(Sarah) Retrouvailles - 2

Elle est là, encore assise au pied de l’arbre, profitant de l’ombre pour lire un bouquin. Depuis la rentrée, elle reste plutôt en retrait, ne se mêle pas beaucoup aux autres. Elle a pourtant l’air sympathique. Je décide de faire connaissance et m’avance donc vers cette petite blonde.

— C’est un Scorciano que tu lis ? demandé-je.
— Euh… oui, tu connais ?
— J’ai en effet lu plusieurs de ses romans. C’est un auteur très sympathique et très humble.
— Oui, c’est vrai, ses textes sont très poétiques tout en restant simples.
— Non, je voulais dire, dans la vraie vie, il n’a pas pris la grosse tête par rapport à son succès. Il est très courtois et charmant. C’est un homme agréable à côtoyer.
— Pardon ? Tu n’vas pas me faire croire que tu le connais en personne, dit-elle, suspicieuse.
— Si, si, j’ai eu l’occasion de le rencontrer.
— Ah oui ? Et quand ?
— Je lui loue ma demeure, en fait.

Elle me regarde avec des grands yeux, reste bouche bée pendant de longues secondes puis explose de rire.

— Ha-ha, très drôle ! J’ai failli marcher.

Je rigole avec elle. Le pire, c’est que je n’ai pas menti. Nous mettons plusieurs secondes pour retrouver notre sérieux.

— Au fait, je m’appelle Sarah.
— Enchantée, me sourit-elle ; moi, c’est Aliénor.
— Je voulais te demander… Avec des copines, on organise une petite soirée entre filles ; ça te dirait de te joindre à nous ?
— Euh, oui, pourquoi pas ?
— Alors viens, je vais te présenter les autres.

Aliénor se lève, range le roman dans son sac et commence à me suivre.

— Au fait, lesquels as-tu lus ? demandé-je.
— J’ai les tous lus, j’adore cet auteur.
— Ah oui ? Tu as même lu ses romans érotiques ? C’est ceux que je préfère.
— Érotiques ? Tu te moques encore de moi, Sarah.
— Non, je te jure, c’est vrai. Il a utilisé un autre pseudonyme pour les écrire, mais c’est bien lui l’auteur. Si tu veux, je te les prêterai.
— OK, je demande à voir, fait-elle encore suspicieuse.

Je me demande quelle tête elle fera quand elle s’apercevra qu’ils sont dédicacés.


La soirée pour fêter notre retour se poursuit, et comme c’est à notre honneur, Aliénor et moi sommes très demandées. Camille, Anna et Marguerite, de notre promotion, sont très heureuses de nous savoir revenues et nous harcèlent de questions sur Prague. Beaucoup de favoris veulent aussi trinquer avec nous. J’ai hâte de retrouver nos fillots mais je me plie à leurs désirs. Il faut dire qu’avoir dirigé le club pendant un an et notre démonstration de tout à l’heure leur a mis l’eau à la bouche. Beaucoup nous draguent ouvertement mais, personnellement, il n’y qu’une personne que mon ventre réclame vraiment pour le moment. Quoique être au centre de toutes les attentions a un effet assez grisant.

Bien qu’elle joue au jeu de la séduction, Aliénor aussi ne souhaite que se retrouver avec sa fillote. Elle n’écoute les roucoulades des mecs que d’une oreille et a son regard envieux le plus souvent tourné vers Louise. Après nos derniers échanges de l’année passée, nous n’attendions que de retrouver nos fillots, ce moment avait été tellement magique… Nous en avons reparlé entre nous toute l’année, et à chaque fois une douce chaleur se réveillait au fond de mes entrailles.

Louise a été happée par sa fonction d’organisatrice de la soirée. L’alcool est apparemment interdit maintenant à l’école, sauf que certains mecs se sont permis d’en ramener plusieurs bouteilles et commencent à servir des verres à tout le monde. Louise doit donc les rappeler à l’ordre.

De son côté, Thomas est en grande discussion avec plusieurs élèves de sa promotion. Il a l’air heureux. Son bonheur me fait chaud au cœur. Je sais qu’il a dû s’éloigner du club pendant plusieurs mois ; le retrouver doit lui faire un bien fou.

Certains ont suivi l’exemple de notre séance de tout à l’heure avec Arthur. Ils ne sont pas nombreux pour le moment mais je sais que les choses évolueront rapidement dans ce sens. Certains se contentent de caresses, d’autres en sont déjà aux gâteries. C’est le cas de Miss Punk qui sirote un verre tandis que le visage de son fillot dont elle nous a tant vanté les mérites est enfoui entre ses cuisses. C’est vrai que ce Boris a l’air assez appétissant. Je me laisserais bien tenter si l’occasion s’en présentait.

En attendant, ayant repéré quelqu’un à qui je voulais parler, je quitte mes camarades de promotion et me dirige vers cette personne. Il est temps de m’assurer si elle est sincère ou si elle joue un double jeu.


Ça fait moins d’une semaine que les cours ont repris, et déjà la demoiselle s’est fait particulièrement remarquer. Tous les mecs en parlent comme d’une véritable chaudasse. Elle me volerait presque la vedette. C’est vrai que cette Élodie Dejoel est plutôt bien faite et semble n’avoir pas froid aux yeux. C’est le genre de fille qui serait parfaite au club des nymphes. Elle et moi sommes pareilles. Je pense que c’est elle que je vais choisir comme fillote, et j’en ferai mon héritière comme Émilie a fait de moi la sienne.

Profitant d’une pause entre deux cours, je l’aborde et commence à lui parler du club. Sans surprise, elle paraît tout de suite très intriguée.

— Alors c’est vrai ? se réjouit-elle. Vous organisez des orgies au sein même de l’école ?
— Bien sûr, nous ne nous imposons presque aucune limite,
tant que chacune des parties y trouve son compte. Nous nous dédions au libertinage sans aucun jugement. Nous faisons ce qui nous plaît, prenons qui nous voulons. Alors souhaites-tu adhérer à notre club ?
— Bien sûr que oui ! Quand ont lieu les soirées ?
— Avec le début d’année, le temps de tout organiser et de trouver qui veut nous rejoindre, la première soirée n’aura pas lieu tout de suite mais je te tiendrai au courant, ne t’inquiète pas. En attendant, si tu as des camarades susceptibles d’être elles aussi intéressées, n’hésite pas à m’en parler.

Et voilà, premier recrutement validé. Reste plus qu’à trouver d’autre candidates. En attendant, pourquoi ne pas tenter de faire plus ample connaissance avec elle ?

— Et sinon, comment se passe ce début d’année ? Pas trop perdue ? Si tu as des questions ou des problèmes, n’hésite pas à venir m’en parler.
— Non, aucun problème. Tout se passe bien, et il y a un tas de mecs canons dont j’aimerais bien m’occuper. Enfin, y’a juste mon boulet de frangin qui me colle tout le temps, c’est chiant !
— Ton frère ?
— Oui, Thomas. Même dans mes études il me suit à la trace. Ce crétin a voulu choisir pile la même école que moi. J’arriverai jamais à m’en débarrasser. Il est tout le temps dans mes pattes et se permet même de me reluquer. C’est un pervers incestueux.
— Attends, quoi ? A-t-il tenté quelque chose ? fais-je, surpris.
— Ha-ha, bien sûr que non, il est trop réservé pour ça mais je sais qu’il en a envie. Il n’a pas beaucoup de succès avec les filles à cause de sa timidité, alors le voilà qui se trouve à fantasmer sur sa sœur canon, c’est logique. Je le défoncerai s’il tente quoi que ce soit. Bref, tout ça pour dire qu’avoir un frère, c’est pénible. Tu dois bien le savoir !

Non, justement, je ne le sais pas. On m’a refusé cette chance. Cette conversation vient de me refroidir. Je ne comprends pas comment on peut mépriser autant son propre frère, d’autant plus qu’il semble n’avoir jamais rien fait pour lui nuire. Même si, comme elle l’affirme, il éprouve des sentiments incestueux, il ne les a probablement pas choisis. Je fais tout pour cacher le dégoût que ce discours m’a procuré. Finalement, elle et moi ne sommes pas pareilles. Elle a la famille, j’ai le sens de la famille. Je crois que je vais aller jeter un coup d’œil à ce frère qu’elle critique tant.


— Salut, Élodie, fais-je pour attirer son attention. J’ai appris pour l’accident de ton père et je suis heureuse qu’il s’en soit remis.
— Oh, merci Sarah. Merci beaucoup. Nous avons eu très peur mais tout s’est bien fini, fort heureusement. Hé ! Nous avons appris avec Thomas que tu possèdes un château ; il faudrait y organiser une fête un de ces jours ! plaisante-t-elle.
— Ha-ha ! Oui, j’en suis propriétaire mais quelqu’un d’autre y habite. Du coup, je ne peux pas y faire ce que je veux… Alors comme cela, te voilà de retour chez les nymphes ?
— En effet. Louise a eu la bonté de me permettre de revenir. Après tout ce que je lui ai fait, ce n’était pas gagné. C’est quand même admirable, non ? À sa place, je n’en aurais pas fait tant.

Avec le peu qu’il m’en a dit, Thomas croit son changement d’attitude sincère. Louise fait confiance au jugement de fillot. Pour ma part, je préfère me fier à ma propre impression. Il est vrai que d’avoir mis fin au club des sirènes plaide en sa faveur, mais sait-on jamais… Nous la pensions bien apprivoisée après sa défaite l’année dernière.

— Louise peut se montrer d’une grande générosité, poursuis-je ; c’est bien pour ça qu’elle a remporté les élections l’année dernière.

Tirons sur cette corde sensible et voyons la réaction d’Élodie.

— Oui, elle le méritait, reconnaît-elle, le regard bas.
— J’espère que tu ne l’oublieras pas.
— Crois-le ou non, Sarah, mais cette histoire avec mon père m’a fait redécouvrir le sens du mot famille. Cela a complètement modifié ma façon de voir les choses. Thomas est amoureux de Louise, et je crois que leur amour est très solide. Ça fait de Louise quasiment ma belle-sœur, n’est-ce pas ? La famille, c’est important. Il faut en prendre soin car on peut les perdre à tout moment. Je compte prendre soin de la mienne, maintenant.
— Très bien, fais-je, satisfaite.

Ce petit discours sur la famille me convainc. Si c’est du pipeau, elle est vraiment bonne actrice. Le ton de sa voix, ses expressions, tout m’indiquait qu’elle était sincère. Eh bien, c’est vraiment très étrange de voir une personne complètement métamorphosée. Me voilà rassurée de ce côté.

— Attends, Sarah, me retient-elle tandis que je commençais à m’éloigner, je voulais te dire que je suis contente de te voir ce soir. Je voulais aussi te remercier de m’avoir invitée dans le club, même si j’ai été une véritable garce par la suite.

Une Élodie qui vous remercie ? De plus en plus troublant, décidément ! Je lui souris et la quitte. Aliénor et Louise sont revenues sur le canapé. Je m’en vais les rejoindre pour quelques câlins entre filles.

J’observe les alentours et m’aperçois que les choses dérapent de plus en plus. Je souris en voyant des gens se caresser, se faire des gâteries ou baiser tout autour de nous. Cette ambiance de totale liberté et de laisser-aller m’avait bien manquée. Thomas s’est mêlé à la bacchanale, sa bouche collée à la chatte d’Anita.


C’est drôle, elle a adopté le même arbre qu’Aliénor pour lire. Telle marraine, telle fillote. Et voilà, l’heure de la conversation tant redoutée est enfin arrivée. Je m’approche d’un pas nerveux sans savoir sur quoi va déboucher ce dialogue. La vérité, c’est que j’ai besoin de cette Louise Leonne. D’après ma complice, elle semble tout indiquée pour les projets que j’ai pour elle. Il ne reste plus qu’à la convaincre.

— Bonjour, puis-je te parler ?
— Euh, oui, me répond-elle avec un regard méfiant. Que veux-tu ?

Je prends une grande inspiration et m’assois à côté d’elle. Bon, par où commencer ? Allons droit à l’essentiel.

— Ta marraine t’a parlé du club des nymphes, n’est-ce pas ? Eh bien voilà, je désire que tu nous rejoignes.
— Oh oui, elle m’en a parlé en effet, et je lui ai dit que je n’étais pas intéressée. Je ne le suis toujours pas. Je ne crois pas être ce genre de fille, et…
— Tu ne crois pas être le genre de fille qui assume sa sexualité, et tu veux te préserver pour Thomas car tu espères qu’il va tomber fou amoureux de toi ? Laisse-moi te dire que ça n’arrivera pas.

J’espère ne pas avoir fait de faux pas avec cette provocation. Elle rougit, affiche un visage fermé et me lance un regard noir. « Et oui, je suis au courant de tes sentiments pour lui ; et oui, ta marraine m’a répété ce que tu lui avais confié. S’il te plaît, ne lui en veux pas : ça partait d’une bonne intention. De toute façon, je le suspectais très fortement. »

— Ou plutôt, continué-je, ça n’arrivera pas comme cela. Si tu ne fais rien pour le conquérir, tu n’as aucune chance avec lui.
— Parce que c’est en couchant avec tout le monde que je vais le séduire ? crache-t-elle, ironique.
— Et pourquoi pas ? Maintenant qu’il a goûté aux joies du club, comment comptes-tu pouvoir l’approcher ?

Elle est toujours aussi méfiante et semble n’avoir aucune confiance en moi. Je me revois moi aussi méfiante envers ma marraine.

— Je t’assure, Louise, que je ne suis pas ton ennemie. Tout ce qui m’importe, c’est le bien-être de mon fillot. J’ai besoin que tu rejoignes le club, mais plus que ça, j’ai besoin que tu en deviennes la présidente.
— Pardon ? Tu es dingue ou quoi ? Jamais je n’en serai capable !
— Si tu n’es pas élue présidente, poursuis-je, c’est Élodie qui le sera. Toi comme moi savons qu’elle déteste son frère et qu’elle l’écrasera sans aucune pitié. Crois-moi, ce n’est pas un destin désirable pour lui. Si le club s’y met, il peut avoir un fort potentiel de nuisance. Entre de mauvaises mains, on peut craindre le pire. Et même, j’ai peur de ce qu’elle pourrait faire du club sous sa présidence. Je serais beaucoup plus rassurée si c’est une fille comme toi qui s’en occupait.
— Tu m’as vu ou quoi ? Je serais incapable de lutter contre Élodie. C’est de la folie…
— Oui, je t’ai vue, et j’ai vu une jeune femme charmante, forte et courageuse. Crois mon expérience quand je te dis que tu aurais toutes tes chances contre Élodie. Seulement, il faut que tu sois prête à t’impliquer au maximum dans ce projet.
— Et tu penses à quoi exactement ?
— Pour te faire élire par les nymphes et nos favoris, le secret de la réussite est de les marquer. Il faut que tu frappes un grand coup. Je te montrerai comment faire. Je sais que tu en es capable.
— Je… Non, hésite-t-elle. Je ne veux pas. Thomas ne pourra pas m’aimer comme cela. Désolée, trouve-toi quelqu’un d’autre.

Elle se relève et commence à se sauver. Elle a hésité mais elle n’est pas encore convaincue. Elle craint l’image qu’elle renverra au fillot si elle devient une nymphe, mais je sens qu’elle peut encore être persuadée. Seulement, c’est quelqu’un d’autre qui devra le faire.

— Louise, la hélé-je une dernière fois, Thomas te voudra dans le club, tu verras. Tu le comprendras à son regard ; il te le proposera lui-même.

« Oui, il va le lui proposer ; je vais m’en assurer personnellement ! »


C’est au bout de plusieurs minutes que Lorelei surgit, l’air surexcité, tandis qu’Aliénor et moi commencions à rendre de nouveau hommage à notre douce présidente.

— Louise, puis-je te parler ? nous coupe-t-elle.
— Bien sûr, que veux-tu ?
— Eh bien voilà, j’ai décidé de proposer ma candidature à la présidence du club.
— Toi ? fait Louise, surprise. Mais pourquoi ?
— Je veux prendre ta relève, continuer ce que tu as commencé. Tu as été une grande présidente pour le club ; tu as pris soin des tiennes malgré la situation compliquée que tu as traversée et tu as su magistralement redonner au club un nouvel élan, notamment avec notre participation au défilé. Je ne sais pas si je ferai aussi bien que toi, mais je veux faire tout mon possible pour le club.

Louise semble flattée par ces compliments.

— Euh, OK, mais il te faut une équipe pour te présenter. Penses-tu pouvoir en trouver une ?
— C’est déjà fait, sourit Lorelei. Morgane a accepté de me seconder et j’ai aussi convaincu Ondine et Lindsay de se joindre à moi.
— Ça me paraît être une très bonne équipe. Si personne d’autre ne pose sa candidature, je ne vois aucune raison de m’opposer à vous, et tu seras donc présidente.
— Merci beaucoup, Louise.

Et petite-fillote se sauve aussi vite qu’elle est arrivée. C’est donc de cette façon qu’elle compte gagner l’affection de Louise ? C’est une possibilité que j’avais envisagée. Je suis contente qu’elle y ait pensé sans que je n’aie eu besoin de la lui suggérer, ce qui serait arrivé tôt ou tard.

— Dis-moi, Sarah, me lance la future ex-présidente, je t’ai vue discuter avec elle tout à l’heure. As-tu quelque chose à voir avec son désir de se présenter ?
— Moi ? fais-je avec un air qui se veut innocent. Je n’ai absolument rien à voir avec ça ! Par contre, je suis ravie que ce soit encore quelqu’un qui tienne particulièrement à Thomas qui prenne notre relève.

Louise ricane de manière complice. Elle me connaît bien, après tout. Elle a aussi l’habitude de mes petites manigances.

— Elle va avoir besoin de toi l’année prochaine, dis-je. Il va falloir que tu lui montres la voie à suivre et que tu prennes soin d’elle.
— Je sais, me répond Louise.

Et voilà, mission accomplie ! J’ai résolu le problème de la succession de Louise et je me suis arrangée pour que Lorelei se rapproche d’elle, ce qui lui permettra de profiter de Thomas plus souvent. Fillot n’en sera que plus heureux. Hé-hé, je me sens fière de moi.

— Du coup, s’il n’y a qu’une candidate, s’interroge Louise, doit-on annuler les jeux érotiques ?
— Non. J’étais aussi l’unique candidate mais j’ai dû affronter l’équipe de ma marraine afin d’asseoir ma légitimité.
— Cela veut dire que je vais devoir encore participer aux jeux érotiques ?
— La chance… se réjouit Aliénor.

Bon, c’est bien beau tout ça, mais il est temps de profiter pleinement de la soirée. Il me manque quelqu’un. Je me lève d’un pas décidé et me dirige vers Thomas, toujours occupé à brouter le minou d’Anita. Je pose ma main sur son épaule.

— Désolée de couper court à vos ébats, je t’emprunte mon fillot.
— Pas de problème, me répond la rouquine, je vais me trouver quelqu’un d’autre.

Thomas se lève, visiblement contrarié d’avoir été arrêté en plein milieu, mais il oublie rapidement sa déception lorsqu’il croise mon regard flamboyant. Il comprend qu’il est temps de passer aux choses sérieuses. Je l’embrasse goulûment, lui prends la main et le tire vers Louise et Aliénor. Je le pousse sur le canapé et me déshabille devant son regard surexcité.

Aliénor et Louise, en train de s’embrasser et se caresser, ne font aucunement attention à notre retour. Thomas a ses yeux de braise fixés sur moi. Il ne me lâche pas du regard tandis qu’il se déshabille. Apparaît alors son sexe qui semble déjà prêt à éclater tellement il est tendu. Enfin ! Enfin ce moment tant désiré est là. Mon cœur bat la chamade.

— Fillot, déclaré-je, nous allons faire comme pour notre première fois. Je vais t’attacher et profiter de toi. Tu n’auras qu’à te laisser faire.

J’enlève la ceinture de son pantalon, lui demande de passer les mains dans le dos et les lui attache. Je recule afin d’admirer mon œuvre. Le voilà prêt à l’emploi, sur le point de subir tous mes caprices.

— Et voilà, tu es à moi, fillot ! déclaré-je en me léchant les babines.

Oui, rien qu’à moi ! Un corps offert à mon seul plaisir. Mes doigts glissent le long de ses cuisses et remontent doucement vers ses bourses pendantes. Un petit massage sur ces dernières le fait gémir. Je dépose de délicats baisers sur ses cuisses et me dirige vers son sexe comme pour l’emboucher, mais au dernier moment ma bouche migre sur son ventre. Je m’amuse un long moment à caresser et lécher toute la zone autour de son pénis, sans jamais m’occuper de ce dernier.

— Pitié marraine, s’impatiente-t-il. J’ai trop envie…

Et moi donc ! Je décide d’arrêter de le faire languir et me régale de son pénis. Je l’avale tout en le foudroyant du regard. Son goût m’envahit la bouche. Sa colonne de chair palpite sous ma langue. Je me réjouis de redécouvrir ce sexe que j’adore tant ! J’ai tant aimé profiter de lui l’année passée… c’est merveilleux de retrouver ces sensations.

À nos côtés, Louise et Aliénor, ne se préoccupant de nous, sont maintenant elles aussi nues et s’offrent du plaisir en soixante-neuf. Comme j’ai le ventre qui crie famine et que j’ai peur que Thomas décharge trop vite, je décide de mettre fin à cette dégustation savoureuse. Je m’installe à califourchon sur ses cuisses, enserre sa hampe d’une main et frotte son gland sur ma vulve bouillante. Ces petits contacts me provoquent des décharges électriques dans le bas-ventre.

Thomas s’impatiente encore. J’attends une nouvelle fois qu’il se plaigne avant d’accéder à sa requête. Je me laisse donc coulisser sur ma friandise préférée. Notre fusion me fait frémir. Mes sens se déchaînent. C’est merveilleux de pouvoir profiter de cet instant après tout ce temps !

Tandis que je coulisse sur sa remarquable virilité, mes mains et mes lèvres profitent de la soumission de son corps. Je tête, palpe, caresse, lèche, embrasse et goûte chaque parcelle de sa peau. Mes doigts glissent sur le fin duvet de son torse. Une main glisse dans ses cheveux décoiffés puis descend le long de sa joue tandis que mes lèvres savourent les siennes. Ma langue s’abreuve dans son cou, récoltant les fines gouttelettes de sueur. Mes ongles laissent de longues traînées rougeâtres le long de son dos.

Oh, Thomas, dès que ta sœur m’a parlé de toi, tu m’as intriguée. Je t’ai observé et j’ai vu un jeune homme sensible, gentil, charmant. Tu avais quelque chose de plus que les autres que je ne parvenais pas à identifier, quelque chose qui me faisait frémir, qui réveillait une étrange sensation en moi. Tu étais loin d’être le pervers incestueux que m’avait décrit ta sœur. J’ai eu de la peine pour toi ; je n’aimais guère la façon dont elle te traitait. Je voyais aussi que tu manquais de confiance en toi. J’ai donc eu envie de te faire découvrir tous les plaisirs que pouvait offrir le club et je t’ai choisi comme fillot.

Je n’ai absolument jamais regretté ma décision. À chacune de nos rencontres je me félicitais de ce choix et mon attachement pour toi grandissait. Chaque instant que j’ai passé à tes côtés a été un pur bonheur. Vous quitter, toi et Louise, l’année dernière a été une épreuve des plus difficiles. J’avais déjà tant perdu d’êtres chers que je ne pensais pas supporter une nouvelle déchirure. C’est la promesse de futurs instants qui m’a fait tenir, et depuis j’ai l’impression de n’avoir vécu que pour revivre ces moments. Je sais que je ne suis pas ici pour longtemps encore, mais notre histoire ne s’arrêtera pas là. Toi, moi, Louise et Aliénor, nous avons une relation bien trop intense pour que ça se termine maintenant. Vous êtes ma famille.

— Si tu savais comme tu m’as manqué… Je t’aime, Thomas, lui susurré-je dans le creux de l’oreille.

Pour seule réponse, Thomas jouit en moi.