Un déjeuner perturbant

— Aïe !

Nicole entend un cri venir du bureau de son boss. Elle lève la tête, tend l'oreille. « Mais que font-ils ? »

Éléanore, la jeune avocate stagiaire, est dans le bureau de son directeur depuis maintenant plus de dix minutes. Et la porte est fermée. D'habitude, il laisse la porte de son bureau ouverte. La paroi séparant les deux bureaux est constituée de carreaux de plâtre, pas terrible pour l'insonorisation. Il suffit qu'une personne lève la voix pour qu'on l'entende ; alors un cri !

Quelques instants plus tard… un, deux gémissements traversent la paroi. Puis plus rien.

Nicole se replonge dans son travail. Directrice administratif et financier d'une importante PME, elle est efficace, s'entend très bien avec son directeur que tout le personnel de l'entreprise appelle « le boss ». À presque cinquante ans, les cheveux bruns coiffés en éternel chignon mais avec un soupçon de fantaisie que lui avait suggéré son coiffeur, elle est respectée pour son savoir-faire et son excellente communication. Pour se sortir des tracasseries administratives imposées par un État trop présent, elle a facilement obtenu l'aide d'une jeune avocate en stage dans l'entreprise. Mère de deux enfants, séparée de son mari, fervente croyante, elle ne manque pas d'assister à la messe chaque dimanche.


Quelques minutes plus tard, la stagiaire sort du bureau du boss. Soupçonneuse, Nicole remarque que la jeune avocate a le visage rouge. Éléanore lui sourit, mais ne s'attarde pas et file rejoindre son bureau.

« J'aimerais bien avoir son âge… » soupire Nicole dans un élan de nostalgie. Éléanore, tout juste 22 ans, avec déjà des formes de femme, porte une petite jupe serrée, un peu courte au goût de Nicole, les jambes gainées d'un collant noir, perchée sur de hauts escarpins, alors qu'elle-même ne porte que des chaussures à petits talons. La poitrine, bien en chair, est moulée dans un tee-shirt blanc très ajusté.

Nicole ne cherche jamais à séduire. Il lui arrive de penser au sexe, bien sûr, mais l'éducation qu'elle a reçue ne laisse pas place à ces choses-là. Réussir dans le monde professionnel, élever correctement ses enfants, voilà qui suffit à sa vie. Du moins c'est ce qu'elle tente de se persuader… car au fond d'elle, une petite voix ne manque pas de lui rappeler de temps en temps que sa vie est triste, ennuyeuse, sans surprise.

— Nicole, pouvez-vous venir un instant s'il vous plaît ?

C'est le boss, monsieur Picard, qui l'appelle.

Lorsqu'elle entre dans le bureau du boss, une odeur inhabituelle lui titille les narines. Il y fait une chaleur torride, et cette odeur rappelle celle qui règne dans une salle de réunion lorsqu'une équipe de plusieurs personnes y a passé plusieurs heures ; mais il y a quelque chose en plus dans cette odeur qu'elle n'arrive pas à déterminer.

Deux mouchoirs chiffonnés traînent sur le bureau. Le nœud de cravate du boss est défait, des taches de transpiration maculent sa chemise. Le plateau du bureau, d'habitude impeccablement rangé, est dans un état de foutoir invraisemblable, dossiers éparpillés ; une règle, un stylo et une chemise en carton jonchent le sol. Il se lève et ouvre la fenêtre pour aérer la pièce.

« Que s'est-il passé dans cette pièce ? » se demande-t-elle tandis que son directeur lui tend les papiers qu'il a signés. Elle n'est pas idiote ; elle se doute bien qu'il s'est passé quelque chose de pas très net. Intriguée, suspicieuse même, elle est terriblement mal à l'aise. Et cette odeur entêtante qui lui rappelle bien quelque chose – mais quoi exactement ? – elle n'arrive pas à l'identifier.

La nuit suivante, Nicole se réveille vers deux heures du matin, en nage. Elle découvre sa culotte inondée ; une tache orne les draps à l'endroit où reposaient ses hanches. Elle se souvient d'un rêve érotique qu'elle vient d'avoir, un rêve dans lequel un événement obscène se produisait… Ça lui arrive de temps en temps, en se demandant à chaque fois d'où peuvent bien venir ces rêves stupides où elle se trouve dans des situations qu'elle juge dégradantes. Pour chasser ce souvenir dont elle a un peu honte, elle se lève pour changer de culotte et étendre une serviette éponge propre dans ses draps avant de se recoucher.

Le lendemain, en milieu de matinée, Nicole veut en avoir le cœur net. Elle saisit son combiné téléphonique et appelle la jeune stagiaire :

— Éléanore, j'aimerais déjeuner avec vous. Êtes-vous disponible ce midi ?
— Bien sûr, Madame Pavin, avec plaisir. Nous nous retrouvons à la cafétéria à 12 h 30 ?
— Non, allons déjeuner dehors dans un petit restaurant ; je vous invite.
— C'est sympa de votre part ! Merci, Madame.
— Appelez-moi Nicole, vous voulez bien ?
— D'accord Mada… euh, Nicole.
— À tout à l'heure. Rendez-vous dans mon bureau ; nous partirons ensemble.

Une heure plus tard, les deux femmes sont assises dans une brasserie, autour d'une table située contre une baie vitrée.

— Oh, il y a des langoustines fraîches dans la carte : j'adore. Et si nous en commandions ?
— D'accord, réplique Nicole, excellente idée : moi aussi je les aime beaucoup.

La commande passée, Éléanore demande :

— Pourrais-je prendre un apéritif, s'il vous plaît ?
— Si cela vous fait plaisir, oui, bien sûr, mais nous allons être pompettes !
Nous allons être… Alors vous aussi vous en prenez un pour m'accompagner ?
— Euh… eh bien… oui, pourquoi pas ?

Nicole commande deux kirs royaux. Après trois gorgées qu'elle avale rapidement pour se donner du courage, Nicole décide d'attaquer Éléanore sur le sujet qui la préoccupe.

— Éléanore, hier après-midi, quand vous étiez avec monsieur Picard, je vous ai entendue crier…
— Oh… vous m'avez entendue ? dit la jeune femme en rougissant. Je me doutais bien que c'était dangereux.
— « Dangereux !? » Mais qu'est-ce qui était dangereux ?
— Eh bien…

Éléanore saisit sa flûte, la porte à ses lèvres, regarde Nicole en affichant un demi-sourire puis, baissant les yeux, elle lui demande :

— Vous me promettez de ne rien dire ?
— …
— Il… il m'a donné la fessée.
— Quoi ? Il vous a donné la fessée ? Mais… c'est horrible, il faut porter plainte !
— Surtout pas, réplique Éléanore. Je l'avais bien cherché ; et puis c'était… bon.
— Comment… « bon » ?
— Il ne m'a pas vraiment fait mal, et puis il a ensuite été très doux, si vous voyez ce que je veux dire… Il m'a couchée sur ses cuisses, relevé ma jupe, descendu mon collant à mi-cuisses, et il m'a…

Nicole se redresse, lève les yeux au ciel. « Mon Dieu… Elle a reçu une fessée du boss, dans son bureau, et elle a aimé ça… Elle est complètement folle ! » Déboussolée par ce qu'elle vient d'entendre, elle se rue sur sa flûte et l'avale d'un seul trait. Avant qu'elle ne puisse répliquer, le serveur apporte un grand plat de langoustines grillées à la plancha.

Éléanore, se rendant compte du trouble de Nicole – et contente de son petit effet – décide d'en rajouter :

— Nicole, il faut que je vous dise… le boss, il a une idée géniale dont il m'a fait part : vous avez vu le film La journée de la jupe ? Eh bien, il pense qu'instituer un « Porte-jarretelles day » pour les femmes serait une très bonne chose pour l'entreprise. Cette fameuse journée serait obligatoire une fois par semaine. La productivité s'en trouverait grandement améliorée car, à son avis, les femmes, se sentant désirées, viendraient travailler avec le sourire. Quant aux hommes, découvrir la marque d'une jarretelle sous une jupe serrée les ferait arriver plus tôt et partir plus tard. Malheureusement, la loi française est tellement restrictive qu'il est impossible de mettre en place un tel article dans la section « comportement » du règlement intérieur.

Nicole est effarée… Comment un directeur de société, au comportement impeccable envers son personnel, peut avoir une idée… tellement perverse ?!

— Mais… c'est épouvantable ! Le lieu de travail ne peut pas être un endroit où les femmes devraient être vêtues comme… comme des…

Éléanore éclate de rire :

— Voyons, Nicole, être en bas et porte-jarretelles ne signifie pas être une pute. C'est très chic ; et puis, aujourd'hui, ce genre de dessous est à la mode. Vous n'en portez jamais ?

Nicole réplique en rougissant :

— Oh non, voyons ! Je ne suis pas une…
— Une salope ?
— Non, bien sûr. Je ne suis pas ce genre de femme ; c'est une tenue de p… enfin, je veux dire, pour… mettre un homme dans son lit !
— Vous n'aimez pas les hommes ?
— …

Nicole se replonge en silence dans son assiette, arrachant une patte de langoustine, la brisant pour en extraire la chair blanche. La tenant délicatement entre deux doigts, elle la porte à sa bouche et la suce. Levant les yeux, elle voit Éléanore la fixer d'un regard brillant. Se rendant compte que son geste peut paraître obscène, elle rougit encore, mal à l'aise, se dandinant sur son siège. « Mon Dieu, cette conversation est vraiment inconvenante… »

— Vous n'aimez pas les hommes ? Peut-être préférez-vous les femmes ? insiste Éléanore.

Tentant de reprendre son self-control, Nicole réplique un peu sèchement :

— Quand un homme me parle, je veux qu'il me regarde dans les yeux, et non pas qu'il ait le regard rivé sur mes jambes ou mes seins.
— Vous êtes toujours en pantalon large, avec un pull ou une tunique qui flotte sur votre torse et des chaussures à petits talons. Vous avez pourtant un joli visage ; ce collier de perles vous va bien, vos ongles sont peints, vos seins sont semble-t-il plutôt gros…

Quelques secondes de silence pendant lesquelles Nicole regarde son assiette, puis Éléanore reprend :

— Vous devriez être fière de votre corps, le valoriser en portant des vêtements plus appropriés, comme par exemple des escarpins aux talons de huit centimètres pour commencer, une jupe plus courte et moulante, comme moi…
— Mais… Éléanore, voyons… Pour être respectée, je me dois d'avoir une allure très professionnelle. Je veux que l'on regarde mon visage au lieu de ma poitrine ou… mon derrière !
— Nicole, ne suis-je pas, moi-même, professionnelle ? Vous n'êtes pas satisfaite de mon travail ?
— Si, bien sûr ; vous êtes très efficace pour une stagiaire.
— Merci, Nicole, mais vous devriez être plus féminine : être vêtue comme une femme séduisante n'empêchera pas que vous soyez respectée.
— Bien… euh… terminons ces langoustines.

Nicole prend maintenant garde à ne plus lécher ses doigts ni les pinces du crustacé. « Plus de gestes obscènes ; je dois faire plus attention. »

La tête lui tourne un peu ; elle a l'impression de flotter. Les deux verres de vin blanc, le sujet de leur conversation, le regard de cette stagiaire effrontée, tout contribue à la troubler. Bien qu'elle s'en défende, elle ne peut s'empêcher de s'imaginer en bas, porte-jarretelles et talons aiguilles au bureau.
Éléanore a bien senti le trouble de Nicole ; alors, par jeu, elle décide de poursuivre sa provocation :

— Nicole, je peux vous dire un secret ?

« Mon Dieu, que va-t-elle encore bien pouvoir me raconter ? » se demande Nicole avant de répondre :

— Oui, euh… je ne sais pas.
— Vous me promettez de le garder pour vous, de ne jamais le raconter à qui que ce soit ?
— … Promis, juré ! réplique Nicole, de plus en plus inquiète de ce qu'elle va entendre.
— Quand le directeur m'a couchée sur ses genoux pour me fesser, j'ai…
— Éléanore ! Vous n'allez pas recommencer ! lance Nicole en criant presque.

Malgré le brouhaha qui règne dans la salle du restaurant, des têtes se tournent dans leur direction. Nicole, réalisant qu'elle a parlé trop fort, rougit violemment en rentrant les épaules.

— Je disais donc : quand il m'a couchée sur ses genoux, j'ai vu sur l'écran de son PC… des photos ; des photos de femmes, habillées des pieds à la tête, mais la jupe relevée, en bas et porte-jarretelles. Toutes les photos étaient du même genre : des femmes mûres, les jambes couvertes de bas nylon style vintage, le chemisier ou la veste de tailleur entrouverts laissant voir les seins. Et ça m'a excitée encore plus !

Nicole ouvre la bouche, effarée par ce qu'elle vient d'entendre ; elle baisse la tête, plonge le regard dans son assiette. Son boss est donc un pervers ! L'homme avec qui elle travaille depuis maintenant six ans, qu'elle croyait bien connaître, qui a toujours été correct, presque affable, est un dévergondé !

— Nicole, dit doucement Éléanore, vous êtes choquée ?

Choquée est un faible mot : elle se sent mal à l'aise. « Cette petite salope… » Le mot « salope » vient de traverser son esprit. Effarée par la tournure qu'a prise cette conversation, elle sent sa culotte coller à son sexe. « Mon Dieu, faite qu'elle se taise… » se lamente intérieurement Nicole qui ne sait plus où se mettre. Pour se donner une contenance, elle saisit encore son verre et avale deux gorgées de vin. Une bouffée de transpiration mouille son chemisier qui colle au dossier de la chaise.

— Voulez-vous savoir pourquoi il m'a donné la fessée ?
— Oui… euh, non, je ne veux surtout pas le savoir !
— Eh bien, je vais vous le dire quand même.

Les yeux rivés dans ceux de Nicole, elle explique :

— Tout simplement parce que ce jour-là je portais un collant au lieu de bas. Il m'a punie, et… j'ai adoré ça.
— Éléanore ! Enfin, quand même ! s'exclame Nicole. Vous n'allez pas me dire… qu'il vous a fessée parce que vous portiez un collant au lieu d'un… porte-jarretelles.
— Ben si, mais c'était un collant fin sans renfort au niveau de la chatte, et je n'avais pas de culotte.
— Éléanore, vous… Mais enfin, comment parlez-vous ?
— Quoi donc, le mot « chatte » ? C'est tout de même plus joli et excitant à dire que « vulve ». D'ailleurs, le directeur aime bien dire que ma chatte lui plaît. Il me reproche de l'avoir trop épilée : il voudrait que je laisse pousser mes poils.

Nicole n'en peut plus ; la conversation prend une tournure totalement obscène, plus que déplacée ! « Ce sont deux pervers, deux obsédés ! Cette petite salope ! Mon Dieu, encore ce mot, “ salope ”… Pourquoi me vient-il toujours à l'esprit ? »

Le serveur approche, retire les assiettes vides et leur tend la carte des desserts.

— Oh chic, un banana split : j'en veux un ! s'exclame Éléanore.

Nicole voudrait être aussi folle que ne l'est la jeune stagiaire ; mais comment l'être ? Plus de vingt ans les séparent, et leur personnalité est si… différente !

Malgré leur conversation scandaleuse, bien qu'elle soit choquée par les termes employés par Éléanore, Nicole a maintenant envie que cela continue : les mots utilisés par Éléanore, les verres de vin… des images dansent devant ses yeux, des images obscènes représentant la jeune femme couchée sur les cuisses de son boss, les fesses à l'air. Nicole a l'impression de littéralement flotter. La tête lui tourne un peu, les joues lui brûlent.

Quelques minutes plus tard, le serveur leur apporte les desserts. Nicole, qui avait commandé un café, découvre le contenu de l'assiette d'Éléanore. Elle aurait dû s'en douter : ce dessert est une banane entourée de deux boules de glace, recouvertes de crème chantilly ! Éléanore remarque le trouble de Nicole. La regardant fixement, elle lui dit :

— Le directeur a une belle bite, comme cette banane, avec deux grosses couilles.
— Mon Dieu, vous êtes folle ! Comment pouvez-vous dire une chose pareille ? Si… mon Dieu, vulgaire ! Et puis d'abord, comment savez-vous ça ?
— Mais non, je blague ! Et puis ce n'est pas vulgaire de dire le mot « bite », mais obscène.

Éléanore éclate de rire et se rue sur son dessert. Après quelques bouchées, elle reprend en insistant :

— Nicole, permettez-moi de vous dire que vous êtes vraiment trop coincée. Êtes-vous heureuse ?
— Quelle question… Eh bien oui, mais… je suis débordée par le travail et l'éducation de mes deux enfants. Pourtant, si vous voulez savoir, j'avoue m'ennuyer un peu.
— Vous devriez prendre du temps pour vous, pour vous amuser. Voulez-vous que je…

Nicole l'interrompt :

— Il est temps de retourner au bureau. Je vais aux toilettes une minute, et nous y allons.

Elle éprouve un besoin urgent d'uriner. Elle file aux toilettes, avec la désagréable impression que toute la salle a les yeux rivés sur son corps. Baissant son pantalon pour s'asseoir sur la cuvette, elle comprend pourquoi la culotte colle à sa vulve : elle est trempée ! « Mon Dieu, c'est cette conversation ; tous ces mots que cette petite salope… une… salope… J'ai… j'ai besoin de… de me toucher ! »

Assise sur le siège, le dos cambré, en nage malgré la fraîcheur du lieu, elle glisse une main vers sa chatte et se masturbe furieusement. Il lui faut à peine trente secondes pour qu'une jouissance fulgurante la laisse pantoise dans cette enceinte cloisonnée.