Il l'a complètement oubliée

Une nouvelle semaine démarre, et c'est la folie au bureau : avec le nouveau contrat signé la semaine dernière, je dois engager un nouveau collaborateur, trop de boulot sinon. À peine quelques heures après mon annonce je reçois déjà des candidatures. Les premiers entretiens sont donc prévus.

Malgré ma fatigue de ce lundi, je ne résiste pas à la tentation de parler à Maëlle. Ce soir, nous reprenons nos échanges mais pas de webcam, juste une simple conversation. Elle ne l'a pas proposé, alors je ne vais pas l'y pousser, bien au contraire. Il ne manquerait plus que ça que je le lui réclame ! Et puis c'est toujours agréable de discuter d'autre chose que de sa poitrine. Une nouvelle fois, notre conversation nous amène sur le sujet de la musique, ce qui entraîne un débat houleux.

« Mais non, tu ne peux pas dire ça ! Les Sauvages Macaques sont la quintessence du punk rock français. »
« Deux minutes, je reviens, je vais aux toilettes. »
« OK, leur dernier album est plus grand public. Oui, il est plus abordable pour le néophyte, mais je ne peux pas te laisser dire que les SM sont devenus commerciaux et sans âme. Leur esprit est toujours là ; ils s'amusent encore avec les codes du genre avec brio et cet humour qui les caractérise tant. Non, vraiment, ils sont toujours au top. Leur album « Parle à ma main » est loin de n'être qu'un album calibré pour la radio et sans grand intérêt, comme tu me l'as décrit. Leur chanson « Gaulois réfractaire » est géniale, et leur reprise du chœur des Bohémiennes de La Traviata à la sauce punk rock est dantesque ! »

— Papa, qu'est-ce que tu fais ?

Je sursaute comme si on m'avait planté d'un coup sec un clou dans le cul ! Maëlle est derrière moi. Je me suis laissé surprendre comme un con. Vite, je ferme ma page avant qu'elle ne se rende compte de quelque chose.

— Tu étais sur Twibook ? écarquille-t-elle les yeux. Depuis quand tu as Twibook, toi ?

Et merde, trop tard ! Ce n'est pas bon signe du tout.

— Pas longtemps ; c'était juste pour voir ce que c'était, tenté-je.
— J'espère que tu ne comptais pas me demander en amie ? Parce que c'est mort. Ce que je raconte là-bas, c'est ma vie privée, et j'aimerais que tu respectes ça.
— Euh… d'accord, ma chérie, comme tu veux…

Elle me regarde d'un œil suspicieux tentant de me percer à jour. Je ne sais plus où me mettre ; j'ai peur d'affronter son regard et qu'elle ne comprenne la vérité. Si c'était le cas, je suis mal, très mal. D'un seul coup, son visage se décompose et blanchit. Vient-elle de faire le lien ? Merde, merde, merde ! Je lui demande un « Ça va ? » Elle me baragouine quelque chose et s'enfuit presque en courant. C'est la catastrophe : à tous les coups elle se doute de quelque chose. Quel con je suis !

Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Pourquoi me suis-je laissé surprendre ? Je remonte le fil de la conversation et tombe sur son « Deux minutes, je reviens, je vais aux toilettes. » Merde, trop occupé à taper mon message, je n'ai pas fait attention au sien. Je ne sais plus quoi faire. Peut-être devrais-je aller la voir et expliquer ma démarche. Oui, mais comment vais-je me justifier de l'avoir matée se caresser les seins ? C'est vraiment une catastrophe ! Avec encore un maigre espoir de me tromper, je rouvre ma page Twibook en attendant sa réaction.

« Je viens de surprendre mon père sur Twibook. »

Ah ? Elle ne m'accuse de rien pour le moment. Ai-je fait une erreur en supposant avoir été découvert ?

« Et ? »
« Ben, il s'est empressé de fermer sa page quand il m'a entendue, et il avait l'air grave gêné. »
« Que penses-tu qu'il faisait ? »
« J'ai vu une page de discussion. Il était avec quelqu'un, très probablement une femme. »
« Est-ce un crime ? »

Elle attend un bon moment avant d'écrire :

« Non, mais comment peut-il faire ça à ma mère ? Il salit sa mémoire. »
« Comment ça ? Je ne comprends pas. »
« Je veux dire, il l'a complètement oubliée. Elle est morte, et il agit comme si elle n'avait jamais existé. »
« Mais non, ce n'est pas parce qu'il fréquente une autre femme qu'il l'a oubliée. Comment diable pourrait-il oublier la femme de sa vie avec qui il a eu une magnifique fille ? »
« Et pourtant il l'a oubliée, j'en suis sûre. Nous partions toujours camper avec ma mère pour son anniversaire, et pour honorer sa mémoire nous avons prolongé la tradition après sa mort. Sauf que nous ne l'avons fait que les deux années qui ont suivi. Après ça, mon père n'en avait plus rien à faire. Et maintenant le voilà qui va voir ailleurs. »

Oui, je me souviens. La dernière année où nous avons campé, nous avons pété sa toile de tente. L'année suivante, je voulais lui en racheter une autre, mais pris par mon boulot, je n'ai pas eu le temps de le faire. J'ai donc reporté notre camping à plus tard. Sauf que, pris par le quotidien, je n'ai jamais eu le temps de le faire. Mais merde, c'est qu'un camping ; comment peut-elle croire que j'ai oublié sa mère ? Jamais je ne le pourrai.

« Tu sais, ta mère n'aurait pas voulu que ton père reste seul. »
« Peut-être, mais elle n'est plus là pour donner son avis. Je ne veux pas qu'il insulte sa mémoire en couchant avec une pouffiasse ! »

Bon, je vois que ce n'est pas la peine d'insister. Elle est trop sur l'émotion et n'entendra aucun argument rationnel. J'ignorais que cette histoire lui pesait encore autant. Pourquoi ne m'en a-t-elle jamais parlé ? J'aurais pu au moins la rassurer.

Quoi qu'il en soit, cette histoire me travaille toute la journée du lendemain au boulot, encore sous le choc qu'elle puisse imaginer cela. D'un autre côté, je me sens coupable. J'ai le sentiment qu'elle n'a pas tout à fait tort. C'est vrai, ma douce femme nous a quittés il y a déjà longtemps, et je me rends compte que je me suis très bien adapté à vivre sans elle. Je ne me rappelle plus le son de sa voix, le goût de ses lèvres, son parfum ou la chaleur de ses paumes. Merde, j'ai laissé des souvenirs s'effacer sans m'en rendre compte. Bien sûr, il reste quand même les moments les plus forts : notre première fois, notre mariage, le jour où elle m'a annoncé qu'elle était enceinte, mais trop de choses ont déjà disparu.

En rentrant, je monte directement dans ma chambre et sors du fond de l'armoire un carton de ses affaires dont je ne me suis jamais séparé. Il y a trop longtemps qu'il croupissait ici. Les souvenirs se ravivent les uns derrière les autres en redécouvrant une photo par ci, une broche par là, ou encore une de ses lettres.

Je n'ai pas entendu Maëlle rentrer. C'est comme ça qu'elle me trouve, les larmes aux yeux devant les souvenirs de sa mère. Elle vient s'asseoir avec moi sur le lit et pose sa tête sur mon épaule avant d'attraper une des bagues de ma femme. Je lui raconte alors l'anecdote derrière ce bijou, la Saint-Valentin catastrophique quand je la lui ai offerte.

— Tu sais quoi ? Il y a bien longtemps que nous n'avons pas campé en sa mémoire, lancé-je sur un coup de tête. Son anniversaire est pour bientôt ; pourquoi n'y irions-nous pas ? Bien sûr, si cela t'intéresse toujours.
— Bien sûr, papa, j'en serais ravie. Tu veux y aller quand ?
— Ben, je crois que le mieux est ce week-end, tant qu'il fait encore beau. Après, j'ai peur que le temps se dégrade.
— OK, ça me va, je n'ai rien de prévu.
— Il faudra juste que je te rachète une tente.
— Pas la peine : nous utiliserons la vôtre. Après tout, elle est pour deux personnes.

C'est ainsi que notre week-end est programmé. Il me fallait faire quelque chose pour rassurer ma fille sur les sentiments que je porte encore à sa défunte mère, alors rien de mieux que d'aller camper comme nous faisions jadis. J'espère juste qu'elle ne fera pas le lien avec la conversation avec son admirateur.


La semaine passe à une vitesse folle. C'est la folie au bureau. Je reçois les premiers candidats pour le poste à pourvoir. Aucun ne se démarque vraiment, à part une brune à lunettes, la quarantaine, mariée, deux enfants, qui semble n'avoir pas tout à fait les bonnes compétences mais fait preuve d'un enthousiasme rafraîchissant. Très bien, c'est elle que je choisis. En plus, elle est disponible dès la semaine prochaine.

En tant qu'admirateur secret, je fais tout pour que mes conversations avec Maëlle ne dérapent pas trop vers le sexe. Dès qu'un sujet un peu tendancieux se présente, je m'efforce d'en changer. L'incident du week-end était pure folie ; il ne faut pas qu'il se reproduise… ou le moins possible. Ma stratégie se révèle plutôt efficace, sauf le jeudi où Maëlle m'apparaît vraiment très excitée sur l'écran. Impossible de la dissuader de se caresser la poitrine devant la cam, show qui ne me laisse une nouvelle fois pas indifférent. Pour éviter de me faire de nouveau surprendre comme ce lundi, je m'installe maintenant dans ma chambre et j'utilise mon ordinateur portable. C'est moins risqué ainsi.


C'est un petit lac pas très loin du village de Solérèse où nous allons camper. Nous l'avons découvert par hasard avec mon épouse étant jeunes lors d'une balade dans les bois. Il est parfait pour un week-end au calme ; le cadre est très agréable, l'eau est pure, et l'endroit très peu fréquenté. Il faut vraiment le connaître pour le trouver.

Je m'emmêle comme d'habitude dans le montage de la tente et commence à râler ; Maëlle se moque. Elle finit par me proposer de la terminer toute seule. J'acquiesce, m'assois sur une pierre, une bière à la main, pour l'observer terminer l'ouvrage bien mieux que moi. Je n'ai jamais eu la patience d'aller jusqu'au bout, comme aujourd'hui avec Maëlle ; c'est toujours ma femme qui finissait de monter la tente. Je souris à ce souvenir.

C'est samedi midi, et nous pique-niquons sous un ciel des plus agréables. Le soleil brille fort, et à travers mes lunettes d'été j'observe mon magnifique petit ange dans une robe blanche légère sourire et rire aux éclats. Mon cœur de père se remplit une nouvelle fois de fierté. Elle est vraiment très belle, encore plus que ne l'était sa mère.

L'après-midi commence doucement. Il est temps de profiter de l'eau et du soleil. Je suis le premier à me mettre en maillot de bain. Peu de temps après, c'est Maëlle qui sort de la tente dans un magnifique bikini qui met parfaitement ses formes en valeur. Mon Dieu, qu'elle est sexy ! Mes yeux restent bloqués trop longtemps sur elle à mon goût et je dois faire un effort monstrueux pour détourner mon regard.

— Papa, peux-tu me mettre de la crème solaire dans le dos, s'il te plaît ?

J'accepte en ravalant ma salive. Elle s'assoit devant moi et prend un bouquin en main tandis que je lui verse une épaisse crème blanche dans le dos. Mes mains sont presque tremblantes au moment où elles se posent sur elle. « Merde, qu'est-ce qu'il m'arrive, à la fin ? Reprends-toi, imbécile ! C'est ta fille, et tu ne fais que lui étaler ta cr… de la crème ! » Je respire en grand coup et me concentre sur la tâche. La douceur et la chaleur de sa peau sont très agréables et je me laisse aller à profiter plus que nécessaire de ce contact. Je me retrouve à m'attarder trop longtemps sur le bas de ses reins ou les côtés de son buste, à quelques centimètres de ses seins, ses magnifiques seins que je m'imagine d'un coup empoigner ! « Tsss, chasse cette stupide idée de ta tête ! » Je crois que les exhibitions de ma fille sur Twibook m'ont fait perdre la tête.

En tout cas mon attitude ne semble pas déplaire à Maëlle. La voilà qui soupire d'aise. Elle trouve mes mains attrayantes. Je songe que je pourrais lui apporter bien plus de plaisir. Je la revois se caresser les seins devant sa webcam et j'imagine mes mains à la place des siennes… Je me sens raidir dans mon maillot de bain. « Non, non, non ; ça suffit, imbécile ! Tu es son père, bordel ! » Paniqué, je mets fin à notre contact et me sauve à l'eau avant d'être complètement raide. Quelques brasses, et la fraîcheur de l'eau me calme.

— Elle est bonne, ma chérie ; viens en profiter un peu !
— Merci, peut-être plus tard. Je crois que je vais essayer de bronzer un peu, j'en ai bien besoin.

Ce n'est pas étonnant, vu le temps qu'elle passe enfermée dans sa chambre. Bon, pas grave, je nagerai tout seul. Hum, que c'est agréable de pouvoir se baigner après une semaine chargée de boulot ! Bercé par les flots, j'en oublie tout ce stress et mes pensées obscènes envers ma fille. Bon, je commence à me fatiguer un peu, je crois que je vais faire une pause. Et puis la crise est passée, et l'érection avec elle. Je ne risque plus rien.

— Papa… me coupe Maëlle alors que je m'apprête à sortir de l'eau.
— Oui ?

Elle a le regard fuyant et rougit comme une tomate.

— C'est que… euh… tu sais, avec le maillot, ça fait des traces… pour le bronzage. C'est moche. Je me demandais si ça te dérangerait si j'enlevais mon haut…
— Oh… bien sûr que non. Nous sommes entre nous. Fais comme tu veux.

Il faut que je retienne l'émotion qui enflamme mon ventre. Ma fille chérie se met seins nus devant moi, elle qui se montre super pudique avec moi depuis des années. Comme un con, mon regard se retrouve braqué sur sa poitrine, et toutes les images de nos séances cam me reviennent en tête. Ça se tend de nouveau dans mon slip ; je crois que je vais rester dans l'eau plus longtemps. Fort heureusement, gênée par la situation, elle n'ose pas me regarder en face, ne s'apercevant pas de mon trouble.

« Bon, respire ! C'est ta fille, putain, et ce ne sont que deux vulgaires amas de chair sans intérêt. Pas de quoi s'emporter… Oui, c'est ça : deux amas de chair parfaitement dessinés, d'un volume appétissant, et d'une fermeté sûrement très appréciable sous les doigts. » Merde, je déconne vraiment. J'inspire un grand coup et plonge la tête sous l'eau. Ce week-end de camping risque d'être compliqué !