Pieux mensonge

Allan au bureau, elle va et vient, astiquant la maison, jetant de fréquents coups d’œil sur l’étalon qui trottine paisiblement dans son enclos. La robe brune, l’allure fière, elle le trouve plus beau sous la lumière de l’été. Comme son mari a bien fait de la laisser acheter, celui-là ! Elle se met à chantonner alors, heureuse de tout, de rien, contente d’être dans ce chalet, contente de la vie qu’elle mène. Alors elle se dit qu’elle veut encore remercier Allan et elle décide que ce soir ce sera sortie restaurant.

Elle lit une longue partie de l’après-midi, puis la salle de bain la reçoit pour qu’elle se fasse belle. Elle y met tout son cœur, toute son ardeur. Le résultat est surprenant ! Devant sa glace, l’image qui lui revient ressemble à une de ces jeunes femmes dans les catalogues de mode. Elle se surprend à se trouver… désirable. C’est au moment où elle sort de la salle d’eau que le carillon de l’entrée se met à tintinnabuler. Surprise tout d’abord, elle ne saisit pas de suite d’où vient la musique qu’elle entend. Puis quand le visiteur inconnu appuie une nouvelle fois sur le bouton, elle fixe toute son attention sur la porte d’entrée.

Lionel est là, dans l’embrasure de la porte. Il a quelque chose de différent ; mieux vêtu, mieux peigné – Léa n’en sait trop rien – sauf que l’image qu’il donne n’est pas la même que celle d’hier. Une sorte de trouble vient encore s’incruster dans l’esprit de la jeune femme.

— Ah, Lionel ! Comment allez-vous ? Vous arrivez bien, mais mon mari n’est pas encore rentré.
— Je vous dérange sans doute ? Vous alliez sortir ?
— Non, non entrez. Je compte lui faire une surprise et l’inviter au restaurant. Mais allez, venez. Ne restez pas sur le pas de la porte.
— Je peux revenir un autre jour si vous voulez, mais comme vous m’aviez proposé hier… c’est pour mes papiers. Il faut que je les retourne au centre des impôts avant la fin de la semaine.
— Mais oui, il n’y a pas de problème. Il est au courant et il va vous aider. Mais j’y pense, vous pourriez aussi nous accompagner ; au restaurant, je veux dire.
— C’est que… côté argent… ce n’est pas le grand luxe, voyez-vous.

Le téléphone qui se met à sonner coupe un peu la conversation.

— Excusez-moi, je dois répondre ; j’en ai pour une minute.
— Allô ? Ah, Allan, c’est toi…
— Oui. J’ai un rendez-vous imprévu ; je serai de retour un peu plus tard. Je t’appelle dès que j’ai fini pour que tu ne te fasses pas de souci.
— Bien. Alors je t’attends. Merci de m’avoir prévenue. Je t’aime.

Elle pose le combiné et revient vers Lionel qui est resté dans l’entrée. Il suit du regard cette femme magnifique, cette femme qui possède une grâce indéniable. Les yeux de celle-ci sont comme deux perles qui brillent. Elle est là, tout près, si proche que son parfum lui arrive comme une bouffée d’air aux senteurs épicées.

— Mon mari aura un peu de retard. Asseyez-vous. Je vous offre un verre ? De quoi parlions-nous déjà ? Ah oui, de restaurant. Bien entendu, vous êtes notre invité : pas question de vous demander de payer quoi que ce soit.
— Merci, mais… ça me gêne… vraiment.
— Comme vous voulez ; c’est pourtant de bon cœur. Bien ! Alors, ce verre ? Ricard, pastis, whisky, vin doux ou cuit ? Dites-moi.
— Je… je prendrai comme vous.
— Alors une larme de porto vous conviendra ?
— Parfait…
— Vous êtes sûr ? Mais je suis bête… à votre âge, on boit de la bière sans doute. Brune, blonde, Desperados ? Allons, ne soyez pas timide.
— Non, non, je vous assure : un porto me convient.
— D’accord. Alors j’en sers deux verres, donc.

Lionel ne voit plus que les mains de cette belle rousse qui versent lentement le breuvage dans des verres sortis d’une maieSorte de long bahut bas très commun dans les Vosges immense. Elle pose devant lui le premier et se met sur un siège face à son invité. Lorsqu’elle s’assoit, sa poitrine se soulève doucement. Elle respire tranquillement, et le léger sourire qui se dessine sur ses lèvres donne envie d’en voir d’autres encore.

— Quelques gâteaux pour accompagner le vin ?
— Merci, mais ça ira, je vous l’assure. Vous avez… une bien jolie maison.
— Oui. C’est aussi beaucoup de travail pour en arriver là. Votre maman va mieux ?
— Normalement, dans une semaine elle devrait rentrer. Tant mieux, je me faisais du souci pour elle.
— Et vous n’avez pas de petite amie, pas de copain non plus ?
— Rien de tout cela. Je travaille, et j’entretiens un peu la ferme : cela ne laisse pas trop de temps libre. Et puis vous en connaissez beaucoup, des filles qui voudraient venir dans un trou paumé comme celui où nous vivons ?
— Vous êtes jeune, bien bâti ; je crois que ça doit se trouver, une fille qui aime les beaux garçons.
— Je ne sais peut-être pas comment faire. Avec les filles, je veux dire.
— Oh, à mon avis, vous avez ce qu’il faut pour leur faire plaisir.
— …
— Oui, de bons muscles et un visage d’ange, et avec ça vous semblez être travailleur. Donc…

Le garçon a rougi sous les compliments de la femme. Il lève son verre et le tend vers celle-ci qui fait de même.

— À votre santé alors, Lionel.
— Oui, à la vôtre, Madame.
— Léa… pas « Madame » ; vous me vieillissez avant l’heure.
— Bien. Alors à vous, Léa.

Elle rit, et ses lèvres en se retroussant découvrent deux rangées de dents d’une blancheur et d’un alignement impeccables. Lionel se sent bien près de cette femme. Quelque chose d’indéfinissable, d’étrange, comme un courant qui passe entre lui et elle. Il ne dit rien quand, d’une main sûre, elle remplit de nouveau son verre. Pour cela, elle s’est à demi relevée et se penche en avant. Sous le corsage, sa poitrine avance un peu, et au fond de lui, la naissance d’un sein le remue en profondeur. Ensuite elle se lève pour déposer son godet à elle sur l’évier. La jupe qu’elle porte tourne avec grâce. Le tissu aérien laisse entrevoir un peu plus haut les cuisses gainées.

Les bas ou les collants – comment le savoir ? – font de ces deux jambes une cible pour les yeux du jeune garçon. Le provoque-t-elle, ou bien n’est-ce qu’un effet pervers de l’imagination enfiévrée de Lionel ? Il ne sait pas trop quoi dire, se contentant de regarder cette silhouette dansante dans la lumière du soir. Elle est maintenant debout près de la fenêtre, et ses regards sont tournés vers l’extérieur.

— Votre mari qui rentre ?
— Non, je jette juste un œil sur Alizéa. Tenez, venez voir comme il est beau, là, juste au milieu de son enclos.

Sans se poser de question, le garçon s’approche de la fenêtre, invité par Léa ; et c’est vrai que le cheval est planté comme une statue dans le rouge du ciel. Mais elle est si proche de lui qu’il suffirait que Lionel tende la main pour la toucher. Son odeur parfumée lui revient, achevant de lui donner envie. Il avance davantage vers les carreaux comme pour mieux admirer le spectacle de ce crépuscule qui arrive. C’est à cet instant-là que le bras de la belle touche le dessus de sa main. Il a un geste de recul. Mais Léa aussi sursaute à ce contact.

Elle se retourne comme pour échapper à ce frôlement qui lui brûle la peau. Pourquoi ce gamin lui fait-il cet effet ? Bon sang, c’est son mari qu’elle revoit, mais vingt ans plus tôt : même sourire, même gueule d’ange. Elle se sent remuée de partout, et ce mouvement pour échapper à l’étrange brûlure n’a fait que renforcer celle-là. Le gosse s’est lui aussi décalé pour ne plus la toucher, et bien entendu ils sont allés non pas en sens inverse, mais l’un vers l’autre. Elle se retrouve complètement contre lui.

D’instinct, Lionel met ses bras autour de la femme qui lui tombe dans les bras. Il baisse la tête, plus grand qu’elle, et ses yeux se noient dans ceux de la rousse. Elle ne cherche plus à sortir de cet étau qui vient de l’entourer sans violence. Ses idées sont confuses, ses pensées contradictoires. Elle ne sait plus vraiment ce qu’elle fait alors que sa tête se lève pour voir la réplique de son Allan avec vingt ans de moins. Ces deux mouvements font que les joues se frôlent, que les bouches se touchent et c’est comme une explosion dans les deux têtes. Les lèvres qui s’entrouvrent ne se libèrent que pour se retrouver à nouveau, et les baisers qui se suivent ne s’arrêtent que pour rechercher un peu d’air.

Parfaitement consciente de la situation, pourquoi Léa se laisse-t-elle aller à cette folie ? Elle ne peut s’empêcher de penser à Allan, mais c’est plus fort qu’elle. C’est la première fois de sa vie que ce genre de chose lui arrive. Une irrésistible envie de ce… jeune homme, de ce… gamin. Sa tête lui dit non mais son corps hurle le contraire. Comment allier les deux ? Elle sait bien qu’elle fait la plus grosse connerie de son existence, mais c’est comme si quelque chose l’envoûtait, comme si le désir prenait le pas sur la raison. Les bras qui la retiennent sont tendres, les baisers enivrants. Et bien sûr qu’elle se sait perdue.

Lionel ne se pose plus de questions. Il la tient, serrée contre lui, alors que sa langue parcourt en reine un palais des mille-et-une nuits. Le souffle un peu court, il apprend à savourer les palots que cette femme lui donne. Et embrasser, apparemment, elle sait le faire. C’est d’une incroyable douceur, c’est… le paradis. Il se dit qu’elle va le repousser, que de ses bras elle va le faire se détacher d’elle, mais pour l’instant il la retient et apprécie juste le moment présent. Plus bas, bien plus bas, dans son pantalon, la chose dure qui frotte l’entrejambe de la femme, elle doit terriblement la sentir. Ce n’est pas que cela le gêne, mais…

Elle ne voudrait pas, et pourtant sa main qui se cramponne au cou de son jeune visiteur, son esprit ne font rien pour l’arrêter. Il se frotte de plus en plus contre elle, et il bande ; de cela, elle est en bien certaine. Il est vraiment dur, et la perspective de ce truc, de cette chose qui palpite alors qu’elle est encore emballée dans des vêtements lui donne le tournis. Son ventre se tord, se love, se meut pour épouser la forme de cette bite qu’elle sent si bien. Elle ne prend pas de gants pour arracher plus qu’elle ne l’ouvre la chemise du jeune homme.

Lionel se dit que la main qui lui découvre le torse est bien douce. Puis les doigts qui s’escriment sur la boucle de sa ceinture l’encouragent à relever ce chemisier sous lequel les seins sont bien à l’abri. Quand ils ont enfin trouvé, ce n’est plus bien long avant que son pieu ne soit, lui aussi, à l’air libre. Alors il se sent pousser des ailes et laisse glisser ses bras le long de ce corps qui se trémousse contre le sien. Les mains trouvent l’ourlet du bas de la jupe. Il sait rapidement que Léa ne porte pas de collants. Frénétiquement, il fouille dans les atours de la belle femme qui respire plus bruyamment. Ses doigts font rapidement glisser le tissu léger d’une culotte et s’activent sur l’endroit humide qu’ils devinent en simplement l’effleurant.

Ils se sont, sans s’en rendre compte, décalés vers la table de la cuisine, et celle-ci est maintenant contre les fesses de la dame qui gémit sans discontinuer. Lionel ne semble pas fournir d’effort particulier pour soulever la rousse, et elle se retrouve les bras autour de son cou alors que son derrière repose sur le plateau de bois. Ensuite, c’est très confus, mais elle sent que ses deux jambes sont soulevées alors que contre sa chatte la queue tendue vient se frotter. Quand la culotte poussée sur le côté laisse la place à la bête chaude, elle pousse comme un cri.

Cri de soulagement, gémissement de bien-être alors que dans sa tête elle se traite d’imbécile, d’idiote, de folle. Et pourtant elle n’arrive pas à s’en vouloir de tromper ainsi son Allan. Le jeune homme qui continue à souffler prend une allure de croisière, ses mouvements sont réguliers et elle sent parfaitement cette trique qui coulisse en elle, finissant de la rendre dingue. Elle hurle alors que le garçon tente de se retenir encore un peu. Il ne parvient qu’à s’extraire et inonder cette fente qui vient de lui offrir un moment superbe, un feu d’artifice de couleurs. La laitance blanche gicle sur le triangle de tissu retombé presque à sa place initiale.

Il a l’air bête, planté devant la femme encore allongée sur la table, la bite à la main, et elle qui reprend son souffle. Elle se relève lentement.

— Je crois… que nous venons de faire une énorme connerie.
— Pardon… je croyais que vous aviez… que vous vouliez…
— J’avais envie, je le voulais, mais c’était une erreur que nous devrions oublier le plus vite possible. Rhabille-toi, moi mari va rentrer. Je ne voudrais pas qu’il sache…
— Je vous promets de ne jamais en parler… à personne… ce sera notre secret. Je le jure.
— Le mieux serait que tu partes avant qu’il n’arrive ; je vais, moi, me refaire une beauté. C’était… trop bien, mais nous ne recommencerons plus jamais. Tu comprends cela ? Je ne sais pas ce qui m’a pris.
— Merci quand même. Vous êtes superbe, bandante, et j’ai eu aussi envie de vous.
— Ça, je l’ai bien vu. Allez, file vite, et ne longe pas la route ; prends les raccourcis. Reviens demain soir pour tes impôts. Nous n’en parlerons plus, et cela ne se reproduira plus, plus jamais. D’accord ?
— Oui Madame.
— Tu m’énerves avec tes « Madame » ! C’est toujours Léa…
— Alors bonne soirée, Léa.

Lionel s’approche pour un baiser mais elle tourne la tête, et c’est sur sa joue que sa bouche dépose le bécot. Elle ne le regarde déjà plus, honteuse de s’être montrée faible et d’avoir ainsi cédé à ses pulsions. Ce n’est pas à lui qu’elle en veut ; si quelqu’un est à blâmer, c’est bien elle. Dans le chemin qui longe le corral d’Alizéa, le jeune homme s’enfonce dans la nuit maintenant tombée. Mon Dieu, que cette silhouette ressemble à s’y méprendre à celle d’Allan avec tellement d’années de moins ! Était-ce une raison pour se laisser tenter ainsi ?

En venant chez eux, Lionel n’aurait jamais cru que cela se passerait de cette manière. Que cette femme est belle, et comme l’envie qu’il avait d’elle est toujours tellement présente ! Pourtant il s’est laissé aller, s’est épanché sur ce ventre doux comme un tapis de mousse des bois, tendre comme un velours. Il n’a aucun regret, et surtout pas pour cet homme qu’il ne connaît pas et qui a une chance inouïe, celle de l’avoir comme femme. Le sait-il qu’il possède le plus cher des trésors ? Enfin un soupir lui soulève la poitrine alors que, longeant la route qui mène chez sa mère, il entraperçoit les phares de la voiture qui remonte vers le paradis qu’il vient de laisser ; de perdre aussi, du même coup.


Le moteur, bruit annonciateur du retour de son mari, alerte Léa qui sort de la salle de bain. Elle a frotté, lavé son corps tout entier comme pour chasser jusqu’au souvenir de cette étreinte furtive. Brève, mais tellement profonde, comme ces images que, malgré la douche, elle ne parvient pas à sortir de son esprit. Finalement, sa tenue est impeccable lorsqu’Allan rentre au bercail. Il trouve sa femme très en beauté, et quand il dépose un baiser sur ses lèvres, il est bien loin de s’imaginer que… et ce n’est pas elle qui va le lui raconter. Alors…

— Tu es toute belle. Y aurait-il une raison particulière ?
— Non, je voulais juste être femme pour ton retour. J’aimerais que nous retournions au village pour dîner tous les deux. Ça t’embête ?
— Non, pas du tout, mais par contre tu prends le volant ; j’ai eu une journée plutôt chargée.
— Oui, je conduis, et au retour également ; ainsi, Monseigneur, vous pourrez boire un peu plus que d’ordinaire.
— Délicate attention ! Mais pas trop : j’aimerais aussi m’occuper du paquet-cadeau qui se cache sous ces fringues affriolantes que tu as mises.
— Oh, mais je t’aiderai à le sortir de l’emballage. Je t’aime, Allan.
— Si ça pouvait être tous les soirs comme ça…
— Plains-toi ! Dis aussi que tu n’y trouves pas ton compte ? Je ne me dérobe pas si souvent. Le devoir conjugal, j’aime bien aussi.

La berline cahote un peu sur le chemin. La lumière blanche des phares celle-ci troue la nuit et balaie de ses pinceaux les bords de la route. Allan a posé sa main sur la cuisse de son chauffeur. Elle a un sourire qu’il ne voit pas très bien. Cette présence chaude la rassure. Elle aime qu’il fasse ce simple geste, qu’il vienne ainsi lui témoigner son affection. Puis comme ça, sans raison, elle revoit la scène avec le gamin. Ça ne lui procure aucun remords, juste une montée puissante d’envie entre les reins. Les doigts sur le bas noir ne bronchent pas. Inertes et chauds, ils sont là, seulement là.

Mais la chaleur de la peau ne va pas non plus que dans un sens. Allan ressent lui aussi cette sensation de douceur, encore accentuée par le nylon fin qui gaine la cuisse. Un peu d’électricité passe d’elle à lui, et ils n’ont pas fait un kilomètre que déjà quelque chose a remué dans son caleçon. La petite bête qui dormait sur le coussin de son bas-ventre enfle, se gonfle. Elle s’étire, distend le coton du boxer, prend du volume. Alors, réflexe ou intention délibérée, les doigts sur le bas se font câlins. Ils obéissent à un ordre muet venu d’un coin du crâne de l’homme qui sait bien que la femme, là à ses côtés, les laissera faire.

— Hep là ! On ne doit jamais distraire le conducteur.
— Tu trouves que c’est une distraction ? Si tu voyais l’effet que tu me fais…
— Nous allons dîner, Allan ; ensuite, il sera temps de…
— On ne sait pas : si tu me laisses trop boire, il se peut que la machinerie s’enraye.
— Ne t’inquiète donc pas, je saurai bien l’entretenir, ta chaleur animale.
— Humm, tu as donc prévu des cochonneries et des coquineries inhabituelles ? Ça risque de me plaire, cette affaire-là ! Et beaucoup, même.
— Tu imagines quoi, là, en ce moment ? Dis-le-moi, sans vraiment réfléchir. Allez, vas-y, je t’écoute.
— Ben, par exemple, retirer ta culotte pendant le repas. Ce serait bien bandant pour moi.
— Tu ne sais même pas si j’en ai une, de culotte. Hep ! Interdit d’aller vérifier avant que nous soyons arrivés.
— D’accord, je te laisse libre du moment, mais je veux voir ça. Et puis j’aimerais bien aussi que les autres, autour, en profitent un peu.
— Tu deviens cochon sur tes vieux jours ; pervers de plus en plus.
— C’est fait pour te déplaire ? Allons, avoue que juste comme moi, en ce moment, parler de cela t’émoustille plus que de raison !
— Tu verras… peut-être, si JE le veux.

La route est de plus en plus plane, et le trajet rétrécit aussi. Bientôt les premières maisons du bourg apparaissent. Les doigts n’ont plus cherché leur chemin sur la cuisse, mais leur chaleur est toujours présente. Quand le couple entre dans le restaurant – enfin, une modeste pizzeria – les quelques dîneurs qui sont déjà là tournent la tête dans un geste instinctif. La plupart des regards d’hommes se posent sur les courbes gracieuses de cette femme à la chevelure flamboyante qui vient de troubler la quiétude de la salle. Les femmes aussi surveillent du coin de l’œil cette ennemie potentielle qui arrive.

Allan tire le siège de son épouse ; elle prend place à la table. Puis il fait de même, face à elle, alors qu’un garçon zélé apporte avec moult courbettes la carte. Le choix est vite fait : une assiette de charcuteries suivie d’une escalope chasseur accompagnée de haricots beurre pour elle, de frites pour lui. Tous les deux, comme s’ils étaient seuls au monde, commencent un dîner aux allures de festin. Il admire sa manière si particulière de manier la fourchette et le couteau. Elle aime la force tranquille qui émane d’Allan.

Entre l’entrée et le plat, sans se démonter, Léa se met debout, fait le tour de la table, et sous les yeux intrigués des autres qui ne lui tournent pas le dos elle embrasse son mari puis elle regagne sa place en se déplaçant lentement. Il la suit du bout des yeux. Debout devant sa chaise qu’elle a avancée, elle remonte le bas de sa petite jupe. Se baissant un peu, elle fait descendre le long de ses longues jambes une petite boule violette et rouge. Dans sa main, l’objet alors qu’elle plie sur ses genoux, l’objet franchit l’une après l’autre les chaussures. Celles-là sont tout simplement soulevées pour l’occasion.

La minuscule chose de tissu revient dans la main de Léa qui la pose sur le devant de son assiette à l’instant précis où le serveur arrive à la table voisine. Le spectacle le surprend à tel point qu’il manque de renverser la sauce du plat qu’il s’apprête à glisser devant une dame qui n’a rien perdu du manège de sa voisine. Allan n’a pas quitté les yeux de sa femme. Une légère rougeur au front, puis sur les joues, lui montre combien elle s’est forcée pour accomplir cet acte qu’il attendait. Il se dit que Léa est bien son épouse pour la vie. Si cependant il savait… au fond du ventre de son mari, le feu vient de s’allumer.

Alors que le repas reprend ses droits, la femme qui a vu le déshabillage ne cesse de jeter des regards à la table où le couple finit son dîner. Si ces yeux-là étaient des pistolets, sûr que Léa serait morte depuis un bon moment déjà. Elle trépigne d’autant plus quand elle voit Allan qui roule le chiffon dans sa main, le porte à ses lèvres, puis le déplie comme un étendard avant de le faire disparaître dans la poche de sa chemise. Aucun des deux-là n’entend ce que dit la dame apoplectique, mais c’est sans doute mieux ainsi ; la soirée en serait peut-être gâchée.

— Un dessert, Madame ? Monsieur ? Voici la carte.
— Tu veux encore quelque chose, Léa ?
— Je vais me laisser tenter par votre café gourmand. Et toi, Allan ?
— Votre tarte maison, c’est quoi au juste ?
— Tarte aux pommes tièdes agrémentée d’une boule de glace vanille. Tout est fait maison ; un pur régal. Je vous la recommande, Monsieur.
— Bon ; eh bien, je vais suivre votre conseil. Allons-y pour une tarte maison.

L’homme sombrement vêtu ne quitte pas la silhouette de la femme assise face à l’homme qui semble être fort épris d’elle. Il a un mal fou à repartir vers le comptoir et la cuisine. Il sait bien qu’elle n’a plus rien entre les cuisses pour la protéger, qu’elle s’est elle-même débarrassée de la culotte qui s’y trouvait. Lui bande également de savoir cette chatte libre de toute entrave, et pour un serveur, c’est assez gênant. La grosse dame qui houspille son mari s’en est aperçu, et elle lorgne aussi sur sa braguette.

— Garçon ! L’addition s’il vous plaît.
— Voilà, Monsieur. J’espère que vous avez été satisfaits de nos services, Messieurs-Dames.
— Parfait ; c’était juste parfait.
— Nous espérons vous revoir bientôt dans notre établissement.

Après avoir réglé la note, ces deux-là quittent la pizzeria et remontent dans leur véhicule. Quelque part derrière une vitre, un garçon soupire, imaginant ce que la soirée réserve à ces deux tourtereaux. Une grosse dame, elle, bave devant un insignifiant mari, pestant contre une cliente inconnue. Elle rêve d’oser un jour, pour le plaisir d’un homme, retirer une pièce de vêtement aussi intime qu’un slip. Allan regarde la femme qui est à ses côtés. Bien sûr, quelques rides aux coins de ses yeux peuvent rappeler les quarante-cinq ans passés de Léa. Combien de ces marques du temps se sont-elles creusées pour lui ?

Il n’aurait jamais cru qu’elle le ferait. Que pour lui elle fasse ce genre de chose. Il plaisantait, bien sûr, quand il lui avait tout à l’heure suggéré de retirer sa lingerie. Alors, quelle preuve d’amour quand pour lui, comme si c’était naturel, elle avait glissé ses petites mains sous sa jupe, puis voir surgir de dessous la tache mauve et rouge. Il a envie d’elle depuis ce moment-là. Son sexe s’est tendu et il est resté dans cet état depuis l’incroyable instant où il a glissé dans sa poche de chemise l’objet chargé d’un érotisme ahurissant.

Alors que la voiture remonte vers leur maison, il se sent bien. Du vin, une jolie femme et son amour pour elle, l’euphorie de son désir qui se disperse dans des images plus folles les unes que les autres suffisent pour entretenir la gaule que son pantalon a du mal à cacher. Alors, comme pour l’aller, il laisse sa main se déplacer vers la cuisse au nylon attirant. Mais les doigts qui flirtent avec le bas de la jupe n’hésitent plus à se lover sur l’intérieur de celle-ci, et ils filent lentement vers le haut de l’entrejambe.

Un instant ils s’arrêtent à l’orée de la chair, juste à la fin de ce fuselage noir, s’immisçant une seconde entre lui et la peau. Léa apprécie cette visite pourtant attendue, convenue. Son pied, bien plus bas sur l’accélérateur, se relève pour que la voiture ralentisse. En même temps elle écarte les cuisses l’une de l’autre pour laisser le champ libre aux visiteurs de la nuit.

— Tu… tu me sembles bien coquin, soudain…
— Tu es désirable, et j’ai vraiment envie de toi… d’autant que je sais que tu n’as plus rien sous ta jupe.
— Tu veux que j’arrête la voiture quelque part par-là ?
— Oh non, laisse-moi juste un peu jouer, sentir, monter en toi le désir. Je veux seulement te toucher, te caresser, tout doucement.
— Humm, j’aime assez l’idée… Vas-y alors, sers-toi.
— Pour cela, tu peux me faire confiance !
— Je peux te poser une question ?
— Si tu la juges vraiment nécessaire…
— Si un jour je te trompais, que ferais-tu ?
— Tu as envisagé de coucher avec un autre ? Tu veux, ou tu l’as fait ?
— Non, je voudrais juste savoir si…
— À vrai dire, je te fais totalement confiance ; je t’aime toujours autant et je ne peux pas imaginer que… tu puisses envisager un jour de… coucher avec un autre.
— Je ne le ferai pas ; moi aussi je t’aime.

La main d’Allan est arrivée bien plus haut que la décence ne permet de le dire. Le majeur longe déjà cette fente encore à peine entrouverte. Il se frotte, roule doucement à la jointure des lèvres qui sont humides. Léa ne dit plus un mot, tentant de garder son attention pour la conduite de la berline sur la route sinueuse. Elle gémit, et son ventre lui rappelle à chaque passage du doigt que son corps réagit à ces caresses tellement ciblées. Pourtant, une petite part d’elle reste triste à l’idée de ce qu’elle a fait plus tôt dans la soirée.

La maison et son garage où enfin ils descendent du véhicule. Léa vient vers son mari, se jetant presque dans ses bras. Une poitrine solide dans laquelle un cœur bat fort, vit pour elle, elle le sent sous le tissu fin de la chemise. Quand les lèvres d’Allan viennent chercher les siennes, rien ne fait obstacle à leur réunion. Elle aime ce baiser-là. Alors elle en redemande un second, puis un autre, et en obtient toute une ribambelle. Les mains de son mari se faufilent partout où elles le peuvent. Elles s’incrustent dans la peau des cuisses pour revenir sur les seins. Ses gestes sont saccadés, enfiévrés, retrouvant avec délectation chacune des parcelles dénudées de son corps.

Maintenant, comme par magie, le torse de la jeune femme est lui aussi entièrement libéré de sa gangue textile. C’est bien vite au tour de la jupe de s’ouvrir puis de glisser en corolle sur les chevilles fines de son épouse. Et en bas, merveilleuse dans sa nudité quasi intégrale, elle lui prend le poignet, le guidant à pas précautionneux vers la porte aux traverses de bois. Sans un mot elle ouvre celle-ci, tirant l’homme vers la cabane qui abrite Alizéa.

L’animal a dressé les oreilles au bruit des deux qui arrivent. Couché sur la paille fraîche, il ne bronche pas. Sa maîtresse est là, presque intégralement nue. Allan, qui se laisse gentiment emmener vers une meule de foin qui se trouve dans un coin pas très loin du cheval, la regarde avec des yeux exorbités.

— Regarde ; regarde, Allan, comme il aime nous voir ensemble. Il est beau, mais tu l’es tellement plus…
— …
— Vous deux… vous êtes ce que j’aime le plus au monde. Fais-moi l’amour ici. Viens, j’en ai envie, je suis toute à toi. Rien qu’à toi.

Alors que l’homme entre en elle, elle jette un œil sur la bête qui n’a pas bougé, et l’espace d’une seconde, avant de ne plus savoir ce qu’elle fait, elle se dit que cet amour-là vaut bien un pieux mensonge. Dans les bras de son mari, elle se laisse aller, montant lentement vers cette spirale de la jouissance que son corps réclame, que son cœur attend. Quand elle hurle son plaisir, Alizéa, qui s’est relevé, vient simplement poser son front sur les deux corps emmêlés. Le souffle de ses naseaux parcourt le couple nu, et un baiser scelle à nouveau cet amour-là.

Au petit matin, le répondeur laisse entendre un message laconique : « Bonjour, c’est Lionel, votre voisin. Madame, Monsieur, Quatrelle est maman ! Un bien joli bébé. »