tête, dressé ses oreilles, mais il n’est pas parti en courant : il semble juste surpris de savoir que quelqu’un l’observe.

La jeune femme se dit qu’il a dû en voir, pourtant, du monde sur les champs de course où il a couru pour le plus grand bonheur de ses anciens propriétaires. Dire qu’ils n’auraient pas hésité à l’envoyer à la boucherie ! C’est comme tout : dès que l’on ne peut plus être utile… au rebut ! Les longues minutes qui défilent permettent à l’animal et à la femme de faire connaissance de manière muette. Ils se jaugent, se sentent, se hument. C’est elle qui avance maintenant vers l’enclos. Lui ne recule pas, et quand elle tend la main vers son museau, il ne bouge pas.

— Viens. Viens, mon beau. Allez, approche, n’aie pas peur… Viens là. Oui, c’est ça. Tu vois ? Je suis gentille et douce. Oh, tu es beau, mon bel étalon. Oui, voilà. Gentil, tout doux. Tranquille, Alizéa.

Les mots sont dits d’un ton égal, sans brusquerie, d’une voix presque musicale. Les oreilles s’orientent pour capter chacun d’entre eux. La main vient sur le front que la bête baisse d’instinct, comme si elle n’attendait que cette caresse. Le contact entre la femme et le cheval est un grand moment d’émotion pour Léa. Elle sent la vie de la masse de muscles mouvants qui passe par ce léger effleurement. Elle a un soupir ; elle est heureuse. Elle fourre ses doigts dans la crinière aux longs poils blonds. Alizéa avance sa tête comme pour rechercher une intimité plus grande encore avec Léa.

Ces deux-là viennent de s’approprier une part d’éternité, dans un moment de tendresse absolue. Elle voudrait bien savoir ce que pense son nouvel ami ; lui ne désire que sa main qui lui procure de la chaleur. Ces effusions spontanées s’arrêtent quand le cheval le décide. Après un temps qui ressemble à l’infini, il repart sans se presser vers le râtelier et son foin appétissant. Les yeux embués, la jeune femme retourne vers la maison. Elle sait que désormais c’est une autre histoire d’amour, bien différente de celle qu’elle vit avec Allan, qui commence là.