Le voyage en train

Les grandes vacances venaient de commencer ; j'avais terminé la « petite école » (le terme « école maternelle » n'est venu que plus tard), et à la prochaine rentrée j'irais à la « grande école » (l'école primaire). C'est donc tôt le matin de cette première journée du mois de juillet que nous marchions en direction de la gare du village.

Chacun portait un bagage. Ma mère une grosse valise d'un côté et un sac aussi gros dans l'autre main. Mes deux grandes sœurs avaient leurs valises, et en les regardant on aurait pu croire qu'elle repartaient au pensionnat avec leurs jupes plissées bleu marine. Mes deux autres sœurs, plus jeunes, portaient des sacs plus petits, plus légers, tandis que moi je n'avais qu'un sac à dos, mais c'était important puisque je transportais les sandwichs que nous allions manger pendant le voyage.

Mon père, chauffeur routier, viendrait nous rejoindre et passer quelques jours avec nous un peu plus tard. Quant à ma sœur aînée, elle ne serait pas du voyage car elle travaillait depuis peu à la perception ; et puis il fallait bien quelqu'un pour s'occuper des chats, des poules et des lapins.

Après avoir pris les billets, nous attendions sur le quai l'arrivée de la « michelineAutorail léger équipé de pneus spéciaux, mis au point par la société Michelin.  », qui ne mit guère de temps à arriver ; comme il n'y avait pas grand monde, ce fut facile de trouver des places assises et de caser tous nos bagages.

L'autorail s'arrêtait dans chaque gare, et le contrôleur, ouvrant la porte de son local, annonçait à la cantonade le nom des bourgs ou des villes. Après une bonne vingtaine d'arrêts, il dit enfin : « Rennes. Terminus. Tout le monde descend ! »

La gare de Rennes me paraissait immense avec ses nombreux quais, ses trains à vapeur et tout ce bruit. Il y avait également beaucoup de monde ; l'agitation était permanente. Dès qu'un train s'arrêtait en gare avec de stridents grincements de freins, dans le vacarme des machines à vapeur les passagers montaient ou descendaient du train, des employés poussaient des chariots chargés de bagages et de sacs postaux tandis que des jeunes femmes avançaient lentement le long des wagons avec des chariots, l'une annonçant « Bières, sandwichs, vin blanc, vin rouge ! » et l'autre « Demandez les journaux de Paris… »

Parfois, des trains de marchandises passaient lentement sans s'arrêter. Je pus ainsi voir défiler le long du quai un train qui transportait une vingtaine de chars d'assaut. Dans ses wagons fermés, il y avait certainement des munitions. Un important groupe de soldats patientait en ordre avec ses bagages sur un quai qui leur semblait réservé ; il faut dire que l'époque était particulière : la situation en Algérie nécessitait – selon nos dirigeants – l'envoi de nombreux militaires, simples appelés du contingent qui n'avaient pas demandé à aller là-bas.

Nous devions donc patienter dans la salle d'attente car le train que nous devions prendre ne partirait que trois heures plus tard. Nous avons passé ce long moment à imaginer ce que l'on allait faire pendant notre séjour. Mes sœurs n'arrêtaient pas de parler ; les grandes étaient déjà allées en colonie de vacances à la mer. La mer, j'en avais juste un vague souvenir d'une excursion passée à Saint-Lunaire, avec une promenade jusqu'à la Pointe du Décollé un jour de mauvais temps.

La pause sandwichs de midi nous a occupés un instant, mais je m'ennuyais dans cet espace clos ; j'aurais mille fois préféré être sur le quai à regarder de près ces locomotives à vapeur.

Après un temps qui me parut interminable, le haut-parleur ronflant et crachotant annonça enfin que notre train était en place au quai numéro trois, où nous nous rendîmes. J'étais content de quitter la salle d'attente : j'allais enfin monter dans un vrai train, comme ceux qui me faisaient rêver. Il faut dire que souvent, dans le village, lorsqu'on voyait un train arriver au loin, on courait s'installer sur le pont qui enjambe la voie ferrée pour le regarder passer dans un mélange d'odeurs de charbon et de vapeur. Parfois le conducteur de la locomotive nous voyait et donnait quelques petits coups de sifflet.

Nous ne mîmes que guère de temps pour rejoindre ce train et nous installer. Pour moi, c'était une découverte, ce long couloir et ces compartiments aux portes coulissantes qui permettaient de s'isoler dans un espace plus calme. Je me suis assis auprès de la fenêtre. « È pericoloso sporgersi » ? Aucun risque : ma mère a refusé que l'on baisse la vitre. Je vis d'autres trains partir à côté du nôtre ; cela nous donnait l'impression de démarrer mais, déception, nous restions immobiles. Finalement, après un coup de sifflet, le convoi s'ébranla lentement, et il fallut attendre plusieurs minutes pour qu'il atteigne sa vitesse de croisière.

Je restai collé à la vitre pour voir défiler le paysage ; nous avancions beaucoup plus vite qu'avec l'autorail, ne nous arrêtant pas dans les petites gares. J'entendais la sonnerie caractéristique des passages à niveau aux barrières baissées manuellement par les gardes-barrière.

Mes sœurs m'avaient prévenu que nous traverserions deux tunnels ; je me demandais ce que ça pouvait être, mais je n'ai pas eu à attendre bien longtemps pour avoir la réponse : d'un coup, le compartiment s'est retrouvé dans le noir total avant que le plafonnier ne s'allume. Je pus voir à travers la vitre des petites étincelles rougeoyantes, sans doute des escarbilles de charbon qui s'échappaient par la cheminée de la locomotive. La traversée du tunnel dura quelques minutes, puis je retrouvai la lumière du jour avec les champs et les rivières qui défilaient sous mes yeux. Le second tunnel était un peu plus court, et ce fut identique à ce que j'avais pu voir en traversant le premier.

Le train est arrivé en gare de Vannes, un arrêt un peu plus long car il fallait sans doute remettre du charbon et de l'eau pour alimenter la machine. On y retrouvait la même agitation, mais de manière moins dense qu'à Rennes. Puis nous sommes repartis pour Auray.

À partir de là, le train devenait omnibus, s'arrêtant à toutes les gares qui longeaient la côte, passant l'isthme de Penthièvre pour arriver enfin à Quiberon, terminus de ce périple en train. Il nous fallait maintenant reprendre nos bagages pour rejoindre le port et attendre le bateau qui nous amènerait à Belle-Île-en-Mer, où nous allions passer tout le mois de juillet.


Le Guédel

Une fois sortis de la gare, nous avons tranquillement rejoint le port, comme de nombreux passagers descendus du train. Un peu de marche à pied nous dégourdissait les jambes. Parfois nous nous arrêtions pour regarder les vitrines des boutiques de souvenirs, mais ma mère nous faisait hâter le pas.

Arrivés au port largement en avance, nous nous sommes installés sur la jetée, près de l'embarcadère, regardant vers le large pour deviner l'arrivée du bateau. J'étais tellement occupé à scruter l'horizon – je ne regardais sans doute pas dans la bonne direction – que je n'attachais pas trop d'importance à l'activité de ce petit port. Nous avons profité de cette attente pour manger un peu car ma mère nous a dit qu'il valait mieux avoir le ventre plein pour naviguer : ainsi, nous serions moins sujets au mal de mer.

Tout à coup, une de mes sœurs me désigna un point blanc sur la mer et m'informa que c'était le bateau qui faisait la traversée. J'étais tellement pressé d'embarquer que j'avalai mon sandwich en quelques bouchées.

Je regardais le bateau approcher ; c'était si long que je me demandais s'il avançait ou reculait ! Finalement, après avoir émis un puissant coup de corne de brume, il franchit les jetées du port, et après plusieurs manoeuvres d'accostage il vint s'amarrer le long du quai. C'était le Guédel. Je n'avais jamais vu en vrai un aussi gros navire ; cela évoquait pour moi un réel parfum d'aventures, car jusqu'à ce jour-là mes connaissances se limitaient à ce que j'avais pu voir au cinéma de mon village, ou lire dans quelques livres.

Avant de monter à bord, il fallut attendre le débarquement des passagers et des marchandises. Plusieurs voitures qui se trouvaient dans la cale furent déchargées à l'aide de mâts de charge et d'un treuil à vapeur. Ce n'est qu'après une interminable attente que nous avons pu embarquer. Mes sœurs ont eut le droit de s'installer sur le pont passagers tandis que moi je dus rester avec ma mère dans la cabine, pouvant tout juste apercevoir la mer à travers un hublot.

Il y eut quelques coups de corne de brume ; les moteurs se mirent en marche, et petit à petit je sentis que l'on quittait le port. Au fur et à mesure que l'on s'éloignait de la côte, le bateau bougeait de plus en plus, et comme dans cette atmosphère confinée je commençais à avoir le mal de mer, il fallut quitter d'urgence la cabine pour prendre l'air à l'arrière du bateau et offrir aux poissons, dans une mer sombre et écumante, mon sandwich à peine mâché !

Après une bonne heure de traversée, le Guédel entra dans le port du Palais. Comme je me trouvais du mauvais côté, je me demandais comment on allait sortir du bateau car je ne voyais que les hauts remparts de la citadelle qui surplombait le port.

Une fois débarqués, ma mère trouva la personne qui s'occupait de la location, et c'est en taxi – une Citroën Traction Avant – que nous avons rejoint notre hébergement pour les vacances. J'ai dû m'endormir en route après cette longue journée car je n'ai aucun souvenir de notre arrivée.

Le Guédel en port de Quiberon
Le Guédel sortant du port de Quiberon

Mon quotidien bellilois

Autant j'arrive à bien visualiser l'environnement autour de notre lieu de vacances, autant je ne parviens pas à me souvenir de la maison qui avait été louée pour le mois. Nous étions installés dans un hameau situé à environ deux kilomètres du Palais. Jouxtant notre maison, il y avait une ferme avec deux chevaux de trait et des poules qui picoraient au milieu de la cour. Dans le chemin derrière, quelques maisons en ruine, inhabitées, mais tellement pratiques pour nos parties de cache-cache…

Comme il n'y avait pas l'eau courante, nous allions chercher une eau toujours fraîche et potable à une petite fontaine qui se trouvait au bord du sentier. Lors de nos remplissages de seaux on s'arrêtait immanquablement à la fermette qui se trouvait juste à côté. Je vois encore l'homme s'occuper de ses quelques vaches au retour des champs, sa femme tournant une petite baratte pour faire un excellent beurre. Je crois bien que c'est elle qui m'a fait connaître et aimer le far et les gâteaux bretons qu'elle réussissait si bien.

J'adorais ces gens simples, vivant chichement, mais qui avaient le coeur sur la main. Quand on est petit, les grandes personnes vous paraissent très vieilles ; ils étaient vite devenus un papy et une mamie, et, comme mes jeunes sœurs, je passais souvent du temps avec eux. Ils n'avaient quitté qu'une seule fois Belle-Île-en-Mer pour se rendre au grand pardon de Sainte-Anne-d'Auray (J'ai obtenu cette information bien des années plus tard, car à chaque fois que je suis revenu y passer des vacances, j'allais leur rendre une petite visite.).

Nos journées étaient bien remplies. Parfois, le matin nous allions à pied au Palais pour faire les courses, et il fallait faire un petit détour par les quais du port pour voir débarquer les premiers passagers du matin. Lorsque la mer était agitée, j'aimais discerner dans la foule les visages pâles et les mines déconfites de ceux qui avaient été malades pendant la traversée.

C'est vrai que le port était pour moi un spectacle où il se passait toujours quelque chose. Le déchargement des quelques voitures se balançant au bout du mât de charge du Guédel et l'arrivée – parfois un peu brutale – du véhicule sur le quai me fascinaient. L'autre navire assurant la liaison avec le continent, le Belle-Île, disposait d'une rampe latérale pour décharger ses véhicules. C'était moins spectaculaire, mais le débarquement d'une voiture avec une caravane nécessitait parfois de nombreuses manoeuvres. J'aurais pu rester des heures à regarder ça ; ma mère, comme mes sœurs, avaient bien du mal à m'en décoller.

Comme nous étions au bord de la mer, il fallait aller à la plage. Pour s'y rendre, nous empruntions une petite route qui passait devant la maison d'une célèbre actrice. Il nous est arrivé de l'apercevoir quelquefois dans son jardin ; mes grandes sœurs répétaient souvent la réplique qui l'avait rendue célèbre dans Hôtel du Nord. Ensuite nous suivions de petits sentiers serpentant au milieu des landes d'ajoncs, dérangeant parfois quelques lézards qui musardaient au soleil.

La plage ne me passionnait guère ; je m'y ennuyais très vite car après avoir un peu barboté dans l'eau, il fallait s'allonger sur une serviette de bain. Je trouvais cela idiot, et bien souvent je me sauvais pour escalader les rochers découverts par la marée, à la recherche de petits trous d'eau où je pouvais voir des crevettes et des petits crabes.

C'était moi qui hâtais le mouvement pour quitter la plage, ce qui faisait hurler mes sœurs. Au retour, il fallait évidemment repasser par le port, car dans le courant de l'après-midi les sardiniers, qui étaient partis durant la nuit, rentraient avec leur pêche.

Le Palais était un port de pêche actif : la flottille de pêche comprenait une majorité de sardiniers, quelques thoniers et des caseyeurs, et au moins quatre conserveries de sardines étaient en activité à cette époque. Alors c'est assis sur le quai de granit et les jambes pendantes que j'assistais au débarquement des caisses de sardines qui passaient de mains en mains, formant ainsi une chaîne jusqu'aux petits camions de l'usine. J'avais vite compris que plus il y avait de mouettes près d'un bateau, meilleure était la pêche ; alors je regardais fréquemment vers le large à la recherche d'un sardinier entouré d'une nuée de mouettes, signe de bonne pêche et d'une quantité de caisses de sardines à décharger.

C'est sous le soleil, au milieu de ces odeurs mêlées de poisson, de goudron chaud, d'algues et de sel que je dévorais des casse-croûte de pain beurré saupoudré de cacao.

J'aimais également regarder les étals des poissonniers, et comme je savais déjà lire, c'est grâce aux étiquettes que je parvins rapidement à identifier et reconnaître les diverses variétés de poissons, de crustacés et de coquillages, tous issus de la pêche locale car naturellement il n'y avait aucun produit congelé à cette époque. Je savais distinguer un merlu d'un lieu, un tourteau d'une étrille ; j'y ai vu également des homards ainsi que des araignées de mer dont j'ignorais jusque là l'existence et le goût. Ma mère aimait nous préparer ces produits frais pour que nous puissions nous régaler.

Lorsque mon père vint nous rejoindre pour passer quelques jours avec nous, nous en avons profité pour aller visiter la citadelle ainsi que les fortifications de Vauban, le petit port de Sauzon, le grand phare de Goulphar avec ses marches qui n'en finissaient pas de monter en tournant. Mais de là-haut, quel point de vue ! On ne regrettait pas d'être montés.

Nous sommes également allés visiter plusieurs lieux de la côte sauvage, où la mer bouillonnait même par temps calme. Évidemment, on me tenait par la main car il ne fallait pas que je m'approche trop au bord des falaises.

Dans le courant du mois, nous avons eu droit à une petite tempête. Ce jour-là, pas de plage. C'est donc sur les hauteurs de la pointe de Taillefer que nous scrutions vers le large pour voir venir le Guédel ballotté par les flots, plongeant dans les vagues écumantes. Il fallut, bien sûr, se rendre très vite au port pour assister au débarquement des passagers dont la tête ne laissait aucun doute sur leurs impressions de traversée !

Le soir avant de nous endormir, mes sœurs me racontaient souvent des histoires, comme la légende des menhirs Jean et Jeanne, ou encore l'histoire du phare de Kerdonis. Bien souvent, après ces journées passées au grand air, je m'endormais avant d'en avoir entendu la fin.


Messali

À environ mi-distance entre notre lieu de résidence et la ville du Palais, il y avait au bord de la route une grande villa, avec une petite guérite comme on peut en voir devant les casernes ; elle m'intriguait. Comme nous passions régulièrement devant, je vis que des CRS montaient la garde (c'est ce que l'on m'expliqua). Évidemment, je posai beaucoup de questions ; on finit par me dire qu'il s'agissait d'un homme politique algérien qui avait été placé en résidence surveillée. En tout cas, les CRS qui le gardaient paraissaient plutôt détendus ; parfois, on s'arrêtait pour leur parler.

Le matin, nous allions bien souvent au Palais pour faire les commissions, et très souvent nous arrivions au moment où monsieur Messali Hadj sortait pour aller, lui aussi, faire ses courses. C'était à chaque fois le même cérémonial. Il avançait à pied sur la route, vêtu d'une grande cape, d'une longue robe et d'un petit chapeau rouge comme on pouvait en voir sur les boîtes d'une marque de chocolat en poudre. À une dizaine de mètres derrière lui, deux CRS armés de mitraillettes ; et pour terminer cette escorte, une 4cv Renault avec d'autres CRS fermait ce cortège.

Mes grandes sœurs m'apprirent que ce petit chapeau rouge s'appelait un fez ; quant à ses autres vêtements, elles n'étaient pas d'accord : j'entendais parler de djellaba, de gandoura, de burnous, si bien que je ne sus jamais ce que c'était.

Messali me paraissait très grand. Avec sa longue barbe et ses vêtements étranges, il me faisait penser à ces personnages bibliques, à une sorte de roi mage ou de patriarche comme j'avais pu en voir sur des tableaux ou dans des livres. Je croyais que « Hadj » était son nom de famille ; mes sœurs m'expliquèrent que cette terminaison signifiait tout simplement qu'il avait fait son pèlerinage à La Mecque. C'est sans doute le fait de savoir qu'il avait voyagé très loin de par le monde qui me fascinait le plus. Je l'imaginais roi dans un pays lointain.

Plusieurs fois je me suis retrouvé à côté de lui, que ce soit dans la boulangerie ou à l'épicerie. Il me semble qu'il portait une bague avec une grosse pierre violette. Les commerçants du Palais semblaient l'apprécier et lui donnaient du « Monsieur Messali » à tout bout de champ. J'étais étonné par sa manière courtoise de parler, d'une voix calme, presque douce. M'a-t-il adressé quelques mots, offert une friandise ou embrassé ? Je ne saurais le dire, mais il est resté très présent dans ma mémoire, et j'avais bien du mal à comprendre qu'il puisse être placé en résidence surveillée.

Bien des années plus tard, à l'occasion d'un voyage en Algérie, j'ai vaguement évoqué son nom ; j'ai eu l'impression que beaucoup de gens ne savaient pas qui c'était. Cela me parut étonnant car ce fut un des premiers qui, vers 1920, avait commencé à parler d'indépendance, et c'est sa compagne qui avait assemblé les couleurs du drapeau algérien. Une sorte de silence ou d'oubli volontaire de l'Histoire de cette jeune nation ? Quoi qu'il en soit, je conserve cette image de mon enfance où je le voyais franchir les portes Bangor et Vauban en arrivant au Palais avec son bâton-canne qu'il n'utilisait pas pour s'y s'appuyer, mais pour rythmer un pas bien alerte.


Épilogue

Ce mois de juillet bien rempli s'était vite passé. Que de découvertes sur un monde que j'ignorais ! Mon horizon s'élargissait. J'aurais certainement beaucoup de choses à raconter dans mon village situé en pleine campagne avec des champs et des prés tout autour. Je me demandais même si beaucoup savaient ce qu'était la mer.

Je serais bien volontiers resté à Belle-Île sans avoir besoin d'aller à l'école ; j'étais très bien à regarder les mouvements des bateaux et le déchargement des sardines, mais pour ma mère et mes sœurs la conception de la vie était certainement différente. Il fallut donc faire les valises et les sacs. Il y avait beaucoup plus de choses à ramener qu'à l'aller, et c'est chargés comme des mulets qu'un taxi nous ramena au port pour embarquer sur le Guédel.

Je suivis avec attention le largage des amarres puis les manœuvres d'appareillage : en arrière lente pour s'éloigner du quai et de la cale, provoquant de gros remous dans le bassin du port, puis en avant lente jusqu'au franchissement des jetées, et enfin en avant toute.

À l'arrière du Guédel, je voyais Belle-Île s'éloigner peu à peu, regardant le sillage de l'eau brassée par l'hélice, appréciant le roulis et le tangage du navire. Je savais déjà que la mer et les bateaux allaient beaucoup me manquer.

Perdu dans mes pensées, je m'imaginais dans le futur :

J'ignorais ce que je ferais sur un bateau ;
Serais-je capitaine ou simple matelot ?
Mais déjà, j'en étais certain,
Un jour je serais marin.
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