Allô ma belle !

« La bouche à demi ouverte sur des dents de carnassier, il ressemble à un loup. » Voilà à quoi songe Laure. Ce type, un gamin qui doit avoir dix ou douze ans de moins qu'elle, bave devant la femme de quarante-trois hivers. De grands yeux noisette, une coupe de cheveux rase comme les jeunes aiment en porter de nos jours et une gouaille à faire mourir de honte un concierge, ça, c'est Renaud. Il a suivi la brune sur tout le parcours du marché, et quand elle est venue se réchauffer au Café de la Place, il n'a rien trouvé de mieux que de venir s'asseoir à ses côtés.

Renaud est le fils de ses plus proches voisins. Mais c'est vrai qu'il a bien grandi, poussé comme une plante mal domestiquée. Ses parents ne se préoccupent guère de lui et ses fréquentations sont parfois plus que douteuses. Les gens qui viennent de le rejoindre ne sont pas vraiment ce qu'on peut appeler la crème des jeunes du village, mais Laure ne cherche pas vraiment à discuter avec lui, et eux par extension. Cependant, seule, elle se sent soudain devenir toute petite quand l'un d'eux l'interpelle :

— T'es trop belle ! Tu dois être bonne au lit. C'est quoi ton nom ?
— Tu pourrais avoir un peu de respect ! Je pourrais être ta mère.
— Ben… non, si j'avais une mère comme toi, je la baiserais soir et matin. Tu n'as pas envie de passer un moment avec moi ? Ou avec nous si tu préfères. Un gang-bang non, ça te dirait pas ?
— Ça suffit ! Allez jouer ailleurs, vous voulez bien ! Je n'ai pas envie d'en entendre plus.
— Tu la connais cette pouffe, Renaud ? Elle est trop bonne ! Sûr que si elle baise…
— C'est ma voisine. Mais elle a déjà un mâle, un pote de mes vieux.
— Eh bien, question respect pour tes parents, chapeau ! Alors je comprends que tu n'en aies pour personne.
— Calme-toi, la rombière. Tu veux vraiment pas que nous allions faire un tour chez toi ? On aime baiser, nous. Pas toi ?
— Tout d'abord, je ne « baise » pas, comme vous dites, et puis j'ai déjà un mari, alors pas besoin de gamins pour me parler comme ça !
— Allez, sois pas farouche, la greluche… Renaud, tu nous montres le chemin ? On va raccompagner madame.
— Laissez tomber. Son mec est avocat ou un truc du genre, et on aurait des emmerdes.
— Tu as peur, mec ? Faut pas. Tu sais, je suis sûr qu'elle couinerait comme jamais, cette belle cochonne.
— Arrête, Jules ! Laisse tomber, je n'ai pas envie de me retrouver chez les keufs.
— T'as de la chance, mamie… mais tu ne perds rien pour attendre.

Le grand type semble un peu plus âgé que les trois autres et il est menaçant. Enfin, ici Laure sait bien qu'elle ne risque pas grand-chose, mais il lui faut rentrer chez elle, et c'est à trois bons kilomètres à pied. Une sorte de regret d'être venue sans voiture, juste pour se dégourdir les gambettes, traverse son regard d'un bleu sans nuages. Ce gaillard-là est bien capable de… Elle chasse d'un geste de la main cette pensée idiote.


Gaby est parti pour six jours, et Laure, qui rentre chez elle, se retourne fréquemment au moindre petit bruit. Ce con lui a collé la trouille et elle ne se sent pas tranquille. Alors quand elle parvient enfin chez elle, c'est avec soulagement qu'elle s'enferme dans la maison. Ici, au moins personne ne viendra la déranger. Machinalement elle prépare son repas et, solitaire, déjeune en tête-à-tête avec la télé. Gabriel, son mari, est bien loin d'elle et elle songe avec nostalgie que s'il était là, le temps gris de cet après-midi se prêterait bien à des fantaisies conjugales.

Ce n'est que le deuxième jour, mais il lui manque déjà. Les propos de ce jeune crétin lui reviennent en tête et elle en attrape la chair de poule. Les frissons qu'elle a sont autant de peur que de froid. Elle s'étend sur son canapé et s'enroule dans un plaid. Le feu dans la cheminée ronronne, l'inondant enfin de sa chaleur douce. Une envie de dormir l'étreint. Ses paupières se font lourdes et elle finit par sombrer dans une sorte de semi-coma peuplé de mains qui la persécutent, de garçons sans visage qui tentent de la caresser.

Finalement, c'est le téléphone qui la ramène aux réalités quotidiennes, et son éveil est douloureux.

— Allô ?
— Laure… toi et notre maison, vous me manquez.
— Oh, Gaby… ça se passe bien ton séminaire ?
— Oui. Mais toi, tu as une petite voix.
— Je m'étais assoupie et je cauchemardais gentiment.
— Ah ! Rien de grave, j'espère.
— Non, juste cette solitude qui me pèse déjà ; en plus, il fait frisquet chez nous.
— Tu as fait du feu ?
— Oh que oui ! Je suis sur notre canapé et bien installée.
— Hum, tu me donnes des idées, là !
— Ah ? Et lesquelles, Monsieur mon homme ?
— Je te laisse imaginer…
— Ah non ! Tu en as trop dit, ou pas assez. Alors dis-moi maintenant : tu ne peux pas me laisser comme ça avec l'eau à la bouche.
— Seulement à la bouche ? Tu sais de quoi j'aurais envie, là ?
— Je veux te l'entendre dire… Allons, sois courageux, dis-le-moi !
— Eh bien je viendrais me glisser près de toi sur notre canapé, et mes mains…
— Oui… Que feraient-elles, tes vilaines pattes ?
— Oh, elles referaient pour notre plaisir ces chemins que tant de fois elles ont déjà parcouru, mais qu'elles ne se lasseront jamais de revisiter.
— Hum… Attends, je repousse le plaid. Vas-y, je t'écoute.

Dans l'écouteur, il lui murmure des mots d'affection. Il lui redit avec douceur comment il lui ferait l'amour, comment il la prendrait de tout son cœur et de toutes ses forces. Laure se sent mollir, et une envie partagée monte en elle. Même loin d'ici, ce bougre d'homme arrive encore à lui donner du plaisir. Ses mains caressent les endroits que d'une voix suave il lui indique vouloir ré-explorer, et elle se perd dans les méandres de son propre corps. Puis c'est à son tour de lui décrire avec précision ces endroits qu'elle aimerait bichonner de sa bouche, de ses mains, et de toutes les manières possibles.

Loins l'un de l'autre, ils parviennent quand même à assouvir leur faim, à épancher leurs désirs si violents. Alors qu'il a raccroché depuis longtemps déjà, ses menottes continuent à explorer les bas-fonds de ce ventre auquel il a mis le feu. Bon sang, si seulement il était là ! Finalement, de guerre lasse, elle parvient à glisser en elle quelques doigts qui ne tardent pas à revenir trempés de cette excursion intime.

Elle a un orgasme qui la fait frémir. Voilà, elle a joui et, ses jambes un peu lasses, elle remet une bûche dans l'insert : la chaleur doit être gardée pour sa soirée qui s'annonce bien morne. Une dînette sans grand appétit puis une douche amènent la jolie brune à l'heure de ce film qui, dans quelques minutes, va débuter. Elle a totalement oublié l'algarade du marché, et c'est en déshabillé plutôt sexy qu'elle rejoint son sofa avec un sourire. Cette maison – leur maison – est un havre de paix, et seul son mari absent marque une différence avec les soirs habituels.

Le film, tiré d'un roman d'Agatha Christie, Laure le savoure avec empressement. Les volets électriques qui se sont abaissés tous ensemble l'isolent du monde, et le vent du soir s'en trouve plus étouffé. Dehors il va faire froid, geler aussi c'est certain, alors elle regarde les flammes avec un sourire. C'est en se préparant une camomille que la sonnette de la porte la fait sursauter, lui donne des frissons. Sans hâte, elle s'approche de l'interphone.

— Oui ?
— Madame Laure… c'est Renaud.
— Oui ? Et que me veux-tu à une heure pareille ?
— Je veux m'excuser pour notre comportement de ce matin.
— C'est bon, c'est fait, tu peux aller dormir sur tes deux oreilles.
— Oh, s'il vous plaît… il n'y a personne chez moi et je n'ai pas de clés. Il fait un froid de chien, et je voudrais juste attendre mes parents au chaud.
— Je… je ne suis pas certaine que… ce soit raisonnable. Il est tard, et…
— S'il vous plaît, je vous en prie… Il gèle, et je n'ai rien sur le dos !

Laure hésite un instant et puis, sans trop savoir pourquoi, elle actionne le portail électrique. En attendant qu'il fasse les trente ou quarante mètres de la rue à la maison, elle file passer une robe de chambre. Quand il frappe de petits coups contre la porte, elle jette encore un coup d'œil par le judas, puis elle ouvre. C'est vrai qu'il est en chemise et que le temps est plutôt à la neige. Il pénètre dans l'entrée.

— Merci ! Vous êtes gentille. Vous savez, je voudrais que vous m'excusiez pour notre comportement…
— Oui, tu l'as déjà dit. Tes parents rentrent tard ?
— Je… franchement, je n'en sais rien. Nous ne sommes pas très proches, eux et moi.
— Si tu te comportes avec eux comme tu l'as fait avec moi, je peux comprendre leur position.
— Vous avez sûrement raison.
— Bon, entre et passe au salon. Il y a du feu ; au moins tu n'attraperas pas la crève.
— Merci, vous êtes… gentille.
— Tu te répètes, là. Tu veux boire quelque chose de chaud ? J'ai encore de l'eau pour une camomille ou une autre tisane ; je n'ai pas de café.
— C'est bien ; ça ira, je vous assure. Je…
— Oui ? Tu veux quelque chose ?
— Je retire mes chaussures ? Je ne voudrais pas salir votre maison.
— Ah. Attends… Tiens, voici des chaussons. Ils appartiennent à mon mari, mais…
— Ah oui, il n'est pas là, Gabriel ?
— Non.

Laure se dit d'un coup qu'elle a été trop prompte à répondre : désormais, le gamin sait qu'elle est seule. Mais bon, il n'a pas l'air aussi… méchant qu'au bar sur la place du marché. Il a passé les pantoufles et elle l'escorte vers le salon. Il s'assoit sur le canapé alors qu'elle prend place dans un fauteuil, face à lui. Elle resserre d'un cran la ceinture de sa flanelle qui masque presque tout d'elle : Renaud est plus agréable qu'au bistrot, mais on ne sait jamais… Il ne la quitte pas des yeux. Les flammes montent en crépitant dans le foyer, et le garçon semble revigoré.

— C'est beau, chez vous !

La brune se met à sourire. Il est touchant, là, sur le canapé avec les yeux qui papillonnent comme s'il allait s'endormir. Le cadre change et le jeune n'a plus rien de commun avec ce qu'elle a vu de lui dans la matinée, comme quoi les gens sont tous différents selon l'endroit et les personnes avec qui ils se trouvent.

— Tu veux que je remette la télé ?
— Faites comme vous voulez ; je ne veux pas vous ennuyer. Vous êtes… ça, c'est sûr, vous êtes gentille et tellement belle…

Elle se sent bizarre devant ces compliments de la part d'un voyou qui l'a presque… humiliée en public il y a quelques heures. Il est calme, silencieux, avec des yeux qui ne la quittent plus et elle se sent dans ses petits souliers. Si seulement Gaby était là ! Finalement, ça a beau être un gamin, il n'en est pas moins un homme jeune et il y a des regards qui ne trompent pas. Elle se sent presque vulnérable à cet instant. Elle se lève pour aller chercher à la cuisine sa tisane qui a dû suffisamment infuser, et quand elle revient, le téléphone sonne une fois encore. Sans réfléchir, elle s'empare de l'engin et la voix de son mari lui tombe directement dans l'oreille :

— Mon amour… si tu savais comme l'intermède de l'après-midi m'a mis en appétit ! J'ai encore plus envie de toi.
— …

Elle n'ose pas répondre : le garçon sur le divan pourrait suivre toute la conversation. Alors que le haut-parleur est resté enclenché, Gabriel parle normalement et sa voix est reçue aussi par l'invité surprise. Comme elle ne répond rien, intrigué, l'époux lui demande tranquillement :

— Ça va, mon cœur ? Tu n'as pas envie de moi ? Tu es toujours au salon ? Devant la télé ? Je t'imagine en déshabillé. Tu es en nuisette ?
— Ou… oui.
— Ça ne va pas ? Tu n'as pas envie de… jouer avec moi ?
— Ce n'est pas ça, mais…
— Oh, s'il te plaît, c'est déjà si difficile d'être seul ici… Laisse-moi te dire ces mots que tu adores. J'aimerais que tu me suces, là, en ce moment. Je te mettrais à genoux sur la moquette et… hum ! Ta langue sur mon gland… ce serait divin.
— Gaby…
— Oh oui, mon amour ! Qu'est-ce que j'aime ta voix quand elle se voile de la sorte… Dis-moi que tu as envie de moi, que toi aussi tu voudrais…

Sur le canapé, le jeune homme la fixe et ses mirettes ne l'abandonnent plus. Ses yeux sont brillants comme deux diamants. Naturellement, il entend ce que dit le correspondant au bout du fil. Laure ne peut plus arrêter le flot de paroles de son mari. Et l'autre qui lui sourit… Elle ne sait plus vraiment sur quel pied danser. Alors elle ne bouge pas, tétanisée, quand le garçon se lève et s'approche.

— Laisse-moi te remonter ta nuisette… Oh oui, j'imagine ton ventre nu. Tu sens mes mains ? Réponds-moi, je t'en supplie ! Dis-moi quelque chose.
— Je… je t'aime, Gabriel, mais je suis fatiguée et voudrais aller me coucher.
— Laisse-moi encore quelques minutes, mon amour, juste le temps de jouir de te savoir nue pour moi…

Et à ses côtés, Renaud qui passe ses mains sur son visage. Comment l'envoyer paître sans se trahir ? Il est certain que Gaby ne comprendrait pas, plus maintenant, qu'un autre homme soit chez lui alors qu'il… Et le gaillard qui suit les indications téléphonées… Il ouvre la robe de chambre et sa main suit le bas de la mousseline fine. Il écoute le mari qui parle, parle encore alors que sa femme a entre les cuisses une main qui n'est pas la sienne. Et les soupirs qu'elle lui renvoie, il les pense pour lui, pour ses caresses virtuelles. Une étrange atmosphère la submerge. La main du jeune est sur ses seins, et elle ne trouve pas de parade pour la repousser.

Elle tente bien de se reprendre, mais le garçon a de la force ; et puis il y a ces mots qui lui entrent dans le crâne et les doigts de ce type qui la tripotent. Elle voudrait trouver une excuse mais elle n'en a pas. Et son Gaby qui croit que les râles qu'il perçoit, c'est lui qui les provoque… Il a seulement à demi tort. Renaud a réussi à lui faire écarter les jambes, et ce salaud arrive à faire pénétrer un doigt en elle.

— J'aime quand tu vibres pour moi, mon ange. Oh, si tu voyais comme je bande ! Prends-la dans ta main…
— Humm…
— Oui, c'est ça, jouis pour moi, avec moi ! Vas-y, ma belle salope, je t'aime et j'ai envie de toi. Attends que je rentre et tu vas voir…

La brune halète sous les doigts qui la fouillent, et les mots qui percutent son esprit ne sont pas pour arranger les choses. L'autre se frotte contre sa cuisse et elle sent cette queue qui tressaille, emprisonnée dans un jean délavé. C'est dingue comme situation ; et dire que c'est elle qui a fait entrer le loup dans la bergerie… Il sort cette trique et lui guide le poignet vers la tige chaude. Comment repousser la bite alors que son Gaby la pense seule ? Dire un mot serait se trahir, et Dieu seul sait comment finirait cette affaire.

Il s'est encore – comme si c'était possible – rapproché, et la verge se colle à la chatte qu'elle défend de moins en moins violemment. Cette fois sa chair est faible et elle sent bien qu'elle va lâcher la rampe. Mais c'est tout juste si ce n'est pas elle qui… oui, elle qui ouvre les cuisses pour qu'il atteigne la cible. Et son mari qui, d'une voix qu'elle saurait reconnaître entre mille, halète comme s'il allait se répandre sur la moquette ! Mais il est à des centaines de bornes de là.

C'est fait. Ce Renaud est passé derrière elle, et les genoux fléchis il a réussi à entrer dans ce que son mari fait mouiller. Mais est-ce lui, ou bien surtout cette situation nouvelle qui lui fait cet effet ? Elle répond avec fougue aux sollicitations vocales de l'un et celles, plus physiques, du jeune. Mentalement, elle se traite de cruche, de conne, de tous les noms d'oiseaux de la Terre, mais ne fait plus rien pour échapper à cette foutue queue qui lui laboure les entrailles. Et, bien sûr, en prime elle jouit si fort que Gabriel en est satisfait et heureux.

— Je t'adore, ma salope ! Je n'aurais jamais pensé que juste avec mes mots… pas plus que je n'aurais cru que tu me ferais gicler ce soir ; tu es… unique, mon amour ! Je t'aime.
— Oh, Gaby, c'est trop fort…

Elle se laisse aller à hurler. Le téléphone lui tombe des mains, et pourtant le jeune homme continue à la pistonner. Il veut aussi sa part du gâteau, il veut aussi se vider. L'écran du portable se teinte de noir alors que le gamin devient blanc comme un linge. Ses jambes tremblotent tandis que sa semence se répand sur le cul de la belle brune. Et, bon sang, comme il aime la chatte de cette voisine si vicieuse ! Elle gagne à être connue, et il ne s'en est pas privé. Loin de là, son mari est heureux d'avoir réussi à envoyer en l'air son épouse sans la toucher, comme quoi il faut peu de choses pour rendre les gens heureux.